Le Centre de Visionnage : Films et débats

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sokol
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groil_groil a écrit :
mar. 16 févr. 2021 10:37
c'est à partir d'icelui qu'il se regarde filmer, qu'il a conscience d'être une star à l'internationale, de faire des films pour les festivals en somme, et ce n'est qu'avec Le Poirier Sauvage, son dernier, qu'il a à mon avis acquis suffisamment de maturité pour s'en foutre et refaire le cinéma qu'il veut vraiment faire.
j'adore Les Climats, mais ce que tu écris est absolument vrai :jap:
Un jour je posais aux étudiants la colle suivante : Pourquoi on dit que le découpage est de droite et le montage de gauche ?
Silence effaré.
30 ans plus tôt, quelqu'un aurait eu la réponse. aujourd'hui, c'est comme si j'avais parlé chinois.
Alain Tanner
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sokol
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cyborg a écrit :
mar. 16 févr. 2021 01:15
NB : la version qui traine sur la loupe est une sublime restauration, c'est immanquable pour tout ceux qui passent par là !
J'avais adoré ! Et comme c'est court, je crois que je l'ai vu 3-4 fois !!
Un jour je posais aux étudiants la colle suivante : Pourquoi on dit que le découpage est de droite et le montage de gauche ?
Silence effaré.
30 ans plus tôt, quelqu'un aurait eu la réponse. aujourd'hui, c'est comme si j'avais parlé chinois.
Alain Tanner
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sokol
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groil_groil a écrit :
mar. 16 févr. 2021 10:46
les Américains en règle générale n'ont jamais rien compris au cinéma français.
Dieu que je suis d'accord !! Et surtout (SURTOUT !!) les cinéastes américains, même les plus grands !! (pas forcements les cinéphiles : j'en connais quelques-uns : géniaux !!)
Un jour je posais aux étudiants la colle suivante : Pourquoi on dit que le découpage est de droite et le montage de gauche ?
Silence effaré.
30 ans plus tôt, quelqu'un aurait eu la réponse. aujourd'hui, c'est comme si j'avais parlé chinois.
Alain Tanner
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cyborg
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"Bernie" m'a beaucoup fait rire au moment de mon adolescence. Disons que la bêtise crasse et provocante peut bien coller avec l'âge bête...
A peu près à la même époque j'avais du voir "Enfermé dehors" qui m'avait sans doute vaguement plu pour les mêmes raisons.
Mais rien depuis et ça fait bien longtemps que je n'ai rien osé voir de lui et que rien ne me motive à le faire, évidemment.


Voilà c'était mon moment confession et autoflagellation publique sur Aled.
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groil_groil
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sokol a écrit :
mar. 16 févr. 2021 11:50
groil_groil a écrit :
mar. 16 févr. 2021 10:37
c'est à partir d'icelui qu'il se regarde filmer, qu'il a conscience d'être une star à l'internationale, de faire des films pour les festivals en somme, et ce n'est qu'avec Le Poirier Sauvage, son dernier, qu'il a à mon avis acquis suffisamment de maturité pour s'en foutre et refaire le cinéma qu'il veut vraiment faire.
j'adore Les Climats, mais ce que tu écris est absolument vrai :jap:
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groil_groil
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sokol a écrit :
mar. 16 févr. 2021 11:55
groil_groil a écrit :
mar. 16 févr. 2021 10:46
les Américains en règle générale n'ont jamais rien compris au cinéma français.
Dieu que je suis d'accord !! Et surtout (SURTOUT !!) les cinéastes américains, même les plus grands !! (pas forcements les cinéphiles : j'en connais quelques-uns : géniaux !!)
oui oui je parlais des cinéastes tout à fait !
les plus grands cinéastes américains contemporains ne comprennent rien au cinéma français.
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groil_groil
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cyborg a écrit :
mar. 16 févr. 2021 11:59
"Bernie" m'a beaucoup fait rire au moment de mon adolescence. Disons que la bêtise crasse et provocante peut bien coller avec l'âge bête...
A peu près à la même époque j'avais du voir "Enfermé dehors" qui m'avait sans doute vaguement plu pour les mêmes raisons.
Mais rien depuis et ça fait bien longtemps que je n'ai rien osé voir de lui et que rien ne me motive à le faire, évidemment.


Voilà c'était mon moment confession et autoflagellation publique sur Aled.
:love2: :love2: :love2:
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cyborg
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@sokol
J'avais adoré ! Et comme c'est court, je crois que je l'ai vu 3-4 fois !!

Ha super que quelqu'un l'ai vu ici !
J'aurais bien aimé que mon message en motive d'autres ici à le voir.

Et aussi "Last summer" !
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asketoner
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sokol a écrit :
lun. 15 févr. 2021 22:15
asketoner a écrit :
lun. 15 févr. 2021 20:44
@sokol Kairat est très très bien, oui !
Il y a un truc excellent dans son interview (celle que tu nous a proposé), c'est quand il dit :
"La question que je me suis toujours posé est : pour qui suis-je en train de réaliser mes films ? Je me pose cette question car je n'ai pas de public. Mais maintenant, j'ai compris : si je réalise, c'est pour les jeunes réalisateurs kazakhs. Je sais que eux regardent mes films et j'espère pouvoir partager quelque chose avec eux".

:jap: :jap: :jap:
C'est ce que j'ai préféré dans l'interview moi aussi.
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groil_groil
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Qu'est-ce que c'est bien de faire cette rétrospective intégrale Ceylan. Je n'avais pas du tout aimé Les Trois Singes en salle, et je ne l'avais jamais revu depuis. Eh bien j'ai découvert ici un film beau et profond, qui m'a beaucoup ému. L'histoire est on ne peut plus simple, je vais d'ailleurs la raconter jusqu'au bout, libre à vous de lire ou pas. Un homme politique turc tue un homme accidentellement en l'écrasant de nuit sur une route déserte. Sa voiture est identifiée par une autre qui passe quelques instants après. Il convainc son chauffeur habituel (qui n'était pas dans la voiture) de dire que c'était lui qui conduisait, contre un dédommagement financier. Le chauffeur a un fils, jeune adulte, et celui-ci découvre, pendant l'emprisonnement de son père, que l'homme politique en question couche avec sa mère. Quand l'homme sort de prison, il le comprend lui aussi. Et puis, l'homme politique est tué. Et le père finit par comprendre que c'est son fils qui est responsable de ce meurtre. Le film s'achève alors, sans qu'on voit le fils se faire arrêter même si on le devine.
Je n'aime pas trop l'image du film, elle est beaucoup trop contrastée, les noirs sont saturées, et elle est symptomatique d'une mode des années 2000 qui a fort heureusement disparue. D'ailleurs le visionnage en bluray est problématique, car cette image sursaturée entraine un défaut visuel qui quadrille complètement l'aspect visuel, c'est surtout visible dans les scènes d'obscurité, mais pas seulement, on a l'impression qu'une légère grille est posée sur l'image, j'aimerais bien savoir ce qui techniquement provoque cet effet. Bref, ça n'empêche pas d'apprécier le film, voire de le redécouvrir puisque ça a été véritablement mon cas hier soir. Sur un canevas une fois encore très simple, sans en dire beaucoup, le film n'est pas bavard, Ceylan installe un climat extrêmement précis et réussi basé sur les comportements entre ses personnages, sur les non-dits, fait de tensions et de violences sourdes. J'ai été très touché par l'ensemble, et particulièrement bouleversé par les rares séquences oniriques où apparait le fils mort jeune, dont il n'est quasiment jamais fait mention. On voit le père et le fils aller sur sa tombe lorsque le père sort de prison, mais il n'apparait sinon que deux fois, une silhouette d'enfant s'approche de l'autre fils, qui dort, et il lui dit "mon frère", et une autre fois alors que le père est allongé seul dans son lit, et qu'il a découvert que sa femme le trompait, on voit une main d'enfant qui surgit de derrière et qui vient l'enlacer pour le consoler. Ces deux moments sont bouleversants aux larmes, alors que les scènes oniriques de ce genre sont particulièrement délicates et difficiles à traiter.
Alors qui sont ces trois singes ? Sans doute les trois membres de cette famille, avec le fils qui sait mais qui refuse de parler, le père qui se doute mais qui refuse d'entendre, et la mère qui refuse de voir que sa famille s'écroule. Mais les rôles peuvent être redistribués dans un autre ordre, ce que semble dire Ceylan, c'est que le fait de ne pas vouloir parler, voir, entendre, mène fatalement une famille au drame.
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Tamponn Destartinn
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groil_groil a écrit :
mar. 16 févr. 2021 09:34
je suis quasi certain que Mouret va tout rafler.
ça me va j'aime beaucoup son film, malgré ses nombreux défauts.
Chais pas.
C'est le genre de film à être nommé partout mais qui gagne très peu (je dirais juste les deux seconds rôles et peut-être un autre truc genre scénario...)
Après, entre le renouvellement des votants et la pandémie qui a fait de 2020 un petit cru, tout est possible.

A titre personnel, j'en ai pas le désir, j'ai détesté le Mouret...
mais j'ai détesté encore plus le Dupontel et le Maiwen !
Pour moi, y a très peu de chances que je sois satisfait du résultat cette année (faudrait tout donner à Adolescentes et Deux, et peut être un petit peu à Antoinette dans les Cévennes... ça n'arrivera probablement pas)
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asketoner
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Tamponn Destartinn a écrit :
mer. 17 févr. 2021 16:04
groil_groil a écrit :
mar. 16 févr. 2021 09:34
je suis quasi certain que Mouret va tout rafler.
ça me va j'aime beaucoup son film, malgré ses nombreux défauts.
Chais pas.
C'est le genre de film à être nommé partout mais qui gagne très peu (je dirais juste les deux seconds rôles et peut-être un autre truc genre scénario...)
Après, entre le renouvellement des votants et la pandémie qui a fait de 2020 un petit cru, tout est possible.

A titre personnel, j'en ai pas le désir, j'ai détesté le Mouret...
mais j'ai détesté encore plus le Dupontel et le Maiwen !
Pour moi, y a très peu de chances que je sois satisfait du résultat cette année (faudrait tout donner à Adolescentes et Deux, et peut être un petit peu à Antoinette dans les Cévennes... ça n'arrivera probablement pas)
Ca m'étonnerait que l'actrice d'Antoinette dans les Cévennes ne rafle pas le César.
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asketoner
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Le Chagrin et la pitié, Marcel Ophüls, 1969

Après avoir beaucoup voté pour ce film au challonge, je me suis décidé à le voir. :D Ca va, je ne regrette pas mon choix, ça m'a beaucoup intéressé. Après, c'est une question peut-être un peu idiote, mais je me demande quand même ce que j'ai appris par ce film qu'un livre ou une conférence n'auraient pas pu m'apprendre. Le dosage histoire/cinéma n'est pas très équilibré, le film étant quand même une série d'interviews filmées toujours plus ou moins de la même manière, que le montage a l'intelligence de positionner en regard les uns des autres. Disons que ça n'a pas la même portée artistique que Shoah de Lanzmann, qui à mon avis reste indépassable dans sa manière d'articuler son sujet et sa forme. Mais j'ai quand même pris plaisir à voir tous ces gens parler, ou refuser de parler.
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Tamponn Destartinn
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asketoner a écrit :
mer. 17 févr. 2021 18:38
Ca m'étonnerait que l'actrice d'Antoinette dans les Cévennes ne rafle pas le César.
Les actrices de Deux ont leur chance, quand même.
Le problème est qu'elles sont deux, justement... donc les voix sont divisées.
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sokol
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asketoner a écrit :
mer. 17 févr. 2021 18:48
Disons que ça n'a pas la même portée artistique que Shoah de Lanzmann, qui à mon avis reste indépassable dans sa manière d'articuler son sujet et sa forme. Mais j'ai quand même pris plaisir à voir tous ces gens parler, ou refuser de parler.
Disons que, Shoah a une portée plutôt universelle. Celui-ci, plutôt nationale. Car :
"Le film heurte la droite française, mais aussi le Parti communiste français, soucieux de mettre l'accent sur une France résistante incarnée par le général de Gaulle qui avait tenté de minimiser la collaboration pour préserver la cohésion nationale. L'une des farouches opposantes à la diffusion du Chagrin et la Pitié fut Simone Veil qui siégeait alors au conseil d'administration de l'ORTF. Dans son autobiographie Une vie, Simone Veil [...] critique sévèrement la pertinence de ce documentaire qui ne reflète pas du tout, selon elle, les réalités de cette époque. En France, ce documentaire, qui détruit le mythe d'une France dressée contre l'occupant nazi, fut donc privé de diffusion télévisuelle jusqu'en octobre 1981. Pour cette raison, le film dut recourir à la sortie en salle. Il fit l'objet d'un fort engouement par le bouche-à-oreille. À l'époque, le public en France ne disposait que de deux chaines de télévision, toutes deux étatiques, et dont l'information était étroitement contrôlée par le gouvernement".
Et quand on sait que par rapport au passé colonial de la France on en est quasiment toujours au même niveau (on tente toujours de minimiser l'horreur de la colonisation, "pour préserver la cohésion sociale" -pour textualiser le passage ci-dessus), le film de Ophuls est d'une actualité encore plus criante
Un jour je posais aux étudiants la colle suivante : Pourquoi on dit que le découpage est de droite et le montage de gauche ?
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Kahled
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sokol a écrit :
jeu. 18 févr. 2021 12:07
asketoner a écrit :
mer. 17 févr. 2021 18:48
Disons que ça n'a pas la même portée artistique que Shoah de Lanzmann, qui à mon avis reste indépassable dans sa manière d'articuler son sujet et sa forme. Mais j'ai quand même pris plaisir à voir tous ces gens parler, ou refuser de parler.
Disons que, Shoah a une portée plutôt universelle. Celui-ci, plutôt nationale. Car :
"Le film heurte la droite française, mais aussi le Parti communiste français, soucieux de mettre l'accent sur une France résistante incarnée par le général de Gaulle qui avait tenté de minimiser la collaboration pour préserver la cohésion nationale. L'une des farouches opposantes à la diffusion du Chagrin et la Pitié fut Simone Veil qui siégeait alors au conseil d'administration de l'ORTF. Dans son autobiographie Une vie, Simone Veil [...] critique sévèrement la pertinence de ce documentaire qui ne reflète pas du tout, selon elle, les réalités de cette époque. En France, ce documentaire, qui détruit le mythe d'une France dressée contre l'occupant nazi, fut donc privé de diffusion télévisuelle jusqu'en octobre 1981. Pour cette raison, le film dut recourir à la sortie en salle. Il fit l'objet d'un fort engouement par le bouche-à-oreille. À l'époque, le public en France ne disposait que de deux chaines de télévision, toutes deux étatiques, et dont l'information était étroitement contrôlée par le gouvernement".
Et quand on sait que par rapport au passé colonial de la France on en est quasiment toujours au même niveau (on tente toujours de minimiser l'horreur de la colonisation, "pour préserver la cohésion sociale" -pour textualiser le passage ci-dessus), le film de Ophuls est d'une actualité encore plus criante
:jap: :jap: :jap:
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asketoner
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:jap:

@sokol , est-ce que tu te souviens de ce moment où le réalisateur s'entretient avec un soldat anglais homosexuel, qui était à Paris comme espion et relai radio, tout en se faisant passer pour un chanteur de cabaret ? Ce qu'il dit est très très beau, notamment qu'il s'est engagé parce que sa sexualité lui donnait l'impression qu'il avait des choses à prouver en termes de courage et de virilité. Et puis il dit qu'il est plus ou moins tombé amoureux d'un officier allemand, etc etc... et là Marcel Ophüls filme le petit chat qui est sur les genoux de l'espion. A la fois je trouve que c'est un très beau moment, et dans le propos (la question de l'engagement qui traverse le film, la distinction assez claire, avec des exceptions, qui s'opère peu à peu entre la bourgeoisie qui avait trop à perdre pour résister, et les déclassés et les vauriens de 1938 qui deviennent les héros de 1944...), et dans la mise en scène (l'histoire de ce soldat allemand, de ce qu'il est devenu, et l'image de ce petit chat sur les genoux de cet homme vieillissant qui semble vivre seul), et à la fois ça me semble révéler la faiblesse (de mise en scène) d'autres moments plus plats : par exemple où sont les femmes ? A part la tondue pétainiste qui affirme n'avoir jamais couché avec un Allemand (et sur laquelle le cinéaste me semble poser un regard un peu condescendant), on n'en voit pas une seule ! Il y en a une qui intervient dans le fond de la réunion des anciens résistants, mais il ne va pas vers elle, lui demander où elle était pendant ce temps, ce qu'elle faisait, si elle participait... Il est beaucoup question de prostitution, de filles faciles, de femmes intéressées, mais on ne va pas les trouver. (C'est l'époque, me diras-tu. Mais il manque quand même la moitié du monde.)
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Psaume rouge, Miklos Jancso, 1972

Un film sérieux à mort : 25 plans séquences, un florilège de danses et chansons paysannes révolutionnaires du XIXème siècle, des costumes parfaits, des dialogues bien thématisés, des personnages entièrement définis par la classe sociale à laquelle ils appartiennent. Rien ne dépasse a priori, sauf la lumière dorée de ce coin de campagne hongroise où a eu lieu le tournage, quelques visages, quelques corps, peaux, regards, et les morceaux de tissu rouge ou les flammes ou le sang ou la rousseur d'une chevelure qui surviennent dans les plans comme les traces plus ou moins inconscientes d'un désir. C'est peut-être ce que Psaume rouge suggère : ce qui sous-tend la révolution est libidinal. On le sent dans les mouvements de la caméra, qui sinue parmi la troupe d'acteurs et d'actrices, choisissant l'un d'entre eux, s'arrêtant, reprenant, cheminant, s'arrêtant de nouveau, etc... Cette érotique mal dissimulée (à dessein) laisse aussi la part belle à sa soeur misérable : la religiosité. Miklos Jancso est un maniaque du rituel, un acharné de la cérémonie. Il n'y a pas de mouvements de foule, mais des lignes tracées dans l'espace, de la géométrie mobile... C'est le problème du cinéma de bon élève : la vie n'y est pas grand chose de plus qu'une chorégraphie.
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groil_groil
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Je n'avais jamais vu ce grand classique de films de potes et j'ai tout simplement adoré. Une bande de copains se retrouvent après le suicide de l'un d'eux et après ne pas s'être vus durant des années. Ils vont passer le weekend ensemble. Bien sûr, il y a les scènes attendues de ce genre de films, et une fin avec Machin qui couche avec Bidule comme on l'attendait, mais ça n'empêche pas le film d'être incroyablement réussi, fin, tendre, bien mise en scène (j'aime bien Kasdan, même quand ça ne transpire pas Asky). Deux exemples, dès les débuts du film : Ce qui est formidable c'est qu'on ne voit jamais la tête du suicidé, ni mort, ni en flashback, aucun pathos créé sur ce personnage donc, et c'est juste un élément qui permet aux personnages de se réunir et au récit de se mettre en place, et j'aime beaucoup cette façon de refuser le pathos, honnête et courageux. Ensuite, autre truc formidable, durant le générique, sans paroles, on comprend que le type s'est suicidé, on voit tous les personnages principaux, on comprend les enjeux de chacun, et on assiste à leur réunion! tout ça en un générique sans texte. C'est dingue car ça signifie à la fois que la mise en scène raconte magnifiquement, et que Kasdan ne perd pas de temps pour fixer ce cadre que d'autres auraient mis plus d'une heure à mettre en place. Sinon c'est vraiment l'une des matrices modernes des films de potes, c'est fou, et notamment celle de Mes Meilleurs Copains que j'aime beaucoup, et qui lui a même piqué la vanne du pull en cachemire. Et puis le film est beau, la restauration magnifique, les acteurs tous merveilleux. Je pense que je reverrai souvent ce film.

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Deux choses : C'est tout juste moins nul que le précédent, mais guère plus. Et heureusement que c'est le dernier, je n'en pouvais plus. Je vais attendre quelques jours avant de revoir le spin-off, de loin le meilleur film de la série.
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Cendres et diamant, Andrzej Wajda, 1959

Après avoir consacré un film à l'insurrection de Varsovie pendant la seconde guerre mondiale (Kanal), Wajda reconstitue cette fois-ci l'immédiat après-guerre. Varsovie est en ruines, et deux jeunes nationalistes sont chargé de tuer quelques communistes, espérant encore renverser la marche de l'Histoire. Le cinéaste a le culot d'avoir pris les nationalistes pour héros, et de les avoir rendu plutôt sympathiques - surtout celui qui tombe amoureux, parce que les gens qui tombent amoureux dans les films sont toujours sympathiques. J'avais été très impressionné par Kanal, Cendres et diamant est de la même trempe spectaculaire mais il me semble un peu plus lourd dans sa manière de mettre en scène la politique (l'amour et la mort, ça va ; mais la politique, c'est un peu plus scolaire). Malgré la dimension plein-les-yeux de la mise en scène (et notamment de l'utilisation du décor), la Pologne a toujours cet air de fête triste, de "fin de partie" où tout le monde est épuisé, et où de jeunes chanteuses à moitié nues chantent que les coquelicots seront plus rouges cette année grâce au sang versé par les soldats. Ca fait son petit effet.
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Happy end, Oldrich Lipsky, 1967

On peut oublier Mémento, Tenet, Benjamin Button et Irréversible, Oldrich Lipsky avait déjà tout inventé depuis Prague dans les années 60, en mieux, et en moins sérieux.
Le film commence par une tête coupée qui retrouve le corps auquel elle était associée, et s'achève par la naissance du héros : dans ce sens-là, le mari jaloux et meurtrier devient un vrai sauveur. Les dialogues post-synchronisés sont compréhensibles, mais se déroulent également selon l'ordre inverse de leur profération réelle, ce qui, là aussi, crée de multiples doubles-sens, à la fois comiques et spirituels. Tout le film est à voir (et à comprendre) de cette façon : d'un côté ET de l'autre, d'un côté par rapport à l'autre. Le double-sens étant le motif central le plus flagrant de cet Happy End, ironique et pervers.
Le génie de Lipsky est ne pas se laisser obséder, contrairement à Nolan, Fincher et Noé, par la remise en ordre du récit. Au contraire, une fois posé le principe de ce temps inversé, le cinéaste cherche plutôt à voir où vont le mener les scènes ainsi montées, ce qu'elles vont dire de ses protagonistes et de leurs actes (d'où une voix-off parfois un peu trop présente, mais qui crée avec le récit la distance la plus juste possible, empêchant le spectateur de trop penser à l'endroit). Il en résulte quelques scènes merveilleuses : l'enfant maigrit jusqu'à disparaître dans le ventre de sa mère ; l'amant déposé dans la rue par l'ambulance fait un bond de plusieurs étages pour se retrouver dans les bras du mari, sous le regard horrifié de sa maîtresse ; l'épouse découpée en morceaux est ré-assemblée par son mari, qui semble la créer de toute pièce ; l'homme restitue la femme à sa famille à l'issue du mariage, ainsi que tous leurs cadeaux ; la jeune femme un peu collante est jetée dans la maison en feu par son amant apprenti pompier...
Alors que tous les autres cinéastes ont tiré de l'inversion du temps des drames bien lourds, Lispky, lui, a fait une pure comédie, c'est-à-dire un film intellectuellement stimulant, qui offre toujours de multiples niveaux de lecture pour chaque scène et ne cesse d'amuser pour cette raison (en plus de celle, technique, de cette vie montrée à l'envers), et qui dit tout aussi bien le fantasme humain de renaître, faire échouer la mort, revenir sur tout ce qu'on a vécu pour tout changer...
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groil_groil
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Pas déplaisant à revoir, je pense néanmoins que c'est le moins bon film de Ceylan, le plus tourné vers une internationale du cinéma d'auteur.

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C'est bien fait, mais presque trop bien fait, c'est tout le temps trop lisse et trop propre, des costumes jusqu'au grain de la pellicule en passant par les rues du Paris bohème. Du coup, cette fin qui devrait bouleverser aux larmes, émeut comme la page d'un magazine qu'on oublie dès qu'on est passé à la suivante.

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Début d'un cycle rattrapage des César 2021.
Mignon comme tout et plutôt drôle, le film doit beaucoup à Laure Calamy qui est en train de devenir une grande actrice aux yeux de tous alors qu'elle l'est depuis Un Monde sans Femmes de Brac. J'étais gêné par l'absence de rôle donné à la femme trompée, et puis il y a cette formidable scène où elle règle son compte à Antoinette et elle retrouve instantanément sa place, et je suis un peu embêté par l'absence de rôle donné à la jeune fille du couple, car c'est pourtant autour d'elle que se cristallise toute cette histoire, elle est le seul lien entre les personnages, mais elle n'existe jamais en tant que personnage, dommage, mais sans grande conséquence non plus.

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Revu pour montrer au fils, qui a bien aimé. J'aime beaucoup ce film, depuis l'enfance, mais il faut admettre quand même que beaucoup de choses ont terriblement vieillies, des comportements aux règles de vie, sans parler de la mise en scène ou du montage. Mais ça reste un plaisir tout de même.
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asketoner
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bien d'accord sur Ida, c'est dommage parce que le début était plutôt exaltant, même si largement pompé sur Forman, mais au moins il se passait quelque chose --- et puis soudain le récit se forme et le film se désagrège
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Les Diamants de la nuit, Jan Nemec, 1964

C'est le simple récit d'une évasion vouée à l'échec. Deux jeunes Juifs sautent d'un train et marchent dans la forêt, boivent l'eau des rivières, demandent à une fermière de leur donner du pain, et sont dénoncés puis pris en chasse par de vieux ivrognes allemands. Le tout premier travelling, avec la caméra embarquée dans la course, est d'une grande délicatesse. On voit les mains de l'un s'agripper aux vêtements de l'autre, pour lui donner la force de continuer. La nuit tombe peu à peu, les mains s'élèvent pour se protéger des branches, on pense à Bresson. On suit les personnages de biais, parfois de dos comme chez Alan Clarke ou les Dardenne, et soudain on les voit en gros plan dans la nuit, il n'y a pas de règle définitive. Ils ne parlent presque pas, sinon pour dire "rapproche-toi de moi". Rien n'est appuyé, tout est là.
Peu à peu d'autres scènes traversent le film, d'abord difficilement identifiables. S'agit-il de souvenirs ou d'hallucinations ? Le récit est mis à mal par leurs apparitions, souvent inexpliquées. Certaines reviennent, s'épaississent, deviennent plus cohérentes mais jamais vraiment identifiables. Ce qu'on prenait pour un souvenir se teinte de fantasme (la traversée du tramway détruit, avec les passagers tout au bout). Lors de la scène avec la fermière, celle-ci se fait assommer quatre ou cinq fois par le jeune homme qui lui réclame du pain, mais il n'en est rien, on comprend simplement qu'il projette de la frapper au cas où elle se serve de son couteau contre lui. De même, revient fréquemment cette scène où les deux garçons trouvent une rivière, de nuit, où enfin s'abreuver ; alors qu'ils sont déjà beaucoup plus loin, déjà sauvés du train qui les conduisait vers le camp, déjà perdus... Comme si cette grâce que la nature leur avait faite ne cessait de leur apparaître (cette tendresse, cette clémence du paysage, les accompagnant jusqu'au bout de leur course, à défaut de celle des humains). Et puis il y a l'image d'une porte fermée qui fait irruption plusieurs fois, sans doute un souvenir pesant sur toute une vie, jouant sa note sèche tout le long de l'existence (de la même façon que les cloches n'arrêtent pas de sonner pendant le film, en sourdine, mais présentes). Cette porte finit par bouleverser, alors même qu'on ne sait pas ce qui devait se trouver derrière.
Jan Nemec, par la sophistication de son montage, montre comment le temps vécu est fait d'espoirs, de craintes, de ressassements obsédants, de vertiges et de projections fulgurantes. Comment la réalité elle-même est toujours remise en jeu (ou en question) par ce temps vécu. Il parvient à abolir toute distinction entre objectif et subjectif ; l'un et l'autre se mêlent absolument. Le montage contribue fortement à cette impression, mais c'est aussi l'épure de la mise en scène qui permet à chaque scène de devenir cristalline, et de produire comme un son, qu'on perçoit et reconnaît à chaque fois qu'on le retrouve, alors même qu'il signifie très peu, et qui nous surprend toujours parce que l'affect dont il est chargé n'est plus du tout le même. C'est la même image, mais plus la même émotion : on ne se baigne jamais dans le même souvenir.
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yhi
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asketoner a écrit :
dim. 21 févr. 2021 19:22
Les Diamants de la nuit, Jan Nemec
:bounce: Une de mes plus belles découvertes de l'an passé ! Content que ça t'ait plu.
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asketoner
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yhi a écrit :
dim. 21 févr. 2021 20:26
asketoner a écrit :
dim. 21 févr. 2021 19:22
Les Diamants de la nuit, Jan Nemec
:bounce: Une de mes plus belles découvertes de l'an passé ! Content que ça t'ait plu.
C'est magnifique, ça m'a beaucoup touché.
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cyborg
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@asketoner : oui c'est un film superbe, j'avais adoré sa découverte !
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sokol
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asketoner a écrit :
jeu. 18 févr. 2021 17:14
C'est l'époque, me diras-tu. Mais il manque quand même la moitié du monde.
Tu deviens maoïste camarade :lol:

Non, je ne me souviens pas de tout ces détails... Je vais le revoir un jour mais je m'estime vraiment heureux de l'avoir déjà vu.

Sinon, j'ai vu ça :
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J'ai bien aimé mais il y a un truc (ce n'est pas forcement une critique, ok ?) : dès qu'il y a un homme dans un plan, le plan est nul :D . Dans ce film (dans cette histoire), Fellini ne sait vraiment pas filmer les hommes. Oui, c'est un film sur les femmes, ça saute aux yeux mais ça saute aux yeux aussi à quel point le film est inintéressant dès qu’un homme apparait :D
Modifié en dernier par sokol le lun. 22 févr. 2021 11:38, modifié 2 fois.
Un jour je posais aux étudiants la colle suivante : Pourquoi on dit que le découpage est de droite et le montage de gauche ?
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30 ans plus tôt, quelqu'un aurait eu la réponse. aujourd'hui, c'est comme si j'avais parlé chinois.
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groil_groil
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Rattrapage César 2021, session 2 : Zéro ! A se demander comment on peut faire un film pareil, et comment des acteurs/actrices, qui n'ont apparemment pas de problème de fric, peuvent jouer dans un truc pareil ? mais pire encore, comment un film pareil peut-il avoir 5 nominations aux César, même en cas d'année pauvre comme celle-ci ? Affligeant.
A noter une fin en véritable coussin de la honte : la dernière scène du film devient une comédie musicale ultra gênante, ou les actrices gueulent des noms de femmes célèbres (toujours les mêmes d'ailleurs, les 4 / 5 qui sont tout le temps citées), et ce final se veut une ode à la liberté des femmes. Alors c'est bien dans l'idée bien sûr, mais en fait tout ceci est ce qui aurait dû être le propos du film et cette scène est un affreux aveu d'échec, en plus de la gêne totale, puisqu'elle est témoigne de l'incapacité du cinéaste à dire les choses dans son film, qu'il balance à l'emporte-pièce dans une chanson finale totalement déconnectée du reste. Consternant.
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sokol
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Sinon, j'ai vu ça :

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"Sushi sushi" de Laurent Perrin


Quelqu'un sur La Loupe a parlé de ce cinéaste (que je connaissais pas) et de son film "Passage secret". Par pur hasard je suis tombé sur "Sushi sushi" et je ne l'ai pas boudé.
C'est très bien, en fait. J'imagine bien comment de bons cinéastes ont galéré à partir des années 90 pour faire leurs films. Du coup, je comprends encore mieux pourquoi c'est de pire en pire aujourd'hui.
Puis, je me disais un truc : est-ce existe un film que je n'aime pas mais dans lequel joue Jean-François Stévenin ? Non ! :love2:

***

Et j'ai continué ma cure Moretti, puisque j'ai vu pour la toute première fois La messe est finie :

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Je comprends BEAUCOUP mieux pourquoi je déteste "Habemus papam" ! Tout simplement parce que c'est un remake inutile et mauvais de "La messe est finie" !! (excellent film, que ce soit dit).
Pourquoi Moretti a fait Habemus ?? Pour que son film fondamental sur la religion soit vu, cette fois-ci, par un plus grand nombre (via une production plus mainstream avec des stars comme Piccoli) ? Fort probable. Mais fort dommage aussi car maintenant, je trouve Habemus papam encore et encore plus mauvais.

Après, j'ai revu "Aprile" et "Le caïman", 2 films qui m'ont aidé pour avoir l'idée suivante : les meilleurs films de Moretti sont ceux dans lesquels il joue le personnage principal, c'est à dire les films avec Michele Apicella - en fait, Apichella est le nom de famille de sa mère :D ou avec Nanni, donc lui-meme). C'est à dire :

1. Palombella rossa
2. Aprile
3. Bianca
4. Caro diario
5. Sogni d'oro
6. La messe est finie

A mon opinion, ils se valent tous (je n'ai toujours pas vu "Je suis un autarcique" et "Ecce bombo" , les 2 avec Michele dans le rôle principal) mais je parie qu'ils sont aussi bons que les 6 ci-dessus).

Puis, il y a les films dans lesquels il ne se met pas dans la peau du personnage principal (il a souvent un rôle secondaire) et ils sont moins bons :

1. Le Caïman : queje viens de revoir : pas mal, mais les 15 dernières minutes, magistrales (puisque elle prédisent exactement ce qui c'est passé avec Donald Trump, surtout à la fin de son madat : plus prémonitoire, on meurt !!) ne 'collent 'pas trop avec 90% du films (un drame de divorce).
2. La chambre du fils (dans ce film, Moretti s'appelle ni Michele, ni Nanni ! ;) mais Gianni - il faut que je le revois un jour car je crois qu'il n'est pas bon... )
3. Mia Madre (je l'ai vu 2 fois : très beau film, mais pas si épatant que les 6 premiers)
4. Habemus Papam - horrible (j'ai voulu lui redonner à 2 reprises une autre chance : impossible !!)

Voili voilou
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Michele Apicella <3 <3 <3
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groil_groil a écrit :
lun. 22 févr. 2021 14:46
Michele Apicella <3 <3 <3
Je comprends beauuuuuuucoup beaucoup mieux maintenant l’œuvre de Moretti !! :love2:
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oui l'oeuvre de Moretti c'est Michele. rien d'autre
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Erotikon, Gustav Machaty, 1929

Pas follement passionnant (pas mal quand même), mais il y a des gros plans très intenses et des nuits très noires, et l'actrice principale a des yeux immenses. On pourrait dire que c'est un Jean Epstein tchécoslovaque, mais ce serait quand même exagéré.
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Rattrapage César 2021, n°3 : pas vraiment un rattrapage puisque j'avais vu le film en salle, mais pas ma femme, et j'avais envie de le revoir. Globalement j'y vois les mêmes défauts et les mêmes qualités que le 1er coup, et le film supporte très bien la revoyure. C'est un très bel exercice de style littéraire, totalement détaché de son temps, et des réalités cinématographiques, dont le récit se déploie avec envergure et ambition, sans perdre de sa modestie de premier abord. Le plus gros souci du film ce sont ces nombreuses rencontres hasardeuses qui à chaque fois permettent au récit de s'enclencher, ces rencontres sont en effet totalement improbables dans la vraie vie, surtout en cette quantité, mais si on accepte que ça fait partie du genre littéraire, on parvient à l'accepter, à passer outre. Le personnage le plus émouvant du film est celui d''Emilie Dequenne et Camila Jordana est super et je serai content si toutes les deux repartaient avec un César.
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Voir ce film est l'équivalent d'un passage chez le proctologue. On ne veut pas y aller, puis on y va à reculons, on serre les dents et les sphincters pendant toute la séance, on est humilié, sali, et puis une fois que c'est passé on pousse un grand ouf de soulagement en espérant que cela ne nous arrivera plus jamais... Sinon Maïwenn est d'un égocentrisme et d'une absence de pudeur encore plus radicales qu'avant, et ce n'est pas peu dire. Sinon la mère de Maïwenn est jouée par Fanny Ardant (72 ans). Le père de Fanny Ardant, le grand-père de Maïwenn, est joué par Omar Marwan, et le mec a 73 ans ! Je me fiche complètement de cette vérité hors-film habituellement, mais franchement il y a un an d'écart entre les deux, et Ardant a même l'air plus âgée que son propre père, comment peut-on y croire deux secondes ? Et sinon, comme toujours le film est à haute portée autobiographique, et il raconte donc que Maïwenn à la mort de son grand-père algérien, se découvre algérienne (qu'elle était à 25% selon son test ADN donc), et l'Algérie devient sa seule famille, elle décide de demander la nationalité et de s'y installer. Si seulement l'autobiographie pouvait être totale et qu'on en soit débarrassé à jamais...
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Tyra
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L'Algérie va déjà assez mal, on va pas leur envoyer Maiwenn en plus. Mais quelle horreur ce film !


Vu :
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+
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Je vois tout à fait ce que vous appelez "syndrome du film de festival", cette manière poseuse de se faire débattre des personnages noirs et désespérés dans un monde noir et désespéré. "Vous qui entrez laissez toute espérance" semble nous dire chacun des plans, d'une certaine manière ça me fait penser à du Zviaguintsev. Avec lourds clins d'œil à Tarkovski qu'il faudrait un jour laisser tranquille parce qu'on le convoque pour tout et n'importe quoi sans le comprendre.
Bref, je ne suis pas vraiment emballé.
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sokol
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Tyra a écrit :
mer. 24 févr. 2021 11:06

Bref, je ne suis pas vraiment emballé.
ah... , pourtant, Les Climats est splendide !!
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cyborg
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Silence has no wings - Kazuo Kuroki - 1966

Le synopsis, lu sur la loupe il y a de nombreux mois me hantait depuis lors : "Un jeune gar­çon cap­ture un papillon de Nagasaki alors qu’il est à Hokkaidô, à l’autre bout du Japon. Le film revient sur le long tra­jet effec­tué par l’insecte, s’attar­dant sur les hom­mes et les fem­mes qu’il a obser­vés durant son voyage." L'originalité de la structure du film en fait tout son intérêt, profitant de l'improbable trajet de l'insecte pour mettre en scène une série de scénettes dressant le portrait d'un Japon encore totalement traumatisé par la fin de la deuxième guerre mondiale. Ce même système fini par montrer ses limites quand le film déborde "à l'international" et que la chenille du papillon fait une virée jusqu'en territoire chinois et se retrouve l'enjeu d'une sombre bataille de mafioso, situation tirant absurdement en longueur et quelque peu pénible. Il m'en restera donc essentiellement un style cinématographique audacieux n'hésitant pas à expérimenter.


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Farrebique - Georges Rouquier - 1946

Surprenant film qui entraina à sa sortie de copieux débats sur "le réalisme au cinéma". Nous sommes en effet face à un documentaire qui se veut au plus près de ceux qu'il filme (une famille de paysan) tout en étant ouvertement narratif (la modernisation des techniques et des lieux de vie, la passation de générations...) et, surtout, lyrique (la nature, le temps, le passage des saisons...). C'est assez déstabilisant car assez unique, surtout pour l'époque. Le recul historique dans lequel nous sommes permet néanmoins de comprendre de quoi cette œuvre est la particularité, pour ne pas dire l'anomalie intéressante : la rencontre improbable entre le Nouveau Réalisme italien et le Réalisme Poétique français.

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Je ne sois pas sur que ce fut un procédé déjà très en vogue à l'époque, mais le film déborde de placements produits monumentaux, en mode néons-fluos géants qui clignotent. Le film déborde aussi de références visuelles tant culturelles qu'artistiques, allant de la peinture Marat assassiné, à la religion chrétienne (les stigmates du christ) ou à la mythologie/psychanalyse (les yeux crevés d'Oedipe, ici appliqué au père). Le seul problème c'est que la pub et ces références sont utilisés absolument sur le même plan : le décoratif. Et vas-y qu'on va jusqu'à te citer ouvertement le cogito de Descartes (et ce héros qu'on nomme Deckard, wow, fallait oser quand même) pour bien te faire comprendre qu'on à essayer de mettre du contenu intellectuel complicado dans la recette du blockbuster. Malgré l’esbroufe visuelle permanente (et il faut avouer que ça fait le job, y a eu du taf) le résultat est malheureusement un peu indigent.


J'ai pris la bonne décision de tâcher de finir les coffrets dvd qui me restaient à voir, pas grand chose et uniquement du Marker et du Epstein.
Donc début :

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Mémoire pour Simone - Chris Marker

Documentaire d'une heure commandité par le Festival de Cannes en 1986 en hommage à Signoret qui venait alors de disparaitre. Marker, son vieil ami, y juxtapose quelques extraits de ses plus grands rôles et les met en parallèle avec des extraits d'interviews et des images de son personnage public et ce type d'image finit par "gagner" d'une certaine façon, occupant me semble-t-il plus de temps à l'écran. Je n'ai pas de passion particulière pour Signoret (moi et les acteurs...) mais malgré cela le film se regarde très bien, notamment grâce à quelques bonnes remarques/réflexions de Marker. Même en bas de la filmo de Maker on reste donc vraiment au dessus du panier.

La Solitude du Chanteur de Fond - Chris Marker

Après des années loin des planches, Montand donne un concert en réaction à la prise du pouvoir chilien par le général Pinochet. Le film se concentre sur ses répétitions (puis le concert en question, sur la fin), ses gestes, ses mimiques et présente un homme très exigeant envers lui et ses proches. Dans l'idée c'est à classer aux côtés des films qui filment le processus artistique -musical- tel que One+One de JLG ou Ne Change Rien de Pedro Costa. Malheureusement, et peut-être est ce simplement parce que la chanson française/Montand m'indiffère, rien ne transpire des images. Ennui ferme, je n'ai pas pu aller plus loin que la moitié de l'heure du docu.
Modifié en dernier par cyborg le jeu. 25 févr. 2021 11:30, modifié 2 fois.
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cyborg
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En remontant les messages, je vois que mon post bug et que l'affiche du Téchiné sur le quel je me suis déchainé n'apparait pas :D
Si ça interesse quelqu'un, il s'agissait de Les Innocents :D
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cyborg
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-
Modifié en dernier par cyborg le jeu. 25 févr. 2021 11:30, modifié 1 fois.
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asketoner
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@cyborg chez moi l'affiche apparaît

du coup je redoute un peu de voir Silence has no Wings, j'espérais le chef d'oeuvre !

ah oui, et bien d'accord pour le Marker sur Montand : la barbe...
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asketoner
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Les Hommes le dimanche, Robert Siodmak + Edgar G Ulmer (et Billy Wilder est au scénario), 1930 (Allemagne)

Le film a des prétentions documentaires (on dit qu'il a lancé le mouvement de la Nouvelle Objectivité) que le montage ne met pas du tout en valeur. Le temps passe n'importe comment, et l'espace est très confus. Mais peut-être est-ce le principe-même de ce film, qui finalement ne choisit pas entre offrir un récit à peu près valable et s'attacher à décrire un lieu et un temps précis. Si l'on en tire quelque plaisir, il est photographique avant tout : on voit Berlin en 1930, à l'issue des années folles. Certains plans sont très touchants (et la plupart magnifiquement cadrés).
J'ai quand même été très agacé au fur et à mesure du visionnage, parce que Les Hommes le dimanche, à cause de son ambition documentaire (qui se résume à : le dimanche les Berlinois vont s'amuser au bord d'un lac avant de retourner travailler le lundi et de penser à ce qu'ils feront le dimanche suivant), et de sa tentative de lui coller une fiction, ne présente qu'une seule forme d'être au monde, celle de l'adhésion à la norme. Par exemple, il n'y a pas un plan sur ceux qui ne peuvent pas aller au lac le dimanche. C'est la limite de la sensualité : pensée de façon unanime, elle devient vite oppressante. Le film laisse une étrange impression d'inanimé, à force de ne montrer que des images qui correspondent à ce qu'on attend.
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sokol
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@cyborg enfin ! Quelqu'un qui n'aime pas Blad Runner ! Je me sentirais mois seul dorénavant 😀
Je l'avais découvert au ciné, il y a 5-6 ans. Très prédisposé à l'aimer. Que dalle. Impossible ! Bonjour le décoratif !!
C'est la première fois que tu le voyais ?
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J'ai regardé "Happy together" et "nos années sauvages" là (je les connaissais déjà les deux).
Ah qu'il faisait de beaux films ce Wong Kar-Wai !! (il a complètement disparu non ? Mais tant mieux : si c'est pour faire des mauvais films, il vaut mieux 'disparaître').
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sokol a écrit :
mer. 24 févr. 2021 23:19
J'ai regardé "Happy together" et "nos années sauvages" là (je les connaissais déjà les deux).
Ah qu'il faisait de beaux films ce Wong Kar-Wai !! (il a complètement disparu non ? Mais tant mieux : si c'est pour faire des mauvais films, il vaut mieux 'disparaître').
Non, il n'a pas disparu, il prend juste le temps de murir ses projets. ;)

https://www.ecranlarge.com/series/news/ ... -une-serie

Aux dernières nouvelles, une série (ce qui ne t'intéresserait pas trop a priori) et un film sont en développement. Le film serait apparemment le dernier volet d'une trilogie commencée avec In the mood for love et poursuivie avec 2046. Et serait aussi lié à la série en question. :saint:
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Kahled a écrit :
jeu. 25 févr. 2021 08:39
Aux dernières nouvelles, une série (ce qui ne t'intéresserait pas trop a priori) et un film sont en développement. Le film serait apparemment le dernier volet d'une trilogie commencée avec In the mood for love et poursuivie avec 2046. Et serait aussi lié à la série en question. :saint:
Merci ! J'avais beaucoup beaucoup aimé The Grandmaster, mais ça fait un moment qu'il l'a fait...

Par contre, "2046" je ne l'avais pas aimé, je l'avais trouvé assez 'plat réchauffé'. Mais je pense que je le reverrais un jour car ce week-end je vais revoir "In the mood for love" (que je n'ai pas vu depuis des lustre et pour lequel, j'aimerais bien avoir une opinion actuelle).

Mais cette période 90 de Wang Kar-wai, c'est vraiment quelque chose (à part ces 2 que j'ai revu hier soir, il y avait aussi "As tears go by", "Chungking express", "Les cendres du temps"(splendide : je l'avais découvert au ciné il y a qq années), "Les anges déchus". A mon opinion, les années 90, si elle sont avant tout les années de Kiarostami, Hou Hsiao Hsien, Almodovar oui Tsai Ming-liang, elles sont aussi celles de WKW , indéniablement !
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asketoner
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@sokol c'est drôle j'ai très envie de revoir In the mood for love depuis quelques mois. j'aimais beaucoup les films de Wong Kar Wai dans les années 90, c'était quand même très singulier.
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weird

asketoner a écrit :
jeu. 25 févr. 2021 10:18
@sokol c'est drôle j'ai très envie de revoir In the mood for love depuis quelques mois. j'aimais beaucoup les films de Wong Kar Wai dans les années 90, c'était quand même très singulier.
Le film devait ressortir en salles pour fêter ses 20 ans :sweat:
En version restaurée.
Cette version est aussi disponible en support physique :bounce:
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cyborg
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@asketoner : oui, pareil pour "The silence has no wings" malheureusement ce n'en est pas un. Mais c'est un film singulier qui peut tout de même mériter un coup d'oeil !

@sokol : oui c'était ma première fois pour Blade Runner, et je doute le revoir une autre fois... Un copain m'a invité à regarder la version récente la semaine prochaine, donc je me suis dis que c'était l'occasion de voir l'original ! Par contre je crois que tu n'es pas le seul à ne pas trop aimer ce film ici, de mémoire il y a au moins groilgroilounet qui n'aime pas trop non plus.
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