Le Centre de Visionnage : Films et débats

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Kit
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Localisation : où est né William Wyler

choc
https://www.lemonde.fr/disparitions/art ... _3382.html
morts à 78 ans de l'acteur, producteur, scénariste, réalisateur américain Rob Reiner et de son épouse (une enquête pour homicide est instruite). il a réalisé entre autres Stand by Me, Princess Bride, Quand Harry rencontre Sally, Misery, Des hommes d'honneur, Le Président et Miss Wade, Les Fantômes du passé, Sans plus attendre, etc..., comme acteur dans Balance maman hors du train, Nuits blanches à Seattle, Coups de feu sur Broadway, Le Loup de Wall Street, etc..., il était le fils du réalisateur Carl Reiner mort en 2020
https://fr.wikipedia.org/wiki/Rob_Reiner
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Vosg'patt de cœur
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sokol
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Narval a écrit : lun. 15 déc. 2025 00:02 Alors là aucune idée, je ne connaissais même pas le compositeur. Tu aurais plus d'infos ? Date du film, origine, genre...?
Peut-être un film scandinave ?
Je crois que c’est un film américain, mais la musique m’est extrêmement familière — je vois presque la scène
"Le cinéma n'existe pas en soi, il n'est pas un langage. Il est un instrument d’analyse et c'est tout. Il ne doit pas devenir une fin en soi".
Jean-Marie Straub
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sokol
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Kit a écrit : lun. 15 déc. 2025 04:51 j'ai cherché, pas trouvé, si tu as une IA dans tes relations...
moi aussi j'ai cherché mais pour ce genre de demande, elle n'est pas si intelligente que ça la IA
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len'
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Les linceuls de David Cronenberg

De corps, il ne reste plus rien, sinon des particules en suspension qui rappellent autant l'ultime étape de décomposition humaine que le germe d'une reconstruction numérique. L'image est séduisante, parfaite même dans le lien qu'elle suggère, mais n'en suscite pas moins un malaise que le film ne cesse d'enrichir quitte à se saborder. Il semble lui-même emballé dans un linceul tant la progression de l'intrigue ne fait que masquer une absence de vitalité et le désir du personnage principal Karsh (autrement dit Cronenberg) de rejoindre sa femme enterrée. Il le dit explicitement dès le début du film, mais c'est à partir de ce moment que les écrans s'allument, que la fausse histoire commence, dont la résolution ne viendra jamais, laissant sur une fin qui ressemble au préambule mais en plus chaotique.

Bien qu'il puisse exister une cohérence à cette décomposition film après film, cela paraît antinomique avec ce qui faisait l'essence du cinéma de Cronenberg par ces corps qui fusionnent et s'entrechoquent avec leur environnement. Mais ce changement n'est pas simplement lié à la mélancolie suscitée par sa vieillesse et la perte de sa femme, elle a toujours un rapport direct aux technologies actuelles qui infusent dans son cinéma : les voitures autonomes, les interconnexions, les intelligences artificielles et surtout les écrans par qui tout passe. Ce ne sont pas vraiment des technologies nouvelles mais les écrans de Videodrome ne sont plus ceux d'aujourd'hui. Leur présence est devenue totale, au point qu'on ne les voit plus. Il n'est donc plus question de montrer l'absorption du corps par l'écran puisqu'il a déjà été digéré.

C'est à partir de ce constat que Cronenberg se détache radicalement d'un cinéma de genre qu'il a largement contribué à influencer, où la tendance est toujours au besoin pressant de mettre à l'épreuve la chair en revenant à d'anciennes techniques - qui ne se limitent pas qu'au maquillage ou aux effets spéciaux mais à la matière filmique elle-même (tournage en pellicule, image volontairement dégradée...). L'objectif est de retrouver un impact qui se serait perdu avec le numérique. Mais le résultat a souvent l'effet inverse que celui escompté, comme si la surexposition et la focalisation dans une certaine image du passé ne faisait qu'accentuer la disparition des corps. Dans les linceuls, Cronenberg opte donc pour l'inverse, c'est à dire un détachement, une désincarnation délibérée. Il filme ainsi les écrans tels quels, allumés ou éteints, en tant qu'objets disséminés partout, y compris sur les pierres tombales ; il précise que l'image est en 8k, soit la plus fidèle possible, pour au final révéler qu'il s'agit d'un trompe l'œil ; il fait vivre ses personnages dans un territoire fantasmé et immaculé où certains sont dupliqués pour prononcer des paroles qui semblent sortir d'une intelligence artificielle. Il cherche ainsi à percevoir une absence qui ne se métamorphose pas, un vide qui est vide et qui ne peut être autre chose. C'est par ce geste suicidaire, où le seul véritable contact vient des mains d'une femme aveugle et où la vérité crue se révèle uniquement dans les rêves, que Cronenberg continue à faire évoluer son cinéma comme un corps qui vit et, aussi, meurt.
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sokol
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len' a écrit : lun. 15 déc. 2025 17:11 …Cronenberg continue à faire évoluer son cinéma comme un corps qui vit et, aussi, meurt.
Presqu’un an de silence sur ce forum : bon retour.

Si je comprends bien, tu n’étais pas nécessairement déçu par ce film. Pour ma part, c’est précisément ce vide — que tu appelle un vide vide — qui m’a paru insupportable et profondément inutile. Car ce n’est pas parce qu’un film se confronte à la mort qu’il doit en adopter la forme morte ; pas plus que représenter l’hystérie ne justifie un cinéma hystérique.
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cyborg
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El Puente - Juan Antonio Bardem - 1977

(oui il s'agit bien du père de Javier :D )

Premier plan : un gros plan sur un cul. Deuxième plan : un gros plan sur une poitrine. Troisième plan : un groupe d'homme, des mécanos, qui sifflent le passage de la femme dont nous n'aurons rien vu d'autre. Parmis eux : Juan, que nous suivrons durant le film. Profitant d'un long week-end il décide à l'improviste de quitter Madrid à moto pour rejoindre la Costa del Sol, 600km au sud. Autant dire que l'aventure, démesurée, est vouée à l'échec dès le départ. On songe vaguement à Week-End de Godard pour quelques idées (l'embouteillage, le groupe de saltimbanque et la batterie dans le champ, le toréador costumé qui surgit de nul part etc) mais le tout finira plutôt par ressembler à un Quichotte des temps modernes. Les rencontres et mésaventures se multiplient pour Juan, l'occasion pour Bardem de dresser le portrait d'une Espagne qui sort tout juste de la dictature, avant même ses premières élections démocratiques. Côtoyant quelques instants le haut, le bas, la gauche et la droite de la société, Juan réalise progressivement l'importance de la solidarité. Le dernier plan du film le voit s'engager dans le syndicat de son garage... Ce road-movie initiatique est donc avant tout l'histoire du changement de regard d'un travailleur sur le monde qui l'entoure... enfin, sauf sur les femmes. Ici elles seront toujours soit des bouts de viande qu'on essaye de sauter, soit des pleureuses. C'est aussi ça faire le portrait d'une société dans les années 70, mais il est difficile de faire comme si de rien n'était 50 ans plus tard.


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Moins frappé que son précédent film (et assurément que son suivant, Dracula, que je n'ai pas encore vu), Kontinental' 25 perd en folie ce qu'il gagne en précision. Il est aussi intéressant de voir la façon dont l'auteur reprend certains thèmes ou approches de mises en scène, qu'il n'hésite pas à remalaxer pour narrer des choses différentes (je pense au rapport urbain/image/corps qui ouvre le film tout comme c'était le cas dans Bad Luck Banging, ou encore au sujet de la construction d'un immeuble qui était un élément central dans N'attendez pas trop...).

Il y a d'ailleurs, et peut-être de plus en plus, un vrai sens de la composition dans ses plans. Non pas qu'ils soient "beaux" ou "bien cadrés" (on aurait tendance à dire le contraire) mais, à l'observation, ils se révèlent très riches par le jeu entre ses avants et ses arrières plans, par l'ensemble des images qui gravitent dans les situations et autours des personnages. Comme beaucoup de plans durent (tout ces dialogues en plan-séquences : chapeau), l’œil à le temps de s'y promener et les éléments se révèlent rarement anodins. D'une certaine façon Jude arrive à faire une sorte de "montage image" à l'intérieur même de ses plans, semblant pousser d'un cran encore encore l'idée du montage Godardien. Il n'y a d'ailleurs peut-être que lui pour filmer si bien notre monde rempli d'images et d'écrans, de téléphone ou de télévisions, sans que cela ne fasse faux ou forcé.

Je crois que Kontinental'25 tient beaucoup sur l'idée du rapport entre silence et parole. Ou peut-être sur la façon dont les paroles sont très silencieuses, car creuses : la discussion avec la mère qui s'envenime en 5 secondes ressemble à des commentaires sous un post sur un réseau social, les citations zens de l'étudiant ressemblent à des "motivations posts" qui défilent sur un smartphone, et que dire quand arrive l'heure du pasteur... Il y aussi ce "silence" de l'arrière-plan qui vient toujours dire autre chose, ou quelque chose de complémentaire, à ce qui se dit. C'est ce silence, le silence du contexte, de la société, de notre impuissance et de l'aliénation de notre époque que souligne Radu Jude, dans un sarcasme teinté de tristesse. Tout m'est apparu quand l’héroïne, fuyant finalement vers ses vacances, disparait et que le film se termine sur des paysages silencieux et des bâtiments en construction, avant de se clore sur l'image d'un cimetière plein à craquer. C'est ce poids d'un système mutique, dominant et écrasant, en un sens "politiquement malade", que pointe de la sorte l'auteur.


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J'ai eu l'impression pendant deux heures d'être devant un clip pour Cartier. Perdu : c'est finalement une malle Louis Vuitton qui vient ostensiblement se montrer à l'image. En tout cas, tout est là, des costumes à la photographie, pour faire croire à un long spot de mode. C'est kitch à crever, esthétisant jusqu'à la moelle, formel à 2000% avec un fond mortifère en diable. Vraiment tout pour plaire à un certain imaginaire de l'hyper-richesse, au point que je suis certain que l'idée des bougies "finales" a été pompé à Urs Fischer, artiste contemporain chouchou de Bernard Arnaud et Maja Hoffman.

Il n'y a aucun doute que le problème du film vient de là : trop d'argent, à ne plus savoir quoi en faire (une minute de ce machin doit couter plus cher que l’entièreté de son premier film, non ?) au point que l'on se paye 5 courts-métrages qu'on tente vaguement de faire tenir ensemble par un concept bête à manger du foin (oui, on a vu Holy Motors, et on à aussi vu les films que Carax avait lui même pompé...). Preuve si il en fallait : des fonds illmités n'ont jamais donné de l'esprit où des idées. Le résultat est donc une boursouflure prétentieuse et creuse à crever, dont chaque ligne de dialogue semble avoir été écrit par un collégien. C'est sidérant. J'ai eu envie de me tirer au bout de 5 minutes (ce qui ne m'arrive jamais) et j'ai du lutter durant les 2 premières parties, avant de me calmer légèrement avec la 3ème (car le petit garçon est touchant) et la 4 (car le plan-séquence est impressionnant, même si il ne sert à rien et ne raconte pas tripette : pur spectacle). Il est d'ailleurs assez drôle d'y voir surgir en arrière-plan une projection de "L'arroseur-arrosé" que Bi Gan avait lui même imité en scène d'ouverture.... tenterait-il de nous dire quelque chose de sa nouvelle position de chouchou d'un certain cinéma contemporain ? Le pauvre... Espérons qu'il s'en sorte un jour car pour l'heure c'est la catastrophe.
Modifié en dernier par cyborg le mar. 16 déc. 2025 12:28, modifié 1 fois.
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sokol
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cyborg a écrit : mar. 16 déc. 2025 01:09 Il y a d'ailleurs, et peut-être de plus en plus, un vrai sens de la composition dans ses plans. Non pas qu'ils soient "beaux" ou "bien cadrés" (on aurait tendance à dire le contraire) mais, à l'observation, ils se révèlent très riches par le jeu entre ses avants et ses arrières plans, par l'ensemble des images qui gravitent dans les situations et autours des personnages. Comme beaucoup de plans durent (tout ces dialogues en plan-séquences : chapeau), l’œil a le temps de s'y promener et les éléments se révèlent rarement anodins. D'une certaine façon Jude arrive à faire une sorte de "montage image" à l'intérieur même de ses plans, semblant pousser d'un cran encore encore l'idée du montage Godardien. Il n'y a d'ailleurs peut-être que lui pour filmer si bien notre monde rempli d'images et d'écrans, de téléphone ou de télévisions, sans que cela ne fasse faux ou forcé.
Quand je lis ce genre de commentaire, une espèce de bonheur (oui, sérieux !!) m’envahit. Non seulement parce que c’est très juste, mais surtout parce que ça redonne de l’espoir : le cinéma qu’on aime, qu’on dit mourant, tient encore grâce à quelques réalisateurs (quelle année de merde, quand même… pour la deuxième année consécutive :( )

U make my day Marc ! :love2:

cyborg a écrit : mar. 16 déc. 2025 01:09 Il n'y a aucun doute que le problème du film vient de là : trop d'argent, à ne plus savoir quoi en faire (une minute de ce machin doit couter plus cher que l’entièreté de son premier film, non ?) au point que l'on se paye 5 courts-métrages qu'on tente vaguement de faire tenir ensemble par un concept bête à manger du foin
Tu dis vraiment juste. J’avais déjà remarqué ça il y a 3-4 ans : les Chinois ont tellement d’argent qu’ils peuvent financer du cinéma dit d’auteur, à condition qu’il fasse la promo de la Chine. C’était à propos d’une autre vague de films "indépendants" chinois qu’on avait eus à l’époque. beurk ! :poop:
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@cyborg ça uassi :

Je pense que Jude n’est pas godardien seulement en théorie, mais vraiment en pratique : c’est l’un des rares à appliquer la maxime de JLG selon laquelle le scénario s’écrit au montage. Et ce n’est pas une métaphore.
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sokol a écrit : lun. 15 déc. 2025 22:48
Presqu’un an de silence sur ce forum : bon retour.

Si je comprends bien, tu n’étais pas nécessairement déçu par ce film. Pour ma part, c’est précisément ce vide — que tu appelle un vide vide — qui m’a paru insupportable et profondément inutile. Car ce n’est pas parce qu’un film se confronte à la mort qu’il doit en adopter la forme morte ; pas plus que représenter l’hystérie ne justifie un cinéma hystérique.
Merci :)

Je l'ai trouvé insupportable aussi, mais il me revenait constamment en tête, impossible de m'en défaire. C'est pour ça que j'ai essayé d'écrire dessus. La forme n'est pas tout à fait morte, en tout cas pas dans le sens figé, mais elle est mourante - ce qui suppose une évolution et toujours un soupçon de vie avec une densité inversement proportionnelle. Je me demande si Cronenberg lui-même a vraiment envie de ce film. Mais c'est comme si, malgré toutes ses tentatives de dissimulation (j'ai pas parlé de l'humour du film, mais c'est aussi révélateur de sa gêne), il ne pouvait pas s'en empêcher. Ce qui ne me déçois pas, c'est qu'il échoue finalement à faire mentir son cinéma.
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groil_groil
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Salut les amis,
désolé, tellement speed que je n'ai même plus le temps de passer ici.
je poste les films vus sans commentaires ou presque pour une fois.
J'ai envie de voir L'Agent Secret je ne sais même pas si ce sera possible.
Je vais rater le Kechiche, tant pis, je rattraperai en coffret bluray avec les 3 films j'espère.
Et je vais sans doute aller voir Avatar avec les enfants.

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Le Village aux portes du paradis de Mo Harawe

Au bout d’une plage, séparés par un bras de mer, deux enfants se parlent pour prendre des nouvelles. L’un demande « t’aimes bien ta nouvelle école ? », l’autre répond « non », puis : « tu racontes toujours des histoires ? », l’autre répond encore « non » avant d’ajouter : « je n’arrive plus à me souvenir de mes rêves ». Le ton est léger, sans emphase, l’enfant nommé Cigaal sourit presque. Au-dessus, dans le ciel, plane des drones anonymes qui menacent de faire tomber des bombes. La vie ne tient à pas grand-chose, le nom des morts est dans la plupart des phrases prononcées et plus encore dans les silences que le cinéaste Mo Harawe laisse émerger. Le père de Cigaal, lors d’un entretien d’embauche, fait état de son expérience pour enterrer les cadavres, ainsi que les morceaux lors des attentats suicides ; son téléphone n’arrête pas de sonner, le coupant dans son exposé, il finit par décrocher. Devant la tombe de sa fille qui vient d’être enterrée, une mère déclare que ça ne sert à rien de mettre des enfants au monde parce qu’il n’y a pas d’avenir pour eux. Et pourtant, l’espoir demeure, tout le temps, dans la tendresse que les personnages se portent les uns aux autres. L’image du film elle-même est chaleureuse, avec une lumière douce qui enveloppe des visages contrastés pour en souligner tous les détails et reliefs. Le réalisateur donne à ses personnages incarnés par des acteurs non-professionnels la possibilité de vivre et donc de se tromper. Il laisse les moments absurdes - tel que celui où la soeur demande à un inconnu qui lui devait de l'argent s'il veut bien se marier avec elle pour pouvoir obtenir un prêt à la banque - comme les contradictions, sans jamais entamer cet amour qui existe par-delà tout.
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cyborg
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Il y a quelque chose d'administratif dans le choix de mise en scène d'Alice Diop. Deux vues seulement constituent l'espace du film, quasi-contre-champs parfaits, déterminant l'espace et ce qui peut y exister. L'approche est judicieuse pour un film qui, au delà d'une série de portraits de personnes migrantes, dresse une représentation des processus administratifs à la française. Il y a un ainsi une forme qui se rapproche de Raymond Depardon, mais quelques chose diffère assurément : Diop et Depardon n'ont ni les mêmes origines ni parcours de vie. L'un et l’autre ne cherchent pas à représenter les mêmes choses dans cet univers bureaucratique.

Je crois que Diop se demande ici où se cache la vie, où peut subsister l'être, la particularité sensible derrière l'appareil (administratif, mais donc aussi cinématographique) rigide, à tendance autoritaire, qu'elle vient filmer. D'un côté il y a le médecin, qui cherche à se situer entre ce qu'il est censé faire, ce qu'il doit faire, ce qu'il peut faire, ceux qu'il doit protéger tout en se protégeant lui même; entre ses certitudes et ses maladresses. De l'autre il y a ces corps brisés, ces visages, ces regards, qui portent en eux toutes les peines de notre monde contemporain. Ce sont eux qui ouvrent le huis-clos qui constitue le film. L'espace du film ne possède en lui même aucun échappatoire. Ou presque. Il y a en a tout au plus deux : parfois, à travers la porte entrebâillée, on découvre les corps qui se pressent dans la salle d'attente. Mais il y a aussi le planisphère (version Mercator, bien entendu), punaisé au dessus du praticien, qui nous renvoie à tout ce que nous ne pourrons jamais savoir.

Le tour de force de l'autrice est l'émotion qui finit par se construire peu à peu, par la parole, par le montage très précis mais surtout par l'impression temporelle naissant des venues multiples des un.es et des autres, donnant l'impression d'une familiarité. Ceci jusqu'au plan final, durant lequel le dispositif se rompt et s'effondre sur lui même, en même temps que la patiente craque. Un regard se dirige vers nous, tandis que le corps de la réalisatrice surgit, une main passe sur le dos de cette mère, que l'on voudrait tant pouvoir aider alors que nous restons impuissant. On n'aurait pu imaginer une fin plus terrible, plus puissante, plus révélatrice de tout ce que nous regardions depuis une heure et demie.
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Les baliseurs du désert - Nacer Khémir - 1984

Un mystérieux village, au fin fond du désert, éloigné de la route principale, caché derrière "une grosse dune". C'est dans ce contexte "hors du temps", typique de la forme du conte,, que Khémir établit son film Les Baliseurs du Désert. Celui-ci se révèle être une somme de petites histoires dans lesquels interviennent régulièrement les mêmes personnages. La particularité du film est que les histoires ne s'enchainent pas les unes après les autres (on pense aux Milles et Une Nuits, ou aux Contes d'un Perroquet) mais s'entrecroisent et se superposent progressivement. De la sorte se construit une temporalité singulière révélant peu à peu que le rapport au temps et à ses mystères ("le temps est le seul mystère !" décrétera soudainement un des personnages) constitue la colonne vertébrale du projet. D'une façon plus globale le film se présente même comme un jeu entre deux échelles de temps ; celui des contes et celui séculier. Le film s'ouvre en effet avec l'arrivée d'un jeune professeur fraichement nommé. Particulièrement passif et à l'écoute de ce qui se trame autour de lui, il finir par rejoindre l'une des histoires (celle des fameux "baliseurs du désert", donnant leur nom au titre) et y disparaitre. Quand surgit alors un enquêteur administratif chargé d'enquêter sur cette mystérieuse absence, il ne pourra tirer la moindre information utile de ceux qui l'entoure et sera finalement contraint à la fuite vers la ville... à dos de chameau, personne n'étant capable de lui fournir l'essence pour son véhicule en panne. De la sorte, le temps de la tradition et et le temps de la modernité semblent à jamais irréconciliable, fonctionnant chacun selon des logiques propres. L'ensemble du film est particulièrement plaisant,, haut en couleur et envoutant, proposant une variation inattendue du réalisme magique, bien loin de son habituelle Amérique du Sud.


Le film est la première partie d'une triologie de ce réalisateur tunisien, dont je serai curieux de voir les autres volets.
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groil_groil
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Du grand spectacle, de beaux effets spéciaux, une 3D immersive, les 3h20 passent - relativement - vite, mais franchement, aucun intérêt scénaristique, on refait le 2 en moins bien, aucune aide pour raccrocher les wagons avec les deux premiers, ce qui fait qu'on passe souvent à côté des enjeux qui pourtant ont l'air de sembler évident, une mise en scène qui se contente d'être spectaculaire mais qui ne propose vraiment rien d'intéressant. Cette obstination à vouloir creuser l'univers Avatar montre surtout la faiblesse de Cameron dont la fin de carrière se présente comme un immense gâchis. Il n'est plus qu'un saltimbanque ou un vendeur de produits dérivés.

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Chef-d'oeuvre absolu, sans doute le plus beau Pagnol, immense film.

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Visionnage annuel en famille.

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C'est ma fille qui a choisi le film le soir de Noël.

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L'archétype même du faux film d'auteur français pourri et sans idées, qui veut à tout prix se montrer proche du peuple en allant filmer les ploucs de la banlieue marseillaise mais qu'on sent fait par des bourgeois parigos qui n'y ont jamais mis les pieds.

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Immense chef-d'oeuvre que j'avais vu très jeune et qui m'avait intensément marqué. Ce revisionnage dans sa récente ressortie bluray remasterisée fut extraordinaire en tous points.

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Ce film est malheureusement méconnu en France alors qu'il est l'un des plus beaux films d'aventures qui soient, rivalisant sans problème avec L'Homme qui voulut être roi. Et qui plus est il est de Bob Rafelson, cinéaste que j'adore. Revisionnage dans une copie merveilleuse trouvée sur le net dont j'espère une sortie prochaine en France car le film est indisponible. C'est une merveille.
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yhi
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groil_groil a écrit : dim. 28 déc. 2025 09:42 L'archétype même du faux film d'auteur français pourri et sans idées, qui veut à tout prix se montrer proche du peuple en allant filmer les ploucs de la banlieue marseillaise mais qu'on sent fait par des bourgeois parigos qui n'y ont jamais mis les pieds.
T'abuses. Je sais pas son parcours d'origine mais ça fait quand même des années qu'elle bosse avec la même troupe de jeunes et je trouve que ça se ressent. On est loin d'une appropriation plouculturelle :D
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yhi a écrit : dim. 28 déc. 2025 11:11
groil_groil a écrit : dim. 28 déc. 2025 09:42 L'archétype même du faux film d'auteur français pourri et sans idées, qui veut à tout prix se montrer proche du peuple en allant filmer les ploucs de la banlieue marseillaise mais qu'on sent fait par des bourgeois parigos qui n'y ont jamais mis les pieds.
T'abuses. Je sais pas son parcours d'origine mais ça fait quand même des années qu'elle bosse avec la même troupe de jeunes et je trouve que ça se ressent. On est loin d'une appropriation plouculturelle :D
Ok 😁 j'avoue que c'est de la pure mauvaise foi. Mais le film laisse penser ça tout de même.
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Deux maires de communes voisines, un écolo, un droite décomplexée, se retrouvent, en trainant dans un bar à entraineuses, collées la bite de l'un sur le cul de l'autre (une cravate de sénateur ai-je appris qu'on nommait cela), par une militante féministe enragée, avec une colle ultra-résistante. Ils vont errer tout le film, apprenant à marcher en même temps, en essayant de se décoller. Je n'aime généralement pas du tout le cinéma de Kervern & Delépine et j'y ai retrouvé ici tous les défauts. Mais c'est dommage car c'est un petit mieux que d'habitude. Les deux comédiens finissent par convaincre (même si on les sent trop en roue libre, je suis certain que les dialogues sont en partie improvisés), mais surtout ce qu'il y a de vraiment réussi c'est le jusqu'au boutisme de la situation, ils sont vraiment collé, bite à cul, durant la totalité du film, et parvenir à cela est quelque chose d'assez louable, quelque part entre les Farrelly et Mocky. J'aime aussi beaucoup la fin qui s'affiche comme féministe de façon militante, alors que la question du féminisme est tournée en dérision - comme tout le reste, certes - durant tout le reste. On sent le film génial que ça aurait pu être entre les mains de quelqu'un d'autre, un Peretjako ou mieux encore un Jean-Christophe Meurisse, mais le duo de comiques préfère saccager le truc par une mise en scène catastrophique (la caméra est toujours placée au plus mauvais endroit possible, comme si c'était un acte revendiqué, l'image est atroce, les scènes pas assez bien écrites, le montage pas assez serré...).
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TOP 20 PATRIMONIAL 2025

1. Vampyr - Carl Theodor Dreyer – 1932
2. Angèle - Marcel Pagnol – 1934
3. Double Destinée - La Otra - Roberto Gavaldón – 1949
4. Grass - Grass : A Nation's Battle for Life - Merian C. Cooper & Ernest B. Schoedsack – 1925
5. Jours d'Automne - Dias de Otoño - Roberto Gavaldón – 1962
6. D'Est - Chantal Akerman – 1993
7. Elle est terrible - La Voglia Matta - Luciano Salce – 1963
8. Mains Criminelles - En la Palma di tu Mano - Roberto Gavaldon – 1950
9. Un Juge en Danger - Io Ho Paura - Damiano Damiani – 1978
10. Les Complexés - I Complessi - Dino Risi, Franco Rossi, Luigi Filippo d'Amico – 1965
11. Los Angeles Plays Itself - Thom Andersen – 2003
12. Le Diable au Corps - Diavolo in Corpo - Marco Bellocchio – 1986
13. Femmes Femmes - Paul Vecchiali – 1974
14. La Disparition - The Disappearance - Stuart Cooper – 1977
15. Smooth Talk - Joyce Chopra – 1985
16. Chang - Chang : A Drama of the Wilderness- - Merian C. Cooper & Ernest B. Schoedsack – 1927
17. La Dernière Caravane - The Last Wagon - Delmer Daves – 1957
18. Body Puzzle - Lamberto Bava – 1992
19. Split Image - Ted Kotcheff – 1985
20. La Maison aux fenêtres qui rient - La Casa dalle finestre che ridono - Pupi Avati – 1976

Petit rappel : le top patrimonial rassemble des films que j'ai découverts cette année et qui ont plus de 20 ans. Encore une fois une belle année, dominée par la découverte terrassante du cinéaste mexicain Roberto Gavaldón, les premiers films de Cooper & Schoedsack ainsi que comme chaque année par le cinéma Italien (et il y en a une dizaine qui frappaient aux portes du top 20).
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cyborg
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Symbiopsychotaxiplasm: Take One - William Greaves - 1968

Symbiopsychotaxiplasm est un vrai-faux documentaire sur le tournage d'un vrai-faux film de fiction, ou plus exactement sur le tournage de vrais-faux bouts d'essais pour un film à venir. Il s'en dégage l'impression étrange de voir se tourner un (mauvais) Cassavetes (la scène qui se répète présente la séparation d'un couple) emboité à un Wiseman (bancal) qui s'intéresserait à une équipe de cinéma.... sans que l'on puisse démêler ce qui est scripté de ce qui est spontané, de la teneur des avis des uns et des autres sur ce qui se trame sous nos yeux. Jouant adroitement de la limite entre fiction et documentaire, ce film expérimental de Willam Greaves, plutôt méconnu de ce côté de l'Atlantique, propose une intéressante mise en abyme du tournage cinématographique et des divers rapports de pouvoir qui s'y jouent entre le réalisateur, l'équipe et les acteurices. Si le propos reste pertinent il est peut-être d'autant plus intéressant qu'il est singulièrement inscrit dans son époque, faisant de l'équipe de tournage mise en scène une micro-société au sein de laquelle se rejouent les tensions politiques de l'époque... sans que l'on sache clairement ce qui dépasse ou non des intentions du réalisateur. L'effet recherché est donc réussi jusqu'au bout.

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Moral - Marilou Diaz-Abaya - 1982

La vie quotidienne de 4 amies sur quelques années, courant de leurs études supérieures à leurs premières années dans la vie active. 4 femmes et 4 destins qui s’entremêlent autour de leur place de femme dans la société philippines des années 70. Si le grand Lino Brocka n'est pas très loin (quelques scènes de grèves et manifestations y font penser) le film se situe dans un univers tout autre. Nous ne sommes pas ici dans la misère des bidonvilles de Manille mais plutôt dans la classe moyenne, voir moyenne-supérieure, laissant aux héroïnes la place pour ne pas simplement survivre mais bien exister, avancer, se battre pour elle même et s'émanciper.
Alors que le portrait de chacune d'entre elle aurait pu occuper un film à part entière, l'adresse de la réalisatrice à faire cohabiter les histoires et à les déployer, notamment par de judicieuses ellipses, impressionne. Porté par une même ambition, seront brassé une foule de sujets, allant du corps à l'activisme politique, de l'amour à l'ambition professionnelle, de la maternité à l'homosexualité, de l'amitié au patriarcat, sans qu'aucun ne semble pour autant superficiel. C'est donc avant tout une énergie incroyable qui se dégage de Moral, une pulsion de vie et de liberté incarnée à l'écran par ces quatre femmes. Un film aussi féministe et aussi clairvoyant sur la condition des femmes est rare. Les conditions pour en réaliser un le sont peut-être tout autant. Et Diaz-Abaya le savait assurément. Vouloir faire un film-somme aurait pu être indigeste, il en ressort pourtant une réussite brillante.
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Tamponn Destartinn
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Tous les films de Tardieu sont de ce niveau ? Si oui, je dois absolument rattrapé sa filmographie.

La force du film est de ne jamais (mais vraiment jamais) compter sur la médiocrité humaine pour créer de la dramaturgie. Tous les personnages font constamment preuve d'empathie et d'intelligence, la situation de départ étant suffisamment terrible comme ça. Même quand quelqu'un craque et hausse le ton, dans la seconde il s'excuse. Ce n'est peut-être pas évident à décrire, mais je vous jure que c'est rafraichissant. Je pense déjà que les acteurs ont été les premiers à le trouver et ont donc donné le meilleur d'eux-mêmes. Bon, je parle des deux principaux avant tout, mais même Quenard qui commence à m'énerver, je l'ai trouvé nickel ici. Sans oublier Pons, qui débarque avec son génie comique qui sonne presque à-côté du reste du film, tout en étant totalement à sa place parce que c'est justement tout l'enjeu de son rôle... Non, vraiment, ça a l'air de rien, mais c'est sans cesse impressionnant de subtilité. Jusqu'à la scène finale où, idée géniale, c'est cette fois la gamine de 2 ans qui démontre son attachement à Valeria Bruni-Tedeschi. Le fait que ce second enfant devient personnage par ce geste... A nouveau, c'est dur à décrire pour qui n'a pas vu, mais ça m'a achevé.


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C'est marrant, j'avais le même "souci" avec Aquarius, son autre meilleur film, mon top 1 2016 (qui plus est une grande année cinéma) : je ne sais pas quoi dire dessus. Je me sens presque dépassé par le geste. Ce n'est pas grave, on s'en fout. Allez le voir, évidemment.
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groil_groil
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Tamponn Destartinn a écrit : mar. 30 déc. 2025 15:47 Image

Tous les films de Tardieu sont de ce niveau ? Si oui, je dois absolument rattrapé sa filmographie.

La force du film est de ne jamais (mais vraiment jamais) compter sur la médiocrité humaine pour créer de la dramaturgie. Tous les personnages font constamment preuve d'empathie et d'intelligence, la situation de départ étant suffisamment terrible comme ça. Même quand quelqu'un craque et hausse le ton, dans la seconde il s'excuse. Ce n'est peut-être pas évident à décrire, mais je vous jure que c'est rafraichissant. Je pense déjà que les acteurs ont été les premiers à le trouver et ont donc donné le meilleur d'eux-mêmes. Bon, je parle des deux principaux avant tout, mais même Quenard qui commence à m'énerver, je l'ai trouvé nickel ici. Sans oublier Pons, qui débarque avec son génie comique qui sonne presque à-côté du reste du film, tout en étant totalement à sa place parce que c'est justement tout l'enjeu de son rôle... Non, vraiment, ça a l'air de rien, mais c'est sans cesse impressionnant de subtilité. Jusqu'à la scène finale où, idée géniale, c'est cette fois la gamine de 2 ans qui démontre son attachement à Valeria Bruni-Tedeschi. Le fait que ce second enfant devient personnage par ce geste... A nouveau, c'est dur à décrire pour qui n'a pas vu, mais ça m'a achevé.
Très heureux que tu aies aimé le Tardieu, et même qu'il intègre, comme chez moi, le top 10. Ce que tu en dis est très juste.
J'en ai vu un autre qui était beaucoup moins bien.

J'avais rapidement écrit ça après l'avoir vu : Un couple dont la femme s'apprête à accoucher, confie son enfant de 7 ans à la voisine, libraire célibataire indépendante et n'ayant pas franchement la fibre maternelle. Le lendemain matin l'homme frappe à sa porte en pleurs : sa femme est morte pendant l'accouchement. On apprend aussi très vite que ce premier enfant n'est pas le sien, même s'il l'a toujours élevé et le considère comme son fils. Bien sûr, après l'enterrement le père (beauf flamboyant magnifiquement joué par Raphaël Quenard) va vouloir le récupérer. Mais les liens qui se sont tissés avec ce père de substitution sont forts... mais pas les seuls, puisque cette voisine, immiscée par hasard dans cette nouvelle famille jamais désirée s'y implique de plus en plus. Je ne raconte pas plus de scénario que ça car il se passe plein de belles choses qu'il est nécessaire de ne pas connaitre en amont. L'Attachement est l'histoire d'un homme qui réapprend à vivre à un moment où il croit que ce n'est plus possible, resté en vie uniquement pour deux enfants, et des gens qui vont l'aider à cela. Loin de tous clichés, le film désamorce systématiquement toute situation qui pourrait être trop appuyée ou trop lourde symboliquement (ou émotionnellement) pour proposer un pas de côté salutaire et choisissant toujours une piste positive, anti pathos. C'est un film bouleversant, interprété par des comédiens sensationnels, par une cinéaste qui se bonifie au fil des oeuvres et qu'il convient de suivre à l'avenir, tant ce film-là, situé dans une école de la délicatesse qui évoque aussi bien Mikhaël Hers que James L. Brooks, est touchant.
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Assez amusant de constater que les deux grands biopics américains de l'année auront été consacrées aux deux plus grands musiciens folk/rock toujours en vie, Bob Dylan via le magnifique film de James Mangold, et ce Springsteen dont je n'attendais pas grand chose mais qui est aussi une grande réussite. Scott Cooper choisit de se consacrer uniquement à la période qui suit le succès de The River - nous sommes donc au début des années 80 - et alors que tout le monde attend du boss qu'il livre son plus grand succès commercial, et même s'il est en train d'écrire de monstrueux tubes comme "Born in the USA" par exemple, décide d'écarter ces chansons trop faciles pour proposer un album de folk épuré, dépressif et à la production minimaliste, ce qui deviendra le chef-d'oeuvre "Nebraska", en refusant toute promotion, concert, interview, ni même que son visage n'apparaisse sur la couverture. Cet apparent suicide commercial - qui au final n'en sera pas un - est accompagné par la profonde dépression du musicien, son incapacité à aimer une jeune femme qu'il vient de rencontrer, et le fantôme de son père (même si celui-ci est toujours vivant), traumatisme d'enfance qui l'a longtemps empêché d'avancer. Le film mêle tout cela avec brio et élégance, proposant un film automnal et atrabilaire, qui décrit parfaitement le Springsteen que je m'imagine personnellement en l'écoutant. Mention également à l'acteur Jeremy-Allen White qui l'interprète - et qui chante véritablement - et qui est brillant de bout en bout.

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Le premier film était une surprenante réussite, parvenant à mêler la comédie ultra populaire avec une finesse d'écriture réelle et des gags et dialogues hilarants de bout en bout. Face au succès, les auteurs ont enchainé rapidement avec un second volet qui est forcément moins bon que le premier, mais qui est réussi tout de même, évitant à la fois la surenchère débile ou bien de refaire le même film. La nouvelle intrigue scénaristique n'est pas la plus brillante qui soit, mais elle permet de relancer la machine, et le résultat est presque tout aussi drôle.

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Un agent de la DST qui se prend un peu trop pour James Bond, est chargé de surveiller la femme et la fille d'un diplomate turc. Chabrol s'essaie au film de genre (il en fera un second l'année suivante) avec assez peu de réussite, à tel point qu'on se demande en permanence si ce film est, ou non, une parodie.
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Tamponn Destartinn
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groil_groil a écrit : mer. 31 déc. 2025 09:06
Tamponn Destartinn a écrit : mar. 30 déc. 2025 15:47 Image

Tous les films de Tardieu sont de ce niveau ? Si oui, je dois absolument rattrapé sa filmographie.

La force du film est de ne jamais (mais vraiment jamais) compter sur la médiocrité humaine pour créer de la dramaturgie. Tous les personnages font constamment preuve d'empathie et d'intelligence, la situation de départ étant suffisamment terrible comme ça. Même quand quelqu'un craque et hausse le ton, dans la seconde il s'excuse. Ce n'est peut-être pas évident à décrire, mais je vous jure que c'est rafraichissant. Je pense déjà que les acteurs ont été les premiers à le trouver et ont donc donné le meilleur d'eux-mêmes. Bon, je parle des deux principaux avant tout, mais même Quenard qui commence à m'énerver, je l'ai trouvé nickel ici. Sans oublier Pons, qui débarque avec son génie comique qui sonne presque à-côté du reste du film, tout en étant totalement à sa place parce que c'est justement tout l'enjeu de son rôle... Non, vraiment, ça a l'air de rien, mais c'est sans cesse impressionnant de subtilité. Jusqu'à la scène finale où, idée géniale, c'est cette fois la gamine de 2 ans qui démontre son attachement à Valeria Bruni-Tedeschi. Le fait que ce second enfant devient personnage par ce geste... A nouveau, c'est dur à décrire pour qui n'a pas vu, mais ça m'a achevé.
Très heureux que tu aies aimé le Tardieu, et même qu'il intègre, comme chez moi, le top 10. Ce que tu en dis est très juste.
J'en ai vu un autre qui était beaucoup moins bien.

J'avais rapidement écrit ça après l'avoir vu : Un couple dont la femme s'apprête à accoucher, confie son enfant de 7 ans à la voisine, libraire célibataire indépendante et n'ayant pas franchement la fibre maternelle. Le lendemain matin l'homme frappe à sa porte en pleurs : sa femme est morte pendant l'accouchement. On apprend aussi très vite que ce premier enfant n'est pas le sien, même s'il l'a toujours élevé et le considère comme son fils. Bien sûr, après l'enterrement le père (beauf flamboyant magnifiquement joué par Raphaël Quenard) va vouloir le récupérer. Mais les liens qui se sont tissés avec ce père de substitution sont forts... mais pas les seuls, puisque cette voisine, immiscée par hasard dans cette nouvelle famille jamais désirée s'y implique de plus en plus. Je ne raconte pas plus de scénario que ça car il se passe plein de belles choses qu'il est nécessaire de ne pas connaitre en amont. L'Attachement est l'histoire d'un homme qui réapprend à vivre à un moment où il croit que ce n'est plus possible, resté en vie uniquement pour deux enfants, et des gens qui vont l'aider à cela. Loin de tous clichés, le film désamorce systématiquement toute situation qui pourrait être trop appuyée ou trop lourde symboliquement (ou émotionnellement) pour proposer un pas de côté salutaire et choisissant toujours une piste positive, anti pathos. C'est un film bouleversant, interprété par des comédiens sensationnels, par une cinéaste qui se bonifie au fil des oeuvres et qu'il convient de suivre à l'avenir, tant ce film-là, situé dans une école de la délicatesse qui évoque aussi bien Mikhaël Hers que James L. Brooks, est touchant.

:jap: :jap:

On est raccord sur l'anti pathos.
C'est vraiment le secret de sa réussite.

Je n'étais pas aller le voir à sa sortie, car le film me faisait peur : il a des points communs dans le scénario avec un truc que je fais. Finalement, il n'y avait pas de quoi s'inquiéter :D
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Tamponn Destartinn
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Et les deux derniers vrais films vu cette année :

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Euh...
Bon, déjà je ne pense pas qu'il était si nécessaire d'aller chercher un prétexte scénario aussi niais pour lier artificiellement ces différents courts métrages. Mais même si on en fait abstraction et qu'on se focalise sur le génie visuel de Bi Gan, il tourne un peu vide malgré tout. Le dernier segment, qui refait le coup du plan séquence impossible de plus de 20 min, en est la meilleure illustration : oui, c'est impressionnant... mais on a compris, en fait. Son premier en caméra tremblante dans Kaili Blues avait bien plus d'âme qu'ici.


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Ptdr
C'est complètement fou de sortir un film pareil. "Volume 2, partie 1" : le résultat est aussi con que ce que ça laisse présager, c'est-à-dire qu'après 2h20 de scénettes, le film s'arrête d'un coup sur un "à suivre".
J'ai littéralement vu trois épisodes d'une saison de série, la suite sera les trois épisodes restants. C'est absurde. Reste à la télé, si tu veux faire de la télé.
Bon, et comme l'autre, la comédie et le ton sérieux se cannibalisent au point où l'expression "cul entre deux chaises" semble avoir été créée pour parler du film.
J'ai revu la série, je défends toujours les premières saisons, mais qu'est-ce que c'est parti en couilles !
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Bonne et heureuse année à vous et à vos proches,
et félicitons nous de l'existence de ce forum qui perdure, merci à tout ceux qui s'en occupent, et plus particulièrement à @Next .

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Premier film vu cette année :D évidemment avec les enfants, et à leur initiative.
C'est une comédie rigolote et inoffensive, qui part sur un décorum très Amblin (le film date de 1992) c'est donc parfaitement normal et raccord, pour au final se glisser dans un genre animalo familial qui ne déplaira pas à un Chris Columbus.
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groil_groil a écrit : sam. 3 janv. 2026 08:58 Bonne et heureuse année à vous et à vos proches,
et félicitons nous de l'existence de ce forum qui perdure, merci à tout ceux qui s'en occupent, et plus particulièrement à @Next .
Meilleurs voeux à toi également à tout le Centre de Visionnage ! :jap:
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Bonne année à toustes !
Que continue à vivre longtemps ce forum et ses textes-échanges passionnant, en espérant que d'autres personnes finissent par nous rejoindre....! (sait-on jamais :D )

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Ma théorie est que L'Agent Secret est une relecture -alambiquée- d'un des films les plus marquants de l'histoire du cinéma, à savoir Blow-Up d'Antonioni. Non pas dans sa narration, complétement différente, mais dans son ouverte, sa fermeture et son enjeu conceptuel.

Tout commence ici dans une station service, durant laquelle notre héros Fernando devine au loin un cadavre qu'un vague bout de carton peine à dissimuler. A quoi ressemble ce corps et qui est-il ? Nous n'en saurons rien. Et pourtant ce corps sans vie, où plutôt ce corps manquant (car nous n'en avons vu qu'un membre) viendra hanter le reste du film (et jusqu'aux cauchemars du héros). Si Blow-Up s'ouvrait également sur un mystérieux cadavre, dont il sera question de savoir si, oui ou non, il existait bien, L'Agent Secret pourra être vu pour le spectateur comme la quête de reconstitution de ce corps non vu.

C'est d'ailleurs bien le corps qui est le motif le plus récurrent au long du film. Ceux-ci sont le plus souvent en piteux état (la jambe poilue sautillante, les balafres du juif allemand), déformés (le chat à deux têtes), emboités (plusieurs scènes de copulation), déguisés (c'est le carnaval) ou sujets à des fantasmes de tortures (on leur souhaite des trous dans la tête, des écrasements à coups de marteaux, ou rêve de les voir dévorée par des requins géants). Les corps sont donc ici toujours un peu étranges, parcellaires, incertains. Peut-être chacun de ces petits bouts de corps composent progressivement un puzzle venant s'agréger au bras gisant de la première scène.

Il ne faut néanmoins pas oublier que l'ensemble du film porte sur la (re)construction d'une identité et la constitution du corps d'un personnage. Marcelo, dont on ira jusqu'à nous préciser l'état de la dentition, apparait en effet de façon concomitante à lui-même et aux spectateurs, apprenant peu à peu de sa nouvelle vie et de son identité. Marcelo existe donc uniquement à travers la narration cinématographique. Il est pur objet et corps de cinéma.

A la fin du film d'Antonioni : pas de réponse. Nous ne saurons jamais vraiment si la tache sur le papier photographique représente un corps écroulé, ouvrant le film (et le cinéma) vers la puissance de l'imagination. Dans L'Agent Secret c'est également une image qui vient clore le film, mais cette fois elle est totalement lisible : il s'agit d'une photographie, de presse de surcroit, attestant de la mort du personnage que nous suivons depuis 2h30. En mettant à mort son personnage (et sans nous le montrer directement : pure image ! - celle manquante sous le carton) c'est donc le corps du cinéma lui-même, et ses possibles, que Mendonça assassine.

Il est peut-être un peu dur de faire de Mendonça le fossoyeur de son propre médium. Et pourtant, la dernière séquence semble aller dans ce sens. La salle de cinéma a été transformé en hôpital, dans lequel on transfuse et s’échange de précieuses poches de sang (que l'on prend le temps de filmer), liquide vital à l'existence de tout corps bien vivant. Dans cette séquence, le réalisateur fait jouer par le même acteur le fils devenu vieux, usant là d'un tour cinématographique & fantômachique bien connu, terminant d'insister sur le métadiscours du film.

Il y a aussi ici quelque chose de très cohérent à faire un film composite, qui combine des référence à l'histoire du cinéma. Nous penserons au Hitchcock de La mort aux trousses (usant d'un procédé similaire dans lequel le personnage se découvre peu à peu) et à De Palma (période Blow Out -le film est constitué grâce à l'écoute de cassettes dont les fonds sonores prêtent à confusion) remis en scène dans un style qui n'en finit pas de se prendre pour Tarantino ou PTA (transformant leurs orgueilleuses coolitudes en un nouvel académisme). Il y a de la sorte un aspect extrêmement bien exécuté et mené, rendant le film prenant et assurément aimable. Le voir fleurir en haut de tous les tops cinéma 2025 n'est donc aucunement une surprise.

Je dois malheureusement me confesser n'avoir jamais guère aimé Mendonça, et cette nouvelle création ne me fera pas changer d'avis Si je relis mes (très courts) textes sur ses trois précédents films, semble toujours revenir une impression d'imposture quant à ce qui nous est raconté, me laissant un goût fade et quelconque. Cette étrange impression de fausseté perdure, même si l'auteur semble l'embrasser pleinement en proposant une réflexion sur le cinéma. Mais malgré-tout je ne peux me défaire d'une impression de gâchis. Résolument poseur, l'auteur est aussi plutôt lourdaud dans la construction de son discours se voulant réflexif (la découverte du job administratif-planque comme un décor, ou encore le coup de fil indiquant qui est le personnage clé dans l'histoire), tout cela pour en arriver, de surcroit, à nous dire que le cinéma est mort. Quelle peine, quand l'auteur lui-même vient d'un pays à la cinématographie si riche et si puissante (le cinéma marginal est 100 fois plus pété du casque que la nouvelle vague. Et que dire de "20 ans après" de Eduardo Coutinho qui redéfinit à lui seul les possibles politiques du cinéma ?) dont il ne semble avoir que faire, préférant caresser la cinéphilie mondiale dans le sens du poil.

Je m'arrêterai enfin, et tout de même, sur une scène et une seule. Celle-ci constitue, de surcroit, un basculement dans la narration. Nous y passons de la référence moderne (Hitchcock - le film raconte le personnage) à post-moderne (De Palma - le personnage raconte le film). Durant celle-ci Wagner Moura, se baladant dans les coulisses du cinéma où travaille son beau père, regarde tout d'abord une salle de projection à travers la lucarne de la cabine, puis, quelques foulée plus loin, à travers la fenêtre des bureaux, admire quelques secondes le paysage urbain, et nous avec lui. C'est ce regard recomposé, passant de l'écran au monde extérieur, qui permet au film de se redéfinir. Cette seule idée, aussi belle qu'intelligente, suffirait presque à me faire aimer le film.
Modifié en dernier par cyborg le mar. 6 janv. 2026 14:11, modifié 1 fois.
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cyborg a écrit : lun. 5 janv. 2026 19:38
Cette seule idée, aussi belle qu'intelligente, suffirait presque à me faire aimer le film.
Donc, tu l’as aimé ou pas ? :D
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cyborg a écrit : lun. 5 janv. 2026 19:38eEt que dire de "20 ans après" de Eduardo Coutinho qui redéfinit à lui seul les possibles politiques du cinéma ?
J’ai découvert ce film incroyable à la fin de l’année, quelle splendeur :love: :love:
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yhi
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cyborg a écrit : lun. 5 janv. 2026 19:38 Quelle peine, quand l'auteur lui-même vient d'un pays à la cinématographie si riche et si puissante (le cinéma marginal est 100 fois plus pété du casque que la nouvelle vague. Et que dire de "20 ans après" de Eduardo Coutinho qui redéfinit à lui seul les possibles politiques du cinéma ?) dont il ne semble avoir que faire,
J'ai découvert 20 ans après dans une rétrospective de cinéma brésilien sélectionnée et présentée par Kleber :D
Donc on ne peut pas dire qu'il n'en a que faire. Au pire, a défaut de l'intégrer dans ses films, il le partage.
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cyborg
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@sokol : disons que j'essaie de ne jamais m'arrêter à "j'aime" / "j'aime pas" quand je prends le temps d'écrire un texte, plus encore un long texte comme ici.
D'ailleurs qu'est-ce qu'il m'a donné du fil à retordre, ce qui est plutôt bon signe d'une certaine manière. Je n'ai pas souvenir d'avoir mis autant de temps à pondre un écrit sur un film, et pourtant j'en ai fait beaucoup.
Mais si il faut répondre à ta question je dirais "plutôt pas". Enfin : le film est bon en un certain sens, il se "regarde" très bien, les 2h30 passent bien etc etc... Mais le style poseur (qu'est-ce qu'il peut se regarder filmer, et faire des digressions...) finit par m'agacer et ce qu'il y finit par y dire (d'après moi) ne m'enthousiasme pas beaucoup, donc... Mais encore une fois, aucune surprise que le film soit en haut des tops : c'est un film pour cinéphile.

@yhi : ha mais c'est certain qu'il connait ce film, il est dans les tops nationaux du brésil (c'est comme ça que je l'ai découvert). Et qu'il le partage est formidable. Mais bon je préfèrerai qu'il le mette en perspective dans ses créations, là ça aurait un impact, plutôt que de faire un truc assez lisible par qui connait un brin l'Histoire du cinéma tel qu'on nous la ressert ad lib. Bref je trouve qu'il ne prend pas de grand risque, et que l'aspect "politique" qu'on essaie de nous vendre de ce film me fait un peu hausser les épaules.

@B-Lyndon : super que ce film vous ai tant plu vous deux (enfin pour Yhi je sais pas en fait :D). C'est vraiment extra.
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cyborg a écrit : mar. 6 janv. 2026 14:24
@yhi : ha mais c'est certain qu'il connait ce film, il est dans les tops nationaux du brésil (c'est comme ça que je l'ai découvert). Et qu'il le partage est formidable. Mais bon je préfèrerai qu'il le mette en perspective dans ses créations, là ça aurait un impact, plutôt que de faire un truc assez lisible par qui connait un brin l'Histoire du cinéma tel qu'on nous la ressert ad lib. Bref je trouve qu'il ne prend pas de grand risque, et que l'aspect "politique" qu'on essaie de nous vendre de ce film me fait un peu hausser les épaules.

Les Bruits de Recife était un film très impressionnant dans sa façon d'embrasser tout le cinéma brésilien, sans ne jamais être un film sur le cinéma, ou pour cinéphile.
Bon bah ce film là c'est exactement l'inverse, hélas.
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Oui après les deux peuvent coexister. Ce sont deux cinémas qui n'ont juste rien à voir. On ne crache pas forcément toujours sur le cinéma cinéphile (coucou Carax) - voire même ça peut me plaire poussé a l'extrême parfois (Cattet/Forzani) et ça n'empêche pas la coexistence avec un cinéma de l'urgence documentaire ou plus politique.
C'est ça qui est beau, c'est de tout aimer :D
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yhi a écrit : mar. 6 janv. 2026 15:58 Oui après les deux peuvent coexister. Ce sont deux cinémas qui n'ont juste rien à voir. On ne crache pas forcément toujours sur le cinéma cinéphile (coucou Carax) - voire même ça peut me plaire poussé a l'extrême parfois (Cattet/Forzani) et ça n'empêche pas la coexistence avec un cinéma de l'urgence documentaire ou plus politique.
C'est ça qui est beau, c'est de tout aimer :D
Oui bien sûr, mais on peut aussi déplorer une direction prise par un cinéaste.
Carax creuse sa voie, il n'a jamais fait un film comme Les Bruits de Recife, Kleber oui.
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cyborg
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Oui ce n'est pas impossible d"aimer les deux... Même si je pense que Carax est un faquin ^^
A ce titre "Il était une fois à Hollywood" est par essence un film cinéphile et c'est clairement celui que j'apprécie le plus (le seul ?) chez Tarantino.

Pour les Bruits de Recife je n'y avais pas vu ça @B-Lyndon, mais je l'ai regardé il y a plus de 10 ans et je n'avais pas la même lecture des choses. Peut-être aurais-je l'occasion de le revoir un jour, pour l'instant je n'ai pas la motivation.
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B-Lyndon
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cyborg a écrit : mer. 7 janv. 2026 15:01 Oui ce n'est pas impossible d"aimer les deux... Même si je pense que Carax est un faquin ^^
A ce titre "Il était une fois à Hollywood" est par essence un film cinéphile et c'est clairement celui que j'apprécie le plus (le seul ?) chez Tarantino.

Pour les Bruits de Recife je n'y avais pas vu ça @B-Lyndon, mais je l'ai regardé il y a plus de 10 ans et je n'avais pas la même lecture des choses. Peut-être aurais-je l'occasion de le revoir un jour, pour l'instant je n'ai pas la motivation.
Je suis quasi sûr, au vu de ce que je lis de toi ici, que tu réévalueras ce film extraordinaire.
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Tyra
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B-Lyndon a écrit : mer. 7 janv. 2026 13:06
yhi a écrit : mar. 6 janv. 2026 15:58 Oui après les deux peuvent coexister. Ce sont deux cinémas qui n'ont juste rien à voir. On ne crache pas forcément toujours sur le cinéma cinéphile (coucou Carax) - voire même ça peut me plaire poussé a l'extrême parfois (Cattet/Forzani) et ça n'empêche pas la coexistence avec un cinéma de l'urgence documentaire ou plus politique.
C'est ça qui est beau, c'est de tout aimer :D
Oui bien sûr, mais on peut aussi déplorer une direction prise par un cinéaste.
Carax creuse sa voie, il n'a jamais fait un film comme Les Bruits de Recife, Kleber oui.
Dans mon souvenir, Les Bruits de Recife est déjà vachement marqué par ce qui deviendra évident par la suite chez KMF : une attraction irresistible pour un certain cinéma américain : Hitchcock, De Palma, Scorsese, Carpenter. Je pense revoir Les Bruits de récif très bientôt pour confirmer, mais l'angoisse que produit KMF dans se film est très lié à son utilisation du scope, très américain, très John Carpenter période Halloween, Assault...
Finalement, son film le plus "européen" dans l'esprit, c'est Aquarius.
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groil_groil
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Dernier film de l'année montré aux enfants il y a quelques jours pour bien finir les vacances. ça reste un très chouette film d'aventures bien évidemment, et l'ensemble vieillit plutôt bien, mais, car c'est une production Lucasfilms, c'est dingue de réaliser comment deux / trois types, Lucas et Spielberg en tête, ont complètement imposé leur schéma du cinéma de divertissement au monde entier en quelques films seulement, et comment très vite tout le divertissement mondial s'est uniformisé pour tendre à faire la même chose, pour le meilleur et pour le pire. Pour le meilleur car le degré d'exigence est tout de même généralement assez élevé et les divertissement sont souvent de bonne tenue, mais pour le pire car ce suprématie du genre a totalement uniformisé l'ensemble du cinéma d'aventure / divertissement et il n'est aujourd'hui plus possible de proposer autre chose qui ne respecte pas ces schémas qui sont devenus une norme imposée. Sinon je me suis longtemps moqué de Ron Howard réalisateur, notamment parce qu'il fut Richie Cunningham de Happy Days, mais c'est un très bon faiseur hollywoodien qui a plusieurs franches réussites à son actif, dont celle-ci.

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C'est moi où Mahjong du grand Edward Yang n'était jamais sorti en salle avant l'an dernier ? C'est étonnant car c'est son avant dernier film avant son sublime testament Yi Yi, il avait déjà une réputation en 1996 et le fait qu'il engage la jeune Virginie Ledoyen, présentée par Assayas, alors l'étoile montante du cinéma d'auteur indé français (à juste titre) laissait présager au film un beau succès de salles art & essai. Je le découvre sous sa très belle copie bluray, et si j'ai aimé le film, beaucoup, il est assez déstabilisant. La première demi heure est fantastique, et on aurait aimé que tout le film soit à l'avenant. Puis le rythme se casse, Ledoyen se fait moins présente (on la retrouvera beaucoup à la fin, très réussie aussi) et le film va se concentrer sur cette histoire de gangsters à la petite semaine, des petits voyous ratés à la Tarantino, tous plus antipathiques et désagréables les uns que les autres. Le film se perd un peu avec eux, puis finit par se retrouver et retomber sur ses pattes. Une belle expérience sensitive, avec autant d'humour que de malaise, et une ville de Taïpei magnifiée.
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cyborg
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Et pour le reste je n'ai pas trop chômé :

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Lav Diaz participe ici à une double déconstruction : d'une part le genre du biopic et de l'autre celle de l'Histoire mondiale. Pour ce faire il aborde son sujet en double-creux. D'une part le film n'a que les oripeaux du film d'aventure classique, dans lequel il vient infuser son style habituel fait de temporalités longues, d'anti-spectaculaire et de narration disparate. De l'autre, il reporte le vrai sujet de son film de Magellan vers son esclave Henrique. Bien que toujours en arrière-plan, il s'agit en effet de l'autre seul personnage présent du début à la fin du film, se rapprochant de la sorte de l'hypothèse la plus contemporaine faisant d'Henrique le premier homme à avoir fait le tour du Monde (Magellan le ramenant à l'endroit d’où il venait originellement). Si le pied-de-nez est magnifique il est surtout hautement symbolique et loin d'être anecdotique. Il est assez amusant que tout ceci s'inscrive dans une esthétique dont la référence principale soit la peinture d'histoire, genre académique (et colonial) par excellence. C'est donc en partageant un certain goùt pour le grandiose, que Diaz vient s'y infiltrer pour mieux en ouvrir les possibles et perturber les schémas narratifs dominants.

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On parle souvent des ratages industriels des grandes productions américaines, mais on connait moins celles de l'autre côté du rideau de fer. Sur Le Globe d'Argent de Żuławski rentre pourtant parfaitement dans cette catégorie. Aussi ambitieux que décadent, il faut bien s'accrocher pour tenir les près de 3h du film, entre son esthétique malencontreusement cheap, la censure et la narration complétée par des plans de la Pologne contemporaine et la voix-off de Żuławski, ou encore la complexité narrative et intellectuelle de l'ensemble. Le visionnage ne fut pas de tout repos...enfin peut-être un peu soporifique quand même :D
Malgré tout je dois avouer apprécier la façon dont l'auteur se sert de la SF pour ne pas faire un film technophile mais au contraire retourner à la préhistoire et examiner les bases de nos mythes, de nos croyances, de nos sociétés. Enfin, je crois :D


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"L'école de la vie" en français, "The Grown-Ups" en anglais et "Los Niños" en espagnol, titre que j'ai tout d'abord connu et que j'avais à l'esprit lors du visionnage. Celui-ci m'est progressivement apparu comme problématique, peinant à comprendre le projet de la réalisatrice et son point de vue.
Maite Alberdi prend pour sujet de son documentaire un petit groupe de personnes atteinte du syndrome de Dpwn cohabitants (?) au sein d'une institution éducative (?). Le partie pris de l'autrice est de laisser à 98% du temps en hors-champs toute personnes (familles, membres de l'équipe encadrante) n'étant pas atteint de trisomie. Le choix est aussi fort qu'intéressant, mais le manque de contextualisation finit par nuire et peine à donner une perspective au propos d'ensemble. De plus en nommant son film "Les enfants", ne vient-elle pas d'emblée réduire l'image et la particularité de ceux et celles qu'elle tente de représenter ? La diversités et l'imprécision des traductions internationales du titre pourrait tendre à me donner raison... En tout cas, quand on songe aux nombreux films ayant abordé le handicap mental (de Deligny à la "terrible jungle" de Capelle et Ley), celui-ci n'est clairement pas sur le haut de la liste.


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Les Filles d'Olfa est avant tout un film à dispositif : une mère dont deux filles sont parties rejoindre Daech, témoigne de son histoire en compagnie de ses deux plus jeunes filles restantes, tandis que les personnages manquants sont rejoués par des acteurices. L'idée et l'ambition sont assez belles, malheureusement la réalisatrice applique son protocole de façon un peu trop plate, tendance tire-larme bien appuyée (la musique...) finissant par ressembler à un croisement entre une real-TV et une séance de thérapie familiale par reconstitution.
Malgré cela, de belles choses sont à garder. D'une part la narration d'une radicalisation vécue de l'intérieur, présentant l'ensemble des facteurs de façon très situées. Les témoignages sont précieux. D'autre part beaucoup de choses finissent tout de même par échapper au dispositif, notamment dans l'émancipation des deux jeunes filles et ce que le film leur permettent de dire et faire comprendre à leur mère. C'est assez beau à sa façon et même si cela reste marginal, c'est peut-être au final la question qui m'intéresse le plus sur le long terme : qu'est ce que la réalité du cinéma (ou de l'art) peut faire (faire) au réel.
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sokol
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cyborg a écrit : mer. 7 janv. 2026 19:19
Lav Diaz participe ici à une double déconstruction : d'une part le genre du biopic et de l'autre celle de l'Histoire mondiale...
Bon, t'as aimé ou pas ? :mrgreen2:
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B-Lyndon
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Tyra a écrit : mer. 7 janv. 2026 16:39
B-Lyndon a écrit : mer. 7 janv. 2026 13:06
yhi a écrit : mar. 6 janv. 2026 15:58 Oui après les deux peuvent coexister. Ce sont deux cinémas qui n'ont juste rien à voir. On ne crache pas forcément toujours sur le cinéma cinéphile (coucou Carax) - voire même ça peut me plaire poussé a l'extrême parfois (Cattet/Forzani) et ça n'empêche pas la coexistence avec un cinéma de l'urgence documentaire ou plus politique.
C'est ça qui est beau, c'est de tout aimer :D
Oui bien sûr, mais on peut aussi déplorer une direction prise par un cinéaste.
Carax creuse sa voie, il n'a jamais fait un film comme Les Bruits de Recife, Kleber oui.
Dans mon souvenir, Les Bruits de Recife est déjà vachement marqué par ce qui deviendra évident par la suite chez KMF : une attraction irresistible pour un certain cinéma américain : Hitchcock, De Palma, Scorsese, Carpenter. Je pense revoir Les Bruits de récif très bientôt pour confirmer, mais l'angoisse que produit KMF dans se film est très lié à son utilisation du scope, très américain, très John Carpenter période Halloween, Assault...
Finalement, son film le plus "européen" dans l'esprit, c'est Aquarius.
Oui mais les citations étaient plus digérées, et le film finalement très personnel, très simple (c'est la vie d'une rue, en fait, la vie de sa rue - @sokol me disait que ce qui était beau dans Kaili Blues c'était que Bi Gan filmait sa province, là où dans Resurrection il veut filmer La CHINE!). Et puis, un truc simple : c'était un film contemporain. Et politiquement impeccable (pour connaître un petit peu le Brésil, j'ai jamais vu l'atmosphère de ce pays restituée avec autant de finesse).
Et puis c'était un film totalement horizontal, sans personnage central, il n'y avait aucun personnage secondaire (donc pas les figures pittoresques et croustillantes qui sont magnifiques dans L'Agent secret, mais reléguées à la périphérie d'un héros trop cool trop beau trop lisse.
Je suis sévère et j'assume rester bloqué sur son premier film, mais pour moi, si on a pas encore perdu Kleber car L'Agent secret reste un film honnête, cette voie choisie ne peut le conduire in fine qu'à faire des grosses soupes.
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Tyra
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C'est un film mortifère, complètement vidé de toute substance vitale, car intégralement enfermé dans l'hommage et la citation cinéphile, sans aucun appuis ni dialogue avec le réel. Du Tarantino version film d'auteur international. Ca m'a rendu un peu triste de voir ça, cette incapacité à produire du cinéma, cet enfermement dans un dédale de signes, de références... Le fait même d'associer le cinéma au rêve, est déjà une façon de l'extraire du réel, du concret. Mais en acceptant ce présupposé qui me dérange : en quoi est-il question de rêve dans ces segments ? En quoi la logique tu rêve est-elle convoquée dans ces petites histoires ultra bavardes, scénarisées, fermées sur elles mêmes, avec petites leçons de vies et de morales (choses totalement absentes des rêves) ? Le film échoue sur les deux tableaux, cinéma et rêve. Un truc révélateur : l'hommage aux frères Lumière porte sur L'arroseur arrosé soit, ce qu'on considère souvent commère la première fiction du cinéma. Le ver est dans le fruit : étouffé par des motifs fictionnels dont je me contrefout, le film oublie que la magie première du cinématographe est d'enregistrer le réel, l'arrivée d'un train en gare ou la sorties d'ouvriers d'une usine. Le film ne dit ni ne montre rien de cette magie première.
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cyborg
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sokol a écrit : jeu. 8 janv. 2026 09:38
cyborg a écrit : mer. 7 janv. 2026 19:19
Lav Diaz participe ici à une double déconstruction : d'une part le genre du biopic et de l'autre celle de l'Histoire mondiale...
Bon, t'as aimé ou pas ? :mrgreen2:

Oui oui, moi j'aime beaucoup.
J'étais totalement pris dans la lenteur de l'action et du voyage.
C'est aussi un peu poseur à sa façon, reproche que je fais à KMF, mais que voulez-vous, on a tous ses petites préférences :D
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Tamponn Destartinn
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C'est le meilleur des 3, mais c'est un peu tard.
Disons que c'est bien structuré et bien rythmé. Et ça ré-exploite au mieux ses personnages qui semblaient pourtant en bout de course, principalement Spider et Quaritch, tout en introduisant un bon nouveau méchant. Plus globalement, j'ai trouvé que les enjeux sont dans la continuité et pas dans la redondance... Malheureusement le dernier acte est faiblard et gâche un peu l'ensemble.
En somme : l'inverse TOTALE du 2 !

C'est dommage, parce qu'on évitait enfin un peu le manichéisme. Au delà des Na'vis méchants (enfin !) et du très bon personnage de leur cheffe, même nos héros sont poussés dans leur retranchement, au point d'avoir des dilemmes moraux assez surprenant pour la licence, qui rendent le tout moins naif. Et enfin, il y a traitement intéressant sur le retour du grand méchant dans la peau de ce qu'il déteste, chose qu'oubliait de faire le 2.
Mais donc, je répète : le 2 avait pour lui d'avoir une bataille finale très forte, qui citait tous les films de Cameron en best of réussi, et maintenant le 3 fait un best of... des batailles finales d'Avatar 1 et 2 ! Surtout le 2... Oups, dommage !

Dans tous les cas, je ne changerais jamais d'avis sur le fait que Cameron a gâché la fin de sa carrière avec cet univers. Titanic va avoir 20 ans... C'est fou.
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Pale
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Tamponn Destartinn a écrit : ven. 9 janv. 2026 12:03 Titanic va avoir 20 ans... C'est fou.
30 ans :saint: :D
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Tamponn Destartinn
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Pale a écrit : ven. 9 janv. 2026 16:10
Tamponn Destartinn a écrit : ven. 9 janv. 2026 12:03 Titanic va avoir 20 ans... C'est fou.
30 ans :saint: :D
oups :lol: :lol: :lol: :cry:
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cyborg
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:lol: :lol:


(Damned ! :D )
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Tamponn Destartinn
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C'est la 1ère fois de ma vie que je vais voir un Jarmusch la peur au ventre, au lieu d'être tout simplement heureux.
J'ai toujours vu Jarmusch comme un mec incapable de faire une bouze, et puis est sorti son film de zombis et c'était quand même pas loin de l'être.
Dès lors, l'idée terrible que ce cinéaste que je chérie tombe dans le cliché de celui qui devient l'ombre de lui-même en fin de carrière m'a rendu bien triste.

Au final, j'hésite encore à voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. Quoiqu'il en soit, ça va, c'est pas autant une catastrophe que le précédent. C'est un film à sketch. Le premier commence très mal, avec un dialogue en voiture très explicatif pour rien (on aurait tout compris sans). C'est clairement le moins bon, même si sa fin sauve un peu le tout. Le second sketch est comme un remake du premier, mais en moins bavard donc mieux. Et le troisième, celui à Paris, est clairement le meilleur. Ca fait plaisir de voir quelqu'un filmer ce Paris du 9e, 10e et surtout 18e que je connais par coeur, et de le filmer tel qu'il est actuellement. Ca reste un petit film, on ne va pas se mentir.


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Ma femme, bien plus fan de Kechiche que moi, m'a dit que ça se voyait que le film avait été essentiellement terminé par les monteurs seuls du film, sans Kechiche qui se serait effacé. Le film est ainsi plus classique dans sa structure, dans son déroulé des intrigues. Je pense qu'elle a raison. C'est plutôt à l'avantage du film, jusqu'à ce qu'arrive cette fin pas ouf, un peu forcé et très "La Graine et le Mulet" en moins bien. Je dis ça en me basant sur des souvenirs lointain de ce dernier. C'est ça le truc avec Kechiche pour moi : je n'ai jamais revu un seul de ses films, et je les ai un peu tous oublié. Que ce soit ceux que je n'avais pas aimé (La vie d'Adèle) ou ceux que j'avais aimé (le premier Mektoub), c'est kifkif à la fin : ça ne reste pas en mémoire et l'envie d'y retourner la rafraichir n'est pas trop là.
Alors oui, on a le droit à des échanges qui sonnent toujours très juste, comme on en voit que très rarement en fiction. La plupart sont ceux d'Ophélie Bau, qui impressionne encore une fois et quel dommage qu'elle ait disparu depuis. Mais bon. Personnellement, ça ne me suffit pas pour en faire le plus grand cinéaste français actuel comme certains le pensent.
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Tyra
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B-Lyndon a écrit : jeu. 8 janv. 2026 13:07
Tyra a écrit : mer. 7 janv. 2026 16:39
B-Lyndon a écrit : mer. 7 janv. 2026 13:06

Oui bien sûr, mais on peut aussi déplorer une direction prise par un cinéaste.
Carax creuse sa voie, il n'a jamais fait un film comme Les Bruits de Recife, Kleber oui.
Dans mon souvenir, Les Bruits de Recife est déjà vachement marqué par ce qui deviendra évident par la suite chez KMF : une attraction irresistible pour un certain cinéma américain : Hitchcock, De Palma, Scorsese, Carpenter. Je pense revoir Les Bruits de récif très bientôt pour confirmer, mais l'angoisse que produit KMF dans se film est très lié à son utilisation du scope, très américain, très John Carpenter période Halloween, Assault...
Finalement, son film le plus "européen" dans l'esprit, c'est Aquarius.
Oui mais les citations étaient plus digérées, et le film finalement très personnel, très simple (c'est la vie d'une rue, en fait, la vie de sa rue - @sokol me disait que ce qui était beau dans Kaili Blues c'était que Bi Gan filmait sa province, là où dans Resurrection il veut filmer La CHINE!). Et puis, un truc simple : c'était un film contemporain. Et politiquement impeccable (pour connaître un petit peu le Brésil, j'ai jamais vu l'atmosphère de ce pays restituée avec autant de finesse).
Et puis c'était un film totalement horizontal, sans personnage central, il n'y avait aucun personnage secondaire (donc pas les figures pittoresques et croustillantes qui sont magnifiques dans L'Agent secret, mais reléguées à la périphérie d'un héros trop cool trop beau trop lisse.
Je suis sévère et j'assume rester bloqué sur son premier film, mais pour moi, si on a pas encore perdu Kleber car L'Agent secret reste un film honnête, cette voie choisie ne peut le conduire in fine qu'à faire des grosses soupes.
Ca y est, j'ai revu le film. Je suis d'accord avec ce que tu dis. On sent l'influence du cinéma de genre américain à beaucoup d'endroits (le film commence par un petit garçon qui fait du tricycle en steadycam, référence évidente à Shinning !), mais le film reste très différent de la forme dominante adoptée par l'Agent Secret : pas de musique extradiégétique, travail du son primordial (le titre du film ne ment pas sur son sujet). L'ambiance oppressante vient aussi du vide, vide des appartements de ces classes aisées recouvertes de carrelage blanc clinique, vide aussi de ces vies sans occupation, sans but. Par contre, ce gout pour la représentation du cauchemar était déjà là.
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B-Lyndon
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Tyra a écrit : mar. 13 janv. 2026 11:15
B-Lyndon a écrit : jeu. 8 janv. 2026 13:07
Tyra a écrit : mer. 7 janv. 2026 16:39

Dans mon souvenir, Les Bruits de Recife est déjà vachement marqué par ce qui deviendra évident par la suite chez KMF : une attraction irresistible pour un certain cinéma américain : Hitchcock, De Palma, Scorsese, Carpenter. Je pense revoir Les Bruits de récif très bientôt pour confirmer, mais l'angoisse que produit KMF dans se film est très lié à son utilisation du scope, très américain, très John Carpenter période Halloween, Assault...
Finalement, son film le plus "européen" dans l'esprit, c'est Aquarius.
Oui mais les citations étaient plus digérées, et le film finalement très personnel, très simple (c'est la vie d'une rue, en fait, la vie de sa rue - @sokol me disait que ce qui était beau dans Kaili Blues c'était que Bi Gan filmait sa province, là où dans Resurrection il veut filmer La CHINE!). Et puis, un truc simple : c'était un film contemporain. Et politiquement impeccable (pour connaître un petit peu le Brésil, j'ai jamais vu l'atmosphère de ce pays restituée avec autant de finesse).
Et puis c'était un film totalement horizontal, sans personnage central, il n'y avait aucun personnage secondaire (donc pas les figures pittoresques et croustillantes qui sont magnifiques dans L'Agent secret, mais reléguées à la périphérie d'un héros trop cool trop beau trop lisse.
Je suis sévère et j'assume rester bloqué sur son premier film, mais pour moi, si on a pas encore perdu Kleber car L'Agent secret reste un film honnête, cette voie choisie ne peut le conduire in fine qu'à faire des grosses soupes.
Ca y est, j'ai revu le film. Je suis d'accord avec ce que tu dis. On sent l'influence du cinéma de genre américain à beaucoup d'endroits (le film commence par un petit garçon qui fait du tricycle en steadycam, référence évidente à Shinning !), mais le film reste très différent de la forme dominante adoptée par l'Agent Secret : pas de musique extradiégétique, travail du son primordial (le titre du film ne ment pas sur son sujet). L'ambiance oppressante vient aussi du vide, vide des appartements de ces classes aisées recouvertes de carrelage blanc clinique, vide aussi de ces vies sans occupation, sans but. Par contre, ce gout pour la représentation du cauchemar était déjà là.

Tu étais au Saint André des Arts hier soir ? :D
Si oui on était dans la même séance !
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