Le Centre de Visionnage : Films et débats

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groil_groil
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Un riche industriel, malade, meurt à la suite d'une injection réalisée par son infirmière à domicile. Son épouse est persuadée d'un assassinat et, avec l'aide de son avocat, qui est aussi son amant, horrible personnage mais génial Pierre Brasseur, elle accuse l'infirmière et un procès a lieu. Le juge d'instruction, impeccable Bourvil, ne croit pas à la culpabilité de l'infirmière, et mène son enquête. Impeccable film de procès signé Christian-Jaque, cinéaste capable donc de fulgurances, qui se présente un peu comme la version française du Anatomy of a Murder de Preminger. Amusant aussi de remarquer que le générique est une préfiguration de la scène d'ouverture du Halloween de Carpenter, repris aussi par De Palma pour ouvrir Blow Out.

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Le père, Gene Hackman, est avocat, spécialisé dans la défense des opprimés. La fille, Mary Elizabeth Mastrantonio, est avocate comme papa, mais elle s'est spécialisée dans la défense des puissants, des grosses sociétés et lobbies. Lorsque les deux se retrouvent face à face dans le même procès, mais opposés, les conflits père / fille prennent encore plus d'ampleur qu'ils n'en avaient déjà. Mais survient la mort de la mère, événement qui après avoir causé des tensions encore plus fortes, va finalement rapprocher les deux, et pousser la jeune avocate à reconsidérer sa position dans le procès qui les opposent. Le film de Michael Apted, correct faiseur hollywoodien de l'époque, parvient à créer une belle ambiance, entre la fin 80's (on le sent à la pellicule) et les 90's naissantes, qui seront la décennie de l'explosion du genre - réactivation du thriller néo-noir, etc. L'intrigue en elle-même n'est pas passionnante, l'opposition père-fille amusante même si reposant trop souvent sur des recettes et facilités, mais de voir évoluer ces grands acteurs, il y a aussi Lawrence Fisburne, parfait, déroulant leur partition avec tellement d'assurance et de savoir-faire, que ça devient comme une berceuse visuelle, la nostalgie d'un cinéma dont la promesse est souvent supérieure au résultat mais qui continue à résonner en nous.
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Tamponn Destartinn
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C'est une déception concernant Cristian Mungiu, vu comment son R.M.N m'avait enthousiasmé, mais je ne compte pas non plus être du côté de ceux qui crient au film réac voire dangereux.

Le film parle d'un cas réel très particulier, l'ASE norvégien, à qui on a donné un grand pouvoir dans le pays. Sur le papier, c'est un progrès social indiscutable, mais un différent son de cloche s'est fait de plus en plus entendre, accusant le puissant institut de faire des excès de zèles, brisant des familles pour des motifs qui n'ont rien d'évidents. Il y a notamment un cas qui a fait parlé, celui d'une famille d'origine roumaine, chrétienne orthodoxe revendiquée comme fortement conservatrice, à qui on a retiré les 5 enfants pour des fessées. Avec Fjord, Mungiu adapte cette histoire, y voyant un moyen pour parler choc des cultures, mépris des minorités, et plus encore de comment toute institution à qui on donne trop de pouvoir en devient totalitaire et inhumaine, y compris si l'intention de départ est louable, au nom du progrès. L'enfer est pavé de bonnes intentions, tout ça tout ça. Bref, sur un sujet aussi passionnant que casse-gueule, mon verdict personnel pourrait se résumer par "1 partout, la balle au centre".
J'aime la place laissée aux enfants, du moins les ainés, où toute l'idée est qu'ils sont aussi centraux que mis à l'écart. C'est très bien dosé, et je trouve aussi très malin d'avoir inclus ce personnage de grand-père norvégiens sur le déclin, à qui on retire tout autant son droit de décision, au nom du "mieux pour lui". Le principal est dit sans avoir besoin d'en parler directement. D'ailleurs, ce grand-père "appartient" aux voisins qui sont eux aussi de bons personnages, très clairement les représentants des spectateurs type pour ce film, à savoir des gens du camp des progressistes qui vont tout de même prendre position pour le couple punis à tort. Car oui, je ne l'ai pas dit texto jusqu'alors, mais il est indéniable que Mungiu prend position pour les parents réacs. Il fait tout pour les rendre humains, à l'inverse des représentants de l'ASE. Via des choix de scénarios, donc, mais même dans sa mise en scène, où tout repose sur ce qu'on montre et ne montre pas. Par exemple les larmes, bien réelles mais pudiques, car de dos... (et c'est la seule fois où je vais évoquer forme et pas fond dans cette critique, tant la mise en scène est aussi une déception, à mon sens moins marquante qu'un R.M.N)
Or, c'est là où, au bout d'un moment et selon moi, le bât blesse. Parce que c'est une chose d'être aussi dur avec les personnages de l'ASE - ce sont tous des gens intransigeants, administratifs, et même volontairement cruels parfois : l'avocat fait passer le Procureur de Anatomie d'une chute pour un enfant de choeur, c'est limite s'il ne manque pas le képi à la tête de la cheffe, etc. Mais pour moi, ça passerait bien mieux si en face les parents étaient bien plus ambigus. Car j'ai un gros désaccord avec bcp de critiques lues sur le sujet : pour moi Mungiu les défend à fond, au point d'en faire le portait de "gens bien", point. Déjà, la mère de famille est une femme empathique, généreuse, aimante, il n'y a aucune ambiguité à son sujet. Mais. je n'ai pas de souci avec ça, car celui qui me dérange vraiment, c'est le mari. Toute l'ambiguité de ces gens reposent sur lui, et Mungiu refuse d'en faire un vrai personnage. Tout glisse sur lui, il intériorise à fond, on a pas accès à sa psychée, à ses paradoxes, on le dit réac, colérique, etc, mais dans les faits on le voit jamais. Par exemple, son homophobie ne transparait jamais devant la relation entre sa fille et celle des voisines, alors que c'est tout de même l'occasion parfaite de montrer au présent son oppression. Sa colère est ridiculisée plusieurs fois par les norvégiens qui le supplient de se calmer alors qu'il n'hausse aucunement la voix et reste franchement calme au vu des situations imposées. Pourquoi ? Ca rend juste kafkaien ce qu'il vit, alors que le vrai intérêt ne me semble pas là. J'ai un exemple qui me vient d'un vrai personnage de cinéma très réac et très négatif selon les codes moraux de toutes personnes dites progressives, mais qui dans les faits est innocent et même héroique : Richard Jewell, dans le film éponyme de Clint Eastwood. Voila, et d'ailleurs Eastwood, tout aussi réac soit-il, aura j'en suis sûr fait un bien meilleur boulot que Mungiu avec cette histoire !
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sokol
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Tamponn Destartinn a écrit : mer. 2 sept. 2026 17:57
toujours à son propos : https://www.rayonvertcinema.org/fjord-cristian-mungiu/

À l’ère du désenchantement du monde, quand Cristian Mungiu entend faire le procès du tout relativisme des valeurs dans « Fjord », il a en réalité choisi son camp. Sa prétendue neutralité est un leurre. Quand il voudrait faire croire qu’il navigue entre les eaux, il barre à droite toute, dans un film synchrone d’une époque où les discours les plus rances n’ont plus de frein sur la langue
"Le cinéma n'existe pas en soi, il n'est pas un langage. Il est un instrument d’analyse et c'est tout. Il ne doit pas devenir une fin en soi".
Jean-Marie Straub
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sokol
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À propos des nouveaux films actuellement au cinéma, j’ai une petite idée, autrement dit, je vais essayer de diviser un en deux ( yifen wei er en chinois, la formule politique majeure sous Mao : tout phénomène apparemment unitaire contient des aspects contradictoires, puisque la contradiction est le moteur du changement) : force est de constater que, même le dernier film de Hamaguchi, politiquement parlant ("faire politiquement du cinéma et non un cinéma politique") constitue un recul par rapport à son avant-dernier film, Le Mal n’existe pas. Dans celui-ci, la critique du capitalisme ne s’accordait avec aucune idéologie, puisqu’elle passe par l’image, mieux, par le montage : le montage de la mort supposée de la fille du personnage principal, puis de la tentative échouée d’assassinat du représentant de l’entreprise de glamping. Donc, c’est sans concession.

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+ un râle / souffle hors champ accompagne le mouvement (en son)

"Soudain" se termine bien différemment, bien plus doucement

Deux éléments au-delà de la fin qui appuient mon constat :
1. Dans "Soudain", le travail est moins filmé que dans "Le Mal n’existe pas" (pourtant, dans ce dernier, il s’agit vraiment d’un lieu de travail !).
2. La notion centrale de l’humanitude est plus conciliatrice que celle de glamping, bien plus divisante et tranchante (sans rentrer dans les détails : perso, je trouve déjà assez énervant un tel concept, on dirait la bravitude d’une certaine Ségolène :D ). J’aurais préféré l’humanité (avec un petit h !!) de Dumont. Mais Hamaguchi a fait ses preuves donc, assurément, il reviendra plus puissant politiquement parlant lors de son prochain film.

Restent Radu Jude et Wang Bing (la fiction ET le documentaire). Indétrônables politiquement parlant et donc, cinématographiquement. J’ai hâte de voir le prochain du premier qui sort le 28/10
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Jean-Marie Straub
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Tyra
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sokol a écrit : jeu. 3 sept. 2026 09:40
Tamponn Destartinn a écrit : mer. 2 sept. 2026 17:57
toujours à son propos : https://www.rayonvertcinema.org/fjord-cristian-mungiu/

À l’ère du désenchantement du monde, quand Cristian Mungiu entend faire le procès du tout relativisme des valeurs dans « Fjord », il a en réalité choisi son camp. Sa prétendue neutralité est un leurre. Quand il voudrait faire croire qu’il navigue entre les eaux, il barre à droite toute, dans un film synchrone d’une époque où les discours les plus rances n’ont plus de frein sur la langue
Je pars de cette citation pour parler du film. Ce n'est que mon interprétation, mais cette lecture du film me semble outrageusement caricaturale. Je peux me tromper bien sûr, mais j'ai eu l'impression que Mungiu se reconnait en l'avocate et voisine, à qui il fait dire, à la fin du procès, ce qui pourrait être la morale du film : "je serais toujours du coté des minorités". C'est bien la position de Mungiu dans ce film, tout comme dans R.M.N avec les migrants Sri Lankais. On peut trouver ça un peu court comme point du vue, mais ce n'est pas du tout celui d'un réac, il me semble.
Pour le reste, c'est à dire la forme du film, je suis vraiment déçu, j'ai découvert Mungiu avec ses deux derniers films, coup sur coup. Ce petit cinéma de l'observation des mesquineries humaines, cette mise en place laborieuse de conflits sociétaux sous une forme pseudo distanciée, ça ne m'intéresse pas beaucoup.

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C'est assez décevant de retrouver David Robert Mitchell à la tête d'un projet aussi consensuel, qu'on pourrait trouver contradictoire par rapport à son dernier film, Under the Silver Lake, qui me paraissait porter un point de vue critique, voir "vomitif", envers une certaine culture de masse américaine ayant façonné sa génération. Il faut dire que le mec a pas mal galéré entre temps, son projets Heroes and Vilains retoqué pour cause de crise Covid... Il revient donc coup sur coup avec deux films plus "fédérateurs", plus calibrés (qu'il écrit toujours lui-même) : celui-ci donc, et prochainement la suite d'It Follows. L'ironie est que ce film-ci semble se planter complètement commercialement, et est accueilli très fraichement par la critique, professionnelle ou grand public.
Toutes ces précautions étant dites, après avoir baissé mon seuil d'attente, je dois dire que j'aime plutôt le film, que je trouve en fin de compte assez beau, assez innocent et sincère (une innocence qui me dérange moins que dans le derniers Spielberg par exemple) sur la famille, le couple... La condition pour apprécier le film étant de ne pas chercher à voir autre chose dans ce film qu'un fantasme enfantin et ludique de voir son quartier envahi par des dinos (le réenchantement de la morne banlieue pavillonnaire est un thème récurant des productions Amblin des années 80), et ne pas se prendre la tête sur le manque de crédibilité et d'explications du phénomène comme le font certains, qui vont chercher le moindre détail du scénario à exploiter pour descendre le film.
Et puis, le mec est quand même un sacré bon metteur en scène, de ce point de vue le film est un vrai petit plaisir de chaque instant.


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Huit clos dans l'appartement d'un couple à bout de souffle qui invite pour une soirée un couple du voisinage qui s'avère être partouzeur à ses heures perdues. Pénible, parfois hystérique, pas vraiment drôle.
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sokol
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Tyra a écrit : jeu. 3 sept. 2026 13:41 j'ai eu l'impression que Mungiu se reconnait en l'avocate et voisine, à qui il fait dire, à la fin du procès, ce qui pourrait être la morale du film : "je serais toujours du coté des minorités".
Cela me fait penser à un autre texte du même site, consacré cette fois-ci à la diffusion sur ARTE Replay de "L’Histoire de Souleymane", je les cite :

"L'Histoire de Souleymane, de Boris Lojkine, n'est pas le film que l'on croit. En apparence humaniste, il déshumanise en permanence. En filmant le parcours d'un immigré clandestin en quête de papiers, il délègue finalement au spectateur le choix d'en décider. Il partage ainsi le même sale petit secret que tous les droitards attardés, n'accorder droit de cité qu'aux bons immigrés. Un travail de discrimination s'opère, qui révèle le caractère mensonger du film. Il se voudrait humaniste. Il fait la chose la moins humaniste possible : juger"
https://www.rayonvertcinema.org/l-histo ... is-lojkine/ (excellent papier !)

C’est exactement le même principe (à une exception près : Lojkine est originaire d’un pays anciennement colonisateur ; Mungiu, d’un pays anciennement colonisé, par l’Empire ottoman puis soviétique). Donc, il peut y avoir une petite nuance, mais l’approche reste la même : ils n’accordent droit de cité qu’aux bons immigrés, « ceux qui travaillent ».

Si je dis ça, c’est parce que, l’autre jour, même si, en apparence, cela n’a pas grand-chose à voir avec ce dont on parle ici, je me posais la question : pourquoi, en France, y a-t-il un débat sur le foulard de la part du plus grand parti raciste du pays alors qu’aux États-Unis, malgré le fait que l’un des deux plus grands partis, au pouvoir de surcroît, soit en grande partie accaparé par un courant raciste et xénophobe, il n’y a pas un tel débat ? Tout simplement parce que les États-Unis n’ont pas colonisé le Maghreb ou l’Afrique !
Ce qui prouve que toute question identitaire est liée étroitement à une histoire politique, économique et sociale (le colonialisme, dans ce cas).
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Tyra
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sokol a écrit : jeu. 3 sept. 2026 14:21
Tyra a écrit : jeu. 3 sept. 2026 13:41 j'ai eu l'impression que Mungiu se reconnait en l'avocate et voisine, à qui il fait dire, à la fin du procès, ce qui pourrait être la morale du film : "je serais toujours du coté des minorités".
Cela me fait penser à un autre texte du même site, consacré cette fois-ci à la diffusion sur ARTE Replay de "L’Histoire de Souleymane", je les cite :
...
Oui, tout cela sont des hypothèses politiques, qui auscultent d'ailleurs la tradition de laïcité "musclée" qui existe en France (comme en Norvège d'ailleurs, c'est montré dans le film). Mais j'ai l'impression qu'on s'égare. Imaginons que ces films soient plus en adéquation avec ta vision politique des phénomènes abordés... En seraient-ils meilleurs ? Plus intéressant cinématographiquement ? Ils seraient peut être plus précis, plus justes dans la description d'une réalité, d'accord, mais est-ce que c'est seulement ça qu'on attend d'un film ?
On fait l'exégèse à loisir des idées politiques du film de Mungiu, mais j'ai l'impression qu'on passe à coté de ce que le cinéma peut faire.
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Tyra a écrit : jeu. 3 sept. 2026 15:46 Oui, tout cela sont des hypothèses politiques, qui auscultent d'ailleurs la tradition de laïcité "musclée" qui existe en France (comme en Norvège d'ailleurs, c'est montré dans le film). Mais j'ai l'impression qu'on s'égare. Imaginons que ces films soient plus en adéquation avec ta vision politique des phénomènes abordés... En seraient-ils meilleurs ? Plus intéressant cinématographiquement ? Ils seraient peut être plus précis, plus justes dans la description d'une réalité, d'accord, mais est-ce que c'est seulement ça qu'on attend d'un film ?
On fait l'exégèse à loisir des idées politiques du film de Mungiu, mais j'ai l'impression qu'on passe à coté de ce que le cinéma peut faire.
Merci de ton message. Vraiment. :jap:

Je crois que la réponse se trouve dans le tout dernier paragraphe de l’article sur "L’Histoire de Souleymane". Je vais le poster ici : il répond, point par point, aux questions que tu poses très légitimement :

"Sous couvert d'humanisme, il fait ce qui est le moins humaniste : juger. L'époque a le film qu'elle attendait. La question immigrée est liquidée. Le solde pour compte migratoire de la République sauvé. Nul et non avenu. Le Rassemblement National appréciera"
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groil_groil
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Nanar à rebondissements jusqu'à l'overdose, jusqu'au ridicule, ultra daté, mais tellement représentatif de son époque.

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ça y est j'en ai fini de mon intégrale Monteiro, avec justement son dernier film, le magnifique Va et Vient, où Monteiro semble annoncer via le gros plan final sur son oeil, mais pas seulement, qu'il s'agit de son dernier film. ça reste évidemment un film magnifique, mais je l'ai un peu moins aimé que les fois précédentes, je devais le mettre sur un pied d'estal alors que je le trouve un peu moins bon que la trilogie Jean de Dieu par exemple. Ici Monteiro abandonne le personnage de Jean de Dieu pour Jean Vuvu, presque un double, mais en plus posé, plus assagi, sans doute moins pervers aussi, même si sa chute, comment dire, est liée à un godemichet géant :D et comme le personnage, je trouve le film un peu moins fou que la trilogie évoquée. Bon, à ce niveau, on ne va pas chipoter

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Un ancien activiste politique devenu député est harcelé et menacé par ses ennemis à cause de relations homosexuelles cachées et interdites sous le franquisme même si son épouse est au courant, et qui pourrait au bas mot ruiner sa carrière. Après avoir fustigé la religion (Le Prêtre) et le famille bourgeoise (La Créature), le grand Eloy de la Iglesia s'en prend ici à la politique de son pays, dans un film coup de poing aux accents fassbinderiens, incroyablement osé et courageux.

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Très très attaché à ce western / film de samouraï notamment grâce à de très forts souvenirs d'enfance, je l'ai montré à mes enfants qui ont beaucoup aimé tous les deux, trop content !

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de Mamoru Watanabe

Dernier film qu'il me restait à voir du coffret de film japonais Pink édité par Carlotta. Ces films ont souvent des scénario minimalistes voire inexistants et ne sont passés à la (relative) postérité que grâce à leurs délires visuels, leur goût prononcé de la provocation et leurs scènes osées. Celui-ci est intéressant car il est celui qui mêle avec le plus d'évidence les expérimentations de l'école Pink avec le cinéma classique japonais, héritage revendiqué et qui a plutôt tendance à nourrir le film.

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J'avais trouvé ce Burton que je n'avais jamais vu en boite à livres. Pas grand intérêt, la méthode Burton est appliquée de manière méthodique et presque monotone, c'est moins convaincant que L'Etrange Noël, et c'est au cinéma gothique ce que Mylène Farmer est à la musique gothique.

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Un des rares HSS que j'avais raté en salle... Pas mal, c'est toujours le même principe, le même système, il y a des jours où ça me fatigue, des jours où ça passe... La variation sur le même temps, à l'infini... Ce que j'aime ici c'est la façon dont il construit ses blocs de temps, et qu'il passe de l'un à l'autre sans que tu t'en rendes compte au départ, et que tout le film se déroule dans le même immeuble, et à chaque nouveau bloc de temps il monte d'un étage pour faire son dernier chapitre sur la terrasse, exactement comme Chantal Akerman l'avait fait pour Hotel Monterey.

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Un des meilleurs pitchs ever : un journaliste reçoit tous les jours le journal du lendemain ! Il en tire profit en annonçant des scoops de malade avant tout le monde ou pour s'enrichir... jusqu'au jour où le journal lui annonce sa propre mort à venir. René Clair, parfaitement à l'aise pour diriger un film américain, réalise un chouette objet ludique et dynamique. On regrette juste qu'il ait choisi (ou sa production) un film aux accents de comédie, très léger dans le traitement, alors que ce pitch pourrait être, au-delà de son côté Beef / Retour vers le futur, la promesse d'un film noir particulièrement angoissant et prenant.
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cyborg
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Il est assez convenu de dire qu'Hamaguchi à fait du langage un des points centraux de ses films, mais peut-être est-ce l'idée de "parole" qu'il nous faudrait examiner. Que l'on se souvienne des longs échanges entre amies de Senses ou des discussions du conseil communal du Mal N'existe Pas, l'auteur semble trouver plaisir à filmer le développement de longs échanges entre ses protagonistes.

Soudain, malgré son titre, n'échappe pas à ce choix de rythme. Mais il en atteint peut-être un point limite : jusqu’où peut se loger la portée coercitive d'un dialogue, non pas entre les personnages mais à l'encontre même des spectateurs. Il nous faudra en effet supporter en première heure introductive du film une double leçon que Marie-Lou et Mari ne se font pas tant entre elles qu'à l'égard de ceux qui les regardent : qu'est-ce que l'humanitude et pourquoi est-ce bien, qu'est-ce que le capitalisme et pourquoi est-ce mal ? Le ton didactique de l'ensemble est ici posé, autant que sa dimension dichotomique.

Comment, en effet, ne pas être d'accord - pour qui à les yeux à minima ouvert sur le monde qui nous entoure - face à ces tirades philosophiques très écrites (où pointent les limites d'actrices d'Efira - mais qui pourrait jouer ça ?) et ces démonstrations sociales sur tableau blanc ? Le spectateur est donc ici celui qu'il faut instruire, ou peut-être simplement convaincre sans le pousser beaucoup à réfléchir par lui-même.

C'est assurément à cause du "sens unique" de son propos que le film d'Hamaguchi perd en épaisseur et en intérêt, là ou le geste cinématographique final du "Mal N'existe Pas" rendait sa dimension troublante à l'ampleur de son interrogation. L'auteur se débarrasse ici bien vite des contre-points et des aspérités possibles (combien de temps d'écran pour l'aide soignante récalcitrante, bien seule de surcroit ?) pour construire ce qui devra être lu comme une fable philosophique pour devenir recevable, remplie de séniors sémillants et d'animateurs tout sourire (encore un peu plus et le "Jardin de la liberté" se changeait en "jardin à cultiver" de Voltaire). Il est presque étonnant que l'auteur évacue à ce point les ombres au tableau, qui ne manquent pourtant pas : l'humanitude est elle-même depuis longtemps devenu concept marketing et machine à billets. Pour un film qui pointe autant le mercantilisme comme source de tous nos maux, voilà un oubli malencontreux.

Au sein de ce chemin tout tracé subsiste heureusement d'autres belles idées et moments, concernant principalement la relation des deux héroïnes et leurs capacités à mettre en acte le principe d'incertitude. Ainsi la pièce de théâtre de se rejouer deux fois sous nos yeux, dont la deuxième représentation parvient, deux heures plus tard, à intégrer pleinement les aléas du réel, pour finir par se fondre en un hallucinant entrelacs de corps et de gestes. Dans cette proto-partouze toute habillée, debout couchée de traviole et inter-gé, se cache assurément l'autre message du film : c'est en changeant la façon dont nous nous tenons ensemble que nous pourrons reconsidérer notre façon de faire société. Cette idée de positionnement des corps entres eux se retrouve d'ailleurs tout au long du film, suivant l'évolution de la relation entre les deux actrices principales. Si elles sont filmés côte à côté sur les quais de Seine, elles sont ensuite de 3/4 sur la barrière japonaise. C'est enfin dans une des toutes dernières scènes qu'Efira et Okamoto se regarderont face à face, droits dans les yeux. Cette étape se fait par une idée de mise en scène bouleversante : les deux femmes se fixent par l'intermédiaire d'un champ-contre champ et d'un double regard caméra. Cette idée extraordinaire, brisant les interdits filmiques, vient matérialiser notre place dans leur relation (nous sommes le cœur de leurs échanges) et nous laisse le soin de questionner notre rôle dans la pérennisation des idées qu'elles échafaudent. Preuve en est, s'il le fallait encore, qu'au cinéma un message passe davantage par une grande idée de mise en scène qu'un long dialogue. Espérons qu'Hamaguchi sache s'en souvenir lors de ses prochains films.
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