Le Centre de Visionnage : Films et débats
je n'avais pas fait attention : o la la le jury du festival : pas un à sauver

"Le cinéma n'existe pas en soi, il n'est pas un langage. Il est un instrument d’analyse et c'est tout. Il ne doit pas devenir une fin en soi".
Jean-Marie Straub
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- Tamponn Destartinn
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J’ai appris que Demi Moore était dans le jury avec sa sortie sur l’IA.
Si les autres membres sont de cet acabit (Chloe « Marvel » Zhao je la vois bien penser pareil), effectivement ça risque pas de voler haut…
Quasiment impossible ! Les trois quarts des films en compétition ne me donnent aucune envie. Et puis, quand il y a eu de beaux palmarès, il y avait au moins une personnalité forte. Sauf si Park Chan-wook crée la surprise, on ne sait jamais, effectivement. Mais je ne crois vraiment pas tropTamponn Destartinn a écrit : ↑mar. 12 mai 2026 19:07
Selon la règle, ça peut signifier un très bon palmarès du coup![]()
"Le cinéma n'existe pas en soi, il n'est pas un langage. Il est un instrument d’analyse et c'est tout. Il ne doit pas devenir une fin en soi".
Jean-Marie Straub
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Un fantome utile - Ratchapoom Boonbunchachoke - 2025
Un des axes d'analyses pertinents pour tout film d'épouvante est : qu'y représente la figure du mal, ou "que symbolise-t-elle ?". La question est plus intéressante encore quand il s'agit d'un film de fantôme ou de "hantise", permettant de lire la question de la possession au premier degré : qui (ou quoi) possède qui (ou quoi) ; qui est possédé par qui. C'est sans doute ainsi qu'il faut lire cette histoire d'amour entre un humain et un aspirateur, hanté par le fantôme d'un ouvrier mort à l'usine. Plus intéressant encore, alors que l'histoire commence de la sorte, elle laisse finalement une place centrale à une autre histoire qui s'y enchâsse, celle des patrons de la dite-usine, également aux prises avec une histoire d'amour et d'aspirateur hanté. De la sorte, la première histoire est hanté par la seconde. Le film semble donc nous dire que le rêve des ouvriers est "possédé" par leurs patrons, s'ouvrant de la sorte à une lutte des classes (faisant un clin d’œil à la lutte décolonial) dont la figure du fantôme se drape d'une dimension politique et résistante. Boonbunchachoke construit tout son film comme un emboitement de souvenirs et de rêves se démultipliant les uns dans les autres, sorte de "Inception" thaï, l'humour en plus et le grand spectacle en moins. Si le film aurait pu gagner en clarté et en brièveté, poussant parfois son jeu narratif à ses dernières limites, le discours final, à la portée cathartique et révolutionnaire, reste quant à lui bien visible. Si le film est avant tout une réjouissante curiosité, il est extrèmement plaisant de découvrir un autre versant du cinéma thaï. Si des motifs (les fantômes, les rêves, le sexe, la politique...) y sont communs avec sa figure de proue international, Apichatpong, le traitement en est on ne peut plus différent, et c'est tant mieux !
- Tamponn Destartinn
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Dans un meilleur monde, c'est ça la comédie méga populaire qui dépasse aisément le million d'entrées
bon, le film marche bien je crois, mais on parle bcp moins du cinéma de Fabien Gorgeart que celui des Nakache & Toledano, alors que Gorgeart, en trois films, devient l'air de rien un real avec une pate, une sensibilité et un humour qui font mouche à chaque fois. Sans en faire un grand de son temps (n'exagérons rien), il est dans le haut du panier du cinéma francais actuel

My Undesirable Friends : Part 1 - Last air in Moscow - Julia Loktev - 2025
En 1992, le passionnant Vidéogrammes d'une révolution d'Andrei Ujică et Harun Farocki s'intéressait à la chute du rideau de fer sous l'angle de la conquête par les manifestants de la station de télévision nationale roumaine. Le contre-pouvoir avait immédiatement compris l'enjeu des images et leur importance pour exister comme force politique concrète. Si "Vidéogrammes" était "la naissance d'une chaine télévisée", près de 40 ans plus tard, "My Undesirable Friends" en propose l'anti-thèse parfaite : la fermeture d'une chaine tv de contre-pouvoir dans la Russie de Poutine.
Néanmoins si Ujica & Farocki sont inspirés (et eux même penseurs) de la philosophie des techniques et des médias, ce n'est aucunement le cas de Julia Loktev. Ce serait presque l'inverse. Il n'est ici jamais question de la nature des images, de leurs régimes ou de leurs constructions mais de celles et ceux qui les font. Débutant 2 ans avant l'invasion de l'Ukraine par la Russie, et se terminant quelques jours après le début de la guerre, ce documentaire fleuve de plus de 5h, se construit comme un portrait intime d'un groupe de femmes journalistes, toutes (très) jeunes à l'exception de Anna Nemzer, sorte de mentor qui ne dit pas son nom. Si nous passons beaucoup de temps dans la régie de la chaine de télévision nous passons plus de temps encore en voiture et dans les salons et les cuisines de ces jeunes femmes, nous fêtons noël et le nouvel an avec elles, tandis que les menaces - devenant de plus en plus énorme - de leur profession finissent par interférer totalement avec leurs vies quotidiennes, rendant l'un et l'autre indémêlable. Pile de son époque, la réalisatrice est au plus près des corps, des visages et des émotions, enchainant les plans (très) courts, trouvant un style entre le journal filmé et la real-TV. C'est donc bien par l'intimité que la réalisatrice entend aborder les enjeux de pouvoir qui traversent son film.
Mes amis indésirables est ainsi avant tout un film sur le quotidien et sur la façon dont la politique s'y inscrit et s'y radicalise progressivement, d'un côté comme dans l'autre. De l'un, le pouvoir en place, dont la forme autoritaire est déjà présente quand le film s'ouvre et dont la fascisation grandissante n'avance même plus masqué. Et de l'autre la vie de ces jeunes femmes. Le plus surprenant est peut-être que ces personnes ne sont en rien des activistes radicaux, des lecteurs férus de Marx, de fin rhéteurs géopolitique. Tout au contraire, la référence culturelle revenant sans cesse est Harry Potter, les messages instantanés sont ponctués de chatons et quand la guerre éclate les premiers émois semblent aller pour la fermeture de l'Apple Store. Il n'y a d'ailleurs presque jamais ici de débat politique de fond, bien que nous comprenons de façon tout à fait limpide les idées des personnes filmées et de la chaine pour laquelle elles travaillent (contre la corruption, pour la liberté de penser, le droit à manifester, la reconnaissance des minorités sexuelles etc..). C'est par ce contre-pied, en détaillant toute la beauté d'une certaine naïveté, d'une énergie idéaliste qui en naït, d'un engagement qui se construit "à la dure" ou "de fait", que le film dépasse largement son point de départ. Et c'est pour la même raison qu'il raisonne autant avec notre époque, avec nos sociétés gangrenés par les idéaux autoritaires, par la tentation fasciste. Le film de Julia Loktev est un cas pratique de ce à quoi mène un tel système politique. Et, à la fin, c'est la vie qui perd contre le politique, quand la vie est devenue impossible et qu'il ne reste plus que la fuite. La deuxième partie à venir, qui s'intéressera à l'exil des mêmes personnages, qui continuerons, j'imagine, leur combat à distance, promet assurément de complexifier ces enjeux.
Il m'est enfin difficile de ne pas songer à une autre œuvre monumentale paru ces dernières années : Traumazone d'Adam Curtis. Le documentariste anglais a pioché dans les archives de la BBC pour dresser un portrait de la Russie de la fin de l'URSS jusqu'à la nomination de Vladimir Poutine au long d'un montage de 7h (rassurez vous : 7 épisodes d'une heure). Si ces deux films ont peu en commun intellectuellement et émotionnellement, ils placent néanmoins conjointement l'appareil médiatique au cœur de leurs constructions, ce qui est tout sauf anodin. Chacun nous permet de la sorte d'aborder avec des angles complémentaires notre connaissance d'un pays central de la politique internationale au rôle on ne peut plus problématique. Ces oeuvres se révèlent ainsi essentielles pour une compréhension de notre époque, de notre monde et de ses enjeux.
J’ai vu Mon grand et Moi, de Ryota Nakano, avec Hikari Mitsushima, Joe Odagiri ou encore Ko Shibasaki. Ce film raconte l’histoire de Riko, qui apprend le décès de son frère. Elle doit alors se charger de ses obsèques. J’ai aimé l’évolution du regard de Riko sur son frère, qui reste sans concession. Chaque personnage apporte quelque chose à l’histoire, et je n’ai pas vu les 2h défiler. Le film ne tombe jamais dans la mièvrerie, et j’ai apprécié les touches d’humour qui parsèment le récit. Le film sonne juste, et nous interroge sur les liens familiaux, et sur les rancœurs qui peuvent prendre le dessus. Le frère de Riko avait son lot de défaut, mais également un côté très attachant. Il était également intéressant de se confronter au regard sur le deuil dans la culture japonaise. On s’interroge aussi sur nos propres relations familiales, quitte à donner de légers maux de tête ! En bref, J’ai passé un bon moment devant ce film, que je recommande.
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"Peu importe ce qu’on pourra vous dire, les mots et les idées peuvent changer le monde."

Derrière ce titre magnifique et intriguant, prononcé au détour d'une conversation par l'un des personnages, se cache ce qui est peut-être le film le moins "Durassien" de la filmographie de l'autrice. Nous avons ici les corps statiques, l'omniprésence du langage et des non-dits, les ambiances (la boite de nuit fait songer à India Songs), la complexité des existences. Mais derrière la rigueur il y a omniprésence d'humour. Beaucoup. De la dérision, des réparties, des exagérations. On en viendrait presque à se demander ce qui sépare en fait le "théâtre de l'absurde" du "Nouveau Roman", tant semble ici apparaitre des racines communes. Une blessure intime et muette, un désespoir envers l'humanité ? Tout est une question de ton et Duras se permet ici d'explorer une dimension qu'on ne lui connaissait pas (on songe à Akerman ayant elle aussi fait un détour par la comédie avec Un Divan à New-York). Ce qui a pu l'y pousser m'intrigue, tant le tragique du propos reste dominant. Peut-être est-ce parce que c'est le 3ème fois que l'autrice retravaille et réadapte son texte (tout d'abord nouvelle puis pièce de théàtre - que je n'ai ni lu ni vu) qu'elle finit par faire ressortir ces traits ? L'adaptation pour l'écran est en tout cas réussi car, malgré la langueur générale, on ne songe jamais à l'adaptation d'une pièce de théâtre, si ce n'est par l'effet maitrisé du plan final (les personnages disparaissent, la caméra se retire lentement hors de la salle par une porte).

Je me souviens avoir entendu parler de ce film lors de mon adolescence alors que je commençais à m’intéresser un peu à une culture différente, très probablement en regardant l'émission Tracks. Cette même émission citait également Jodorowsky dont j'avais pu voir un film peu de temps après (La Montagne Magique), par le hasard d'une copie restaurée ayant trainé ses guêtres jusqu'à Metz. Si j'ai des années plus tard vu d'autres films de Waters, Pink Flamingos m'avait toujours échappé et j'ai donc assisté avec curiosité à sa projection à la Cinematek de Bruxelles (en enchainement direct après Des journées entières dans les arbres - autant vous dire "même salle, deux ambiances"

It Is Not the Homosexual Who Is Perverse, But the Society in Which He Lives - Rosa von Praunheim - 1971
Il semblerait que le cinéaste allemand le plus gay et le plus actif des 70s ne fut pas Fassbinder mais bien Rosa von Praunheim qui revendique plus de 70 films au compteur. Son premier film "It Is Not the Homosexual Who Is Perverse, But the Society in Which He Lives" fera grand bruit à l'époque, tandis que l'homosexualité était encore interdite en Allemagne. Parodiant les films éducatifs, ce moyen-métrage (une heure tout juste) suit l'arrivée d'un jeune homme à Berlin, découvrant sa sexualité et explorant les divers facettes de la vie gay, passant d'un groupe, d'une pratique, d'une classe à l'autre. En voix-off, un commentaire, souvent satirique, alterne entre sociologie, politique et philosophie pour commenter l'action et la mettre en perspective, sans toute fois éviter un aspect quelque peu daté sur certains points (certaines pratiques sexuelles, ou la transsexualité, par exemple). La dernière scène reste assurément la plus marquante, lorsqu'une discussion entre plusieurs hommes se transforme en appel à l'action politique pour la normalisation de l'existence de la communauté gay au sein de la société.
- Tamponn Destartinn
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Oula...
Non. Merci, ça ira.
Sur un sujet extrêmement proche du Valeur sentimentale de l'an dernier, Rodrigo Sorogoyen nous pond son plus mauvais film, qui repose sur trois longues scènes clés, avec entre chacune du remplissage très répétitif et chiant, où le cinéaste s'amuse à jouer avec formats d'image et noir & blanc, probablement dans un souci de rendre son film le plus "cinématographique" possible (c'est évidemment l'inverse qui se produit).
Quant aux scènes clés en question : t'as la scène d'intro qui ressemble vraiment bcp bcp à la 1ère confrontation entre le père et sa fille actrice dans Valeur Sentimentale (et la comparaison n'est pas en la faveur de Sorogoyen, alors que je n'aime pas plus que cela l'autre film). La scène d'enchainement de prises ratées qui fait monter la tension sur le tournage, qui est à la fois la meilleure, et en même temps déjà vu plein de fois (genre dans Babylon, où pareil : c'est la meilleure scène du film, ce qui montre bien que c'est presque trop facile...). Et puis la dernière confrontation père/fille, où on se dit enfin les choses et de la même facon, c'est la seconde meilleure scène du film, mais ça vaut pas 2H10 d'attente pour ne parvenir qu'à cela.
C'est trop bête, avec sa série Los Anos Nuevos, je métais mis en tête que Sorogoyen était un excellent metteur en scène des simples rapports humains contemporains, mais pour ça il faut qu'il soit bien accompagné à l'écriture.

Que l'on aime ou non Claire Denis, force est de lui reconnaitre qu'elle fut tout au long de sa carrière une cinéaste de recherche, toujours plus proche de l'essai que de formes de narrations plus classiques. Et ceci depuis son tout début, comme le prouve Chocolat. On sent néanmoins qu'il s'agit de son premier film. L'autrice semble ainsi peut-être encore un peu contrainte par ce qu'on imagine être des enjeux de production. Je pense notamment à certains points de scénario, tel l'arrivée des rescapés du crash d'avion, série de personnages qui, sous couvert d'une certaine "truculence à la française", donnent une impression de maladresse, sans que la réalisatrice ne sache bien quoi en faire. Pour le reste tout est déjà là, dans son rapport au corps et au désir, dans cette violence sourde qui se manifeste tant dans les non-dits que dans les trous volontaires du scénario. Même la question de l'inceste, sujet en arrière-fond de plusieurs de ses films, rode déjà. Ce qui m'impressionne le plus, je crois, est son approche de l'histoire coloniale française, sujet toujours compliqué et qui devait l'être plus encore à la fin des années 80. Et tandis que, par la suite, Denis développera ses obsessions dans des sphères plus intimes elle l'applique ici à une dimension immense, celle du pouvoir politique et de son système, de son rapport au territoire, au corps noir dominé par le regard du colon, à la force masculine malade. L'ambition est démesurée. Le résultat est tout à fait singulier, même si on ne sait pas toujours si les effets de malaisance sont toujours pleinement voulu où lié à une certaine maladresse.

Si chacun des films de Godard pris individuellement est passionnant, j'aime toujours situer ses œuvres dans sa trajectoire globale, au sein de sa carrière, de sa pensée, mais aussi du siècle et de ses techniques. Je reste persuadé que son parcours reste et restera à jamais unique. Cette considération globale lui donne une dimension passionnante. Le Gai Savoir ne manque pas à la règle. Réalisé en 68 (pile avant et après "les évènements" dit la légende), il s'agit du premier film de JLG réalisé pour la télévision. Qui, bien sur, lui refusera sous des prétextes que l'on peut facilement imaginer. Si la décennie suivante est un virage total vers la forme vidéo, collective, mais aussi télévisuelle (ses deux séries formidables "Tour de France" et "Six Fois Deux" - qui elles aussi auront des existences compliquées), "Le Gai Savoir" en est le joyeux laboratoire. Qui continuera à la suivre tout au long de sa vie car l'on trouve ici une somme incessantes d'expérimentations, d'utilisation de found-footage, de rapport au langage comme matière première etc qui apparaitront jusqu'au bout de son œuvre. Il y a néanmoins encore un bon pied dans le cinéma plus "traditionnel" par son jeu avec deux acteurs, minaudant avec quelques accessoires dans un studio tout noir. Mais ce que l'on pourrait dénoncer comme didactique est avant tout extrêmement ludique et nous retrouvons ici alignés ce qui composent parmi les meilleurs assertions de l'auteur. Plus le film avançait plus j'avais l'impression de voir un "Société du Spectacle" (dont la couverture finit d'ailleurs par apparaitre à l'image) en version pop... jusqu'à ce que, vérifiant les dates, je me rende compte que le film de Debord lui était postérieur ! Peut-être n'est-ce qu'un rééquilibrage tant le long écran noir sonore (quasi) final semble regarder dans la direction de "Hurlements en faveur de Sade" du même Debord. Bref, sacré Jean-Luc !

Tajouje - Gadalla Gubara - 1977
Le film s'ouvre et se clôt par la vue d'un immense rocher qui domine le territoire où se déroule l'histoire de Tajouje. Cette masse immense, qui compose régulièrement l'arrière-fond des plans, joue un rôle non négligeable dans l'impression tellurique qui se dégage du film. Il y a quelque chose de profondément terrestre dans cette campagne désertique, dans ces étendues immenses parcourues par des troupeaux infinis, dans ces vent sablonneux qui balaient l'écran. D'ailleurs, ici, quand on veut prédire l'avenir on ne regarde pas les astres mais on fait apparaitre des constellations de coquillages que l'on jette sur le sol. Par son rapport au territoire, aux distances, au temps, aux superstitions, mais aussi à la façon dont sont narrés les histoires, et la simplicité de leurs enjeux narratifs, Tajouje se rapproche d'une forme mythologique. De celle qui définit les racines d'une culture et d'un rapport au monde. Ce n'est ainsi peut-être pas un hasard si Tajouje, premier long-métrage du Soudan, est lui même une adaptation de ce qui est considéré comme le premier roman soudanais. Un rapport aux origines donc, qui, bien que largement hasardeux sur le plan cinématographique, ne manquera pas de charme pour les spectateurices les plus curieux.

Ali au pays des merveilles - Djouhra Abouda et Alain Bonnamy - 1975
Pur cinéma militant, Ali au pays des merveilles se révèle progressivement un peu plus que ce qu'il n'aurait pu être. Né de la réalisation commune entre une musicienne et un architecte, ce film documentant la condition des (ouvriers) algériens en France n'hésite pas à expérimenter sans cesse (par son montage, son rythme, ses surimpressions, son utilisation du son) pour donner une forme aux témoignages de celles et ceux à qui il donne une voix. Si toutes les trouvailles ne se valent pas; l'effet produit demeure fort tout au long de l'heure du film. Tandis que les voix ne se taisent jamais, les images, elles, finissent pas se calmer. Ceci pour mieux nous montrer la misère, celle des bidonvilles et des baraquements de fortunes, dont la vue si rare explose ici aux yeux de toutes et tous. Si le film est un document précieux, donnant à voir et entendre celles et ceux qu'on ne voit jamais, attestant de la misère sur laquelle repose la société française d'après-guerre, il est plus encore un cri de rage et de dégout face à l'Histoire et à ses injustices.
C’est l’unique moyen/long métrage de Jean-Luc Godard que je n’ai jamais vu ! (Je me demande si je ne le fais pas exprèscyborg a écrit : ↑mar. 19 mai 2026 23:44
Si chacun des films de Godard pris individuellement est passionnant, j'aime toujours situer ses œuvres dans sa trajectoire globale, au sein de sa carrière, de sa pensée, mais aussi du siècle et de ses techniques. Je reste persuadé que son parcours reste et restera à jamais unique. Cette considération globale lui donne une dimension passionnante. Le Gai Savoir ne manque pas à la règle. Réalisé en 68 (pile avant et après "les évènements" dit la légende), il s'agit du premier film de JLG réalisé pour la télévision. Qui, bien sur, lui refusera sous des prétextes que l'on peut facilement imaginer. Si la décennie suivante est un virage total vers la forme vidéo, collective, mais aussi télévisuelle (ses deux séries formidables "Tour de France" et "Six Fois Deux" - qui elles aussi auront des existences compliquées), "Le Gai Savoir" en est le joyeux laboratoire. Qui continuera à la suivre tout au long de sa vie car l'on trouve ici une somme incessantes d'expérimentations, d'utilisation de found-footage, de rapport au langage comme matière première etc qui apparaitront jusqu'au bout de son œuvre. Il y a néanmoins encore un bon pied dans le cinéma plus "traditionnel" par son jeu avec deux acteurs, minaudant avec quelques accessoires dans un studio tout noir. Mais ce que l'on pourrait dénoncer comme didactique est avant tout extrêmement ludique et nous retrouvons ici alignés ce qui composent parmi les meilleurs assertions de l'auteur. Plus le film avançait plus j'avais l'impression de voir un "Société du Spectacle" (dont la couverture finit d'ailleurs par apparaitre à l'image) en version pop... jusqu'à ce que, vérifiant les dates, je me rende compte que le film de Debord lui était postérieur ! Peut-être n'est-ce qu'un rééquilibrage tant le long écran noir sonore (quasi) final semble regarder dans la direction de "Hurlements en faveur de Sade" du même Debord. Bref, sacré Jean-Luc !
C’est très intéressant, ce que tu écris : j’ai adoré te lire !
Oui, l’écran noir revient beaucoup dans la dernière période de Godard, surtout dans sa dernière fiction, Adieu au langage. Je pense même qu’il y est carrément central : l’écran noir n’est pas simplement une pause ou une transition, il devient presque un langage en soi, ou justement la trace d’un langage qui échoue. Le langage humain étant saturé, usé, incapable de dire pleinement le réel ou l’amour, le noir marque cet échec, comme si les images ne suffisent plus
"Le cinéma n'existe pas en soi, il n'est pas un langage. Il est un instrument d’analyse et c'est tout. Il ne doit pas devenir une fin en soi".
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- groil_groil
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Salut les amis !

Je l'ai malheureusement vu un soir où j'étais beaucoup trop crevé et j'ai l'impression d'être complètement passé à côté du film. Je le reverrai donc bientôt pour saisir ce film ample et riche à sa juste valeur. Mais en tout cas, ce que j'en ai compris m'a beaucoup plu.

J'ai toujours beaucoup aimé le premier volet, mais plus généralement j'admire le cinéma de David Frankel, qui est un vrai grand cinéaste, l'un des derniers a faire du pur divertissement hollywoodien à l'ancienne mais à le faire bien. Je n'attendais pas du tout cette suite mais c'est un vrai plaisir que de retrouver comédien.nes, personnages et univers, d'autant que Streep et Hathaway sont mes deux comédiennes américaines favorites, donc c'est toujours un plaisir de les voir évoluer ensemble. Ce second volet est une belle réussite, on peine à imaginer comment faire mieux que ça même. Si peut-être : disons que le sujet de ce film ce n'est plus la mode, du tout, c'est devenu un decorum. Le vrai sujet c'est la presse, et la disparition de la liberté d'icelle lorsque des grands groupes rachètent les titres indépendants (ça évoque forcément plein de choses en France). C'est clairement un grand film de presse comme le Hollywood classic en faisait des tonnes (souvent des réussites d'ailleurs) à tel point que c'est quasiment devenu un genre en soi. La mode est reléguée au second plan, c'est plus qu'une histoire de placements produits qui ont du aider à financer le film, mais plus un sujet. Et c'est là que ce situe le seul truc qu'on pourrait reprocher au film : dans les 20 ans qui séparent les deux volets, le milieu de la mode s'est beaucoup dégradé, la fast-fashion a tout salopé, les conditions de travail dans les usines aux 4 coins du monde également, la pollution et le gaspillage de Co² que cette industrie dégage est un véritable problème planétaire, et il est dommage qu'un tel film, avec une répercussion internationale, ne le mentionne même pas. Comme ce n'est plus le sujet, ça ne m'empêche pas d'aimer le film, mais disons qu'une vraie prise de position là-dessus l'aurait rendu encore plus digne et conscient.

Polar tendu autour d'un trafic de drogues dans le milieu des plongeurs sous-marins et d'un couple frère/soeur plein de mystère, par le réal de La Isla Minima, ça faisait plutôt envie, mais le film ne tient malheureusement pas ses promesses. C'est regardable, mais jamais renversant, ni même prenant, tant dans le récit que dans sa mise en scène.

Une histoire d'amour parfaite, idéale, part en couille à cause d'un secret inavouable mais pourtant révélé par la jeune femme du couple à son conjoint. C'est un film à la forme étrange, un peu racoleuse, tape-à-l'oeil, mal aimable même si assez originale en même temps, qui apparait assez superficielle dans un premier temps mais qui finit par interpeller, voire marquer, au moins en partie, et c'est déjà ça.

Le quotidien d'une jeune femme loseuse, joueuse, fouteuse de merde au franc parler hilarant, qui a force de malchance finit SDF. Enorme coup de coeur et grosse découverte que ce Aimer Perdre, film qui ressemble à un single de punk, qui bouscule l'ordre établi du cinéma francophone (c'est un film belge) avec une joie et une énergie communicative, et une actrice totalement hallucinante. Y a longtemps que je n'avais pas autant ri devant un film ni que je m'étais senti aussi vivant, tant ce film propose systématiquement quelque chose qu'on ne s'attend pas à voir.

Je vais tâcher de rester sobre car beaucoup de gens bien, que j'estime, dont plusieurs vont ici me lire, adorent Kechiche et ont aimé ce film, que je découvrais pourtant avec envie, mais je ne comprend sincèrement pas comment on peut défendre ce que je considère vraiment comme un nanar ridicule et approximatif. Autant je trouvais quelques qualités sincères au premier volet, je ne fais pas partie des quelques happy few qui ont pu voir Intermezzo, mais franchement celui-ci, c'était limite coussin de la honte du premier au dernier plan. Je ne vois strictement rien à sauver, tout sonne faux, le scénario mon dieu (le jeune gars du sud de la France qui écrit un scénar et flash immédiat d'un producteur hollywoodien qui veut de suite le produire et faire jouer sa star de femme dedans, Oh My Fucking God !!!), d'un ridicule confondant, et même la mise en scène ne m'a semblé qu'un ramassis de clichés de ce qu'on a nommé beaucoup trop vite le style Kechiche. Et cette fin, qui n'en est pas une, semble appelé un nouveau volet (alors que je crois que non) et qui en soi ne clôt pas du tout l'ensemble... Oh mon dieu... Je serai tombé dessus par hasard sans savoir de quoi il s'agissait j'aurais parier que c'était un cross over entre Plus Belle la Vie et un Max Pécas.

Jeff Tuche devient Président de la République et c'est toute la nation qui vacille. Franchement, ce film est de loin le plus réussi de la série, mais c'est un film hilarant et excellent, dont l'humour absurde, outre le fait qu'il fait penser aux plus grands du genre (Luc Moullet en tête), est aussi hallucinamment habile d'un point de vue politique, car en mettant à la tête du pays un crétin fini mais pas sans jugeote (certes absurde elle aussi) propose un regard critique et acide sur la façon dont le peuple est gouverné. On dit toujours que les Tuche est une série de merde pour crétins s'abrutissant devant Tf1 mais je pense tout le contraire, en tout cas de ce film-là, qui est tout aussi drôle qu'intelligent.

Une jeune femme normande débarque à Paris pour suivre des épreuves de natation aux JO de l'été 2024, notamment suivre la nageuse Béryl Gastaldello qu'elle admire. Mais de déconvenue en déconvenue, elle ne va pas pouvoir assister aux épreuves, se fait virer de l'auberge de jeunesse où elle souhaitait résider, retrouve une demi soeur qu'elle n'avait pas vue depuis 10 ans mais avec qui cela finit par ne pas se passer aussi bien que c'était prévu, puis finit par errer seule dans Paris, ville qu'elle ne connait pas et qui est beaucoup trop grande pour elle et qui l'effraie. L'envie de rentrer chez elle est forte, mais l'errance nocturne lui fait rencontrer quelqu'un. Elle pourrait tomber amoureuse, mais se l'autorisera-t-elle ? Magnifique film d'une jeune réalisatrice que je découvre ici, inspirée par Rohmer mais aussi par des cinéastes plus récents comme Mickaël Hers, qui pratique une mise en scène de la douceur, et qui offre un sublime portrait de femme du 21ème siècle, plein de tristesse douce et de non-dits, mais aussi un magnifique portrait de son époque. Sa comédienne est aussi étonnante et juste qu'elle semble peu sûre d'elle et ce mélange crée un personnage qui semble exister vraiment, d'autant qu'à l'instar d'un film comme La Fille du 14 Juillet, l'héroïne est vraiment filmée au beau milieu des vrais Jeux Olympiques parisiens. Bref, une cinéaste à suivre !

Ce film, qui tire son nom d'une carte postale que le critique Serge Daney avait envoyée à João César Monteiro sur laquelle il avait écrit "J'ai rêvé que John Wayne jouait merveilleusement du bassin au Pôle Nord", est sans aucun doute le plus étrange, le plus mal aimable et le plus mal alambiqué des films de son auteur. Il ressemble presque à un film suicide dans lequel le cinéaste, qui a l'époque venait de se faire larguer par sa femme et se transformait, selon ses dires, en tonneau à whisky, prend un malin plaisir à détruire systématiquement tout ce qu'il essaie de mettre en place. En reste quelques fulgurances, quelques beaux plans, quelques provocations outrancières, mais le film en soi n'est véritablement intéressant que remis en place dans la perspective de l'oeuvre globale.

Je ne perds pas de temps à mal repitcher le film. Soit vous l'avez vu, soit vous avez lu dessus, soit vous irez le voir. Mais sachez que c'est une très grande réussite à tout niveau. On peut parler d'un film enchanté et enchanteur, d'une beauté et d'une grandeur d'âme immenses. Scénario d'une intelligence et d'une complexité incroyable, mais si intelligent qu'il apparait limpide une fois mise en scène avec générosité et flamboyance. Que dire des 4 comédiens qui sont exceptionnels, Lellouche dans l'un de ses plus beaux rôles prouve qu'il peut aussi jouer l'émotion, Marmaï est génial de chaque plan, Pons passe enfin à l'âge adulte de son jeu et n'a jamais été aussi émouvante, quand à Anaïs Demoustier que j'aime d'amour depuis son premier rôle chez Isabelle Czajka, c'est juste la meilleure comédienne française, elle irradie tout sur son passage, et le titre du film la définie mieux que quiconque. Ce film se présente comme une comédie virevoltante à la Rappeneau, et en est à la hauteur, mais il est bien plus profond que ça et empreint également d'un vrai sens de la tragédie. Le vrai sujet du film en étant le Cinéma, car Salvadori ne nous dit rien d'autre que ça : le cinéma est plus fort que la vie, le cinéma peut redonner vie aux morts, peut faire les gens s'aimer, peut les faire changer à tout jamais. Ce film est une profonde et sincère croyance au cinéma.

Deuxième collaboration de suite entre l'immense Jessica Chastain et le cinéaste Michel Franco (c'est d'ailleurs les deux seuls films du cinéaste que j'ai vus à ce jour) et c'est vrai qu'elle semble lui faire tellement confiance qu'elle se livre totalement, n'hésitant pas à se mettre en danger à un point que quasiment aucune grande actrice hollywoodienne ne le fait. C'est vraiment elle qui tient le film et qui en est son centre gravitationnel. Le film est intéressant, la mise en scène de Franco a ses défauts, elle est souvent trop froide et loin de ses personnages, et d'un coup se fait trop choc, ici c'est dans les scènes de cul, parlées ou en actes, comme s'il voulait choquer le bourgeois à tout prix, et ce côté chaud / froid, tellement typique du cinéma d'auteur cannois international contemporain est un peu fatiguant car tellement attendu... Cependant le film présente plein de belles choses, dont ce rapport de domination inversé qui est vraiment le bienvenu, ainsi qu'une réflexion sur la question des migrants (qu'est-ce que c'est qu'être un migrant quand on regarde ça de l'autre côté ?) qui est vraiment fort, tout comme la fin, très réussie, qui montre malheureusement que même chez les plus convaincus, certaines frontières resteront toujours infranchissables.

Je l'ai malheureusement vu un soir où j'étais beaucoup trop crevé et j'ai l'impression d'être complètement passé à côté du film. Je le reverrai donc bientôt pour saisir ce film ample et riche à sa juste valeur. Mais en tout cas, ce que j'en ai compris m'a beaucoup plu.

J'ai toujours beaucoup aimé le premier volet, mais plus généralement j'admire le cinéma de David Frankel, qui est un vrai grand cinéaste, l'un des derniers a faire du pur divertissement hollywoodien à l'ancienne mais à le faire bien. Je n'attendais pas du tout cette suite mais c'est un vrai plaisir que de retrouver comédien.nes, personnages et univers, d'autant que Streep et Hathaway sont mes deux comédiennes américaines favorites, donc c'est toujours un plaisir de les voir évoluer ensemble. Ce second volet est une belle réussite, on peine à imaginer comment faire mieux que ça même. Si peut-être : disons que le sujet de ce film ce n'est plus la mode, du tout, c'est devenu un decorum. Le vrai sujet c'est la presse, et la disparition de la liberté d'icelle lorsque des grands groupes rachètent les titres indépendants (ça évoque forcément plein de choses en France). C'est clairement un grand film de presse comme le Hollywood classic en faisait des tonnes (souvent des réussites d'ailleurs) à tel point que c'est quasiment devenu un genre en soi. La mode est reléguée au second plan, c'est plus qu'une histoire de placements produits qui ont du aider à financer le film, mais plus un sujet. Et c'est là que ce situe le seul truc qu'on pourrait reprocher au film : dans les 20 ans qui séparent les deux volets, le milieu de la mode s'est beaucoup dégradé, la fast-fashion a tout salopé, les conditions de travail dans les usines aux 4 coins du monde également, la pollution et le gaspillage de Co² que cette industrie dégage est un véritable problème planétaire, et il est dommage qu'un tel film, avec une répercussion internationale, ne le mentionne même pas. Comme ce n'est plus le sujet, ça ne m'empêche pas d'aimer le film, mais disons qu'une vraie prise de position là-dessus l'aurait rendu encore plus digne et conscient.

Polar tendu autour d'un trafic de drogues dans le milieu des plongeurs sous-marins et d'un couple frère/soeur plein de mystère, par le réal de La Isla Minima, ça faisait plutôt envie, mais le film ne tient malheureusement pas ses promesses. C'est regardable, mais jamais renversant, ni même prenant, tant dans le récit que dans sa mise en scène.

Une histoire d'amour parfaite, idéale, part en couille à cause d'un secret inavouable mais pourtant révélé par la jeune femme du couple à son conjoint. C'est un film à la forme étrange, un peu racoleuse, tape-à-l'oeil, mal aimable même si assez originale en même temps, qui apparait assez superficielle dans un premier temps mais qui finit par interpeller, voire marquer, au moins en partie, et c'est déjà ça.

Le quotidien d'une jeune femme loseuse, joueuse, fouteuse de merde au franc parler hilarant, qui a force de malchance finit SDF. Enorme coup de coeur et grosse découverte que ce Aimer Perdre, film qui ressemble à un single de punk, qui bouscule l'ordre établi du cinéma francophone (c'est un film belge) avec une joie et une énergie communicative, et une actrice totalement hallucinante. Y a longtemps que je n'avais pas autant ri devant un film ni que je m'étais senti aussi vivant, tant ce film propose systématiquement quelque chose qu'on ne s'attend pas à voir.

Je vais tâcher de rester sobre car beaucoup de gens bien, que j'estime, dont plusieurs vont ici me lire, adorent Kechiche et ont aimé ce film, que je découvrais pourtant avec envie, mais je ne comprend sincèrement pas comment on peut défendre ce que je considère vraiment comme un nanar ridicule et approximatif. Autant je trouvais quelques qualités sincères au premier volet, je ne fais pas partie des quelques happy few qui ont pu voir Intermezzo, mais franchement celui-ci, c'était limite coussin de la honte du premier au dernier plan. Je ne vois strictement rien à sauver, tout sonne faux, le scénario mon dieu (le jeune gars du sud de la France qui écrit un scénar et flash immédiat d'un producteur hollywoodien qui veut de suite le produire et faire jouer sa star de femme dedans, Oh My Fucking God !!!), d'un ridicule confondant, et même la mise en scène ne m'a semblé qu'un ramassis de clichés de ce qu'on a nommé beaucoup trop vite le style Kechiche. Et cette fin, qui n'en est pas une, semble appelé un nouveau volet (alors que je crois que non) et qui en soi ne clôt pas du tout l'ensemble... Oh mon dieu... Je serai tombé dessus par hasard sans savoir de quoi il s'agissait j'aurais parier que c'était un cross over entre Plus Belle la Vie et un Max Pécas.

Jeff Tuche devient Président de la République et c'est toute la nation qui vacille. Franchement, ce film est de loin le plus réussi de la série, mais c'est un film hilarant et excellent, dont l'humour absurde, outre le fait qu'il fait penser aux plus grands du genre (Luc Moullet en tête), est aussi hallucinamment habile d'un point de vue politique, car en mettant à la tête du pays un crétin fini mais pas sans jugeote (certes absurde elle aussi) propose un regard critique et acide sur la façon dont le peuple est gouverné. On dit toujours que les Tuche est une série de merde pour crétins s'abrutissant devant Tf1 mais je pense tout le contraire, en tout cas de ce film-là, qui est tout aussi drôle qu'intelligent.

Une jeune femme normande débarque à Paris pour suivre des épreuves de natation aux JO de l'été 2024, notamment suivre la nageuse Béryl Gastaldello qu'elle admire. Mais de déconvenue en déconvenue, elle ne va pas pouvoir assister aux épreuves, se fait virer de l'auberge de jeunesse où elle souhaitait résider, retrouve une demi soeur qu'elle n'avait pas vue depuis 10 ans mais avec qui cela finit par ne pas se passer aussi bien que c'était prévu, puis finit par errer seule dans Paris, ville qu'elle ne connait pas et qui est beaucoup trop grande pour elle et qui l'effraie. L'envie de rentrer chez elle est forte, mais l'errance nocturne lui fait rencontrer quelqu'un. Elle pourrait tomber amoureuse, mais se l'autorisera-t-elle ? Magnifique film d'une jeune réalisatrice que je découvre ici, inspirée par Rohmer mais aussi par des cinéastes plus récents comme Mickaël Hers, qui pratique une mise en scène de la douceur, et qui offre un sublime portrait de femme du 21ème siècle, plein de tristesse douce et de non-dits, mais aussi un magnifique portrait de son époque. Sa comédienne est aussi étonnante et juste qu'elle semble peu sûre d'elle et ce mélange crée un personnage qui semble exister vraiment, d'autant qu'à l'instar d'un film comme La Fille du 14 Juillet, l'héroïne est vraiment filmée au beau milieu des vrais Jeux Olympiques parisiens. Bref, une cinéaste à suivre !

Ce film, qui tire son nom d'une carte postale que le critique Serge Daney avait envoyée à João César Monteiro sur laquelle il avait écrit "J'ai rêvé que John Wayne jouait merveilleusement du bassin au Pôle Nord", est sans aucun doute le plus étrange, le plus mal aimable et le plus mal alambiqué des films de son auteur. Il ressemble presque à un film suicide dans lequel le cinéaste, qui a l'époque venait de se faire larguer par sa femme et se transformait, selon ses dires, en tonneau à whisky, prend un malin plaisir à détruire systématiquement tout ce qu'il essaie de mettre en place. En reste quelques fulgurances, quelques beaux plans, quelques provocations outrancières, mais le film en soi n'est véritablement intéressant que remis en place dans la perspective de l'oeuvre globale.

Je ne perds pas de temps à mal repitcher le film. Soit vous l'avez vu, soit vous avez lu dessus, soit vous irez le voir. Mais sachez que c'est une très grande réussite à tout niveau. On peut parler d'un film enchanté et enchanteur, d'une beauté et d'une grandeur d'âme immenses. Scénario d'une intelligence et d'une complexité incroyable, mais si intelligent qu'il apparait limpide une fois mise en scène avec générosité et flamboyance. Que dire des 4 comédiens qui sont exceptionnels, Lellouche dans l'un de ses plus beaux rôles prouve qu'il peut aussi jouer l'émotion, Marmaï est génial de chaque plan, Pons passe enfin à l'âge adulte de son jeu et n'a jamais été aussi émouvante, quand à Anaïs Demoustier que j'aime d'amour depuis son premier rôle chez Isabelle Czajka, c'est juste la meilleure comédienne française, elle irradie tout sur son passage, et le titre du film la définie mieux que quiconque. Ce film se présente comme une comédie virevoltante à la Rappeneau, et en est à la hauteur, mais il est bien plus profond que ça et empreint également d'un vrai sens de la tragédie. Le vrai sujet du film en étant le Cinéma, car Salvadori ne nous dit rien d'autre que ça : le cinéma est plus fort que la vie, le cinéma peut redonner vie aux morts, peut faire les gens s'aimer, peut les faire changer à tout jamais. Ce film est une profonde et sincère croyance au cinéma.

Deuxième collaboration de suite entre l'immense Jessica Chastain et le cinéaste Michel Franco (c'est d'ailleurs les deux seuls films du cinéaste que j'ai vus à ce jour) et c'est vrai qu'elle semble lui faire tellement confiance qu'elle se livre totalement, n'hésitant pas à se mettre en danger à un point que quasiment aucune grande actrice hollywoodienne ne le fait. C'est vraiment elle qui tient le film et qui en est son centre gravitationnel. Le film est intéressant, la mise en scène de Franco a ses défauts, elle est souvent trop froide et loin de ses personnages, et d'un coup se fait trop choc, ici c'est dans les scènes de cul, parlées ou en actes, comme s'il voulait choquer le bourgeois à tout prix, et ce côté chaud / froid, tellement typique du cinéma d'auteur cannois international contemporain est un peu fatiguant car tellement attendu... Cependant le film présente plein de belles choses, dont ce rapport de domination inversé qui est vraiment le bienvenu, ainsi qu'une réflexion sur la question des migrants (qu'est-ce que c'est qu'être un migrant quand on regarde ça de l'autre côté ?) qui est vraiment fort, tout comme la fin, très réussie, qui montre malheureusement que même chez les plus convaincus, certaines frontières resteront toujours infranchissables.
Modifié en dernier par groil_groil le mer. 20 mai 2026 16:53, modifié 1 fois.
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- groil_groil
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- Tamponn Destartinn
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J'aurai aimé en dire autant de bien que Groil, mais malgré l'indéniable savoir-faire des talents en présence, je suis resté majoritairement à distance.
Je crois que c'est parce que je ne crois pas aux histoires d'amour du film. Enfin si, il y a un coup de foudre, un couple qui fonctionne : Marmaï et Pons. Ce qui fait que les flash back sur leur relation est sûrement ce que je préfère de loin dans le film. Le gag étant qu'on nous présente cela comme le "mauvais" couple infine, chacun tombant amoureux de quelqu'un d'autre, sauf que dans les deux cas, ça m'a semblé très factice. On nous dit "maintenant celui-ci/celle-là est amoureux de celle-là/celui-ci" de façon plaqué, sans jamais nous l'avoir fait vraiment ressentir. Et comme c'est le coeur du film, ça pose problème.
Je bloque là dessus, mais c'est parce que je cherche moi même encore à comprendre pourquoi le film ne fonctionne qu'à moitié sur moi, et à ce stade je ne vois que cela.
Je trouve que pas mal de trucs sonnent faux en plus de ces aspects de scénario plaqués. Ca commence par le plan moche en effets spéciaux du Paris d'époque, et ça passe par le cast masculin que je trouve complètement raté (Marmai dans En liberté oui, mais là en peintre ?!, Kervern encore pire, ok en concierge dans Dans la cour, mais là c'est la cata), et par tout un tas de détails sur lesquels on met de l'importance mais qui semblent complètement farfelus (le fait que Suzanne mette/enlève les lentilles à chaque 'transe' sans que l'autre capte quoi que ce soit, qu'elle pique les journaux d'Irène un par un etc...)
J'ai beau remettre ça en perspective avec une mise en scène qui adopterait un style forain, et donc de la tromperie, du jeu, du théâtre et de l'artificialité; ma suspension d'incrédulité est quand même mise à rude épreuve.
