Le Centre de Visionnage : Films et débats

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sokol
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cyborg a écrit :
mer. 23 nov. 2022 15:58
Non mais moi aussi je touche sans cesse mes cheveux, est-ce que ça fait de moi une fille légère ?
Avoue Sokol t'es jaloux ! On sait que t'as encore moins de cheveux que ton avatar sur ce forum :D ;)
:lol: :lol:

serieux : elle est filmé juste comme une pétasse. Une Kardashian 2.0 quoi !

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"Le cinéma n'existe pas en soi, il n'est pas un langage. Il est un instrument d’analyse et c'est tout. Il ne doit pas devenir une fin en soi".
Jean-Marie Straub
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Tamponn Destartinn
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Au secours, sokol....
Pétasse toi même
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sokol
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Tamponn Destartinn a écrit :
mer. 23 nov. 2022 17:17
Au secours, sokol....
Pétasse toi même
Pardon ?
"Le cinéma n'existe pas en soi, il n'est pas un langage. Il est un instrument d’analyse et c'est tout. Il ne doit pas devenir une fin en soi".
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cyborg
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Tamponn Destartinn a écrit :
mer. 23 nov. 2022 17:17
Au secours, sokol....
Pétasse toi même
Sokol à dit "elle est filmé comme une" ( = mise en scène lui donnant cet air), pas "elle est" une pétasse...
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Tamponn Destartinn
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cyborg a écrit :
mer. 23 nov. 2022 23:36
Tamponn Destartinn a écrit :
mer. 23 nov. 2022 17:17
Au secours, sokol....
Pétasse toi même
Sokol à dit "elle est filmé comme une" ( = mise en scène lui donnant cet air), pas "elle est" une pétasse...
D'accord.
Enfin, je suis en total désaccord avec ça, mais la nuance est réelle, j'ai mal lu et je m'excuse auprès de Sokol.
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sokol
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Tamponn Destartinn a écrit :
mer. 23 nov. 2022 23:48
je suis en total désaccord avec ça
Dis moi, à part caresser ses cheveux pendant 2h30, elle fait quoi d’autre ?
"Le cinéma n'existe pas en soi, il n'est pas un langage. Il est un instrument d’analyse et c'est tout. Il ne doit pas devenir une fin en soi".
Jean-Marie Straub
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Tamponn Destartinn
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CHRONIQUE D'UNE LIAISON PASSAGERE

Définitivement, je n'adhère pas au cinéma de Mouret.
Un truc qui ne trompe pas : si j'essaie de me rappeler de ses films précédents, je ne me rappelle de rien ! J'en ai beaucoup vu, mine de rien, mais même le plus récent Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait, c'est le néant total dans ma mémoire. (à part Emilie Dequenne)

Celui là est peut être mon film préféré. A voir comment il vieillit. Mais disons que j'aime bien son principe narratif, tout comme je le trouve particulièrement inspiré dans sa mise en scène, épurée et inventive en même temps, et la photo aussi est très belle. Alors quel est le problème ? A chaud, j'en vois deux. Le premier, c'est tout bêtement les dialogues. Ca prend toute la place et ça me gonfle régulièrement. Pas constamment : je trouve même les dernières phrases du personnage de McCaigne (et du film) assez bien trouvées. Mais trop régulièrement quand même. Le deuxième est de loin le plus gros : je ne crois pas en cette liaison. Surtout, je ne crois pas en leur passion. Je me souviens que certains ici trouvaient dommage de ne pas voir la femme de McCaigne. Faut que j'aille vous relire maintenant que j'ai vu le film, mais a priori, pas moi. J'aime qu'il garde jusqu'au bout ce principe. Par contre, l'autre principe, l'autre ellipse, ce sont les scènes de sexe. Je ne sais pas s'il aurait fallu les filmer. En tout cas, Mouret est incapable de filmer le désir, l'attirance, autrement qu'en donnant l'information par le dialogue. On est sensé les croire, mais je ne les crois pas. Ni le couple adultère de base, ni une fois l'arrivée du troisième personnage. De fait, je trouve que ça sonne faux. Et donc, cette mise en scène élégante dont je parlais avant n'était finalement peut être pas la bonne, car elle rate l'essentiel. C'est exactement la conclusion des personnages sur ce qu'ils ont vécu. A deux doigts de penser que c'est méta.
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Tamponn Destartinn
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sokol a écrit :
mer. 23 nov. 2022 23:59
Tamponn Destartinn a écrit :
mer. 23 nov. 2022 23:48
je suis en total désaccord avec ça
Dis moi, à part caresser ses cheveux pendant 2h30, elle fait quoi d’autre ?
Mais tous les personnages ne font rien d'autre.
Tout le film consiste à attendre de voir si des personnages vont faire autre chose que le peu qu'ils font ad lib, et de constamment ne pas combler cette attente.
Ce que j'aime bien avec ce personnage est qu'elle est la seule à ne pas faire semblant d'en avoir quelque chose à foutre de cette intrigue qui ne se lance de toute façon jamais. De fait, j'ai trouvé qu'elle était la moins ridicule de tous, et aussi un peu plus proche de Serra que bien d'autres.
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sokol
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Tamponn Destartinn a écrit :
jeu. 24 nov. 2022 00:10
sokol a écrit :
mer. 23 nov. 2022 23:59
Dis moi, à part caresser ses cheveux pendant 2h30, elle fait quoi d’autre ?
Mais tous les personnages ne font rien d'autre.
On est bien d'accord : elle ne fait que caresser ses cheveux.
"Le cinéma n'existe pas en soi, il n'est pas un langage. Il est un instrument d’analyse et c'est tout. Il ne doit pas devenir une fin en soi".
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groil_groil
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Tamponn Destartinn a écrit :
mer. 23 nov. 2022 11:56
asketoner a écrit :
mer. 23 nov. 2022 00:10
je suis sûr à 100% que le cinéaste lui-même la trouve mauvaise (je parle de la dernière heure).
A l'inverse total de ça, il est connu que Serra est ultraaaaa prétentieux, et j'ai notamment entendu qu'il dit partout en festival que les derniers 3/4 d'heure de Pacifiction est au dessus de tout ce qu'il s'est fait en terme de Cinéma depuis mille ans :D :D
t'es sérieux ?
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asketoner a écrit :
mer. 23 nov. 2022 11:07
cyborg a écrit :
mer. 23 nov. 2022 10:23
@asketoner : je m'attendais à ce que tu n'aimes pas :D
Je peux comprendre, mais dire que c'est du cinéma prudent me semble quand même une provocation :D Ou alors j'aimerais plus de cinéma prudent avec ces formes :D
J'ai quand même l'impression que ces formes dont tu parles sont devenues une norme. Maintenant qu'Albert Serra tourne en français, je me demande comment on va faire pour distinguer ses films de ceux de Virgil Vernier par exemple. :D
ta vanne est drôle :D mais de ce que je connais de Vernier (deux long métrages) je trouve que ça n'a rien à voir avec Serra (dont j'ai tout vu sauf le dernier. j'avais envie mais c'est trop long et à vous lire j'ai de moins en moins envie :D )
je trouve le cinéma de Vernier moins feignant, plus réflechi, et moins sûr de lui.
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Tamponn Destartinn
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groil_groil a écrit :
jeu. 24 nov. 2022 13:15
Tamponn Destartinn a écrit :
mer. 23 nov. 2022 11:56
asketoner a écrit :
mer. 23 nov. 2022 00:10
je suis sûr à 100% que le cinéaste lui-même la trouve mauvaise (je parle de la dernière heure).
A l'inverse total de ça, il est connu que Serra est ultraaaaa prétentieux, et j'ai notamment entendu qu'il dit partout en festival que les derniers 3/4 d'heure de Pacifiction est au dessus de tout ce qu'il s'est fait en terme de Cinéma depuis mille ans :D :D
t'es sérieux ?

Faut que je fasse plus gaffe quand j'écris : je ne dis pas qu'il a dit les choses exactement en ces termes là. Mais c'était dans l'idée.
Et j'insiste aussi sur le fait que ce sont des propos qu'on m'a rapporté. Je ne l'ai pas constaté de mes yeux.
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Narval
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Pareil j'ai pas compris le rapprochement entre les deux réalisateurs.
Vernier a une façon de brouiller docu et fiction qui est quand même à des années lumières du cinéma de Serra antinaturaliste.
Pour moi, Serra est un esthète hors du temps et surtout hors-sol (même si son dernier film s'écarte un peu de ça et que justement ça fait aussi plaisir), tandis que Vernier s'intéresse au territoire avec sa géographie et ses habitants avec un regard moderne.
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asketoner
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Narval a écrit :
jeu. 24 nov. 2022 19:49
Pareil j'ai pas compris le rapprochement entre les deux réalisateurs.
Vernier a une façon de brouiller docu et fiction qui est quand même à des années lumières du cinéma de Serra antinaturaliste.
Pour moi, Serra est un esthète hors du temps et surtout hors-sol (même si son dernier film s'écarte un peu de ça et que justement ça fait aussi plaisir), tandis que Vernier s'intéresse au territoire avec sa géographie et ses habitants avec un regard moderne.
Alors pour compléter mon panier garni des cinéastes tous-pareils : Gabriel Abrantes, Poggi/Vinel...
J'espère que parmi eux il y en aura un qui aura un truc à part, un truc un peu beau qui surgira, mais pour le moment j'avoue que je ne vois que leur académisme (d'un genre nouveau, certes).
Et franchement cette histoire de brouiller docu et fiction dans les films de Virgil Vernier, faudra m'expliquer parce que je ne comprends pas du tout où se trouve la brouille (j'ai vu Mercuriales et Sofia Antipolis). Si le docu c'est faire des plans lents avec une musique drone sur des bouts d'architecture moche, je ne suis pas certain de suivre. Mais j'irai voir le prochain film de Virgil Vernier, hein. Je n'ai pas tiré un trait sur son cinéma (par contre, Serra, pour ma part c'est un peu réglé).
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asketoner
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Saint-Omer, Alice Diop

C'est courageux de faire un film sur la façon dont l'absence d'amour se transmet. Ca l'est d'autant plus quand on ne cherche pas non plus à séduire, mais simplement à scruter ce vide qui fonde chacune des figures du film, jusqu'à ce qu'elles tombent une à une, et nous apparaissent dans leur plus stricte proximité avec la folie. Sans romantisme, sans délire : non, la folie est ici le saccage de toute intériorité, la destruction à l'oeuvre dans l'être, inexcusable, et à la fois logique, et pourtant pas tout à fait explicable : une machine de mort, c'est tout, qui avance, et qui veut bien s'arrêter une fois qu'elle a accompli sa tâche. Alice Diop décrit cette mécanique avec beaucoup de rigueur. Il lui faut du temps, de nombreux suspens, pour que chaque préjugé tombe, que chaque discours s'épuise, aussi bien dans la salle d'audience du tribunal que dans son récit. Cette salle d'audience, ce décor, n'est autre que la salle de cinéma. Assise parmi nous, se trouve l'un des deux personnages principaux, Rama, celle qui est venue observer le procès. L'autre, c'est Laurence Coly, la fiction, le monstre, le film rêvé. On la regarde. On regarde la façon dont Rama la regarde. Rama, c'est le cinéma. Saint-Omer, c'est le cinéma qui regarde un film. C'est vertigineux, un peu froid aussi, en tout cas très raide par moments. La rigueur d'Alice Diop est parfois appliquée, elle tend un peu trop vers la banalité, la redondance. Au début, c'est difficile d'accepter de suivre cette femme enceinte qui vient prendre des notes sur une affaire d'infanticide (pour un roman qu'on n'a pas très envie de lire). Quelque chose semble trop collé. Mais ça se décolle peu à peu. Le film trouve son envol. A la fin, quand on voit ce qu'il a pu atteindre, quand il se permet la voix de Nina Simone, quand l'émotion peut déferler, on en apprécie l'extrême subtilité, et le courage qui la sous-tend. Parce que le film ne parle pas que d'absence d'amour, non - il montre surtout la peur qu'entre les êtres il n'y ait rien. La peur, et parfois les faits qui assoient cette peur, indéniables. Saint-Omer nous met face à l'évidence : il est possible qu'aucun amour n'advienne. Laurence Coly en est la preuve : aucun amour n'a pu traverser sa vie, jamais, rien n'a pu la retenir de tuer sa fille. Saint-Omer la dévêt peu à peu, de tous les habits qu'on voudrait lui prêter : à la fin elle est nue, juste un visage, et on la regarde, et il n'y a rien derrière - rien à espérer d'autre que ce qui a eu lieu. Elle nous lance un regard que rien ne parvient à qualifier, et qui se pose, comme une malédiction peut-être, ou bien comme un témoin, sur notre angoisse. La folie, l'infanticide, nous servent de témoin. Pour que l'amour advienne, peut-être, malgré toutes les figures du malheur dont nous portons la mémoire, et auxquelles on voudrait surtout ne pas ressembler, mais qui nous peuplent pourtant. Alice Diop émaille son film de quelques scènes sur l'enfance de Rama. Ce sont de tout petits points presque timides, mais jamais anecdotiques. Un petit-déjeuner triste, une mère en larmes face au miroir. Presque rien, suffisamment pour donner la mesure d'un chagrin infini. Et à la fin, l'enfance resurgit, en vidéo, sous forme d'archives familiales - un film est venu la consoler, sans annuler la peur, sans réduire la folie, sans amoindrir les ravages de tout ce qui s'est éteint. Un film est né pour donner un peu plus confiance dans ce qui de toute façon adviendra.
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B-Lyndon
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asketoner a écrit :
jeu. 24 nov. 2022 22:31
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Saint-Omer, Alice Diop

C'est courageux de faire un film sur la façon dont l'absence d'amour se transmet. Ca l'est d'autant plus quand on ne cherche pas non plus à séduire, mais simplement à scruter ce vide qui fonde chacune des figures du film, jusqu'à ce qu'elles tombent une à une, et nous apparaissent dans leur plus stricte proximité avec la folie. Sans romantisme, sans délire : non, la folie est ici le saccage de toute intériorité, la destruction à l'oeuvre dans l'être, inexcusable, et à la fois logique, et pourtant pas tout à fait explicable : une machine de mort, c'est tout, qui avance, et qui veut bien s'arrêter une fois qu'elle a accompli sa tâche. Alice Diop décrit cette mécanique avec beaucoup de rigueur. Il lui faut du temps, de nombreux suspens, pour que chaque préjugé tombe, que chaque discours s'épuise, aussi bien dans la salle d'audience du tribunal que dans son récit. Cette salle d'audience, ce décor, n'est autre que la salle de cinéma. Assise parmi nous, se trouve l'un des deux personnages principaux, Rama, celle qui est venue observer le procès. L'autre, c'est Laurence Coly, la fiction, le monstre, le film rêvé. On la regarde. On regarde la façon dont Rama la regarde. Rama, c'est le cinéma. Saint-Omer, c'est le cinéma qui regarde un film. C'est vertigineux, un peu froid aussi, en tout cas très raide par moments. La rigueur d'Alice Diop est parfois appliquée, elle tend un peu trop vers la banalité, la redondance. Au début, c'est difficile d'accepter de suivre cette femme enceinte qui vient prendre des notes sur une affaire d'infanticide (pour un roman qu'on n'a pas très envie de lire). Quelque chose semble trop collé. Mais ça se décolle peu à peu. Le film trouve son envol. A la fin, quand on voit ce qu'il a pu atteindre, quand il se permet la voix de Nina Simone, quand l'émotion peut déferler, on en apprécie l'extrême subtilité, et le courage qui la sous-tend. Parce que le film ne parle pas que d'absence d'amour, non - il montre surtout la peur qu'entre les êtres il n'y ait rien. La peur, et parfois les faits qui assoient cette peur, indéniables. Saint-Omer nous met face à l'évidence : il est possible qu'aucun amour n'advienne. Laurence Coly en est la preuve : aucun amour n'a pu traverser sa vie, jamais, rien n'a pu la retenir de tuer sa fille. Saint-Omer la dévêt peu à peu, de tous les habits qu'on voudrait lui prêter : à la fin elle est nue, juste un visage, et on la regarde, et il n'y a rien derrière - rien à espérer d'autre que ce qui a eu lieu. Elle nous lance un regard que rien ne parvient à qualifier, et qui se pose, comme une malédiction peut-être, ou bien comme un témoin, sur notre angoisse. La folie, l'infanticide, nous servent de témoin. Pour que l'amour advienne, peut-être, malgré toutes les figures du malheur dont nous portons la mémoire, et auxquelles on voudrait surtout ne pas ressembler, mais qui nous peuplent pourtant. Alice Diop émaille son film de quelques scènes sur l'enfance de Rama. Ce sont de tout petits points presque timides, mais jamais anecdotiques. Un petit-déjeuner triste, une mère en larmes face au miroir. Presque rien, suffisamment pour donner la mesure d'un chagrin infini. Et à la fin, l'enfance resurgit, en vidéo, sous forme d'archives familiales - un film est venu la consoler, sans annuler la peur, sans réduire la folie, sans amoindrir les ravages de tout ce qui s'est éteint. Un film est né pour donner un peu plus confiance dans ce qui de toute façon adviendra.
Je ne te lis pas, tellement hâte de le voir !!
« j’aurais voulu t’offrir cent mille cigarettes blondes, douze robes des grands couturiers, l’appartement de la rue de Seine, une automobile, la petite maison de la forêt de Compiègne, celle de Belle-Isle et un petit bouquet à quatre sous »
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yhi
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asketoner a écrit :
jeu. 24 nov. 2022 22:31
Saint-Omer, Alice Diop
Merci d'avoir éclairé ma propre pensée. J'ai beaucoup aimé et un spectateur inconnu m'a abordé en sortie de salle (ce qui n'arrive presque jamais) pour évoquer son incompréhension face au film (le film passe étrangement dans le multiplexe à côté de chez moi, il risque d'en déconcerter plus d'un) et j'avais du mal à expliquer pourquoi j'avais aimé. La puissance du film, je pense, se trouve dans la manière dont Alice Diop arrive à arranger la froideur de la procédure judiciaire avec le fissurage émotionnel progressif de toutes les personnes impliquées. C'était d'ailleurs assez similaire dans La permanence. Et quelque chose sur la transmission mère/fille aussi. La beauté et la peur associée à cette transmission.
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Narval
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Alors pour compléter mon panier garni des cinéastes tous-pareils : Gabriel Abrantes, Poggi/Vinel...
J'espère que parmi eux il y en aura un qui aura un truc à part, un truc un peu beau qui surgira, mais pour le moment j'avoue que je ne vois que leur académisme (d'un genre nouveau, certes).
Pas vu le long du duo Poggi/Vinel, juste vu Diamantino de Abrantes (co-réalisé) et je vois toujours pas comment tu fourres ces cinéastes ensemble mais bon... c'est sans doute un très gros panier ?
Et franchement cette histoire de brouiller docu et fiction dans les films de Virgil Vernier, faudra m'expliquer parce que je ne comprends pas du tout où se trouve la brouille (j'ai vu Mercuriales et Sofia Antipolis).
Virgil Vernier c'est aussi filmer des institutions, notamment les jeunes policiers qu'il a beaucoup filmé (on retrouve ça dans les pompiers reconvertis en miliciens et leurs stages d'auto-défense dans Sophia Antipolis). Le fait qu'il ne prenne pas d'acteur pro, que tout le monde est mis en scène dans son "propre rôle", qu'il s'attache beaucoup à filmer les centre-ville avec tout ce que ça a de "moche" comme tu dis, les centre-commerciaux (Andorre...). Ces films sont le résultat de rencontres avec des gens, pas d'un scénario pré-écrit. On est très loin d'un Serra.

Y'a cette interview de Vernier qui éclaire bien son travail : https://youtu.be/i198Q8SRr3Y
Si le docu c'est faire des plans lents avec une musique drone sur des bouts d'architecture moche, je ne suis pas certain de suivre.
Là tu parles justement de l'apport du cinéaste et de comment il travaille le réel pour y insérer sa propre fiction (son regard ?). Ajouter de la musique extra-diégétique (peu importe le type de musique d'ailleurs) ce n'est pas renoncer au format documentaire pour moi, c'est juste y apporter quelque chose d'intime (cf Sokourov qui abuse de musique classique dans ses docus sur l'armée russe par ex). Bref je suis pas fermé sur ces termes, pour moi ces notions de docu-fiction n'ont de toute façon plus beaucoup de sens aujourd'hui, surtout avec ce genre de cinéma.

Au passage y'a Thermidor qui est dispo en ce moment et ça vaut le coup d’œil :D :
https://youtu.be/4scdCoaOiXY
Modifié en dernier par Narval le sam. 26 nov. 2022 00:23, modifié 2 fois.
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Narval a écrit :
ven. 25 nov. 2022 10:59
Au passage y'a Thermidor qui est dispo en ce moment et ça vaut le coup d’œil :D :
https://youtu.be/4scdCoaOiXY
Merci ! J'essaye de voir ça ce weekend.
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Narval
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yhi a écrit :
ven. 25 nov. 2022 17:05

Merci ! J'essaye de voir ça ce weekend.
Y'a aussi Andorre :
https://www.youtube.com/watch?v=032Za9QJbpI
Flics
https://www.youtube.com/watch?v=ke4mj-H2LG8
Vega
https://www.youtube.com/watch?v=8Ybh7i1HqyI
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B-Lyndon a écrit :
jeu. 24 nov. 2022 23:08

Je ne te lis pas, tellement hâte de le voir !!
C’est dingue : je viens de découvrir que la réalisatrice s’appelle Diop, ok, mais ce n’est pas Mati Diop de “Atlantique” mais une autre réalisatrice qui porte le meme nom de famille ! (Pour moi, “Nous” (que je n’ai pas vu) était un film de Mati Diop)

😳

Ps: pourquoi tu aimes tant Alice alors ?
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Vers la tendresse - Alice Diop

Nous observons des corps d'hommes dans l'espace public, remis en scène de façon assez ostensible, tandis qu'en voix-off nous entendons les témoignages de ces mêmes hommes mais réinterprétés par des acteurs. Cette approche est un peu surprenante car ici tout ce que nous percevons est faux : les corps sont dirigés, les timbres des voix ne sont pas ceux d'origines. Mais d'une façon surprenante cette construction presque "propre" par rapport à une captation brute permet de se concentrer sur le contenu des témoignages, plutôt rares : la vision de l'amour de membres des populations émigrés de la banlieue parisienne. Est-ce ceci qu'il faut pour "aller vers la tendresse" ? Une part de faux pour se concentrer sur l'essentiel ?

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"R.M.N.", peu ou prou synonyme d'IRM, est un choix de titre inscrivant le film dans une approche radioscopique, d'observation et d'auscultation. Cette technique est particulièrement utilisée dans la recherche des tumeurs et l'identification des cancers. Quel est donc le mal invisible qui ronge la société roumaine contemporaine ? Le racisme bien évidemment serions nous tenté de répondre avec prestance.

Mais la question du film est plus complexe : si le racisme est un symptôme, quel est l'origine du mal, d’où vient-il ?

L'Imagerie par Résonance Magnétique est une technique presque "magique" permettant de voir "à travers" les surfaces, en d'autre terme : de voir l'invisible. L'invisibilité est une des grandes dynamiques du film, surgissant en trois points interdépendants :

1/Le film s'ouvre avec un enfant rebroussant chemin dans la forêt, effrayé par un élément qui restera en hors-champs et dont la recherche est en quelque sorte le moteur symbolique principal du film (quelle peur ? d’où vient-elle ?). Nous apprendrons plus tard que l'enfant à semble-t-il vu l'invisible par un étrange don de vision prémonitoire : il a vu l'homme pendu qui se pendra plus tard dans le film, qui n'est autre que son grand-père, patriarche du village.

2/De cet homme nous ne saurons rien ou presque, si ce n'est qu'il est rongé par une maladie inconnue qui le conduira à réaliser une IRM (la fameuse) qui apparaitra de nombreuses fois à l'écran, manipulée par le héros du film (fils du pendu, père de l'enfant) qui bien qu'observant attentivement les images n'aura aucun moyen de les comprendre. L'invisibilité révélé se double d'une illisibilité : voir et montrer quelque chose ne suffit pas à le comprendre, encore moins à le guérir (humilité du réalisateur)

3/Ces fameuses images IRM sont la porte d'entrée dans la toute dernière partie du film, décrochage stylistique surprenant et qui est pour moi de l'ordre du rêve ou du fantasme. Juste avant cette longue séquence de fin, les scanners apparaissent une fois encore à l'image et occupent tout l'écran ou presque, avant d'être brutalement retirées de la vue de la caméra, qui continue plusieurs secondes à filmer un fond complétement flou. C'est pour moi le symbole du basculement à l'intérieur même de la tête du personnage principal : nous sommes désormais "dans sa tête", théorie qui me semble corroborée par le style de la réalisation plus flottant et incohérent que depuis le début, autant que par ce qui apparait à l'écran et durant lequel le "héros" se rêve en sauveur tant de sa copine que du village entier, son corps devenant rempart entre les habitations et les ours - que le réalisateur à clairement choisi de faire apparaitre comme des costumes, renforçant la fausseté de ce qui est vu et de ce que nous sommes censés craindre.

Cette filiation enfant/père/grand-père constitue pour moi la structure en creux du film et permet de souligner l'importance des rapport humains qui constituent l’étoffe invisible de notre société. Mais Mungiu de subtilement mettre en cause non pas les rapports humains mais bien ce qui les compose dans notre monde contemporain, à savoir nos rapports économiques et monétaires (eux aussi subtilement invisibles...). La clé de ce que j'avance me semble se trouver dans la longue -et très impressionnante- scène pivot du film, le plan séquence du tribunal populaire. Si les brefs échanges du couple et cette main qui est donnée puis reprise à plusieurs reprises a tant fait parler, cela a peut être fait oublier la façon dont le plan est construit. La figure occupant le plus d'espace à l'image est celle de la patronne. Bien que quasiment muette elle occupe une grande partie de l'écran. Car si Mungiu n'appuie que peu sur ce fait, c'est bien par elle que tout ces problèmes arrivent. C'est elle, et avec elle la vision d'une Europe economico-libérale, que vient pointer du doigt Mungiu. A l'arrière plan le peuple, beuglant des propos racistes extrêmement pénible à entendre, n'est pas tant dédouané par le réalisateur que posé comme dommage collatéral de ce type de décisions politiques. Entre ces deux pôles (l'économie devant / le peuple derrière) se trouve le couple et les rapports d'affection, d'amour, d’honnêteté qu'il est censé représenter et qui est pourtant grandement mis à mal par la société, la froideur des émotions et la fragilité à s'exprimer. Je pense que c'est ici, dans cet équilibre semblant irréconciliable; que se joue tout l'enjeu du film et du propos du réalisateur.

Que mes théories soient correctes ou non, Mungiu livre indéniablement avec RMN un très grand film aux ramifications aussi complexes et que passionnantes. Preuve en est, si besoin encore était, de l'excellence du cinéma roumain contemporain. Je me permettrais de conclure en citant deux films que m'ont évoqué le visionnage, me semblant prouver une certaine cohérence globale de la scène roumaine : Aurora de Puiu (2010), beaucoup plus taiseux, suivait lentement les déambulations d'un homme pendant 3 heures, sans que rien ne nous prépare au drame final (déjà avec un fusil !). Je disais déjà à l'époque qu'il était impossible de filmer "l'intérieur de la tête d'un homme". Plus proche de nous le loufoque "Bad Luck Banging or Loony Porn" de Radu Jude (2021) se construisait lui aussi en grande partie sur un tribunal populaire dans lequel pouvait circuler librement et sans censure la parole afin de condamner -ou non- un des membres du groupe. Qu'il pourrait être passionnant de mener des analyses croisées de tout ces films...


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Tamponn Destartinn
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Des nouvelles de deux cinéastes français apparus dans les années 90, qui ont été très important pour moi, mais qui m'ont beaucoup déçus récemment :

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COMA - BONELLO

J'aurais aimé l'aimer plus que ce qu'il en est vraiment.
Bonello a pour lui de tenter des choses. C'est un "petit" film fauché, fabriqué durant le confinement entre deux bien plus "gros" projets, donc il en profite pour expérimenter, comme s'il essayait de s'offrir une seconde jeunesse. D'ailleurs, c'est la troisième fois, après Nocturama et Zombi Child, qu'il filme la jeunesse en évoquant des sujets d'actualité, et qu'il ne fait que rappeler qu'il n'est plus jeune lui-même, totalement paumé sur les codes d'aujourd'hui. Ca me gêne moins cette fois-ci, car il cherche moins à s'approprier un monde qui n'est pas le sien. Il est plus dans un à-côté qui a son charme.


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FRERE ET SOEUR - DESPLECHIN

J'y ai presque cru au début.
Les deux premières scènes, surtout la seconde, rappellent que Desplechin n'est pas n'importe quel metteur en scène. Le problème est au service de quoi il se met. La réponse me désespère : encore une histoire de haine de famille, qui plus est un décalque de la pire qu'il avait jusqu'à présente écrite ! A savoir celle d'Un Conte de Noel, où Anne Consigny jouait une soeur à l'immense balai dans le cul qui après avoir décrété qu'elle déteste son frère fantasque, parfois rustre mais plein de charme, elle le bannit de la famille. C'était la partie du film que je détestais, et donc rebelote ici. Même si cette fois, Cotillard se débrouille mieux que Poupaud dans le sur-jeu imposé, permettant peut-être un meilleur équilibre entre les deux camps, mais il n'y a pas de quoi non plus se réjouir. Je ne sais pas ce que Desplechin cherche à régler comme compte, et je m'en fous. De ce que j'ai cru comprendre, sa guerre avec Rochant a donné son meilleur film Comment je me suis disputé..., et sa séparation avec sa compagne Denicourt l'a autorisé à lui piquer son histoire personnelle sans son consentement avec Rois et Reine. Bon, c'est dans les faits jamais très jojo, mais avant ça donnait des beaux films. Là, son règlement de compte est juste énervant, pue la bourgeoisie mal placé, notamment quand il insère dedans une femme roumaine pour enjoliver le personnage féminin et qu'il finit par un voyage en Afrique pour se ressourcer. (je pense que ces coussins de la honte sont, consciemment ou non, une façon d'enterrer encore plus le personnage de Cotillard, à vrai dire)
Bref. Autant je suis sûr de ne jamais avoir envie de devenir un proche de Desplechin, autant j'aimerais bien redevenir proche de son Cinéma...
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asketoner
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cyborg a écrit :
lun. 28 nov. 2022 00:08

"R.M.N.", peu ou prou synonyme d'IRM, est un choix de titre inscrivant le film dans une approche radioscopique, d'observation et d'auscultation. Cette technique est particulièrement utilisée dans la recherche des tumeurs et l'identification des cancers. Quel est donc le mal invisible qui ronge la société roumaine contemporaine ? Le racisme bien évidemment serions nous tenté de répondre avec prestance.

Mais la question du film est plus complexe : si le racisme est un symptôme, quel est l'origine du mal, d’où vient-il ?

L'Imagerie par Résonance Magnétique est une technique presque "magique" permettant de voir "à travers" les surfaces, en d'autre terme : de voir l'invisible. L'invisibilité est une des grandes dynamiques du film, surgissant en trois points interdépendants :

1/Le film s'ouvre avec un enfant rebroussant chemin dans la forêt, effrayé par un élément qui restera en hors-champs et dont la recherche est en quelque sorte le moteur symbolique principal du film (quelle peur ? d’où vient-elle ?). Nous apprendrons plus tard que l'enfant à semble-t-il vu l'invisible par un étrange don de vision prémonitoire : il a vu l'homme pendu qui se pendra plus tard dans le film, qui n'est autre que son grand-père, patriarche du village.

2/De cet homme nous ne saurons rien ou presque, si ce n'est qu'il est rongé par une maladie inconnue qui le conduira à réaliser une IRM (la fameuse) qui apparaitra de nombreuses fois à l'écran, manipulée par le héros du film (fils du pendu, père de l'enfant) qui bien qu'observant attentivement les images n'aura aucun moyen de les comprendre. L'invisibilité révélé se double d'une illisibilité : voir et montrer quelque chose ne suffit pas à le comprendre, encore moins à le guérir (humilité du réalisateur)

3/Ces fameuses images IRM sont la porte d'entrée dans la toute dernière partie du film, décrochage stylistique surprenant et qui est pour moi de l'ordre du rêve ou du fantasme. Juste avant cette longue séquence de fin, les scanners apparaissent une fois encore à l'image et occupent tout l'écran ou presque, avant d'être brutalement retirées de la vue de la caméra, qui continue plusieurs secondes à filmer un fond complétement flou. C'est pour moi le symbole du basculement à l'intérieur même de la tête du personnage principal : nous sommes désormais "dans sa tête", théorie qui me semble corroborée par le style de la réalisation plus flottant et incohérent que depuis le début, autant que par ce qui apparait à l'écran et durant lequel le "héros" se rêve en sauveur tant de sa copine que du village entier, son corps devenant rempart entre les habitations et les ours - que le réalisateur à clairement choisi de faire apparaitre comme des costumes, renforçant la fausseté de ce qui est vu et de ce que nous sommes censés craindre.

Cette filiation enfant/père/grand-père constitue pour moi la structure en creux du film et permet de souligner l'importance des rapport humains qui constituent l’étoffe invisible de notre société. Mais Mungiu de subtilement mettre en cause non pas les rapports humains mais bien ce qui les compose dans notre monde contemporain, à savoir nos rapports économiques et monétaires (eux aussi subtilement invisibles...). La clé de ce que j'avance me semble se trouver dans la longue -et très impressionnante- scène pivot du film, le plan séquence du tribunal populaire. Si les brefs échanges du couple et cette main qui est donnée puis reprise à plusieurs reprises a tant fait parler, cela a peut être fait oublier la façon dont le plan est construit. La figure occupant le plus d'espace à l'image est celle de la patronne. Bien que quasiment muette elle occupe une grande partie de l'écran. Car si Mungiu n'appuie que peu sur ce fait, c'est bien par elle que tout ces problèmes arrivent. C'est elle, et avec elle la vision d'une Europe economico-libérale, que vient pointer du doigt Mungiu. A l'arrière plan le peuple, beuglant des propos racistes extrêmement pénible à entendre, n'est pas tant dédouané par le réalisateur que posé comme dommage collatéral de ce type de décisions politiques. Entre ces deux pôles (l'économie devant / le peuple derrière) se trouve le couple et les rapports d'affection, d'amour, d’honnêteté qu'il est censé représenter et qui est pourtant grandement mis à mal par la société, la froideur des émotions et la fragilité à s'exprimer. Je pense que c'est ici, dans cet équilibre semblant irréconciliable; que se joue tout l'enjeu du film et du propos du réalisateur.

Que mes théories soient correctes ou non, Mungiu livre indéniablement avec RMN un très grand film aux ramifications aussi complexes et que passionnantes. Preuve en est, si besoin encore était, de l'excellence du cinéma roumain contemporain. Je me permettrais de conclure en citant deux films que m'ont évoqué le visionnage, me semblant prouver une certaine cohérence globale de la scène roumaine : Aurora de Puiu (2010), beaucoup plus taiseux, suivait lentement les déambulations d'un homme pendant 3 heures, sans que rien ne nous prépare au drame final (déjà avec un fusil !). Je disais déjà à l'époque qu'il était impossible de filmer "l'intérieur de la tête d'un homme". Plus proche de nous le loufoque "Bad Luck Banging or Loony Porn" de Radu Jude (2021) se construisait lui aussi en grande partie sur un tribunal populaire dans lequel pouvait circuler librement et sans censure la parole afin de condamner -ou non- un des membres du groupe. Qu'il pourrait être passionnant de mener des analyses croisées de tout ces films...


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Tu as raison pour la patronne.
Et j'ajouterais aussi : le jeune homme. Sa présence (au début on ne connait pas ses positions, puis ses hochements de tête et applaudissements finissent par nous indiquer où il décide de se situer dans le débat) ajoute à la tension générale du plan. C'est sans espoir : il n'y aura pas de relève.
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Aucun ours, Jafar Panahi

Comme d'habitude, c'est excellent. Du cinéma qui pense tout le temps, qui ne s'arrête pas de penser.
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@asketoner : tu parles du jeune à gauche au premier plan ? Je t'avoue n'avoir prêté aucune attention à lui et ne pas m'en souvenir, mais vu sa place à l'image il a surement un rôle oui !
Tu dis qu'il s'agite en faveur des propos du peuple c'est ça ?
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cyborg a écrit :
lun. 28 nov. 2022 12:04
@asketoner : tu parles du jeune à gauche au premier plan ? Je t'avoue n'avoir prêté aucune attention à lui et ne pas m'en souvenir, mais vu sa place à l'image il a surement un rôle oui !
Tu dis qu'il s'agite en faveur des propos du peuple c'est ça ?
Oui exactement. C'est le visage le plus gros. Et il intervient très peu, mais à un moment (je ne sais plus lequel exactement parce qu'il se passe tellement de choses en même temps) il s'emballe, et c'est tout sauf rassurant.
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asketoner a écrit :
lun. 28 nov. 2022 12:09

Oui exactement. C'est le visage le plus gros. Et il intervient très peu, mais à un moment (je ne sais plus lequel exactement parce qu'il se passe tellement de choses en même temps) il s'emballe, et c'est tout sauf rassurant.
Je l'avais vu aussi. Pour moi, lui c'est le cinéaste (selon ce dernier, c'est "no exit").

Cela dit, Mungiu a l'honnêteté de donne la parole à la patronne aussi (quand Csilla démissionne, la patronne dit qu'elle aura plein de dettes etc etc).
"Le cinéma n'existe pas en soi, il n'est pas un langage. Il est un instrument d’analyse et c'est tout. Il ne doit pas devenir une fin en soi".
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cyborg a écrit :
lun. 28 nov. 2022 00:08
c'est bien par elle que tout ces problèmes arrivent. C'est elle, et avec elle la vision d'une Europe economico-libérale, que vient pointer du doigt Mungiu.
Ah ça, on ne peut le nier : il continue d’être sacrément misogyne (depuis son "4 mois, 3 semaines.." d'ailleurs). il aurait très bien pu faire de la patronne un patron. Eh bien non, c'en est une. Et je ne parle pas de l'ex du héros qui est filmé comme une merde (mais ça, je l'ai déjà dit).
;)
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@sokol Je n'avais pas vu ce choix de "patronne" comme misogyne (en tout cas ce n'est pas ce que je voulais dire en disant "elle", plutôt ce qu'elle incarne et la voix libérale parlant à travers elle) mais tu as peut-être raison.
Étrangement je n'ai pas vu les autres films de Mungiu, je me confesse haha ! Donc je ne connais pas trop ses habitudes...

Son ex est filmé "comme une merde" mais c'est surtout à cause du héros qui la malmène et qui est lui même une merde.
Il n'y a pas grande monde à sauver dans le film, si ce n'est l'assistante de la patronne peut-être, une femme donc !
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asketoner a écrit :
lun. 28 nov. 2022 12:03
Comme d'habitude, c'est excellent. Du cinéma qui pense tout le temps, qui ne s'arrête pas de penser.
J'ai beaucoup beaucoup aimé le film mais ce qui m'embête c'est que ça donne l'impression que quand Panahi n'aura plus son propre enfermement a filmer il ne lui restera pas grand chose.
J'aimerais voir un film de lui qui sorte un peu de ce cadre pour me prouver qu'il sait encore y faire sans ça.
Et en même temps ça reste brillant donc on a envie d'en reprendre une tranche.
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cyborg a écrit :
lun. 28 nov. 2022 13:04
mais c'est surtout à cause du héros qui la malmène et qui est lui même une merde.
Dis tu ! Or, il est très très tendrement filmé (tandis que, Puiu par ex, il avait pris sur ses épaules le rôle principal du 'monstre' dans son "Aurora", pour le meilleur et pour le pire).
cyborg a écrit :
lun. 28 nov. 2022 13:04

Il n'y a pas grande monde à sauver dans le film, si ce n'est l'assistante de la patronne peut-être, une femme donc !
Il ne l'aime pas trop non plus. C'est son héros principal qui est sauvé, malgré tout (via la toute dernière scène : reve/réalité).

ps: R.M.N veut dire RouMaNie aussi
Modifié en dernier par sokol le lun. 28 nov. 2022 14:05, modifié 3 fois.
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yhi a écrit :
lun. 28 nov. 2022 13:06
asketoner a écrit :
lun. 28 nov. 2022 12:03
Comme d'habitude, c'est excellent. Du cinéma qui pense tout le temps, qui ne s'arrête pas de penser.
J'ai beaucoup beaucoup aimé le film mais ce qui m'embête c'est que ça donne l'impression que quand Panahi n'aura plus son propre enfermement a filmer il ne lui restera pas grand chose.
J'aimerais voir un film de lui qui sorte un peu de ce cadre pour me prouver qu'il sait encore y faire sans ça.
Et en même temps ça reste brillant donc on a envie d'en reprendre une tranche.
J'aimerais beaucoup qu'un jour il n'ait plus son enfermement à filmer, mais malheureusement je ne suis pas certain que ce jour advienne bientôt.
Et ce que je trouve fort, c'est que sa situation est toujours le biais par lequel il va, non seulement réaliser un autoportrait, mais aussi un portrait, plus large, de la société iranienne. Ici, par exemple, il parle des rapports entre les citadins et les villageois, entre les femmes et les hommes, entre ceux qui partent et ceux qui refusent de partir... C'est quand même très vaste. Il y a des fictions qui sont incapables d'aborder autant de sujets, autant de perspectives. Et c'est ça qui est très émouvant : il n'a plus le droit de rien regarder, mais il voit quand même.
(J'ai pensé à As Bestas pendant le film de Panahi : c'est dingue, me suis-je dit, la différence de positionnement, entre Panahi qui tente de comprendre, de donner la parole aux villageois alors qu'il n'en est pas un lui-même, et Sorogoyen qui se contente de son petit titre dégueulasse.)
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yhi a écrit :
lun. 28 nov. 2022 13:06
J'aimerais voir un film de lui qui sorte un peu de ce cadre pour me prouver qu'il sait encore y faire sans ça.
Mais tu plaisantes, j'espere ! Depuis 2014 il était en résidence surveillé puis, depuis juillet 2022, carrément en taule !! Comment veux-tu qui fasse différemment ? D'ailleurs, quand il faisait 'différemment' du cinéma, il a fait des merveilles comme par ex "Le Cercle"
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asketoner a écrit :
lun. 28 nov. 2022 13:59

J'ai pensé à As Bestas pendant le film de Panahi : c'est dingue, me suis-je dit, la différence de positionnement, entre Panahi qui tente de comprendre, de donner la parole aux villageois alors qu'il n'en est pas un lui-même, et Sorogoyen qui se contente de son petit titre dégueulasse.)
:jap: :jap: :jap: (même si je n'ai pas vu le film. Mais c'est comme si (j'avais vu son précédent :cry: )
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yhi a écrit :
lun. 28 nov. 2022 13:06
asketoner a écrit :
lun. 28 nov. 2022 12:03
Comme d'habitude, c'est excellent. Du cinéma qui pense tout le temps, qui ne s'arrête pas de penser.
J'ai beaucoup beaucoup aimé le film mais ce qui m'embête c'est que ça donne l'impression que quand Panahi n'aura plus son propre enfermement a filmer il ne lui restera pas grand chose.
J'aimerais voir un film de lui qui sorte un peu de ce cadre pour me prouver qu'il sait encore y faire sans ça.
Et en même temps ça reste brillant donc on a envie d'en reprendre une tranche.
Trois visages, c'était déjà un peu hors de ce cadre, non ?
Enfin, c'était fait dans ce cadre, mais on est pas au courant, on le voit pas, je pense.
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yhi
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asketoner a écrit :
lun. 28 nov. 2022 13:59
Et ce que je trouve fort, c'est que sa situation est toujours le biais par lequel il va, non seulement réaliser un autoportrait, mais aussi un portrait, plus large, de la société iranienne. Ici, par exemple, il parle des rapports entre les citadins et les villageois, entre les femmes et les hommes, entre ceux qui partent et ceux qui refusent de partir...
Ha oui, mais je suis bien d'accord, ça rend le film assez vertigineux même. Mais il y reste un arrière goût d'autocentré. Trois visages était en effet moins tourné autour de l'idée d'enfermement mais Panahi y avait aussi un rôle assez central (de mémoire) qui le mettait en avant. Pour répondre à Sokol, je ne dis pas que ce traitement n'est pas à raison, et c'est ça qui font que les films restent extrêmement forts. Je me demande juste si les films seraient aussi puissants s'il ne jouaient pas autant de ce statut. Si d'un coup il était absous et laissé tranquille par le régime, je me demande quel film il serait encore capable de faire.
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yhi
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Sinon, je trouve la comparaison avec As bestas un peu déplacée. Ca fait encore un grand sac dans lequel tu essayes de regrouper des éléments non comparables il me semble.

Le film de Panahi est éminemment politique. Je ne pense pas qu'As bestas ait plus d'ambition que d'être un bon divertissement (l'objectif n'étant pas de considérer une population donnée, mais de construire des archétypes au service d'une intrigue qu'on veut palpitante je dirais)
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yhi a écrit :
lun. 28 nov. 2022 23:35
Je ne pense pas qu'As bestas ait plus d'ambition que d'être un bon divertissement (l'objectif n'étant pas de considérer une population donnée, mais de construire des archétypes au service d'une intrigue qu'on veut palpitante je dirais)
Dans ce cas faut juste qu'on me prévienne, et alors je n'y serais pas allé. Mais quand même on a répété partout que Sorogoyen était un très grand cinéaste (même pas un grand : un très grand). Et moi je pensais naïvement que les très grands cinéastes ne s'amusaient pas à faire des divertissements avec des archétypes.
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Coma, Bertrand Bonello

Ce qui est tout de suite frappant dans un film de Bonello, c'est l'attention accordée au son. Ce n'est pas seulement beau, c'est aussi très singulier. On entre par l'oreille. Et l'image semble entraînée, conduite par la musicalité à l'oeuvre. La mise en scène et le montage, au diapason.
Coma hésite un peu, entre la lettre à la fille qui devient adulte et celle, plus grandiloquente, à la jeunesse qui vient, et à laquelle Bonello promet le printemps. C'est mignon, charmant, un peu bourgeois aussi. Le mix (d'images, de textures, de sources, de niveaux de réalité) devient une grosse mixture. Le cinéaste brasse large à défaut de scruter précisément. Il esquive l'intimité (mais il en appelle la chaleur, la tessiture, le ton), la profondeur (mais pas le sens : Deleuze est pop, comme tout le monde)... Bref, il ne prend plus aucun risque, ni d'être un peu trop sec, ni trop fou, ni trop intello, ni trop larmoyant. Et à la fin, il n'y a plus grand chose. Une grande maîtrise - qui ne coûte plus rien à personne.
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Tiens, si je revenais faire un tour ici...

Totalement d'accord avec toi Asky sur As Bestas, c'est un pur film d'archétypes, qui repose entièrement sur des effets de scénario. Une de mes grosses déceptions de l'année.
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SAINT-OMER - Alice Diop (2022)

Qu'est-ce qui m'empêche d'être vraiment convaincu par ce film au sujet pourtant fort, à l'interprétation habitée, au rythme captivant, aux images hypnotiques qui prennent toujours le temps d'observer et regarder vraiment les visages, qualité si rare au cinéma ?

Ca tient probablement à un effet de mise en scène.
L'accusée a la parole. La défense a la parole. Les spectateurs du procès ont la parole aussi. Il n'y en a qu'un qui n'a pas vraiment la parole: le procureur.
Chaque fois qu'il parle, soit il est interrompu par un effet de montage, soit le son baisse, soit un plan montre à quel point ses mots sont ressentis comme une violence par l'assistance. Il est pourtant un élément essentiel du procès, mais la mise en scène cherche toujours à casser son discours d'une manière ou d'une autre.

J'ai lu que l'idée était de rendre toute leur complexité à l'affaire et aux personnages, en évitant les accusations et explications simplistes, et l'émotionnel facile des articles de presse ayant relaté l'audience.
Il me semble que le film y serait justement mieux parvenu en laissant s'exprimer toutes les parties, et qu'au final, en dépit de plusieurs séquences puissantes, il bascule ici parfois dans une autre forme de simplisme et d'émotionnel.
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Narval
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sokol a écrit :
lun. 28 nov. 2022 12:43
Ah ça, on ne peut le nier : il continue d’être sacrément misogyne (depuis son "4 mois, 3 semaines.." d'ailleurs). il aurait très bien pu faire de la patronne un patron. Eh bien non, c'en est une. Et je ne parle pas de l'ex du héros qui est filmé comme une merde (mais ça, je l'ai déjà dit).
;)
Je vois pas comment on peut penser que Mungiu est misogyne après des films comme Au delà des collines ou 4 mois, 3 semaines 2 jours... Faut arrêter de prêter des intentions pareilles au cinéastes là... les hommes ont pas le monopole de la merde quand même :D
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Narval a écrit :
mar. 29 nov. 2022 00:32

Je vois pas comment on peut penser que Mungiu est misogyne après des films comme 4 mois, 3 semaines 2 jours...
Parce qu’il filme le fétus pendant des secondes et des secondes entière en plan fixe (or, le plan fixe est inexistant durant tout le film).

Mais Godard aussi était misogyne quand il s'y mettait hein ?! Tarkovski aussi. Bergman on n'en parle pas. Tout le contraire de Fassbinder, Demy ou Minelli.
"Le cinéma n'existe pas en soi, il n'est pas un langage. Il est un instrument d’analyse et c'est tout. Il ne doit pas devenir une fin en soi".
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yhi a écrit :
lun. 28 nov. 2022 23:32
Si d'un coup il était absous et laissé tranquille par le régime, je me demande quel film il serait encore capable de faire.
Tu me fais penser à Ismaïl Kadaré, le plus grand écrivain albanais (encore vivant !) de tous les temps, maintes fois candidat du prix Nobel de littérature. Jusqu'en 1990 (la chute de ce qu'on appelle le communisme) il a écrit quasiment que des merveilles. Depuis, que des médiocrités. Or, c'est exactement le même écrivain, comme on dit.

Je veux dire : du moment qu'il s'agit de l'art (et pas simplement de business ou de l'industrie), il est impossible d'extrapoler (si..., ). Ce qui prouve que, l'histoire de l'art, tout comme l'histoire tout court, on ne peut l'écrire avec des "si". Ou alors, il ne s'agit pas de l'art.
"Le cinéma n'existe pas en soi, il n'est pas un langage. Il est un instrument d’analyse et c'est tout. Il ne doit pas devenir une fin en soi".
Jean-Marie Straub
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B-Lyndon
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asketoner a écrit :
lun. 28 nov. 2022 23:57
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Coma, Bertrand Bonello

Ce qui est tout de suite frappant dans un film de Bonello, c'est l'attention accordée au son. Ce n'est pas seulement beau, c'est aussi très singulier. On entre par l'oreille. Et l'image semble entraînée, conduite par la musicalité à l'oeuvre. La mise en scène et le montage, au diapason.
Coma hésite un peu, entre la lettre à la fille qui devient adulte et celle, plus grandiloquente, à la jeunesse qui vient, et à laquelle Bonello promet le printemps. C'est mignon, charmant, un peu bourgeois aussi. Le mix (d'images, de textures, de sources, de niveaux de réalité) devient une grosse mixture. Le cinéaste brasse large à défaut de scruter précisément. Il esquive l'intimité (mais il en appelle la chaleur, la tessiture, le ton), la profondeur (mais pas le sens : Deleuze est pop, comme tout le monde)... Bref, il ne prend plus aucun risque, ni d'être un peu trop sec, ni trop fou, ni trop intello, ni trop larmoyant. Et à la fin, il n'y a plus grand chose. Une grande maîtrise - qui ne coûte plus rien à personne.
Non mais alors là on ne peut plus d'accord !
Un truc sauve un peu le film de la cata : l'humour. J'ai beaucoup ri !! (surtout quand Gaspard Ulliel cite des tweets de Trump en poupée Barbie :D )
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cyborg
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Une rivière nommée Titash - Ritwik Ghatak


Ayant désormais vu un certain nombre de films indiens, il me semble que seul ce pays peut livrer un tel film, aussi fou, aussi libre, aussi déconcertant.
Film-fleuve dans tous les sens du terme, Une rivière nommée Titash se déroule sur les berges du Titash -un personnage à part entière- et met en scène différents habitants. S'ouvrant comme un film quasi-mythologique mélangeant mariage forcé et folie, puis se transformant en film politique sur les conditions de vies des pécheurs, le tout entrecoupé de courses de bateau et d'autres histoires de famille, le résultat est aussi sidérant -surtout plastiquement- qu'éreintant et partiellement incompréhensible pour qui ne connait que très superficiellement la culture indienne (comme moi).


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Comme dans le dernier Mungiu, RMN, il est question d'ours chez Panahi. Et chez l'un comme chez l'autre les ours n'existent pas, du moins pas physiquement. Mais si il n'y a "aucun ours" cela veut bien sur dire qu'il n'y a "que des ours". Aussi la question du film devient "qui est l'ours ?" ou plutôt "qui est l'ours de qui ?". Et le réalisateur de présenter un pays sclérosé par les traditions, les suspicions, les interdits et les non-dits ou chacun craint les regards et les avis des autres.

En dehors de "Ceci n'est pas un film" j'ai toujours trouvé Panahi un petit peu didactique et restant dans l'ombre de Kiarostami. Si il le reste toujours un peu ici, il arrive à s'en extirper en trouvant un format qui lui est propre. Tandis que les moyens digitaux de réalisations et de communications étaient des biais pour s'échapper dans ses films précédents, ils deviennent désormais aliénant et porteur d'un autre type d'enfermement.

Au cœur du film semble se rejouer une sorte de "Blow Up numérique" ou ne sont pas questionnés ni le sujet représenté ni l'auteur de la photographie mais la suspicion même de l'existence d'une image que personne n'a vu ni même vu prendre. Dans un geste ou la transparence rejoint la paranoïa, le réalisateur finira par confier sa carte mémoire aux habitants du village pour qu'ils l'inspectent. Nous n'en saurons pas plus, et peu importe : c'est la rumeur publique et la morale qui remportent la partie dans le drame concluant le film. Cette impossibilité d'agir sur le réel est renforcé par le "film dans le film" que Panahi tourne à distance et dans lequel deux amoureux tentent de fuir leur pays. Les acteurs finissent par s'adresser directement à Panahi dans un étrange jeu fiction-réalité, lui reprochant la fausseté de ce qu'ils jouent et l'impossibilité pour eux de véritablement fuir leur pays quoi que l'art/jeu d'acteur leur fasse faire. Une fois encore, l'issue sera fatale.

Ce double échec peint ici un tableau particulièrement noir de la situation en Iran, de la vie de Panahi et de son rapport même à la création en laquelle il ne semble plus beaucoup croire. Fuyard sous le choc dans la dernière séquence, le réalisateur finira par arrêter son véhicule (partenaire particulièrement important dans son cinéma). Mais à quoi bon : temporiser, réfléchir, rebrousser chemin ? La coupe au noir suivant prestement le bruit du frein à main n'annonce malheureusement rien qui vaille...
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B-Lyndon
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Ilan a écrit :
mar. 29 nov. 2022 00:01

Ca tient probablement à un effet de mise en scène.
L'accusée a la parole. La défense a la parole. Les spectateurs du procès ont la parole aussi. Il n'y en a qu'un qui n'a pas vraiment la parole: le procureur.
Chaque fois qu'il parle, soit il est interrompu par un effet de montage, soit le son baisse, soit un plan montre à quel point ses mots sont ressentis comme une violence par l'assistance. Il est pourtant un élément essentiel du procès, mais la mise en scène cherche toujours à casser son discours d'une manière ou d'une autre.

Tout à fait d'accord ! Le film m'a fait penser à du théâtre contemporain (disons, un Pommerat un peu moyen) : une succession de tableaux, très beaux, très solides, mais peu de situations, au sens de scènes nouées et dialectisées. Et qui donc, ne se répondent pas. L'histoire de Rama n'atteint jamais vraiment puissamment celle de Laurence Coly. Et quand une scène complexe s'esquisse - exemple : le procureur qui répond au premier juge qu'un infanticide n'a rien de culturel, et ainsi en attaquent Laurence Coly se retrouve à attaquer également le néocolonialisme de la défense - Diop suspend, fige, transforme encore une fois la situation en tableau.
Diop a fait des documentaires magnifiques et on le sent - la première audition, qui se solde par l'interrogatoire du vieux mari, est sublime. Dans le temps, l'écoute, la patience. Mais c'est sa première fiction, et ça se sent aussi : je sens une confusion entre une mise en scène qui "capte" et quelque chose de plus construit. Ca donne des trucs inutiles : pourquoi donner un cours sur Duras, au début du film, alors qu'il faudrait simplement "faire du" Duras ? Pourquoi terminer sur des plans de Saint-Omer alors que le lieu n'a aucune importance dans tout le film ? Entre autres choses...Un film qui a l'apparence de la rigueur, mais qui en manque cruellement, mais qui cependant ne manque pas de désir, d'intensité.
Moralement, une séquence me gène : la plaidoirie finale, avec les visages féminins émus aux larmes. Je ne dis pas que la sororité ne peut exister, mais filmée comme cela, qui plus est dans une scène de procès, ce n'est pas un peu douteux ? Surtout les yeux mouillés de la juge...ça, franchement, c'est pas possible....trop facile... :sarcastic:
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Ilan
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poucenlair

B-Lyndon > On a vu exactement le même film.
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Skipper Mike
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B-Lyndon a écrit :
mar. 29 nov. 2022 22:05
Moralement, une séquence me gène : la plaidoirie finale, avec les visages féminins émus aux larmes. Je ne dis pas que la sororité ne peut exister, mais filmée comme cela, qui plus est dans une scène de procès, ce n'est pas un peu douteux ? Surtout les yeux mouillés de la juge...ça, franchement, c'est pas possible....trop facile... :sarcastic:
Si l'on en croit l'interview dans le fascicule distribué dans les cinés, il s'agit des vraies réactions des actrices, pas quelque chose de prémédité.
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