Le Centre de Visionnage : Films et débats

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cyborg
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@yhi oui ça lorgne fort vers la Nouvelle Vague, mais en la "dépassant" ou en "l'explosant" d'une certaine façon.
Si j'ai pu dire que "le bandit..." était plus classique c'est parce tout en étant très "brut" qu'il y a tout de même une "intrigue" ou "narration" que l'on peut suivre, une sorte d'arc, tandis que Bang Bang s'en affranchi totalement.
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cyborg
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Très interessant article sur les liens entre ces "films de montagne" et le nazisme, dont je parlais à la page précédente et dont je viens de découvrir l'existence : https://www.cabinetmagazine.org/issues/27/power.php



A noter que, de plus, le film que j'ai vu apparait sous forme d'affiche dans Inglorious Bastards de Tarantino...



Et en parlant de Tarantino j'ai vu son nom dans les listes des généreux donateurs ayant permis le rachat du cinéma La Clef à Paris ! Enfin ! Ça c'est vraiment une excellente nouvelle !
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Narval
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La belle de Gaza - Yolande Zauberman
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C'est un film de fantômes dans une ville sans âme. Ses spectres sont ceux des histoires personnelles et communautaires, arrivées ou fantasmées, à la manière de Reprise (1996), puisque la réalisatrice tente durant plusieurs mois de retrouver la "Belle de Gaza", femme de la rue qui aurait fait tout le trajet à pieds jusqu'à Tel-Aviv. Comme tout bon film de fantôme, cette quête n'a pas de réelle finalité et permet au film de tenir un horizon, tout en sachant bien que ce spectre au récit à priori impossible ne sera pas retrouvé, du moins pas tel qu'on nous l'a évoqué. La recherche, patiente, de la cinéaste qui ne parle pourtant pas la langue et qui doit s'aventurer de nuit dans un Tel-Aviv qu'on aura jamais vu sous cet angle, permet alors d'autres rencontres. Le film est un petit échantillonnage de destins, de portraits, de celles qui ont côtoyé ou peut-être fabriqué la légende. Ensemble, elles évoquent tous les autres fantômes, et c'est le hors-champs qui prend place. Il y a les fantômes des souvenirs traumatiques de l'enfance (et de tous ces gamins qui se découvraient une sexualité trouble plus jeune tout en harcelant les plus efféminés), des blessures physique (opérations, mutilations qui sont autant de nouvelles étapes...) ou encore des camarades ("les guerrières") tombées avec les années, tuées par leurs familles ou par des inconnus, et qui sont aujourd'hui devenues d'autres légendes.
De tous ces fantômes, la réalisatrice parvient à saisir à la force et la persévérance, mais aussi une certaine beauté feutrée et digne. Il y a Nathalie, qui est constamment derrière un voile brillant très délicat (cf image plus haut), et dont certains cadrage permettent de renforcer la solitude mais également la grâce toute spirituelle. Auréole fragile, perdue dans un noir très profond, et qui sera plus tard, royale, à écouter son ami d'enfance raconter comment ils se sont retrouvés et reconnus après sa transition, dans un moment de flottement ou aucun regard n'est échangé. Plus tard le film parvient aussi à réunir par un simple reflet dans une vitre, un conducteur de bus et sa fille. Ils racontent (peut-être à nouveau) comment le père a appris que son garçon, sa fierté, son seul fils, allait changer de prénom mais pas de nom de famille, le couvrant de honte.
Ce sont ces petites idées de mise en scène qui permettent de réellement ancrer les personnages et faire échos à leurs histoires de manière puissante. A côté, certaines interventions sont moins pertinentes, plus faciles ou superficielles dans ce qu'elles apportent, souvent aussi trop courtes ou segmentées sans vraie raison tout le long du film. Je regrette aussi ces ralentis un peu récurrents, sans bruits, qui tentent de figer l'espace de quelques instants, des silhouettes, cette caméra tremblante presque systématique et ses interludes musicales là aussi un peu obligatoires. Au final, l'ensemble a une vraie parole et brille malgré tout par ces instants où le cadrage très resserré apporte une vraie tension aux corps, comme cette scène de prière dans ce couloir sordide, à la fois belle et oppressante.
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groil_groil
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Chef-d'oeuvre sidérant à la fois pour son sujet et la manière dont il est traité, mais surtout pour la façon dont il transcende ce sujet par la puissance de la mise en scène, élevant ce film à des sommets où il tutoie les plus beaux Ozu, Kurosawa, Murnau ou Lang...

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Plus ça va moins j'aime Carax qui bénéficie d'une indulgence critique absolument hallucinante, alors que son cinéma est quand même assez médiocre mais surtout tellement dépendant de ses références qu'il pompe sans vergogne et sans qu'on ne lui reproche jamais (alors qu'on le fait à tant d'autres cinéastes). Son dernier film est sans doute le plus grotesque dans le genre, tant il pompe à la virgule, jusque dans les moindres détails, le cinéma de Godard dernière période, la talent en moins. C'en est ridicule, grotesque, surtout que Carax n'a absolument rien à dire.

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Flemme de pitcher, c'est en gros l'histoire d'un nègre en littérature. J'avais ouï dire que dans les 25 dernières années, c'était en gros le seul film regardable de Lelouch. C'est vrai, mais bon, pas de quoi se relever la nuit non plus.

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Un assassin de fillettes terrifie la campagne hongroise dévastée. Un flic qui vient pourtant de démissionner mène l'enquête d'une manière minérale, quasi abstraite. Drôle de film hongrois, sous obédience Bela Tarr, qui associe deux genres qu'on pense incompatibles : le film d'auteur contemplatif à la Bela Tarr donc, et le film policier. Si le premier est parfaitement réussi, rivalisant de beauté avec Satantango ou Damnation, avec une mise en scène comme toujours suspendue et hypnotique, c'est plus difficile pour l'auteur de convaincre avec son scénario policier qui visiblement ne l'intéresse pas beaucoup et génère pas mal de frustration chez le spectateur. Pourtant, j'y ai pris ce qu'il y avait à prendre (combler les manques en pensant que le cinéaste veut nous dire que tous les hommes sont coupables, par exemple), mais il y a peu. J'ai tout de même beaucoup aimé le film.
Ah et le marketing pour le lancement de ce film inédit de 1990 est bien fait car j'étais persuadé que c'était une nouveauté qui venait d'être réalisée.
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groil_groil
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@sokol @asketoner je veux bien comprendre pourquoi vous détestez ce chef-d'oeuvre d'Umberto D ?
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Tyra
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groil_groil a écrit :
lun. 24 juin 2024 12:44
@sokol @asketoner je veux bien comprendre pourquoi vous détestez ce chef-d'oeuvre d'Umberto D ?
D'ailleurs que devient asketoner ? J'aimais beaucoup le lire ici.
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sokol
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groil_groil a écrit :
lun. 24 juin 2024 12:44
@sokol @asketoner je veux bien comprendre pourquoi vous détestez ce chef-d'oeuvre d'Umberto D ?
Perso, j’aime pas de Sica. Et ‘Umberto D’ je l’avais trouvé mièvre.
C’est tout en fait…
🤨
"Le cinéma n'existe pas en soi, il n'est pas un langage. Il est un instrument d’analyse et c'est tout. Il ne doit pas devenir une fin en soi".
Jean-Marie Straub
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groil_groil
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sokol a écrit :
mer. 26 juin 2024 23:05
groil_groil a écrit :
lun. 24 juin 2024 12:44
@sokol @asketoner je veux bien comprendre pourquoi vous détestez ce chef-d'oeuvre d'Umberto D ?
Perso, j’aime pas de Sica. Et ‘Umberto D’ je l’avais trouvé mièvre.
C’est tout en fait…
🤨
;)
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cyborg
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Depuis une quinzaine d'année sortent ou ressortent enfin sur nos écrans des films méconnus liés à la communauté afro-américaine, que ce soit par leurs réalisateurs (Charles Burnett, Billy Woodberry) ou par leurs thématiques. Pour ce deuxième cas je pense au magnifique Nothing But a Man de Michael Roemer et au récemment diffusé Buhsmen de David Schickele.
Dans celui-ci nous suivons le quotidien d'un réfugié nigérian tentant de se construire un quotidien à San Francisco après avoir fuit la guerre civile de son pays. La grande idée du film est d'avoir mis en scène non un simple "homme noir" mais un "homme noir étranger", lui conférant une place et un regard particulièrement complexe sur la culture américaine des années 60. Tourné sur un style faussement documentaire, le film devient encore plus incroyable quand il déraille et devient véritable documentaire : en plein tournage, l'interprète du film est lui-même arrêté, suspecté de terrorisme suite à un coup monté, emprisonné sans procès et finalement renvoyé dans son pays... alors qu'il était prof de littérature à Berkeley ! Ce qui était un film d'errance et de questionnements flirtant entre la contre-culture et la misère se transforme soudainement en œuvre politique de premier plan, frappante, passionnante et émouvante.

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Une simple histoire - Marcel Hanoun - 1958

Je ne connaissais même pas Marcel Hanoun de nom, et la découverte de son premier long métrage est une belle surprise. Apte à se classer parmi les chefs-d’œuvre français de la fin des années 50/début des années 60, Une simple histoire brille d'une lueur particulière au sein d'une période pourtant faste. Tout en déployant le style "nouvelle vague", Hanoun aborde frontalement ce qui n'intéressait guère les figures de proue du mouvement : la classe populaire et la détresse sociale de la société française. Ce n'est donc pas à Godard, Truffaut ou Chabrol que l'on songe mais au tout aussi méconnu et superbe "Les coeurs verts" d'Édouard Luntz qui paraitra en 1966, explorant lui aussi les tristes recoins de la banlieue parisienne.
Fuyant sa famille dont nous ne saurons rien, une jeune femme et son enfant errent entre Paris et sa banlieue, d'un hébergement à l'autre, à la vaine recherche d'un emploi, au gré de rencontres plus ou moins heureuses. Le film ne tombe jamais dans le sentimentalisme ou le misérabilisme, bâtissant progressivement le portrait d'une femme au caractère fort, à la détermination inébranlable. Tout repose ici sur la possibilité de gagner de l'argent, ou du moins d'en avoir encore assez pour vivre jusqu'au lendemain. Le film à ainsi une allure très comptable et chaque dépense nous est consciencieusement mentionné. Tandis que les déconvenues s'accumulent, les deniers, eux, s'amenuisent. Jusqu'à zéro, jusqu'à la rue, la nuit. Le film se clôt où il s'ouvrait, sur un regard vers une fenêtre éclairée sur la façade d'un grand ensemble, d'où surgira l'espoir d'un futur meilleur. Car oui, sans rien en dire, il était évident qu'Hanoun aimait son personnage. Et nous avec lui.
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cyborg
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La belle surprise constituée par "Une simple histoire" m'a donné envie de voir d'autres films de Hanoun, en commençant par sa quadrilogie des saisons.
Une jeune femme, après les évènements de mai 68, se réfugie dans une maison normande isolée. Elle y réfléchit aux quelques jours passés, aux actions commises, a ses engagements politiques et amoureux.
Le début du film est une sidération totale, sorte de collusion entre la nouvelle vague, des expérimentations plastiques et ce que fera Debord quelques années plus tard. Cette stimulante richesse s'épuise malheureusement assez vite. Après une demi-heure (soit la moitié du film !), Hanoun semble se désintéresser de ses recherches et de son propos pour se concentrer exclusivement sur son héroïne qu'il filme sous tous les angles, toutes les situations et toutes les tenues, jusqu'à la transformer en ingénue. Qu'il en est été amoureux ne m’étonnerait pas... Le résultat final est donc assez bancal et décevant.



Certains ont-ils vu les 3 autres volets, Printemps, Automne et Hiver ? Je suis curieux mais pas mal refroidi...



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Utopia - Sohrab Shahid Saless

Découvert il y a quelques années, le cinéma de l'iranien Sohrab Shahid Saless m'avait surpris. Inspiration de Kiarostami, qu'il précède, Shahid Saless réalise un cinéma social d'une froideur extrême, se revendiquant d'inspiration bressonienne. Ni convaincu ni dépité, j'avais laissé son nom dans un coin de ma tête jusqu'à découvrir qu'il avait prolongé sa carrière en Allemagne ou il à notamment réalisé Utopia. Film de 3h sur l'ouverture d'un bordel par un jeune macro, on y suit l'épouvantable quotidien quasi-carcéral de 5 prostitués. Bresson s'éloigne un peu tandis que Fassbinder se rapproche, par une volonté de dépeindre des rapports humains dressant un portrait en creux de l'Allemagne (Le mariage de Maria Braun), par ses considérations de l'espace en "huis-clos" (Les Larmes Amer de Petra Von Kant) ou des couleurs (Le Marchand des Quatre Saisons)... l'immense talent en moins. Bien que passant plusieurs heures au plus près des 5 personnages, nous les connaissons à peine, ce qui empêche l'apparition de la moindre familiarité ou empathie. Les quelques tentatives "d'élargissement" de cette "utopie" tardent à venir et tombent à plat. Le final, hautement dramatique, tombe lui aussi à plat et la réinvention qui s'en suit, décentrant pourtant avec brio le point de départ, qui aurait pu constituer un propos passionant, est de la sorte réglé en 5 minutes avant le générique. Dommage.


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C'est avec surprise que mes joues se sont couvertes de larmes durant la dernière scène, accompagnant celles d'un des acteurs principaux. J'avais en effet l'impression d'être resté assez distant de la vie des trois personnages. mais je me trompais, j’étais simplement avec eux, au plus prêt, sans que la réalisatrice n'ai besoin de m'y attirer à renfort de drame, d'éclat, de misère. Entre intimité et pudeur, l'écriture se révèle d'une très grande précision. La réalisatrice trouve un point d'équilibre surprenant entre les deux dynamiques qu'elle met en place : d'une part une fluidité, très douce, liée à la coexistence permanente des trois personnages qui s'accompagnent sans cesse, et d'une autre d'incessantes ellipses, parfois brutales, permettant au film d'atteindre une ampleur temporelle bienvenue. Il est rare de voir un cinéma "social" aussi convaincant cinématographiquement, particulièrement en France. Je guetterai donc les prochaines réalisations de Léonor Serraille.
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Tamponn Destartinn
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Jeff Nichols m'avait manqué. Je trouve le gonz particulièrement doué dans son découpage et son montage. C'est au cordeau, avec zéro gras et en même temps bcp de vie. Mais alors, s'il y a bien un sujet qui ne fascine nullement, c'est les clubs/gangs de motards ricains. Je me retrouve donc avec un paradoxe : il s'agit probablement de la meilleure oeuvre parlant du sujet (plus que la série "Sons of Anarchy"), que je déteste avec le recul) et en même temps je m'en fous quand même.
Le problème vient du fait que le film n'a pas vraiment de sous-texte intéressant. De plus, Nichols a toujours été un gros nul pour filmer une relation de couple. C'était déjà le défaut de Take Shelter. Loving, ok il a été obligé de faire un effort car c'est LE sujet, mais c'est pas pour rien s'il s'agit aussi de son film le plus faible. Et bref, Jodie Comer et Austin Butler sont tous les deux très bons individuellement, mais leur couple n'existe pas !

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Le pitch est aussi bien que l'exécution est bof. Mal dialogué, pas très bien joué, et une image très banale, en tout cas pas à la hauteur de l'objet VNIesque qu'il veut être.
Des problèmes très classique dans les tentatives du cinéma d'auteur de genre, actuellement.
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sokol
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@cyborg si on ne pleure pas devant "Un petit frère", c'est qu'il y a un problème :langue:

Oui, Léonor Serraille est une excellente cinéaste (vu 2 fois "Jeune femme" :love: :love: ).

Oui, Bushman est magnifique :love: :love: :love:
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Jean-Marie Straub
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Tyra
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A part Mud, je ne suis pas un grand fan de Jeff Nichols (faudrait tout de même que je revoie Take Shelter), mais c'est cool de le revoir après une longue absence, dans un film fait pour lui, qui parle d'une région qu'il connait, plutôt qu'un film de SF sous influence Spielberg/Carpenter où il n'est pas à l'aise. Pour autant, le film est sympathique, mais ne décolle jamais de son récit balisé déjà vu mille fois ailleurs (ascension/chute, féminin contre masculin, amour contre amitié, hétérosexualité/homosexualité souterraine...). Nichols prend comme modèle le Scorsese des Affranchis pour narrer son histoire, mais n'en ajoute rien, et ne sais pas quoi faire de cette "violence masculine", qui semble le fasciner, sans aucune forme de recul ni regard vraiment critique. Et puis, non seulement les enjeux sont déjà vus, mais en plus ils sont constamment explicités par le dialogue, j'en avais déjà parlé de cette tendance du cinéma actuel, mais ça me choque à chaque fois de mettre le sous-texte dans le texte... Ecriture un peu fainéante, donc.
Reste un certain plaisir, celui du petit film de genre bien ficelé, fait avec beaucoup de métier.
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yhi
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@cyborg Tu vas aller voir The human surge 3 ? Il y a un distributeur masochiste qui le sors en salle cette semaine apparemment :wut:
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cyborg
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@yhi et bien il se trouve que je suis pile de bref passage à Paris ces jours-ci et j'ai vu qu'il était en salle et qu'il avait même eu le droit à une critique sur France Cul (que je n'ai pas écouté). 2 copies seulement, néanmoins.
Et oui, je vais essayer, sans être sur de réussir !
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groil_groil
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Très (trop) librement inspiré de l'affaire De Ligonnès (et plus particulièrement de l'affaire récente en Ecosse où des douaniers ont cru le reconnaitre alors qu'il s'agissait d'un quidam, le film de Meurisse est divertissant, souvent drôle, mais déçoit quand même beaucoup. Disons que c'est avant tout une succession de sketches qui virent volontairement au grotesque, parfois pas loin d'un Palma Show un peu plus trash, et qui semblent se succéder sans lien suffisant. Le lien est là, et Meurisse finit par construire un film et faire un tout, mais c'est un peu trop léger, et surtout on est loin, très loin, de son film précédent, Oranges Sanguines, un véritable chef-d'œuvre très proche de Pasolini dans le fond et qui semblait montrer l'émergence d'un immense cinéaste. Petit recul ici avec cette gentille potacherie, mais qui ne m'empêchera pas d'aller voir les suivants.

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HSS, qui a fini par récemment m'agacer par fainéantise et relance systématique d'un système qui s'épuisait tant qu'il tournait en rond, semble ici, enfin, essayer de nouvelles pistes. Alors, la plus grande curiosité, c'est que le film est flou. Volontairement. Le point n'est pas fait, et l'on distingue à peine les personnages. Woody Allen l'avait fait pour un personnage (joué par Robin Williams), mais HSS le fait sur un film entier. Enfin, pas complètement, certains plans, qui ne sont pas majoritaires, ne sont pas flous. Du coup, on se met à essayer de comprendre pourquoi il y a deux modes, un flou un pas flou, et à essayer de comprendre les deux systèmes de narration. En fait, je pense qu'il n'y en a pas, j'ai tout passé à la moulinette, mais franchement je n'y vois aucune explication. La grande nouveauté en revanche, c'est que HSS remet enfin sa caméra dehors, filme des décors, et même fait quelques mouvements de caméra ! Incroyable ! J'avoue que ça fait un bien fou (même s'il n'ose pas encore assumer et les fait flous). ça se passe donc sur une petite île, station balnéaire, et nous suivons trois personnages, tous assez jeunes. L'un d'eux est cinéaste, et est là pour tourner un court-métrage, mais n'a pas encore de sujet. Il ne sait pas ce qu'il veut filmer. Il est accompagné d'un ami, qui jadis avait tourné quelques courts aussi, et qui lui sert d'assistant et de caméraman, ainsi que d'une jeune actrice qui a accepté de tourner dans son film. Finalement, il voit une femme en train de ramasser des déchets sur la plage, et ça lui donne un sujet de film. Il appelle aussi une femme, vraisemblablement sa petite amie, ou son ex, et lui demande s'il peut utiliser une chanson qu'il avait écrite pour elle, pour son anniversaire, dans son film. Et voilà, emballé c'est pesé, il commence à tourner et notre film à nous est fini. Ce qui est très réussi (le film l'est globalement), c'est l'interpénétrabilité entre le réel et le filmé. C'est à dire que ce qui est filmé par HSS et ce qui est filmé par le jeune cinéaste dans le film se mélangent parfois à tel point qu'on ne sait plus à quel niveau de lecture on est. C'est assez réussi et j'ai d''ailleurs cru à un moment que les moments flous / pas flous étaient liés à ces deux degrés de narration. Mais en fait non, ça ne marche pas comme ça. C'est soit plus compliqué, soit encore plus simple, à savoir qu'HSS ne s'est pas posé cette question (et que les plans flous correspondraient à son état d'ébriété au moment où il tourne le plan :D ). En tout cas, HSS continue de dérouler sa petite musique, de manière assez plaisante cette fois-ci, ça faisait un peu longtemps me concernant, tant mieux.

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Je découvre, en tapant ce texte, le titre du film lors de son exploitation en France, est c'est tout autant une honte qu'une aberration. Le film s'appelle en italien Le Médecin de la Mutuelle, et Sordi n'est absolument pas gynécologue dans le film. Je pense que ce titre mensonger était à l'époque fait pour surfer sur la vague des comédies érotiques italiennes alors très en vogue (avec Edwige Fenech notamment) et les spectateurs ont dû être très surpris en allant voir ce Luigi Zampa qui est une comédie sociale et politique grinçante dans laquelle cet excellent et sous-estimé cinéaste épingle les travers de son époque. Alberto Sordi, comme toujours extraordinaire, y joue un médecin romain conventionné qui cherche un quartier romain en manque de médecins pour s'y installer et se faire une clientèle. Il s'aperçoit alors qu'un médecin en fin de carrière et à la clientèle énorme est en train de mourir, et va se rapprocher de son épouse afin de récupérer son carnet d'adresses. C'est un film aussi grinçant que réjouissant, super drôle mais super politique aussi dans lequel Zampa règle ses comptes avec l'administration de son pays. Il offre aussi une vue sur le Rome des 70's qui est magnifique, criante de vérité.
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groil_groil a écrit :
dim. 7 juil. 2024 09:43
Très (trop) librement inspiré de l'affaire De Ligonnès (et plus particulièrement de l'affaire récente en Ecosse où des douaniers ont cru le reconnaitre alors qu'il s'agissait d'un quidam
Ce film est un remake de "Paul Sanchez est revenu" alors :D

(je vais le voir cette semaine; j'aime bien les films de ce cinéaste).
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sokol a écrit :
lun. 8 juil. 2024 09:28
groil_groil a écrit :
dim. 7 juil. 2024 09:43
Très (trop) librement inspiré de l'affaire De Ligonnès (et plus particulièrement de l'affaire récente en Ecosse où des douaniers ont cru le reconnaitre alors qu'il s'agissait d'un quidam
Ce film est un remake de "Paul Sanchez est revenu" alors :D

(je vais le voir cette semaine; j'aime bien les films de ce cinéaste).
Oui tout à fait, mais ce n'est malheureusement pas au niveau (et je l'aime bien aussi)
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groil_groil
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Vu en salle à 9 ans, ce film m'avait beaucoup marqué, j'ai voulu le montrer à mes gamins, qui se sont poliment ennuyé :D Ma femme je n'en parle pas :D :D
C'est kitsch et ridicule, certes, mais on n'efface jamais les souvenirs d'enfance <3

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Autre gros souvenir d'enfance, mais découvert à la télévision celui-ci. Les deux films Delon / Signoret, celui-ci et La Veuve Couderc (qui est encore meilleur) sont magnifiques parmi ce que les acteurs ont fait de mieux (si si). Toujours un bonheur de revoir cette chronique paysanne qu'un meurtre sauvage de jeune femme vient secouer. Le film reste toujours aussi beau sur ce sujet là, et la manière dont le juge chargé de l'enquête, Delon, vient briser un quotidien, des habitudes, des comportements, tout un micro-système en fait, même s'il fait tout pour ne pas heurter les gens. Le vrai sujet du film c'est ça, la confrontation impossible de deux mondes si différents, plus que l'enquête policière dont on se fiche un peu. Et magnifique bande son électronique (étonnant pour un film "paysan") de Jean-Michel Jarre qui vient tout juste d'être rééditée par le super label de Jonathan Fitoussi.
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Sexe, mensonges et vidéo

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Juste quelques mots pour ce film que j'avais déjà vu. Mais, quand on connait la filmographie de Soderbergh, on peut le voir sous un autre angle. Et donc, mieux le 'comprendre''.

Comme j'aime bien dire, Soderbergh est un des rares cinéastes qui fait des films qui marchent littéralement sur deux pieds : un pied masculin et un féminin. Ses films sont bisexuels (surtout pas dans le sens de la pratique sexuelle) car, même si on ne va pas fouiller la sexualité du cinéaste (cela ne nous regarde pas une seule seconde) en regardant son premier film (26 ans à l'époque, le gars !) on se rend mieux compte que c'est lui qui se cachait derrière Graham, le gars qui filme les femmes ("Quel prénom rare !" lui dit Ann - Andie MacDowell). Donc, 35 ans plus tard, vu la suite des films du cinéaste, on a l'assurance : ce personnage de Graham s’apparente à celui de Steven Soderbergh.

A deux reprises, le mot impotent (impuissant) revient dans la bouche de ses personnages (premièrement, c'est Graham lui-même qui le dit : Il est devenu impuissant à la suite d'une rupture douloureuse puis, c'est Ann qui le lui rappelle). C'est tout sauf anodin car, une fois de plus, puisque Graham ce n'est que Soderbergh lui-même, 35 ans plus tard, on comprend mieux d'où vient cette bisexualité de ces films !

ps: je l'ai encore beaucoup beaucoup aimé, voire adoré :love: :love: :love: Ce film est une merveille !!
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Tyra
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Le film me fait fait par moment un peu penser à Dupieux... On se demande toujours, pendant ou après la projection, où veut-il en venir ? Et c'est probablement très bien qu'on ne le sache pas, et dans ce film en trois parties, les énigmes, les indécisions, sont ce qu'il y a de plus réussi. Ce sens de l'absurde, cette lisière du fantastique... C'est pour cela que le premier récit est celui que je n'aime pas : tout est balisé, on sent derrière chaque scène poindre le commentaire sociétal sur la servitude volontaire de l'homme... Quand les deux suivants sont un peu plus stimulants, plus dérangeants, abordant des thèmes fantastiques ou métaphysiques (mais un peu déjà-vu parfois: comme le thème du double dont l'un des deux doit être éliminé). A la fin, Lanthimos se lâche dans le comique assumé et l'auto-dérision, réduisant les 2h45 de film à une farce potache. Pourquoi pas, c'est ce qu'il semble être. Comme toute la carrière de ce cinéaste.
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groil_groil
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Film italien mais production internationale avec gros casting (John Huston, Shelley Winters, Henry Fonda, dans des rôles, certes secondaires), réalisé sous pseudo (sous le nom d'Oliver Hellman se cache en réalité le producteur Ovidio Assonitis), Tentacules est un ersatz des Dents de la Mer mais avec un poulpe géant tueur. Le film, souvent beaucoup plus connu par sa BO, extraordinaire, signée Stelvio Cipriani (et qui fut magnifiquement rééditée en double LP par Dagored en 2016), n'est pas le nanar annoncé, mais un chouette divertissement d'horreur de série B de l'époque, fait plutôt avec soin (même si le manque d'argent pour les effets spéciaux se fait ressentir, mais on s'en fout). Et puis j'aime bien la fin. Attention je spoile. L'un des protagonistes travaille dans un Marineland (ces cirques marins aujourd'hui heureusement interdits, quoiqu'aux USA je ne sais pas), et s'occupe de deux magnifiques orques. Ce sont ces orques qui vont aller combattre et tuer le poulpe géant tueur, et en échange de ce service rendu, le gars va leur rendre la liberté.

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Un gros épisode de Sons of Anarchy réalisé par Martin Scorsese. Jeff Nichols est un réalisateur qui a débarqué avec une forte personnalité et qui peu à peu la dilue. J'adore l'un de ses films, Mud, une merveille, mais le reste n'est pas convainquant, notamment parce que toujours dépendant de ses références trop appuyées, dont il n'arrive jamais à se défaire complètement, il est toujours à la limite du plagiat. C'est malheureusement encore le cas ici, et c'est flagrant, puisque Nichols reproduit quasiment à l'identique la structure des Affranchis, y compris le mode de narration, etc., du chef-d'oeuvre de Scorsese, jusqu'à la fin qui est organisée de manière similaire. Je ne comprends pas le besoin de faire ça, si ce n'est le manque de talent, comment peut-il penser deux secondes que ses spectateurs ne s'en rendent pas compte ? Sinon, ça se suit, car il y a du métier, une grosse équipe de professionnels et une production suffisamment ample, mais à quoi bon...

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Depuis une dizaine d'années, Bruno Dumont, qui, je le répète, signa ses deux chefs-d'œuvre au tout début de sa carrière, a introduit l'humour dans son cinéma, pas à chaque fois, mais régulièrement, et de manière plus ou moins heureuse, et ça peut donner le pire comme le meilleur (Ma Loute, que j'ai toujours défendu). J'avais entendu pis que pendre de L'Empire, et j'y allais un peu à reculons, d'autant qu'il reprend son duo d'enquêteurs branquignols de ses deux séries que je n'aime pas du tout, mais ils ne sont là que pour le décorum, mais le film fait partie de ceux que j'aime. C'est certes un film secondaire, assez potache et dans lequel le cinéaste n'a pas grand chose à dire, mais c'est amusant tout du long, ses acteurs sont super, et puis j'aime surtout l'idée que, pour une fois, Dumont semble croire en ce qu'il fait, et se donne les moyens de réaliser vraiment ce qu'il veut faire. Ce qui m'insupporte le plus chez ce cinéaste, que par ailleurs j'aime beaucoup pour d'autres aspects, c'est quand il montre ouvertement au spectateur qu'il se fout complètement de ce qu'il fait, avec un cynisme et un je-m'en-foutisme flagrant, que personnellement je prends comme une insulte. Ici ce n'est jamais le cas, et même si la loufoquerie est omniprésente, elle est faite avec sérieux, c'est à dire en pensant constamment le cinéma avant tout.
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Tyra
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Un de ces films "girl power / lesbien" consistant malheureusement en l'étalage de sentiments revanchards contre les hommes, ici tous pourris, dégueulasses, et qu'une Hulk au féminin dopée aux stéroïdes réduira en bouillie pour se libérer du patriarcat. Le plus étonnant est qu'à la fin, le couple lesbien est sauf, mais la femme Hulk s'avère aussi violente et toxique que les hommes, et on se demande bien pourquoi la pauvre Kirsten Stewart s'entiche d'une pareille brute.
Bref, c'est très laid et très con.
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sokol
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groil_groil a écrit :
ven. 12 juil. 2024 08:00
et puis j'aime surtout l'idée que, pour une fois, Dumont semble croire en ce qu'il fait, et se donne les moyens de réaliser vraiment ce qu'il veut faire. Ce qui m'insupporte le plus chez ce cinéaste, que par ailleurs j'aime beaucoup pour d'autres aspects, c'est quand il montre ouvertement au spectateur qu'il se fout complètement de ce qu'il fait, avec un cynisme et un je-m'en-foutisme flagrant, que personnellement je prends comme une insulte. Ici ce n'est jamais le cas, et même si la loufoquerie est omniprésente, elle est faite avec sérieux, c'est à dire en pensant constamment le cinéma avant tout.
Je pense que ça vient du fait que cette fois-ci il y avait des enjeux financiers considérables
"Le cinéma n'existe pas en soi, il n'est pas un langage. Il est un instrument d’analyse et c'est tout. Il ne doit pas devenir une fin en soi".
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groil_groil
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sokol a écrit :
ven. 12 juil. 2024 21:56
groil_groil a écrit :
ven. 12 juil. 2024 08:00
et puis j'aime surtout l'idée que, pour une fois, Dumont semble croire en ce qu'il fait, et se donne les moyens de réaliser vraiment ce qu'il veut faire. Ce qui m'insupporte le plus chez ce cinéaste, que par ailleurs j'aime beaucoup pour d'autres aspects, c'est quand il montre ouvertement au spectateur qu'il se fout complètement de ce qu'il fait, avec un cynisme et un je-m'en-foutisme flagrant, que personnellement je prends comme une insulte. Ici ce n'est jamais le cas, et même si la loufoquerie est omniprésente, elle est faite avec sérieux, c'est à dire en pensant constamment le cinéma avant tout.
Je pense que ça vient du fait que cette fois-ci il y avait des enjeux financiers considérables
si ça lui permet de faire des films un minimum sérieusement, tant mieux.
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sokol
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groil_groil a écrit :
lun. 15 juil. 2024 09:52
si ça lui permet de faire des films un minimum sérieusement, tant mieux.
Le problème est que le film a été une catastrophe en terme de rentabilité. Je pense que c'est plus que définitivement t e r m i n é pour lui, en ce qui concerne ce genre de projet et de budget. Si (si !!) il y aura des films de Bruno Dumont, ça serait des "Jeanne" et des "Jeannette". Et encore !
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Narval
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Kinds of Kindness - Yorgos Lanthimos
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Contrairement aux précédents films du réalisateur (La favorite, Pauvres créatures) qui ont cartonné en salles et raflé plein de prix en festivals, Kinds of sadness est un peu une parenthèse mal aimable dans la période récente de Lanthimos. Moins accessible (déjà par sa durée), plus retord (3 histoires très peu connectées) et surtout moins séduisant (pas de sous-texte féministe comme précédemment), il peine à trouver son public. Hormis les fans du cinéaste, je ne vois pas vraiment qui aurait envie de s'enfiler ces trois moyen métrages à la suite, et pour ces fans, pas sûr qu'ils trouvent leur compte tant l'exercice est rébarbatif. Kinds of Kindness est en fait symptomatique d'une industrie de film d'auteur qui aurait fini par atteindre un point limite, par se mordre la queue à force de ressasser les mêmes thèmes et de les traiter toujours de la même façon. Lanthimos, qui a pleinement pied dans le système américain, est toujours obsédé par les relations de domination/soumission, la sexualité dans le couple ou encore la cruauté humaine/animale, mais a perdu toute la subtilité et l'étrangeté, la retenue qui caractérisait ses premiers films grecs - avant The Lobster. Tout paraît plus gros, plus boursoufflé et écrit de façon moins inspiré. C'est une sorte de monstre de Frankenstein qui serait l'amalgame de trois plus petits films malades, pas très intéressants individuellement, rafistolés ensemble et alimentés avec quelques thématiques communes pour en faciliter la présentation. Mais ces trois films auraient très bien pu être dix ou cent. L'artificialité du projet n'a d'égal que le sentiment de vacuité qui surnage de toutes ces histoires à la fois sordides, absurdes et finalement peu provocatrices.

Telle une séance de court-métrage horrifique, chaque segment de ce triptyque repose sur un concept qui sera peu à peu révélé, une logique interne acceptée par le spectateur et dont le personnage personnage principal s'efforcera de s'échapper/s'émanciper, quitte à tomber dans le complotisme. Les sketchs sont de qualité et d'intérêt égal, même si j'ai personnellement trouvé le 1er plus prévisible, le second plus pénible niveau rythme et le 3ème plus gênant. Il n'y a pas de gradation ou de logique entre ces moyen métrages, on pourrait très bien en modifier l'ordre, ou les présenter sous forme de mini-série, un peu comme avait fait Wes Anderson récemment, tel des contes à visionner un par un. Certes, il y a un élément évident qui revient entre chaque film : le figurant nommé R.M.F qui donne son nom à chaque partie, mais c'est bien sûr une fausse piste, ou du moins un lien fabriqué de toute pièce pour créer une attente et dérouter le spectateur. Les vrais éléments récurrent sont moins assenés dans la figure mais sont tout de même là : des plans à trois, des chiens, des œufs, des blessures/mutilations ... Bref il y a des détails ou des motifs immuables dans cette matrice de personnages tous interprétés par les mêmes acteurs et actrices, mais les références aux autres histoires font vaguement sourire, si ce n'est ennuyer. Il y avait une bonne idée à faire jouer des rôles différents aux mêmes acteurs, où la puissance d'incarnation finirait par faire oublier l'interchangeabilité des personnages de fiction, mais le film finit par ressembler encore plus aux jeux d'un scénariste aidée d'une intelligence artificielle, programmée pour essayer de déranger le spectateur avec les codes du moment. Là est l'intérêt et aussi la limite du film. On prend plaisir à découvrir un nouvel échiquier, de nouvelles règles, de nouvelles dispositions de personnages, mais au final on ressort déçus (un peu comme chez Dupieux, comme dit plus haut sur ce topic), car de tout cela il n'échappe que des petits instants d'absurde réussis et très peu de mémoire.

Niveau mise en scène, c'est évidemment maîtrisé et l'atmosphère mortifère, anxiogène et clinique est réussie. On y visite des sièges de grosses entreprises, des morgues, des salons vétérinaires, un club MED avec option sauna, tout cela avec l'appui de cadres travaillés. Le décorum parfait pour faire évoluer des personnages neurasthéniques (Jess Plemmons et son prix d'interprétation que je ne comprends pas personnellement) et parfois quelques uns un peu plus haut en couleur comme ceux d'Emma Stone qui en livre 3/4 des plus chouettes et qui vaut à elle seule le déplacement. Si les absurdités stylistiques et les dialogues impossibles de Dafoe prêtent à sourire, j'ai été très déçu par les rôles de Hong Chau qui a visiblement été un peu oubliée lors de la distribution des textes et n'a doit à aucun moment pertinent. J'aurais aimé un film plus choral, plus généreux au niveau des personnages et de leurs forces de caractère, moins centrés sur les mêmes figures et archétypes d'écriture, moins "scénarisé". J'aurais aimé plus de bonté, de respect et d'amour entre les personnages et pas des relations uniquement basées sur des obligations/rapports de pouvoir... bref je demande la lune à un cinéaste au système beaucoup trop rodé car son "Kindness" est bien sûr aussi une fausse piste. Et globalement, toutes ces petites idées et retournements de situation, ces jeux avec le spectateur finissent par lasser quand ils n'exaspèrent pas carrément (le viol d'un personnage par son ex compagnon - moment assez pitoyable de gratuité -, la petite dose de cruauté animale qui va bien, la sextape faussement subversive...). La bonne nouvelle dans cet amas de petites histoires, c'est qu'on a peut-être échappé à autant de longs-métrages et que Lanthimos a au moins eu la bonne idée de les réunir et de ne pas les allonger pour avoir une durée d'exploitation raisonnable.
Modifié en dernier par Narval le lun. 15 juil. 2024 12:49, modifié 5 fois.
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groil_groil
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sokol a écrit :
lun. 15 juil. 2024 10:33
groil_groil a écrit :
lun. 15 juil. 2024 09:52
si ça lui permet de faire des films un minimum sérieusement, tant mieux.
Le problème est que le film a été une catastrophe en terme de rentabilité. Je pense que c'est plus que définitivement t e r m i n é pour lui, en ce qui concerne ce genre de projet et de budget. Si (si !!) il y aura des films de Bruno Dumont, ça serait des "Jeanne" et des "Jeannette". Et encore !
Perso j'aimerais autant qu'il arrête (chose qu'il aurait du faire depuis des années (décennies ? :D )
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Narval
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Promène-toi donc tout nu ! - Emmanuel Mouret (1998)
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Second métrage de Mouret, sous l'aile de la Fémis, d'une durée de 50 min, le film a une bonne première partie qui pose les enjeux parfaitement : sur le point de s'installer avec sa copine du moment, Clément (toujours interprété par Emmanuel Mouret - avec un léger accent du sud ici d'ailleurs) hésite car il a peur de ne pas avoir trouvé l'âme sœur. La scène pivot du film étant celle où il discute de son avenir avec son père (assez belle d'ailleurs). Et comme beaucoup de Rohmer, il faut l'aide d'un/d'une entremetteur/entremetteuse pour sceller le destin du personnage principal, ici, sa meilleure amie qui lui propose une expérience. Sous ces airs de contes moraux joueur, le film peine malheureusement à convaincre et intéresser dans la seconde moitié avec des situations prévisibles et un personnage principal de plus en plus antipathique. Le discours sous-jacent sur l'interchangeabilité des femmes est assez gênant. L'ennui poli gagne jusqu'au final qui est plutôt mignon mais qui ne bouscule rien. Restent les cadres rocailleux qu'on ne verra plus vraiment dans sa filmographie tant Mouret est ensuite devenu un réalisateur de la ville - voire de l'appartement - voire un ciénaste de chambre.

PS : c'est dispo sur arte. https://www.arte.tv/fr/videos/024896-0 ... c-tout-nu/
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Narval
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In water - Hong Sang-Soo
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J'avais raté les 2 derniers films (Walk up et De nos jours), un peu lassé il faut l'avouer. Ici, j'ai été attiré par la promesse d'un film de plage flou et donc par essence impressionniste (sentiment qui colore déjà ses autres films et qui est ici un peu poussé à l'extrême), car c'est toujours bien de voir un cinéaste aussi prolifique tenter de nouvelles choses. Ajouté à cela le resserrement extrême (à peine 1h) combiné avec ce tournage amateur entre amis qui se construit au fur et à mesure, il y a pas mal d'ingrédients pour me plaire. Le film articule plutôt bien les moments de contemplation (très courts cela dit) et les discussions entre les trois protagonistes qui portent sur leur budget, la préparation de leur film et leur passé respectifs, ce qui les fait exister au delà de leurs rôles assez établis. Le cinéaste repousse constamment les tournages, prend des pauses café ou clope à l'infini, fait la sieste, refait les prises sans en être content, tandis que l'actrice (jouée par Kim Seung-yun) et le cadreur finissent par prendre de l'autonomie et de l'épaisseur, quitte à forger une relation dont le cinéaste se retrouve exclu. Globalement les personnages tiennent, ce qui est plutôt chouette considérant qu'on ne s'attache jamais vraiment à leur visage mais qu'une grande partie d'eux est en fait laissée à l'interprétation. Le décor aussi, assez intéressant tant il oscille entre grands massifs quasi sauvages bordant des plages de rochers et artificialisation touristique flagrante, jusqu'à l'opposition entre nature et pollution humaine. Cette opposition est incarnée par deux fois dans le film, tout d'abord dans une rencontre entre le cinéaste et cette femme à l'imper blanc qui ramasse les ordures, puis lorsqu'il va recréer cette scène avec son actrice, iconisant le personnage plutôt que celle qui tient son rôle.
Parfaitement rythmé et agencé, In water peine cependant à surprendre réellement et se termine par une scène certes logique mais attendue et déjà vue maintes fois. Maintenant j'ai une question. Si l'utilisation du flou devient évidente dans le dernier plan, je me demande à quel moment de la conception du film et de quelle façon Hong Sang-Soo a utilisé ce flou.
Modifié en dernier par Narval le mar. 16 juil. 2024 10:30, modifié 2 fois.
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J'avais pourtant revu ce film il y a 2 étés, lors d'une rétrospective complète Adrian Lyne, mais j'ai déjà eu envie / besoin de revoir son chef-d'oeuvre, dans sa copie bluray achetée entre temps. Désormais je ne pense plus seulement que c'est le chef-d'oeuvre de Lyne, mais un chef-d'oeuvre absolu tous genres confondus, un des films dont je me sens le plus proche et que je reverrai chaque année ou presque, un film-cauchemar ou film-cerveau, appelez ça comme vous le voulez, à la hauteur d'un Angel Heart ou d'un Locataire, dont 100 visions ne suffiront jamais à percer tous les mystères. Je suis littéralement hanté par la puissance de ce film, l'un des plus beaux ayant été réalisés sur la question du deuil impossible d'un enfant, et ce même si film est loin de n'être "que" ça, et un film qui soulève des questionnements multiples et inépuisables. D'ailleurs à ce propos, j'ai une question à poser à ceux qui le connaissent, attention aux autres, arrêtez votre lecture ici. On comprend donc à la fin que le personnage est mort au Vietnam, et que tout ce qu'on voit censé se passer après son retour de guerre, est en fait imaginé lors de ces derniers instants de vie, le grand flash quelques instants avant le trépas, mais selon vous, est-ce que tout est imaginé de zéro, ou est-ce que ces derniers flashs sont un mélange entre ses souvenirs et ses projections ? J'entends par là : est-ce que le personnage est, avant d'aller au Vietnam, vraiment marié puis divorcé, avec 3 enfants, dont l'un est mort, est-ce qu'il a eu le temps d'avoir cette nouvelle compagne, etc., bref est-ce qu'il a eu avant le Vietnam cette vie qu'on pense qu'il a après, et qu'il se souvient, ou bien est-ce qu'au contraire, rien de tout cela n'a existé et ce n'est qu'une pure invention, que tout ça est factice, et une pure création de l'esprit avant de mourir ? Ou bien est-ce que tout simplement on n'en sait rien ? En tout cas, je suis littéralement hanté par ce pur joyau.

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C'est un chouette western mais j'avais lu que c'était l'un des fleurons du genre, et l'un des meilleurs Tourneur. Du coup, je suis doublement déçu car aucune de ces affirmations n'est vraie.

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Pour accompagner nos enfants, parce que notre fille voulait absolument le voir. On a bien ri, c'est chouette une séance en famille, et je crois avoir passé plus de temps à regarder rire ma fille que le film en lui-même, qui est très beau visuellement mais qui ne comporte strictement rien dedans susceptible d'intéresser un adulte.

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Revu ce chef-d'oeuvre dans sa récente copie bluray qui est absolument extraordinaire, à tel point qu'on a l'impression de vraiment découvrir le film. Film toujours aussi fabuleux, perturbant, magnifique, et toujours aussi injustement méconnu, car s'il commence à jouir d'une petite réputation en France avec le temps, il est toujours aussi ignoré à l'international, tout ça parce qu'il n'est pas signé "d'un grand nom", alors que si Herzog avait signé ce film (on n'en est vraiment pas loin) il serait adulé dans le monde entier.

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Revu avec les enfants qui sont fans de Daft Punk et qui ont vachement aimé. 20 ans après sa sortie (je l'avais vu en AP en présence des deux DP non masqués, ce qui était rare à l'époque), le film est toujours aussi bien, l'anim de Matsumoto chouette comme à la grande époque, J'avais oublié que le film était en 4/3, la référence à Phantom of the Paradise est omniprésente mais sans jamais que le film ne lui soit inféodé, il raconte énormément de choses, de manière fine et précise, sans aucune parole et en seulement une heure (comme quoi c'est possible) et surtout la musique de Daft Punk est vraiment l'une des plus belles et des plus imposantes de son temps.
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yhi
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L'actrice principale n'est pas Kim min-hee, elle joue seulement la femme au téléphone pour laquelle a été écrite la chanson de la fin (je crois)
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Narval
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Bien vu ! C'est dire à quel point les personnages sont difficiles à identifier. Et mine de rien c'est aussi intéressant s'il n'a pas choisi sa compagne comme perso principal.
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yhi a écrit :
lun. 15 juil. 2024 17:51
L'actrice principale n'est pas Kim min-hee, elle joue seulement la femme au téléphone pour laquelle a été écrite la chanson de la fin (je crois)
tout à fait, c'est la femme de la chanson.
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Frog River - Hajime Ishimine (2002)
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Ishimine est un réalisateur rare qui n'a que 3 films recensés entre 2002 et 2006, des comédies plutôt légères avec pour personnages principaux des parias, des paumés, la contre-culture du milieu DJ. Frog river est son premier essai et est plutôt maladroit, tous les gags ne fonctionnent pas et le film reste très innocent dans son traitement du passage à l'âge adulte/développement de la "masculinité" du héros, de même qu'il reste très terre à terre niveau mise en scène. Tsutomu est un étudiant japonais assez typique de part sa timidité et ses problèmes de communication avec les filles, mais sa mauvaise audition et ses passions pour mixer de la zik chez lui dénudé n'arrangent rien. Tout le film, il rêve d'une jeune fille jouant au tennis dont on ne verra jamais le visage et qui restera un fantasme inatteignable, idéal artificiel qui sert plus d'objectif scénaristique basique au personnage que de réel enjeu. Ce qui est en sourdine, c'est évidemment le grand saut dans le monde des adultes, chose qu'il ne fait que repousser depuis très jeune, alors qu'il hésite à sauter par dessus une petite rivière (et donc les grenouilles qui y vivent, rapport au titre). Tsutomu est plus victime du scénario qu'autre chose, notamment de son supposé "ami" (en réalité un fieffé salaud) qui va le foutre dans des embrouilles pas possibles. La scène pivot étant celle où cet ami le fait passer pour un homophobe dans un bar et qu'un duel de kendo est organisé pour régler les choses. Au travers du duel, il y a la possibilité de pouvoir enfin franchir la rivière. Mais tout cela m'amène à une chose : le traitement certes intéressant et plus rare à l'époque du milieu queer, mais qui aujourd'hui est forcément problématique. Tout y passe (gays plus ou moins efféminés, trans en période de transition à la limite de l'hystérie et même travestis surexcités) et cela aboutit à des scènes ni très pertinentes ni très subtiles, un peu comme pour afficher l'étrangeté de ces personnages sans les creuser. De ce fait, le film déçoit par la pauvreté d'écriture de ses personnages (notamment aucun personnage féminin vraiment présent), mais se tient tout de même au delà de son scénario absurde, de part la sincérité qui semble le porter. La représentation du milieu DJ et des disquaires est, elle, bien plus réussie et fidèle et aurait mérité bien plus de temps à l'écran. S'il fallait voir une scène du film, ça serait l'une des premières où Tsutomu mixe dans sa piaule et se désape progressivement dans sa chambre, entraîné par la musique et la chaleur, dans un mouvement de plaisir et d'extase continu. Curieux de voir les deux autres films du coup.

PS : C'est dispo sur Internet archive.
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Gone Girl fait partie des films qui se bonifient à chaque vision. J'en suis ici à ma 4ème et ça y est, il est définitivement entré au stade des classiques contemporains, ainsi que parmi les meilleurs films de Fincher (avec Zodiac, Millenium, The Social Network). C'est un régal de chaque instant, un film qui n'arrête pas de changer de direction, mais sans jamais perdre le spectateur, avec une progression en intensité à chaque nouvelle partie. Le film semble, à chaque couche de récit nouvelle, gagner en épaisseur, en profondeur. Ce qui m'épate le plus dans ce film, c'est la limpidité de la narration. ça va pourtant à 400 à l'heure (c'est Fincher), ça change tout le temps, le personnage ment ou dit la vérité, ça dépend des moments, mais jamais tu n'es perdu la moindre seconde, car la mise en scène de Fincher est telle qu'elle t'emporte, te guide, sans jamais douter. Brillant.
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Passionnant, libre et réjouissant, un grand Rivette que je n'avais pas encore vu, qui capte à merveille le Paris calme et paisible des 90's. (Enfin je ne veux pas dire que Paris était calme et paisible à cette époque mais que c'est celui qu'il souhaite filmer). La topographie a toujours été un élément déterminant de ces films, et c'est particulièrement flagrant ici. Seul bémol, se taper 5 ou 6 chansons en live d'Enzo Enzo, une torture, ainsi qu'une perfo live d'Anna Karina qui relève de l'abomination. Malgré ça, le film est magnifique et les 3 heures passent en un claquement de doigts.

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Souvenirs, Souvenirs - Pierre Clémenti - 1968

Nouveau film expérimental de Clémenti qui cette fois monte, toujours avec autant d'énergie et d'apparente anarchie, pas mal d'images de tournages dans lesquels il a pu jouer (on y aperçoit donc fugitivement Catherine Deneuve ou Bulle Ogier) ainsi que des musiciens (sans doute la bande à MarcO) et des images de Venise, ainsi que des chromos familiaux. Dans le même esprit que le reste de l'oeuvre, mais beau film, d'une durée idéale pour ce type d'ouvrage. Avec une sublime musique de Vincent Epplay (postérieure au film).
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groil_groil a écrit :
lun. 15 juil. 2024 14:23
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J'avais pourtant revu ce film il y a 2 étés, lors d'une rétrospective complète Adrian Lyne, mais j'ai déjà eu envie / besoin de revoir son chef-d'oeuvre, dans sa copie bluray achetée entre temps. Désormais je ne pense plus seulement que c'est le chef-d'oeuvre de Lyne, mais un chef-d'oeuvre absolu tous genres confondus, un des films dont je me sens le plus proche et que je reverrai chaque année ou presque, un film-cauchemar ou film-cerveau, appelez ça comme vous le voulez, à la hauteur d'un Angel Heart ou d'un Locataire, dont 100 visions ne suffiront jamais à percer tous les mystères. Je suis littéralement hanté par la puissance de ce film, l'un des plus beaux ayant été réalisés sur la question du deuil impossible d'un enfant, et ce même si film est loin de n'être "que" ça, et un film qui soulève des questionnements multiples et inépuisables. D'ailleurs à ce propos, j'ai une question à poser à ceux qui le connaissent, attention aux autres, arrêtez votre lecture ici. On comprend donc à la fin que le personnage est mort au Vietnam, et que tout ce qu'on voit censé se passer après son retour de guerre, est en fait imaginé lors de ces derniers instants de vie, le grand flash quelques instants avant le trépas, mais selon vous, est-ce que tout est imaginé de zéro, ou est-ce que ces derniers flashs sont un mélange entre ses souvenirs et ses projections ? J'entends par là : est-ce que le personnage est, avant d'aller au Vietnam, vraiment marié puis divorcé, avec 3 enfants, dont l'un est mort, est-ce qu'il a eu le temps d'avoir cette nouvelle compagne, etc., bref est-ce qu'il a eu avant le Vietnam cette vie qu'on pense qu'il a après, et qu'il se souvient, ou bien est-ce qu'au contraire, rien de tout cela n'a existé et ce n'est qu'une pure invention, que tout ça est factice, et une pure création de l'esprit avant de mourir ? Ou bien est-ce que tout simplement on n'en sait rien ? En tout cas, je suis littéralement hanté par ce pur joyau.
Ça fait un moment que je l'ai pas revu mais je dirais les deux. Je pense que l'explication est dans le titre, dans la Bible Jacob rêvant d'une échelle qui relie la terre et le ciel. On peut aussi l'entendre au sens d'antagonisme entre la vie et la mort, entre réalité et fiction qui se frictionneraient pour créer des visions troublantes. L'important n'étant pas dans ce qui se passe mais dans les émotions, le traumatisme étant l'émotion qui dépasse le seuil de l'admissible dans le cadre d'une réalité donnée.

La saga de jeux silent hill qui a été inspirée par le film explore davantage encore cette idée, surtout pour le 2 qui est le plus emblématique. L'histoire de base est réduite à son strict minimum, un homme allant dans une ville brumeuse pour retrouver sa femme qui lui a laissé cette lettre : "Rejoins-moi dans notre lieu à nous". Une des séquences les plus iconiques du jeu étant celle du début, le personnage regardant son reflet dans le miroir, une image qui exprime bien la dissociation et en même temps la confusion entre réalité et fiction, entre extérieur et intérieur. En tant que joueur, on s'immerge dans le traumatisme, l'expérience de jeu étant extrêmement dérangeante émotionnellement. C'est un peu contradictoire de dire ça,  mais ce n'est pas un jeu qu'on a plaisir à jouer, sachant que tout est fait pour nous déstabiliser que ce soit par la jouabilité (très rigide et manquant de visibilité), les bruitages et les visions cauchemardesques. Il y a également des fins alternatives qui concourrent à la confusion entre ce qui est réel, ce qui ne l'est pas ou ce qui peut l'être. Ce jeu est également devenu, comme le film, culte et sujet à diverses interprétations (qui brisent le quatrième mur pour certaines) parce que je pense qu'ils touchent à un point psychologique sensible qui fait que justement on s'intéresse aux fictions en les considérant comme réalité et vice-versa, la seule chose qui les relie étant l'émotion.
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groil_groil
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len' a écrit :
mer. 17 juil. 2024 12:31
groil_groil a écrit :
lun. 15 juil. 2024 14:23
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J'avais pourtant revu ce film il y a 2 étés, lors d'une rétrospective complète Adrian Lyne, mais j'ai déjà eu envie / besoin de revoir son chef-d'oeuvre, dans sa copie bluray achetée entre temps. Désormais je ne pense plus seulement que c'est le chef-d'oeuvre de Lyne, mais un chef-d'oeuvre absolu tous genres confondus, un des films dont je me sens le plus proche et que je reverrai chaque année ou presque, un film-cauchemar ou film-cerveau, appelez ça comme vous le voulez, à la hauteur d'un Angel Heart ou d'un Locataire, dont 100 visions ne suffiront jamais à percer tous les mystères. Je suis littéralement hanté par la puissance de ce film, l'un des plus beaux ayant été réalisés sur la question du deuil impossible d'un enfant, et ce même si film est loin de n'être "que" ça, et un film qui soulève des questionnements multiples et inépuisables. D'ailleurs à ce propos, j'ai une question à poser à ceux qui le connaissent, attention aux autres, arrêtez votre lecture ici. On comprend donc à la fin que le personnage est mort au Vietnam, et que tout ce qu'on voit censé se passer après son retour de guerre, est en fait imaginé lors de ces derniers instants de vie, le grand flash quelques instants avant le trépas, mais selon vous, est-ce que tout est imaginé de zéro, ou est-ce que ces derniers flashs sont un mélange entre ses souvenirs et ses projections ? J'entends par là : est-ce que le personnage est, avant d'aller au Vietnam, vraiment marié puis divorcé, avec 3 enfants, dont l'un est mort, est-ce qu'il a eu le temps d'avoir cette nouvelle compagne, etc., bref est-ce qu'il a eu avant le Vietnam cette vie qu'on pense qu'il a après, et qu'il se souvient, ou bien est-ce qu'au contraire, rien de tout cela n'a existé et ce n'est qu'une pure invention, que tout ça est factice, et une pure création de l'esprit avant de mourir ? Ou bien est-ce que tout simplement on n'en sait rien ? En tout cas, je suis littéralement hanté par ce pur joyau.
Ça fait un moment que je l'ai pas revu mais je dirais les deux. Je pense que l'explication est dans le titre, dans la Bible Jacob rêvant d'une échelle qui relie la terre et le ciel. On peut aussi l'entendre au sens d'antagonisme entre la vie et la mort, entre réalité et fiction qui se frictionneraient pour créer des visions troublantes. L'important n'étant pas dans ce qui se passe mais dans les émotions, le traumatisme étant l'émotion qui dépasse le seuil de l'admissible dans le cadre d'une réalité donnée.

La saga de jeux silent hill qui a été inspirée par le film explore davantage encore cette idée, surtout pour le 2 qui est le plus emblématique. L'histoire de base est réduite à son strict minimum, un homme allant dans une ville brumeuse pour retrouver sa femme qui lui a laissé cette lettre : "Rejoins-moi dans notre lieu à nous". Une des séquences les plus iconiques du jeu étant celle du début, le personnage regardant son reflet dans le miroir, une image qui exprime bien la dissociation et en même temps la confusion entre réalité et fiction, entre extérieur et intérieur. En tant que joueur, on s'immerge dans le traumatisme, l'expérience de jeu étant extrêmement dérangeante émotionnellement. C'est un peu contradictoire de dire ça,  mais ce n'est pas un jeu qu'on a plaisir à jouer, sachant que tout est fait pour nous déstabiliser que ce soit par la jouabilité (très rigide et manquant de visibilité), les bruitages et les visions cauchemardesques. Il y a également des fins alternatives qui concourrent à la confusion entre ce qui est réel, ce qui ne l'est pas ou ce qui peut l'être. Ce jeu est également devenu, comme le film, culte et sujet à diverses interprétations (qui brisent le quatrième mur pour certaines) parce que je pense qu'ils touchent à un point psychologique sensible qui fait que justement on s'intéresse aux fictions en les considérant comme réalité et vice-versa, la seule chose qui les relie étant l'émotion.
:jap: :jap: :jap:

Merci c'est parfait.
Un gars m'a aussi écrit ça sur SC :

Stricto, le présent est le Vietnam, le fantasme est les USA et n'a jamais eu lieu pour toute la partie où Jacob est en couple avec Jezebel.
Il y a toute une interprétation biblique, qui parle sans doute plus aux américains qu'à nous. Dans la bible, le nom de Jezebel intervient deux fois dans l'Ancien et le Nouveau Testament. Celle de l'Ancien est une femme mauvaise qui détourne de Dieu. Celle du Nouveau n'a pas meilleure réputation.
Tu peux interpréter le film de cette manière. Jacob meurt au Vietnam mais ne veut pas lâcher prise. A partir de là, il a le choix. Soit mourir (ce qu'il décide à la fin), soit revenir aux USA. Mais s'il revient aux USA, n'étant plus censé vivre, il verra des démons qui lui rendent la vie plutôt compliquée. Jezebel, sous son côté aimant, est celle qui le pousse à continuer dans cette voie.
L'échelle est à la fois le nom de la drogue comme elle est autant le moyen d'accéder à l'au-delà (un peu comme Dante descend les cercles de l'enfer et gravit ceux du Paradis). Littéralement, c'est aussi un rappel des expérimentations de la CIA durant la guerre froide, type projet Artichoke et consorts.
Jacob est probablement marié et père. Mais jamais il ne pourra retrouver sa vie d'avant. S'il choisit de vivre, il se détournera de Dieu et devra continuer à vivre avec Jezebel, les visions et tout et tout...
Donc il choisit de mourir avec la certitude de retrouver son fils au Paradis, celui-ci étant effectivement mort.
Maintenant, il y a plein de façons de lire le film, mais je pense qu'on ne peut pas passer sur l'inspiration de la Bible concernant l'écriture du scénario.
I like your hair.
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