Le Centre de Visionnage : Films et débats

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sokol
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groil_groil a écrit : jeu. 6 août 2026 09:40 Ce qui déstabilise dans ce film, c'est qu'on se demande comment Breillat a pu se faire avoir de la sorte, car c'est vraiment flagrant que le type est là pour profiter d'elle et de son argent. Et ce qui est beau, mais qui peut être frustrant également, c'est que le film ne répond pas à cette question. Il montre les choses via le regard de Breillat, et cela semble presque naturel de succomber à cet homme, comme si le point de vue était celui non d'une cinéaste qui avait pris le recul nécessaire pour faire le point sur un pan de sa vie, mais au contraire celui d'une femme venant de subir un AVC.
C'est exactement ce que j'avais ressenti quand je l'avais vu à sa sortie. Je m'étais alors dit que la grande chance de Catherine Breillat, c'est d'être une femme d'une force peu commune. Elle a toujours répété que le métier de metteur en scène est un métier d'homme et, en revoyant ce film, on comprend mieux pourquoi : elle est tout sauf une déprimée (ce n'est ni Claire Denis ni Naomi Kawase, quoi).
"Le cinéma n'existe pas en soi, il n'est pas un langage. Il est un instrument d’analyse et c'est tout. Il ne doit pas devenir une fin en soi".
Jean-Marie Straub
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groil_groil
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sokol a écrit : jeu. 6 août 2026 11:40

C'est exactement ce que j'avais ressenti quand je l'avais vu à sa sortie. Je m'étais alors dit que la grande chance de Catherine Breillat, c'est d'être une femme d'une force peu commune. Elle a toujours répété que le métier de metteur en scène est un métier d'homme et, en revoyant ce film, on comprend mieux pourquoi : elle est tout sauf une déprimée (ce n'est ni Claire Denis ni Naomi Kawase, quoi).
Oui je trouve l'acte assez courageux, notamment car elle ne se met vraiment pas en valeur.
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Tamponn Destartinn
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Les matins merveilleux - Avril Besson

J'étais très enthousiaste à la sortie, mais le temps passant, je me dis que c'était surtout pour India Hair qui est à son meilleur. Et aussi pour le refus de raconter une histoire classique, notamment avec l'idée brillante de désamorcer immédiatement le rôle d'Eric Cantonna (non, ce n'est pas un film sur une fille qui retrouve son père inconnu...)
Ceci dit, un film d'errance sans scénario fixe dans un coin paumé du Sud proche de la mer, on en a eu un autre cette année, c'était Affection Affection. Et la différence est évidente : la mise en scène. Avril Besson filme trop clasiquement son film pour que cela marche pleinement. On est dans un entre-deux étrange et un peu vain, infine.

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Le triangle d'or - Hélène Rosselet-ruiz

A l'inverse, ici il y a un sujet, un gros. Un récit de lutte des classes, où une jeune fille de 20 ans qui compte faire l'armée devient en attendant la servante de la compagne d'un prince saoudien richissime. Elle accepte un dévouement 24h/24 et 7 jours sur 7 en échange d'un très gros salaire. Au premier abord, le rapport dominant/dominé est évident entre les deux femmes, mais progressivement, on comprend que la femme n'est "qu'une" maitresse et que son statut est tout aussi précaire, si ce n'est plus, que celui de celle qu'elle traite comme une esclave. Forcément, une fois les faux semblants envolés, leur relation évolue...
Je trouve le sujet passionnant, le choix du huis clos dans cet hôtel particulier/prison pertinent... mais j'ai déchanté sur sa dernière partie et surtout sa fin. Tout me semblait converger vers une sorte de relecture de La Cérémonie de Chabrol. Où les quatre prolétaires abusés (je compte le garde du corps palestinien et surtout la panthère noire séquestrée !) s'unissent ensemble pour péter la tronche à leur bourreaux... Bon ben pas du tout. On est dans un aveu d'échec total, une incapacité à bouger les lignes. Après, je ne dis pas non. Récemment, le Anora de Baker allait aussi dans cette direction. Mais justement, si on compare les deux, clairement il y en a un qui tient un propos à cet égard, et l'autre qui semble juste renoncer comme ses personnages. C'est dommage. Mais je pense que la réalisatrice (que je connais de loin) est à suivre.
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groil_groil
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Visiter il y a quelques jours les châteaux de Louis 2 de Bavière, Neuschwanstein et Linderhof, m'a forcément donné envie de revoir Ludwig, un des plus beaux Visconti à mes yeux. Je n'avais jamais réalisé un truc, c'est que selon Visconti, le film fait partie d'une trilogie complétée avec Les Damnés et Mort à Venise. On peut trouver ça assez tiré par les cheveux, mais personnellement j'y vois une belle logique, une sorte de trilogie du décadentisme poussé à son extrême, Et vers les extrêmes. Ludwig serait le dernier volet, mais personnellement je le lis aussi comme les prémices des Damnés. Où comment un monarque, incapable de gouverner, s'enferme progressivement dans un monde clos, coupé de tout contact et de toutes règles extérieures, et va recréer son propre monde, régi par des règles internes et totalement coupées du monde extérieur. On peut voir cela comme les origines du nazisme quelque part, surtout que Ludwig est là au moment où l'Allemagne est censée s'unifier et qu'il lutte beaucoup pour ne pas faire partie de cette grande Allemagne promise, comme s'il se sentait supérieur aux autres. Mais je vois surtout dans le Ludwig de Visconti, le chantre du décadentisme, portrait miroir du Gustav von Aschenbach de Mort à Venise. Les deux se coupent totalement du monde extérieur et cristallisent leur attention sur un détail romantique, la beauté d'un jeune garçon chez l'un, l'enfermement dans des palais toujours plus beaux pour l'autre. L'obsession de Ludwig était de reconstruire était de singer Louis XIV en essayant de reconstruire son Versailles à lui, et de s'y enfermer, seul, pour tenter de reproduire ce que les romantiques décadents nomment l'Artifice, plus beau que la nature, par essence. C'est fou d'ailleurs, d'imaginer que Ludwig était la plus part du temps seul en ces lieux grandioses. Quand on visite Linderhof on voit cette table de diner étrange qui disparait dans le sol quand le monarque avait fini de diner pour que même les serveurs, les valets, n'entrent pas en contact avec lui pour lui amener son diner ou débarrasser la table. C'est d'ailleurs très bien montré dans le film, mais sachez que cette table à mécanisme est réelle, c'est dingue. Bref, ces deux personnages, Gustav d'un côté, Ludwig de l'autre, sont sans doute les deux personnages ayant le mieux incarné le décadentisme au cinéma, sortes de projection du Des Esseintes de Husymans au cinéma. Il faudrait désormais que je revois le mal-aimable Les Damnés que je connais un peu moins bien que les deux autres, mais ce film est tellement dur à regarder qu'il me rend malade à chaque fois. Et je pense que c'est volontaire de la part de Visconti, de rendre ce film impossible à aimer, justement à cause de son sujet.
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