Présenté en avant-première européenne ce lundi à l'Etrange Festival (le film repasse ce samedi), Rozz Williams: Romeo's Distress est un film documentaire consacré à une figure légendaire de la musique gothique, fondateur du groupe Christian Death (tellement influent qu'il lança presque un genre à lui tout seul), groupe qu'il dissout très rapidement, à deux reprises et avec deux formations différentes, pour se consacrer à des expérimentations en tout genre, notamment au travers de son projet Premature Ejaculation (sans doute ce qu'il a fait de plus aventureux et de plus expérimental, malsain, dérangeant, mais d'une grande richesse), ou en publiant de magnifiques albums en solo, avant de reformer plusieurs groupes gothiques (dont le plus connu fut Shadow Project), n'évitant parfois malheureusement pas un côté presque parodique et n'atteignant jamais la grâce de Christian Death. Rozz Williams, immense admirateur de Bowie notamment, est entré dans la légende grâce à son talent, mais aussi parce qu'il s'est suicidé en 1998. Attiré depuis toujours par les extrêmes, Williams était notamment un énorme consommateur d'héroïne, dépressif extrême, tout cela accentuant l'image du poète maudit et romantique, qu'il était vraiment. Le réalisateur Nico B. l'a connu personnellement, ils ont été très proches sur la fin de sa vie, ce qui permet au film d'être rempli d'images et de documents inédits ou rarissime, d'une grande valeur, ainsi que de collecter des témoignages de personnes très proche. A commencer par la maman de Rozz, qui ouvre le film du haut de ses 97 ans, en lisant une lettre d'un fan étant adressée à son fils, dans l'une des séquences les plus émouvantes qui soient. Le réalisateur a également pu interroger les frères et soeurs du chanteur, dévoilant une personnalité qui nous était inconnue, même pour les plus grands fans. Etonnant de voir que ce poète esthète est issue d'une famille issue de l'Amérique profonde, ne correspond pas du tout à l'idée qu'on pouvait se faire de sa jeunesse. Où il est notamment dévoilé que le jeune Roger (ne s'appelant pas Rozz à l'époque) fut violé à l'âge de 7 ans, ce qui explique beaucoup de choses dans la compréhension de son oeuvre future. Le film est bouleversant, magnifique, érudit, passionnant, même s'il n'est pas sans défaut. Déjà l'utilisation de l'IA pour reconstruire certaines séquences est franchement discutable. C'est nul, c'est moche, cela n'apporte rien. Ensuite, nous entendons le témoignage audio de Rozz (parmi d'autres bien sûr) sur tout le film, et je ne connaissais pas d'archives audio surtout de cette qualité sonore parfaite, existante, et aussi exhaustive, ce qui fait que j'en viens à me demander si sa voix n'a pas été reconstituée par IA pour narrer un témoignage qui est sans doute de lui (je n'imagine pas autrement) mais qu'il aurait laissé à l'écrit. Si des spécialistes peuvent m'éclairer à ce sujet, je suis preneur. Enfin, on entend à la fin du film un témoignage extraordinaire. Il s'agit du message vocal qu'à laissé Rozz sur le téléphone de son frère à 3h30 du matin, appelant à l'aide. Le frère dormant, l'aide n'est pas venue, et Williams s'est suicidé dans la foulée. Entendre cela retourne le bide, et le film aurait du s'achever là-dessus. Mais le film se poursuit maladroitement en montrant la postérité de Christian Death par le biais de plusieurs groupes qui en ont fait des reprises. Mais les reprises et les groupes en question sont nuls et sans intérêt, on s'en serait bien passé, et cela a même tendance à dévaluer le matériau original. On voit aussi son épouse Eva O. (Rozz Williams était ouvertement homosexuel, ce qui lui a valu beaucoup de souci avec son père catho intégriste, mais a fini par se marier avec sa comparse du groupe Shadow Project) interpréter sur scène, et récemment, une chanson de CD, et c'est une catastrophe, impossible de ne pas éclater de rire. Enfin le film s'achève sur la soirée du lancement du livre que Nico B. a consacré à Rozz Williams et cette autopromo n'était vraiment pas nécessaire pour conclure un hommage sincère et globalement bouleversant. Ces quelques défauts, réels, n'entachent en rien la qualité du film, sa valeur en termes d'archives historiques, et l'émotion qu'il procure. J'en suis sorti bouleversé.
Pig est un court-métrage co-écrit et co-réalisé par Nico B. et Rozz Williams quelques mois avant le suicide de ce dernier, montré en complément de programme du film documentaire "Romeo's Distress". Je ne l'avais jamais vu, mais alors quel putain de choc ! C'est comme une illustration visuelle d'un disque de Premature Ejaculation. Noir et blanc inquiétant, personnages réduits à des silhouettes, des fantômes ou des corps que l'on torture jusqu'à la mort. Car le film reprend vraiment les choses là où Throbbing Gristle / Psychic TV les avaient laissées visuellement et montre face caméra des actes de tortures, scarifications, piercings et autres réjouissances, qui plus est sur le corps de Rozz Williams si je ne m'abuse, testant aussi les limites du spectateur. C'est un film dur, de grande violence, mais super beau esthétiquement et d'une force vraiment incroyable. C'est comme une épreuve de le voir, mais j'en suis sorti galvanisé et assez admiratif de parvenir à tenir à hauteur égale esthétique et jusqu'au boutisme à un tel niveau.
Retour avant 15 heures est un film documentaire, mais dans lequel s'incruste la fiction, par le biais d'un comédien qui joue le rôle du père du cinéaste. Et pour cause, ce père est disparu. A sa mort, son fils a découvert, chose que sa famille entière ignorait, que le père tenait depuis des années un journal intime. Sauf que ce journal intime n'était pas du tout centré sur ses sentiments, sur sa vie personnelle, mais concernait les choses les plus factuelles de son quotidien, souvent sans importance, du genre, 14 avril, j'ai passé la tondeuse à 15h. A 15 h28, celle-ci est tombée en panne... etc. A l'infini. Cette découverte pousse alors le cinéaste à remonter le passé et à construire un film pour l'aider à comprendre les motivations paternelles, liées on l'apprendra rapidement à la peur de mourir. Retour avant 15 heures est un drôle d'objet, un original documentaire d'auteur, où la question du cinéma se pose en permanence, mais malgré cette belle promesse initiale, j'ai tout de même été déçu. Je pense que j'ai été déçu de la même façon que le cinéaste a dû l'être de ne pas découvrir quelque chose de vraiment fort dans les motivations du père. Il ne saura au final pas vraiment pourquoi il a fait tout ça. Ce qui fait qu'il se détache un peu de ses intentions d'origine et que le film se perd un peu faute de manque de tenue.
Film typique de son époque (il date de 2006), Stay est une sorte de thriller psychologique à tiroirs et à twists, film-puzzle à la manière de Memento ou du chef-d'oeuvre du genre L'Echelle de Jacob, où chacun des éléments introduits est comme une clé supplémentaire à la tentative de compréhension globale. Ce genre de trucs ne passe que rarement les affres du temps, et c'est le cas ici pour pas mal de choses, néanmoins l'aguerri Marc Forster tient son jouet avec dextérité et arrive à le pousser au bout. Car, c'est toute l'intelligence du film, pour une fois ce genre de gros mammouth ne se termine pas la grosse révélation fracassante qu'on attendait - ou appréhendait - tous et toutes, mais par une conclusion downtempo, qui fait du bien à chacun car elle vient calmer l'ensemble, en nous racontant tout simplement l'histoire d'une rencontre.
I like your hair.