Un nouveau beau ratage de John Woo. Après le pas terrible Manhunt (pourtant porteur des éléments de son cinéma) et le raté Silent Night (qui malgré une prémice excitante dévitalisait son style), Woo s'attaque à "de-maker" son cultissime The Killer, pierre angulaire de son cinéma hyperesthésique.
Pas de Chow Yun-fat ni de Danny Lee, mais Nathalie Emmanuel (remplaçant Lupita Nyong'o) et Omar Sy dans une trame reprenant les grosses bases du scénar original...la qualité en moins.
Pire, l'action se passe dans notre capitale, à la gestion français-anglais encore pire que Emily in Paris. On aurait pu penser que l'immense fan de Melville qu'est Woo (il avait même failli remaker Le Samouraï il y a 20 ans) réinvestirait le genre dans les rues Haussmaniennes. Que nenni.
Le tout est fade, sans style visuel et sans exploitation réelle de la ville. Un décorum remplaçable et vaguement exotique pour l'étranger, qui s'il a le mérite de pas montrer un Paris fantasmagorique, nous abreuve d'une BO hors propos signée Beltrami, d'un Eric Cantona (wtf) en parrain de la pègre complètement sacrifié (l'intrigue criminelle est bazardée et sans intérêt), d'un Saw Worthington se démenant comme il prut avec son accent irlandais, d'un Tcheky Karyo venu passer le coucou pour 2 scènes, et de seconds couteaux anonymes.
On pourra apprécier quand même un montage fluide de l'action, au découpage clair (même le final propose quelques mano-à-mano agréables), mais dans 2h insipides étonnamment avares en action.
Pire, le romantisme à fleur de peau de l'original est expurgé (la victime aveugle vaguement évoquée comme substitut d'une sororité perdue), et l'amitié centrale de The Killer remplacée en To Catch a Thief du pauvre.
Omar Sy et Nathalie Emmanuel ont beau être sympathiques ou faire preuve d'une certaine physicalité à intervalles réguliers, ce The Killer 2024 est un peu à l'image de l'appartement de la tueuse : vide, avec comme seule caractérisation un poisson rouge enfermé et des mots croisés pour passer le temps !
Un comble, car malgré le fait qu'en terme de ton le tout se veut plus léger (et optimiste sur sa fin), on se rend compte que malgré les motifs chrétiens, les pigeons, les flingues dans chaque main et les ralentis, John Woo flingue tout simplement son cinéma dans ce remake tout juste bon au fond de tiroir du streaming.
1/5 ou 1.5/5
Déja vu 2 fois et...enfin le retour de Jeremy Saulnier !
Après une gestation et un développement houleux, le réal de Green Room revient ni plus ni moins qu'avec don meilleur film depuis Blue Ruin !
Pourtant Rebel Ridge est un projet bien différent du reste de sa filmographie (comme si Copland se mixait à First Blood), mais porteur de sa patte.
Tel un western semi-urbain, on suit l'arrivée en ville de Terry Richmond, un ex-marine emportant en liquide la caution pour libérer son cousin de prison. Heurté par des policiers, Terry se verra dépossédé de l'argent, avant qu'un face-à-face crescendo ne survienne entre lui et les forces locales. Une course contre-la-montre en somme (son cousin étant menacé de mort en milieu carcéral), mais qui évoluera de manière ample via un propos socio-politique étonnamment bien implanté.
en 2h, Rebel Ridge joue ainsi sur 3 tableaux siccessifs : le thriller tendu au cordeau comme Saulnier sait admirablement le faire, le thriller parano avec le personnage d'Abasophia Robb (qui n'est pas su'une faire-valoir) et le film d'action musclé.
Pourtant, malgré la stature imposante de l'excellent Aaron Pierre (Underground Railroad), la nature pacifiste de son perso l'oblige à des approches non-léthales. Un caractère frustrant au premier abord mais lourd de sens dans le propos du film, tandis que Saulnier s'amuse à contourner les tropes du genre.
Car lorsqu'il se lâche, Rebel Ridge s'identifie comme un bon coup de poing à la fabrication exemplaire, tandis que la réalisation aux petots oignons du réal propose même quelques mini plans-séquenxes impressionnants dans leur élaboration (dont un avec une voiture percutée où je me demande encore comment ils ont fait).
Le casting est excellent (Aaron Pierre en tête, mais Don Johnson campe un antagoniste des plus appréciables), l'écriture et le découpages sans fioritures. Et malgré un léger ventre mou, c'est aisément le meilleur film de la rentrée, et un vrai bon retour de Saulnier
7.5/10