Le Centre de Visionnage : Films et débats

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groil_groil
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Un scientifique est envoyé dans l'espace à des années lumière de la Terre afin de résoudre un problème majeur qui fait qu'une étrange substance est en train de bloquer la diffusion de la lumière du Soleil. Arrivé sur place, il y rencontre une étrange présence extra-terrestre, sorte de minecraft avec des pattes de crabe; et ils vont oeuvre ensemble, et même devenir amis, afin de trouver une solution au problème puis de tenter de rentrer chacun chez soi. Si le film, porté à bouts de bras par Ryan Gosling qui ne s'en tire pas si mal, est amusant dans son postulat, proposant une vision plus ludique et bon enfant de la SF traditionnelle, il finit par fatiguer par excès de niaiseries et autres neuneuseries qui font que le film finit par ressembler à une production Disney ou équivalent, tout poli tout lissé et bien propret du dedans comme du dehors...

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Alors évidemment c'est un très bon film, super intelligent, super bien mis en scène, qui dresse un magnifique parallèle avec notre époque, qui montre parfaitement comment on bascule dans le fascisme en mêlant laxisme et capitalisme, bref, c'est un super beau film, en plus il cartonne, ce qui prouve qu'il remplit aussi sa fonction sociale, et c'est vraiment salutaire, et encourageant, mais malgré tout ça, je ne peux pas m'empêcher d'être déçu, sans doute car on me l'avait trop vendu et que je m'attendais à un chef-d'oeuvre absolu. Dans le détail, déjà, je trouve que les anachronismes ne fonctionnent pas, qu'ils soient musicaux ou dans les dialogues. Entendre Alphaville ou Opus là-dedans ça n'a aucun sens, si ce n'est faire le petit malin. Pop Corn ça fonctionne un peu mieux, car la scène est dansée, mais Luc Moullet l'avait déjà fait de danser sur Pop Corn in extenso, déjà vu... Marre veut sans doute dire que ce qu'il se joue dans son film est intemporel mais alors pourquoi passer des vieux hits des 70's et des 80's qui ne parlent absolument pas aux jeunes d'aujorud'hui. Pourquoi ne pas passer des hits actuels ? On passe des hits par souci de connivence avec son public, qui a grandit dans ces décennies là, et je trouve le clin d'oeil un peu grossier. Idem pour le personnage qui refuse une cigarette en disant 'non merci j'essaie d'arrêter' ou des tics de langage qui sont ceux d'aujourd'hui, je ne comprends à quoi ça sert, si ce n'est à me sortir du film, à déréaliser l'ensemble. Après je trouve aussi que le film est trop long, oui c'est bien que ça dure, pour qu'on comprenne le glissement, très bien, mais il y a bien 30mn de trop à mon sens, où ça s'écoute parler un peu trop... Le film souffre aussi à mes yeux d'un manque de moyens par rapport à ses ambitions affichées. Car j'adore les films fauchés, au contraire ce sont même souvent les meilleurs, mais il ne faut pas jouer à la grande reconstitution et ne pas avoir les moyens de la mettre en scène. Attention, on croit à ce qu'on voit, les costumes, les décors, c'est parfait, mais le film souffre d'enfermement, les seuls rares moments extérieurs sont à la campagne, dans les champs, et lorsqu'on sort en ville, on ne voit pas une seule profondeur de champ, on cadre serré, et ce pourrait n'être qu'un vulgaire détail, mais là on en souffre. Je trouve que le film souffre de ne pas parvenir à montrer. C'est d'ailleurs intéressant de voir que parmi les choses les plus intéressantes du film, il y a les lettres qu'envoie l'épouse de Marre à son mari. Des moments bouleversants, mais qui restent à l'état de texte, comme si on ne parvenait pas à les filmer. Un mot sur la comédienne Sandrine Blancke qui joue le rôle de l'épouse : elle est bouleversante, pour moi c'est le plus beau personnage du film, et toutes les scènes où elle joue sont les meilleurs moment du film. Et elle forme un magnifique duo avec Swann Arlaud, qui est extraordinaire de bout en bout. Swann Arlaud, Henri Marre, donc, collabo, admirateur de Pétain, et vrai arrière-grand-père du cinéaste. Je pense qu'il avait besoin de faire ce film pour expier un trauma familial et personnel, ça ne doit pas être facile d'avoir un tel personnage dans son arbre généalogique. Marre charge Marre bien sûr, mais je pense que si cela n'avait pas été son aïeul il l'aurait accablé d'avantage. On retient quand même pas mal le bel homme, on lui trouve non pas des excuses mais des circonstances atténuantes. Je ne pense pas que le cinéaste veuille le dédouaner de toute responsabilité, au contraire, il le rend responsable, mais je pense quand même qu'une certaine indulgence, compréhension, empathie, je ne sais pas comment le formuler, entre en compte, à cause des liens familiaux, même de manière inconsciente, et cela me dérange.

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La montage accouche d'une souris, mais on m'avait tellement dit que le dernier Farhadi était catastrophique (un peu à l'image du reste de sa carrière non ?) que j'en étais presque agréablement surpris. Enfin un cinéaste étranger qui sait filmer les acteurs français, c'est suffisamment rare pour le souligner, et son intrigue à tiroirs est souvent vaine, mais elle distille une petite musique qui n'est pas désagréable à suivre (le travail excellent du chefop y est d'ailleurs pour beaucoup).

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Revu cet immense film, sorte de Foucault + Besson au carré, sur une des plus anciennes et des plus passionnantes affaires criminelles de notre pays, qui est filmé avec une recherche absolue de la vérité dans son sens ontologique qui force l'admiration. Je lui connais un héritier, le très beau 'Bruno Reidal, confession d'un meurtrier' de Vincent le Port, sorti récemment. Il faut que je vois d'urgence le film de Nicolas Philibert (que j'adore) Retour en Normandie, que j'ai en dvd depuis des lustres, et qui revient sur le tournage de ce film immense.

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Alors que son ex-femme entre en clinique psychiatrique, un homme s'éprend d'une jeune patiente aux troubles bien développés va-t-on dire, qui fout le feu à la propriété avant de s'enfuir avec lui. Le film sera leur longue fuite en avant, recherchés par la police comme des Bonnie & Clyde ou plus encore les héros de Badlands de Terrence Malick. C'était la première fois que je voyais un film de Jean-Gabriel Albicocco et la surprise est de taille. Il peut avoir un côté très agaçant par ses aspects criards, les acteurs hurlent tout le temps, la caméra bouge en permanence, mais il est d'une originalité que je n'avais jamais vue dans le cinéma français. Il tourne tout le temps au fisheye, créant des perspectives grand angle totalement hallucinante, et plus le film avance, plus il vire à l'épure et se perd dans la nature hédoniste, rappelant aussi bien Terence Malick que Wernez Herzog ou encore dans un autre registre Kenneth Anger. Une vraie curiosité !

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Immense film, peut-être le meilleur Cukor, et l'un des premiers grands chefs-d'œuvre sur la masculinité toxique et sur le désir de l'homme d'anéantir la femme aimée pour mieux la posséder, la dominer, l'exterminer par simple exercice du pouvoir. C'est magistral.

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J'adore Landis, mais je n'avais vu Innocent Blood qu'une fois, cette relecture est plus que bénéfique car c'est un bon film, qui est à la croisée des chemins des genres et de l'oeuvre de Landis dans son ensemble. Car c'est à la fois un film d'horreur et un film de mafieux (on y voit toutes les têtes connues et identifiées, avant ou après, chez Scorsese, De Palma ou dans les Sopranos), c'est à la fois un drame, une romance et une comédie, et on se retrouve pile poil entre Le Loup Garou de Londres et Série Noire pour une Nuit Blanche. Le film, estampillé film d'horreur, ne fait franchement pas peur, mais ce n'est en rien un défaut, tant l'ambiance créée par Landis ici se satisfait à elle-même et renvoie au spectateur un sentiment de plénitude.
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cyborg
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Notre Salut est un film qu'il nous faut lire à l'envers. C'est en effet son ultime intertitre qui nous le fera voir sous un jour nouveau : le personnage principal du film n'est pas un banal « fonctionnaire de Vichy » mais l'arrière-grand-père du réalisateur. L'approche microhistorique d'Emmanuel Marre n'est ainsi pas neutre, elle présente au contraire l'originalité d'être située dans une intimité filiale.

Le « salut » du titre n'est donc peut-être pas une affaire de salvation mais de véritables salutations : le cinéma comme la rencontre impossible entre deux générations. À moins que, précisément, le sens ne soit double : c'est en se confrontant à nos racines que nous pourrons nous en sauver.

L'ensemble du film est ainsi construit par cet angle de l'intime, poussé jusqu'à sa sphère la plus profonde. C'est en effet la relation amoureuse et paternelle du héros qui constitue la matière première du film. Par l'observation de travers, de torts et d'arrangements minables dans une vie maritale, le réalisateur entend dessiner le portrait d'une société plus largement malade. Ce faisant, l'auteur adopte une thèse on ne peut plus contemporaine : notre intimité est éminemment politique. Cette ambition immense, d'autant plus plongée au sein d'un contexte historique aussi chargé, rend le film immédiatement original et aimable, renversant les rapports entre le pion et le jeu.

Les choix de mise en scène, caméra au bras, haletante, au plus près des corps, sont évidemment judicieux. Mais peut-être finissent-ils également par desservir le film tant nous y sommes habitués ; comme anesthésiés par les flux d'images branlantes défilant sans cesse sous nos doigts. S'agissait-il de la meilleure façon d'ouvrir le film vers notre contemporain ? Je ne saurais le dire, tout en rêvant à Watkins dont le nom fut cité et dont nous sommes à de nombreuses encablures (aucune rupture du dispositif fictionnel ici) ou même encore à Akerman (qui situait ouvertement son « Portrait d'une jeune fille des années 60 » dans le Bruxelles des années 90 - ici, hormis quelques détails d'arrière-champ, rien de tangible). Ainsi, le choix d'utiliser des musiques supposément contemporaines mais en réalité vieilles de plus de 40 ans (et encore, Pop Corn date de 1969 (!), en ceci plus proche des nazis que de nous...) sonne à mon sens comme un aveu d'échec, conscient ou non.

Peut-être également m'est-il impossible de voir ici le « portrait de la France contemporaine » que tout le monde proclame car je ne suis pas de ceux qui croient que l'histoire se répète, que le fascisme d'aujourd'hui n'est qu'une redite du fascisme d'hier, que nous pourrons dans 50 ans expliquer le néofascisme de 2026 par les agissements d'un petit fonctionnaire zélé. Le monde s'est durci, le monde s'est intensifié, le monde s'est complexifié, et nos dérives autoritaires tout autant. En ceci je pense que le film vise faux, ou prétend à des ambitions qui le dépassent. Nous lui reconnaîtrons néanmoins la noblesse de se confronter avec intelligence à l'existence d'un passé-ancêtre pétainiste, collaborateur et fonctionnaire sans scrupules, s'opposant ainsi au mythe flamboyant et encore vivace d'une grande France résistante.
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cyborg
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(cette affiche faite par IA est horrible...)



Voilà plus de 10 ans que Abbas Fahdel réalisait Homeland, documentaire monumental sur la guerre d'Irak de 2003. Discret depuis lors, ayant fait un bref détour par la fiction (peu concluant ai-je entendu), il réapparait ces dernières années pour des films sur le Liban, où il habite désormais avec sa compagne. Tales of the Wounded Land se concentre sur les frappes israéliennes subies par le sud du pays en 2024. Plus exactement, l'auteur se concentre sur ses conséquences directes : alors qu'il enregistre les images des premières frappes, il opte pour une ellipse jusqu'au cessez-le-feu, date de son retour dans sa maison. Ruines et désolations occuperont les 2h d'images restantes. Sans commentaire, détail ou contextualisation, Fahdel opte pour un documentaire brut, minimisant les angles géopolitiques, pour exposer la nouvelle réalité des survivants, les quotidiens détruits et l'espoir qui à disparu. Sa femme et sa fille sont transformés en quasi-personnages, errant parmi les décombres, d'un tas de débris à un autre, d'un mot pour un proche à une rencontre avec un voisin. Les images sont sidérantes par leur accumulation et leur durée, déjouant ainsi totalement le flux televisuel-reseau-socialesque avec lesquels nous les appréhendons habituellement. C'est par le temps passé avec ces quelques exemples d'existences brisées que nous pouvons essayer de mieux saisir la réalité matérielle d'une guerre. Je l'ai déjà dit à plusieurs reprises, le plus souvent en lien avec les différentes guerre au moyen-orient (Pour Sama, Démineurs...) mais il y a vraiment quelque chose à songer sur les liens entre les possibles permis par la légèreté de production des images numériques et notre représentation de la guerre (ici queue de comète + contre-point total de "la guerre du golfe n'a pas eu lieu" de Baudrillard, bien sur).
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cyborg
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White Mountains - Melis Ubukeyev - 1965

Imaginons un croisement improbable entre le néo-réalisme italien (pour ses personnages et leurs interactions), le cinéma soviétique (pour son sens des visage), le cinéma muet (pour sa poésie allégorique). Imaginons que ce croisement se déroule au Kyrgyzstan, entre de sublimes montagnes et un yourte endeuillée, dans laquelle un jeune homme hésite entre rester auprès des siens ou partir étudier dans une grande ville. Imaginons également une couche d'onirisme et de réalisme magique, tandis que le pouvoir impérialiste de l'URSS rode. Mélangez tout ceci et vous obtiendrez peu ou prou White Moutains, incroyable étoile-filante dans l'histoire du cinéma mondial. Le film dure à peine 1h et le réalisateur ne fera -je crois- qu'un autre film 30 ans plus tard. A croire que la flots de la rivière qui tourmentent tout le film, constituant une ligne de démarcation entre rêve et réalité, entre tradition et modernité, entre fuite et enracinement, auront aussi été fatal à l'auteur.
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cyborg
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Je suis assez gêné par la fin de mon texte sur Notre Salut, car ma perception du film a été assurément biaisé par des attentes trop hautes + la réception médiatique largement orienté sur sur les liens "avec notre époque", ce qui n'est pour moi pas le meilleur aspect du film.
Si je le revois un jour, loin de ce qui se trame actuellement et de ces idées, je m'imagine bien que je puisse le trouver meilleur qu'après ce visionnage. Et puis, surtout, je fais la fine bouche, car il s'agit bien sur d'un film intelligent, drôle, avec beaucoup de subtilité sur plusieurs points/traitements. Et surtout c'est un film qui expérimente à sa façon, qui essaie d'inventer une forme, et c'est trop rare pour le dénigrer.
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groil_groil
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ATTENTION ce TEXTE comporte du SPOIL important.

Andrei Zviaguintsev est l'un de mes cinéastes vivants préférés, j'adore tous ses films sans réserve, et il va sans dire que j'attendais son nouveau en trépignant depuis sa présentation à Cannes et son Grand Prix emporté. Bon, eh bien c'est peu de dire que je n'ai pas été déçu. Minotaure est un chef-d'oeuvre, j'allais dire un de ses meilleurs films, mais comme je les adore tous, ça ne veut rien dire... C'est je pense la meilleure façon possible de faire un remake, tout en lui ajoutant une lecture supplémentaire. Car oui, Minotaure est le remake d'une autre chef-d'oeuvre, La Femme Infidèle, l'un des plus beaux Claude Chabrol. Zviguintsev l'adapte fidèlement, et on sent qu'il aime beaucoup le matériau d'origine, il va même jusqu'à citer des plans emblématiques du film, comme celui tellement connu de Stéphane Audran en train de se déshabiller dans sa chambre, la jambe nue relevée et posée sur son secrétaire. L'histoire c'est donc celle d'un riche patron, qui découvre que sa femme le trompe, et qui sur un coup de colère tue l'homme en question puis fait disparaitre son corps. Il y a tout ça dans l'adaptation de Zviaguintsev, transposé dans une petite ville de Russie (non nommée), même si il a décidé (on comprend très vite pourquoi) de changer la fin (je ne vous la spoilerai pas). Mais, et c'est là où le film devient littéralement passionnant, le réalisateur va entrecroiser cette intrigue chabrolienne, déjà passionnante en soi, avec une autre, plus contemporaine, qui transforme son film en un véritable brûlot politique anti-Poutine (qui lui vaut d'avoir été obligé de s'exiler en France), celle de l'envoi de soldats russes au front. Notre chef d'entreprise se voit convoquer par le maire de la ville avec d'autres grands entrepreneurs. Il leur est demandé de fournir des listes d'employés qui seront envoyés au front, l'Armée manquant de volontaires. Il doit donner 14 noms. . Comme il ne veut pas envoyer ses employés, il demande à sa secrétaire de recruter immédiatement 14 chauffeurs-livreurs qui deviendront automatiquement ses victimes condamnées. Enfin, à une prêt, il va enlever le nom du plus jeune, pour le remplacer par celui du chef de la sécurité de sa boite, car c'est à lui qu'il avait demandé d'enquêter sur l'identité de l'amant de sa femme. Et comme il ne veut pas laisser de traces, il sacrifie cet homme. A ce moment-là les deux intrigues viennent se percuter de front et laisse le spectateur dans un véritable état de choc. Le film fait de son personnage un petit Poutine en puissance, qui dans la plus totale impunité manipule ses pions, envoie les gens vers la mort, uniquement pour servir ses intérêts propres. C'est un immense film, aussi bien dans le fond, que dans sa mise en scène, toujours aussi prodigieuse, encore plus lisible et fluide ici, presque ligne claire, d'une intelligence rare. Savoir que le cinéma peut encore provoquer ce sentiment de complétude, littéralement me nourrir et satisfaire tous mes sens en même temps, me comble d'un sentiment de plénitude. Zvia est un génie !

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Revu avec joie et jubilation ce qui est un de mes films fantastiques depuis que je l'ai vu à sa sortie en salle en mars 1988, film ludique, inventif, qui raconte tout par sa mise en scène uniquement et jamais par son scénario, créant une bestiole extraterrestre qui se déplace de corps en corps pour accomplir ses méfaits. Mais cette bestiole est fan de hard rock, de Ferrari, et de filles bien gaulées. Pour autant le film ne sombre jamais dans la gaudriole et se tient de bout en bout, s'ouvrant même au fil de son déroulé pour gagner en ampleur et finir en apothéose. Plein de cerises sur les pompons : de beaux morceaux de musique dans la BO, plein d'acteurs de Twin Peaks qui jouent dedans (à se demander si Lynch ne s'est pas inspiré du duo flic / fbi de ce film pour créé le sien quelques années plus tard, car Kyle MacLachlan est déjà agent du FBI dans Hidden, et le flic ressemble étrangement au shérif de Twin Peaks, et puis une super scène chez un disquaire (où l'on aperçoit notamment un disque de Wiseblood et une superbe affiche du Body and Soul de Sisters of Mercy). Bref, toujours une jubilation totale, et je rêve qu'un jour un éditeur ait la bonne idée de sortir ce film en bluray.
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sokol
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cyborg a écrit : ↑ven. 16 oct. 2026 00:48 Je suis assez gêné par la fin de mon texte sur Notre Salut, car ma perception du film a été assurément biaisé par des attentes trop hautes + la réception médiatique largement orienté sur sur les liens "avec notre époque", ce qui n'est pour moi pas le meilleur aspect du film.
Si je le revois un jour, loin de ce qui se trame actuellement et de ces idées, je m'imagine bien que je puisse le trouver meilleur qu'après ce visionnage. Et puis, surtout, je fais la fine bouche, car il s'agit bien sur d'un film intelligent, drôle, avec beaucoup de subtilité sur plusieurs points/traitements. Et surtout c'est un film qui expérimente à sa façon, qui essaie d'inventer une forme, et c'est trop rare pour le dénigrer.
Moi, c’est l’inverse : si je revois un jour, je crains de le trouver bien moins bon
"Le cinéma n'existe pas en soi, il n'est pas un langage. Il est un instrument d’analyse et c'est tout. Il ne doit pas devenir une fin en soi".
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Tyra
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sokol a écrit : ↑ven. 16 oct. 2026 11:28
cyborg a écrit : ↑ven. 16 oct. 2026 00:48 Je suis assez gêné par la fin de mon texte sur Notre Salut, car ma perception du film a été assurément biaisé par des attentes trop hautes + la réception médiatique largement orienté sur sur les liens "avec notre époque", ce qui n'est pour moi pas le meilleur aspect du film.
Si je le revois un jour, loin de ce qui se trame actuellement et de ces idées, je m'imagine bien que je puisse le trouver meilleur qu'après ce visionnage. Et puis, surtout, je fais la fine bouche, car il s'agit bien sur d'un film intelligent, drôle, avec beaucoup de subtilité sur plusieurs points/traitements. Et surtout c'est un film qui expérimente à sa façon, qui essaie d'inventer une forme, et c'est trop rare pour le dénigrer.
Moi, c’est l’inverse : si je revois un jour, je crains de le trouver bien moins bon
Tu n'en as pas parlé ! :miam:
(moi non plus d'ailleurs, il faut que je trouve le temps et les mots).
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Tamponn Destartinn
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Deux mises en contexte :
1/ je n'ai vu que deux autres films d'Andreï Zviaguintsev (Le bannissement et Faute d'amour), dont je n'ai retenu que l'ennui provoqué
2/ je n'ai pas vu La femme infidèle de Chabrol

Le fait est que devant Minotaure, j'ai aussi ressenti de l'ennui sur le moment. Il y a quelque chose dans le style de Zviaguintsev qui ne passe pas, chez moi.
Mais : je reconnais que cette fois, le film me reste en tête. Ca fait deux jours maintenant, et je ne suis pas passé à autre chose. Ce que je retiens évidemment est cette idée brillante de lier cette intrigue vieille comme le monde, celle d'un bourgeois dont le seul problème dans la vie est que sa femme le trompe (et surtout ne l'aime plus), avec une autre bien plus dans l'actualité politique russe. A savoir que ce dit bourgeois est aussi un patron qui a pour mission de donner une liste de 14 employés à envoyer à la guerre. S'il ne le fait pas, l'armée se servira d'elle même. Le film épousant le point de vue du gars, ça reste longtemps une intrigue B, tant ce n'est pas sa préoccupation personnelle principale. Mais c'est bien évidemment aussi pour cela qu'elle est ultra importante dans ce que le film raconte en sous texte, et l'impact final entre les deux intrigues conclut une démonstration implacable et très maline. Je me dis d'ailleurs qu'il serait intéressant de faire un parallèle entre ce film et Notre Salut d'Emmanuel Marre. Les deux parlent de la médiocrité d'une petite bourgeoisie qui révèle toute son inhumanité et son égoïsme en tant de guerre. Ainsi que son impunité, bien sûr... A titre personnel, j'aurai inversé leur prix à Cannes : le Grand Prix pour Notre Salut et le prix du scénario pour Minotaure. Je sais que pour beaucoup c'est synonyme d'insulte, mais pas forcément dans ma bouche (même si oui, ça signifie que je préfère le Marre)
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groil_groil
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Tamponn Destartinn a écrit : ↑ven. 16 oct. 2026 13:16 Image

Deux mises en contexte :
1/ je n'ai vu que deux autres films d'Andreï Zviaguintsev (Le bannissement et Faute d'amour), dont je n'ai retenu que l'ennui provoqué
2/ je n'ai pas vu La femme infidèle de Chabrol

Le fait est que devant Minotaure, j'ai aussi ressenti de l'ennui sur le moment. Il y a quelque chose dans le style de Zviaguintsev qui ne passe pas, chez moi.
Mais : je reconnais que cette fois, le film me reste en tête. Ca fait deux jours maintenant, et je ne suis pas passé à autre chose. Ce que je retiens évidemment est cette idée brillante de lier cette intrigue vieille comme le monde, celle d'un bourgeois dont le seul problème dans la vie est que sa femme le trompe (et surtout ne l'aime plus), avec une autre bien plus dans l'actualité politique russe. A savoir que ce dit bourgeois est aussi un patron qui a pour mission de donner une liste de 14 employés à envoyer à la guerre. S'il ne le fait pas, l'armée se servira d'elle même. Le film épousant le point de vue du gars, ça reste longtemps une intrigue B, tant ce n'est pas sa préoccupation personnelle principale. Mais c'est bien évidemment aussi pour cela qu'elle est ultra importante dans ce que le film raconte en sous texte, et l'impact final entre les deux intrigues conclut une démonstration implacable et très maline. Je me dis d'ailleurs qu'il serait intéressant de faire un parallèle entre ce film et Notre Salut d'Emmanuel Marre. Les deux parlent de la médiocrité d'une petite bourgeoisie qui révèle toute son inhumanité et son égoïsme en tant de guerre. Ainsi que son impunité, bien sûr... A titre personnel, j'aurai inversé leur prix à Cannes : le Grand Prix pour Notre Salut et le prix du scénario pour Minotaure. Je sais que pour beaucoup c'est synonyme d'insulte, mais pas forcément dans ma bouche (même si oui, ça signifie que je préfère le Marre)
pour moi Minotaure méritait surtout la Palme d'Or. J'ai adoré Fjord, mais je trouve le Zvia au dessus à tous niveaux.
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Tyra
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cyborg a écrit : ↑ven. 16 oct. 2026 00:48 Je suis assez gêné par la fin de mon texte sur Notre Salut, car ma perception du film a été assurément biaisé par des attentes trop hautes + la réception médiatique largement orienté sur sur les liens "avec notre époque", ce qui n'est pour moi pas le meilleur aspect du film.
Si je le revois un jour, loin de ce qui se trame actuellement et de ces idées, je m'imagine bien que je puisse le trouver meilleur qu'après ce visionnage. Et puis, surtout, je fais la fine bouche, car il s'agit bien sur d'un film intelligent, drôle, avec beaucoup de subtilité sur plusieurs points/traitements. Et surtout c'est un film qui expérimente à sa façon, qui essaie d'inventer une forme, et c'est trop rare pour le dénigrer.
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Ma réception du film est très proche de la tienne. Comme toi, je me tiens à distance de ces raccourcis faciles et simplificateurs. L'illustration de la thèse de Chapoutot (puisqu'il s'agit de cela, thèse dont je me méfie grandement) qu'on peut voir à l'œuvre au début du film m'a pas mal dérangé. Je ne regarde ni n'écoute les grands médias, je ne sais pas si comme il est dit, c'est l'angle retenu massivement pour parler du film.
Heureusement, le film est bien plus que ça, et bien plus qu'illustratif. La grande bataille gagnée par le film, c'est celle de la représentation. Là où certains spectateurs sont gênés par ses procédés, j'y ai enfin vu une grande vérité des êtres et des situations, et c'est si rare dans les films historiques.
D'ailleurs, avant le film était diffusé la bande annonce du film Moulin, dans laquelle tout sonnait faux, chaque mot, chaque réplique (déjà inscrites dans l'histoires au moment où l'acteur la déclame), chaque posture semblait figée, reconstituée. C'était assez fabuleux d'avoir ce contre-exemple avant la séance, tant le Notre Salut, en ne cherchant pas le factuellement juste, la reconstitution parfaite des lieux ou du langage, arrive à créer du vrai, une vérité des êtres assez inédite, en laissant les acteurs être ce qu'il sont, c'est à dire pas des hommes et des femmes de 1941, puisque, lorsqu'on leur demande de se glisser dans la peaux d'hommes d'une autre époque, cela ne marche généralement pas.
Si bien que très vite, j'oublie qu'il s'agit d'une reconstitution, je ne vois plus une époque, je ne vois pas non des acteurs d'aujourd'hui, mais des situations qui paraissent pour la première fois vivantes, dans un pur présent.
Cette seule perspective suffit pour moi à faire de ce film un évènement, mais le film est tellement riche sur tant d'autres aspects, tout est d'une grande finesse psychologique, sur l'arrivisme, la lâcheté, le couple (le versant intime de l'histoire, avec ce couple qui bat de l'aile, est tout aussi passionnant que la grande histoire). Tellement de scènes sur lesquelles ont pourrait gloser pour en percer le mystère ou savourer la vérité des sentiments humains...
Bref, top 1 de l'année pour l'instant.
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sokol
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Tyra a écrit : ↑ven. 16 oct. 2026 12:44
Tu n'en as pas parlé ! :miam:
(moi non plus d'ailleurs, il faut que je trouve le temps et les mots).
Si si, je l’avais vu le premier août : https://allo-le-g.fr/viewtopic.php?p=167604#p167604
"Le cinéma n'existe pas en soi, il n'est pas un langage. Il est un instrument d’analyse et c'est tout. Il ne doit pas devenir une fin en soi".
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Tamponn Destartinn
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groil_groil a écrit : ↑ven. 16 oct. 2026 16:46
pour moi Minotaure méritait surtout la Palme d'Or. J'ai adoré Fjord, mais je trouve le Zvia au dessus à tous niveaux.

Je l'aurai préféré en palme que Fjord, là dessus on est raccord :D

Mon palmarès cannois perso (à ce stade des films vus)

Double Palme (la première depuis 1997, j'assume) :
Soudain - Ryusuke Hamaguchi
Notre Salut - Emmanuel Marre

Grand Prix :
L'inconnue - Arthur Harari

Prix du Jury :
L’Aventure rêvée - Valeska Grisebach (bien ouej là dessus)

Mise en scène :
Hope - Na Hong-jin (que je n'ai pas encore vu, c'est un espoir :D )

Scénario :
Minotaure - Andreï Zviaguintsev


Acteur/actrice, je sais pas, j'ai usé tous mes films pref déjà vu.
Peut être Gilles Lelouche, qui sait :D
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