Le Centre de Visionnage : Films et débats

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groil_groil
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Narval a écrit : mar. 17 mars 2026 22:43
groil_groil a écrit : mar. 17 mars 2026 09:55 Cette année, j'ai décidé de lire l'intégralité des 20 romans du cycle des Rougon-Macquart d'Emile Zola. J'en ai pour pas loin d'un an, mais je me régale, c'est un vrai bonheur
C'est drôle, cette année je suis justement en train d'essayer d'avancer sur le cycle, je m'étais arrêté à L'assommoir.
J'en suis à Nana maintenant (je fais pas ordre de parution).
Pas sûr de finir cette année par contre avec tout le reste mais Zola grandit petit à petit à chaque roman!
Ah oui en effet, c'est amusant.
J'ai commencé en janvier je crois, et je suis en train de finir le 4ème / 20 : La Conquète de Plassans, qui est absolument génial. Bref, je me régale.
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len'
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A toute épreuve de John Woo

C’est bizarrement un film que je n’avais jamais vu alors que j’ai l’impression de connaître John Woo ainsi que les acteurs Chow Yun-Fat et Tony Leung depuis l’enfance. Je connaissais le John Woo d’Hollywood mais pas celui de Hong Kong, tout comme je connaissais le Tony Leung chez Wong-Kar Wai mais pas celui des films d’action où il a débuté, et pour Chow-Yun Fat c’était uniquement Tigre et Dragon. Comme j’ai changé de regard avec le temps, ce qui m’intéresse aujourd’hui dans ce film est certainement ce qui m’aurait déplu autrefois, et vice-versa. L’action pour l’action ne me stimule plus vraiment, voire m’ennuie franchement, mais la manière qu’a John Woo de réaliser est tellement particulière qu’elle dépasse les conventions du genre pour devenir tout autre. Il ne semble avoir aucune réserve dans ce qu'il entreprend, peu importe que cela paraisse trop exagéré et invraisemblable à l’image de la séquence à l’hôpital qui se transforme en une mini-guerre qui n’en finit jamais. Au milieu d’un plan-séquence, alors que les personnages se retrouvent dans un ascenseur et que tout est déjà détruit à l’étage qu’ils viennent de quitter, l’équipe de tournage s’active en coulisses pour tout reconstruire afin que l’illusion soit donnée que les acteurs se retrouvent à un nouvel étage qu’ils vont de nouveau pouvoir mitrailler à tout-va. L’action prend la forme de chorégraphies utilisant pleinement l’espace à disposition et où la finalité et le réalisme importent moins que l’émotion suscitée par les mouvements des corps pris entre les feux. Le récent travail de remasterisation est par ailleurs remarquable puisqu'il intensifie encore davantage l'impact de ces images. Le film pourrait ainsi être vu le son coupé qu’on comprendrait encore tout et serait même peut-être encore mieux, les gestes exprimant à eux seuls ce que les personnages ont en tête. Cela ne se limite pas aux scènes d’action, le début avec Chow Yun-Fat qui joue du saxophone - tandis qu’on voit défiler les rues du Hong-Kong des années 90 avant la rétrocession - et qui claque son verre sur la table suffit en quelques secondes à donner le ton du film. John Woo apparaît ensuite au bar, l’air de rien, pour discuter avec son acteur fétiche qu’il va prochainement quitter pour Hollywood. Il laisse ses émotions du moment le guider en se fichant de la solidité du scénario et des décalages. Contrairement à ce qu’on peut penser, John Woo est un pacifique, la violence à l’écran étant l’expression de sa colère face à la criminalité et aux guerres, notamment la guerre du Golfe à cette époque. Cela peut paraître naïf, mais c'est juste l'émotion qui prime sur la raison dans un monde fou.
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Tamponn Destartinn
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J'ai lu plusieurs personnes acclamer le film en le qualifiant de "bon Dupieux", ou même le "Dupieux que Dupieux lui même rêve de faire et n'y arrive pas".
Et... oui ! La balle est réelle. Même si, deux choses : 1/ Nicolas et Bruno sont apparus en même temps que Dupieux et ne l'ont donc pas attendus pour exister, 2/ Le film aurait été mieux encore si Dupieux en avait signé la photo. Parce que c'est quand même moins bien de ce niveau là.
Une fois ceci dit, Alter Ego est un film très drôle et très bien rythmé du début à la fin, échappant donc presque au syndrome de l'idée de court métrage qui ne tient pas le long. "Presque", parce que tout de même, le dernier tiers du film redistribue totalement les cartes et nous lance sur autre chose. Le paradoxe est que j'aime bien les deux parties séparément, mais elles ne vont pas très bien ensemble. Disons que la seconde partie annule un peu le sous texte de la première, et c'est dommage. On peut aussi s'en foutre et se dire qu'on est là pour se marrer et déconner, et là dessus y a pas de soucis.
Notons que Laffite est génial et que c'est pour ce(s) rôle(s) qu'il aurait dû avoir un Cesar.
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cyborg
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The Savage Eye - Ben Maddow, Sidney Meyers & Joseph Strick - 1959

Fraichement divorcée, une jeune femme débarque à Los Angeles. Le film suit sa nouvelle vie, sa redécouverte d'elle même et ses observations de la société qui l'entoure. En voix-off, nous entendons ses réflexions intimes et son dialogue imaginaire avec un homme se présentant comme "son ange gardien". Conçu pendant plus de de 3 ans, le film a été tourné très librement par trois franc-tireurs du cinéma Hollywoodien, connus notamment pour leurs collaborations à Johnny Guitar ou avec John Huston ainsi que pour leur inscription sur la fameuse "Hollywood blacklist", ce qui pourrait expliquer leur motivation à créer The Savage Eye en toute indépendance. A l'équilibre entre cinéma direct et moments fictionnels. le film penche vers l'expérimentation et construit peu à peu un portrait frontal et critique de la société américaine. Il y sera beaucoup questions de corps, que l'on maquille, danse, nourrit, entraine, mais cela toujours pour faire dialoguer ces vues "micros" avec des questionnements "macros" sur la place des femmes et des minorités, la consommation, l'Histoire, le divertissement. Si le titre fait penser à Vertov, dont le ciné-oeil n'est pas très éloigné, le film penche plus vers l'esprit Beat alors en vogue. Le résultat cinématographique s'avère saisissant par sa singularité et son énergie.

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Kings of the Sky - Deborah Stratman - 2004

La mythologie Ouïghour est construit autour de la figure du funambule, ayant joué un rôle important dans leur Histoire. Deborah Stratman, sans doute intéressée par les notions d'équilibre et de chute que l'on retrouve souvent chez elle, suit ici les entrainements et la tournée de la troupe de circassiens autour de Adil Hoxur. Le sujet est bien sur fascinant, mais peut-être un peu trop pour que la réalisatrice sache quoi en faire. Alors qu'elle expérimente d'habitude avec brio, s’immisce ici peu à peu l'impression de voir un film qui ne sait pas vraiment où se placer et tend doucement vers un journal de voyage où pointe le risque de l'exotisme, du banalement surprenant. Et quand s'ouvre l'approche générale, notamment en évoquant la place marginale qu'occupent les ouighours dans la société chinoise, cela est fait avec trop de détachement pour vraiment convaincre. Ce n'est que dans les toutes dernières secondes que l'autrice vient filmer un entrainement d'Adil Hoxur au Canada, ayant du fuire le régime chinois. C'est peut-être précisément ici qu'aurait du s'ouvrir le film, mettant plus radicalement en question cette notion d'équilibre, tel qu'aurait pu le faire une Trinh T. Minh Ha ? Kings of Sky est assurément le film le moins intéressant de Stratman vu jusqu’à présent.

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Hello Dankness - Soda Jerk

Un "Grand détournement" des années 2020, en version super pop et politisé. Le duo de réalisateurs récupère des films hollywoodiens des années 80 à nos jours, mais également des pubs, des reportages TV et des memes, pour leurs faire refléter l'esprit politique des USA de la campagne de Trump 1 jusqu'au covid. Les pavillons de banlieue deviennent des bastions politiques, les caves le repères de Putiniens et les égouts le refuge de marxo-Tortues Ninjas. La bande son est évidemment totalement réécrite, mais les auteurs viennent aussi modifier aussi certaines images pour y intégrer les logos des différents candidats (Bernie, Trump, Obama, Biden, Clinton etc), dont les personnages sont supposément de fervents militants - ou détracteurs. Il en ressort un gloubiboulga réjouissant, drôle et ouvertement critique de l'imaginaire et de l'hégémonie mondiale des USA. Si l'heure que dure le projet est largement suffisante, il fini néanmoins par tourner un peu court pour nous qui vivons en 2026 et connaisons avec dépit le marasme de la nouvelle présidence Trump. Une suite, peut-être ?
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Tyra
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Le film est présenté un peu partout comme le grand sauveur du blockbuster actuel, sensé sortir du lot par sa fraicheur, sa sincérité, dans le marasme actuel qu'est le gros film de studio familial. Je veux bien moi, mais quand même, plusieurs problèmes nuisent au film :
- Absolument tout n'est que recyclage : Seul sur Mars (le film est adapté du même auteur), Armagedon, Sunshine, Rencontre du 3e type, Premier Contact, E.T, Gravity, et bien sur Interstellar. Un véritable pot pourrie qui a du mal à trouver sa singularité
- Le second degré dédramatisant qui tombe à plat et qui parsème le film, empêchant tout sérieux et tout premier degré.
- Le récit qui demande à de trop nombreuses reprises des sauts de foi, ce qui nuit là encore à l'implication du spectateur.
- Le film est aussi beaucoup trop long.
Quelques mérites tout de même, le film est beau, constitué d'effets pratiques de toutes sortes, évitant autant que possible les images de synthèses... Vraiment, l'extra-terrestre, son vaisseau, tout ça est réussi.
Sandra Hüller, présence incongrue dans un blockbuster, qui s'en sort encore une fois très bien, même si là encore dans un rôle vu 100 fois de boss glacial au grand cœur sous sa carapace.
Je suis peut être un peu sévère et j'aurais sans doute passé un bon moment à partager cette séance avec un enfant de 10 ans.
Modifié en dernier par Tyra le mer. 1 avr. 2026 16:07, modifié 1 fois.
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Tyra
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groil_groil a écrit : sam. 7 mars 2026 08:45 Image

Le film raconte l’histoire vraie d'un homme nommé Tony Kiritsis, qui, en 1977, prend en otage durant trois jours le fils du patron de la société d'emprunt qu'il estime responsable de sa ruine personnelle. Durant ces trois jours, il attache le cou de sa victime à un fil de fer relié à un fusil qui le tient en joue, le moindre mouvement brusque entrainera donc sa mort. Le fait divers passionne le peuple, et les journalistes le relaient en temps réel. Le nouveau film de Gus Van Sant fut présenté à Venise l'an dernier et est visiblement déjà sorti dans plein de pays, ce qui explique qu'il traine déjà sur le darkweb plus d'un mois avant sa sortie française. On sait bien sûr que GVS n'est plus que l'ombre de lui-même depuis longtemps déjà (son dernier bon film, l'excellent Promised Land, date déjà de 2013), mais on ne l'imaginait pas capable de tomber si bas. C'est totalement impensable qu'un cinéaste jadis si doué puisse livrer un tel navet, où absolument rien, à part quelques titres musicaux passés par le DJ d'Indianapolis qui joue un rôle important dans le film, n'est à sauver. Un long tunnel d'ennui sans que rien, ni mise en scène, ni jeu d'acteurs, aucune idée, rien, ne vienne nous réveiller de notre torpeur.
Les cahiers font leur couv' avec le film :
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Comme toi je suis passé à coté, vraiment l'impression d'un désinvestissement total du cinéaste, sur un sujet pourtant passionnant. GVS fait peut être naturellement un cinéma trop "flottant" pour réussir le thriller tendu et resserré que film essaie d'être.
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cyborg
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La disparition d'un monde et l'entrée dans la modernité (capitaliste), tel est le programme du superbe The edge of the world de Michael Powell. Si le sujet est un classique de l'histoire de cinéma, rarement aura-t-il été mis en scène de façon aussi belle, autant symbolique (nous parlons de l'évacuation d'une communauté insulaire vers la Grande Bretagne) que concret, autant pragmatique que poétique. Alors que la nature superbe est battue par les vents et les flots, se dessinent des histoires d'amour et de croyances, de techniques et de valeurs, dans le difficile choix entre la fuite en avant ou la fuite en arrière, car le surplace n'est pas une option pour la survie. Il est assez amusant que le film se construise sur cet équilibre, tandis qu'il apparait lui-même à un moment charnière pour Powell, pile entre quelques dizaines de "films d'exploitations" et sa rencontre avec Pressburger. Mieux encore nous sommes en 1937 et la disparition du cinéma muet n'est pas encore si loin, voilà même 10 ans tout pile qu'est paru Le Joueur de Jazz. Et Powell de lui aussi refleter cette transition. Alors que le début du film est très bavard, se déroule une longue scène de prêche du curé local, endormant les paroissiens qui n'hésitent pas à le moquer. La scène suivante, une course virile à flanc de falaise, est, elle, complètement mutique, laissant parler les forces des corps et de la nature. Bien que la parole ne disparaisse pas jusqu'au bout, une belle part est alors faite au silence, et la réalisation adopte un langage très proche de celui des anciens temps, régulièrement composé d'inserts symboliques et d'angles marqués de prises de vue. Le résultat est une merveille de cinéma, annonciateur des chefs d’œuvres qu'il réalisera ensuite en duo.

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Omar Gatlato - Merzak Allouache - 1976

Si le nom de Merzak Allouache ne vous dit sans doute rien c'est oublier le raz-de-marée "Chouchou" paru en 2003 avec Gad Elmaleh. L'humoriste avait en effet fait appel à un réalisateur de comédie très apprécié en son pays, notamment célèbre pour son premier film, Omar Gatlato, devenu culte au sud de la méditerranée. Nous suivons ici la vie quotidienne d'un jeune algérois, narrant le film à la première personne face caméra, nous présentant par le détail sa famille et sa vie modeste, son job louche et ses quelques copains-collègues, mais aussi son surprenant passe-temps : l'écoute. L'écoute de cassettes de musique, trouvées ou enregistrées par ses soins avec un micro, dans la rue, dans les fêtes, dans les salles de spectacle. Si le film est avant tout une sympathique comédie de mœurs, aux tournures progressistes, il est amusant de voir à quel point il se construit sur la dichotomie entre la vue et l'ouie. D'un côté nous assistons à plusieurs spectacles (théâtre, cinéma, chant traditionnel) dont nous observons les spectateurs mais aussi longuement les performeurs. tandis que l'on sent également à quel point l'auteur est simplement heureux de filmer sa ville, de nous montrer sa belle Alger et son énergie, avec quelques images qui ne dépareilleraient pas dans un documentaire.. Et de l'autre côté, donc, cette idée d'écoute, avec ce héros qui enregistre des moments de sa vie et qui, surtout, fini par tomber amoureux d'une mystérieuse voix de femme déclamant une poésie sur une cassette qu'on lui a donné. Fantasmant cette femme dont il ne sais rien, il réussi à la retrouver mais n'osera finalement pas l'aborder, semblant craindre que son intérêt pour la poésie et pour une femme éduquée ne nuise à sa réputation virile auprès de ses copains. C'est donc ici bien l'ouïe (l'écoute des voix intérieures) qui perd face à la vue (l'image de soi que l'on renvoie), tandis que le réalisateur nous laisse entendre que l'inverse aurait été la bonne solution... Réjouissant.

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Damned if you don't - Su Friedrich - 1987

Le visionnage par une jeune femme du Narcisse Noir (Powell & Pressburger), analysé par le prisme du désir et de l'homosexualité, fini par se mélanger à l'errance d'une nonne dans New-York et par la naissance de son désir pour une autre femme. Tout en restant expérimentale, Su Friedrich s'oriente ici plus directement vers la narration-fiction (tout en continuant de témoigner de sa propre éducation catholique) et se détache de sa dimension plus documentaire et peut-être un tantinet didactique, osant un plus grand lâché prise dans son discours, et dans sa confiance accordée au spectateur. Si les autres films vu d'elle m'avaient déjà plus, celui-ci est pour l'instant mon préféré.

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Images du Monde et inscription de la Guerre - Harun Farocki - 1989

Si je tiens Farocki pour l'un des réalisateurs les plus passionnants, mon visionnage de son film le plus connu datait trop pour en avoir un souvenir clair. Voilà qui est corrigé et qui me permet de confirmer le statut incontournable et passionnant de ce film, du moins pour qui ne s’arrête pas à son aridité formelle. Incarnation cinématographique de toute la "philosophie des médias", genre qui est celui qui m'intéresse le plus, Farocki mélange ici les genres et les techniques, les sujets et les temporalités pour faire la genèse essentielle de notre civilisation des images techniques. Si nous y sommes désormais jusqu'au cou, le film est paru alors que nous n'en étions qu'aux prémisses (tout en retraçant des racines déjà très longues). En ce sens il pourrait paraitre "daté" alors qu'il n'en est rien, tant il est précis, rigoureux et suffisamment prophétique pour continuer d'être éclairant. Si les héritiers du genre sont nombreux j'aimerais savoir chez qui Farocki allait chercher ses propres idées et inspirations cinématographiques.
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sokol
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cyborg a écrit : mar. 31 mars 2026 23:24

Si je tiens Farocki pour l'un des réalisateurs les plus passionnants, ...
Chaque fois que tu mentionnes Farocki, comme on dit dans ma langue maternelle, « la honte me couvre » : je réalise que je n’ai toujours pas vu un seul de ses films…

Je ne sais plus quel critique (ou grand cinéaste ?) en disait le plus grand bien, mais je me rappelle qu’il y a des années, je m’étais dit que je devais absolument m’y mettre.
Il y a de l’espoir : dans 5 ans, je prendrai ma retraite… je vais y arriver ! :D
"Le cinéma n'existe pas en soi, il n'est pas un langage. Il est un instrument d’analyse et c'est tout. Il ne doit pas devenir une fin en soi".
Jean-Marie Straub
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Tamponn Destartinn
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Un couple parfait sur le point de se marier picole un soir avec leurs deux futurs témoins, quand vient l'idée de se raconter chacun leur tour la pire chose qu'ils n'ont jamais faite, juste pour rire. Je n'en dirai pas plus par plaisir de la scène, mais disons que ce qui en ressort provoque une forte gêne et une question : est-ce qu'on connait si bien la personne avec qui on partage sa vie ?

Un pitch pareil peut être le point de départ de films très différents. De la comédie potache avec Christian Clavier au film d'horreur chelou. En l'occurence on est bien plus du second côté de la balance, même si ça ne vire jamais dans le genre horrifique pur. Mais clairement, on est dans un film sensoriel qui cherche à nous plonger dans la psyché de personnages devennant dingues et paranos, principalement via un montage peu orthodoxe qui coupe sans cesse trop tôt ou trop tard selon les conventions habituelles. Tout le sel du film repose essentiellement là-dessus. Sur l'inconfort que cela provoque.

A vrai dire, ça aurait surtout pu être un tout petit film discret, une bizarrerie à petite sortie en nombre de salles qu'on se conseille par bouche à oreille.
Sauf que le casting comporte deux des plus grosses stars actuelles d'Hollywood, via les studios A24 qui rendent grand public des films de ce genre depuis quelques années maintenant.
Cela provoque deux choses :
1/ Prendre plus par surprise un public qui pensait bêtement aller voir une comédie romantique moderne avec un duo jamais vu ensemble à l'écran jusqu'alors. Le choc recherché dans le scénario n'en devient que plus puissant.
2/ Plus de fric à l'image que nécessaire d'un point de vue décors. Les personnages viennent de la haute haute haaaaaauuuute bourgeoisie sans que cela ne soit jamais un sujet. Je n'arrive pas à savoir si c'est un impensé, ou si ça se veut plus plus subtil qu'un Ruben Östlund. En tout cas, cela participe à l'aspect irréel de l'ensemble. Ce qui dans ce cas est une bonne chose, car on en revient à ce désir de provoquer un inconfort, notamment pour donner cette impression de vie factice qui est le coeur même du film.

Je comprendrai que certains ici trouvent le film complétement con, mais en ce qui me concerne le verre est plus qu'à moitié plein. Il y a tellement de petits détails fous. Par exemple, une scène de tromperie que je ne veux pas décrire pour ne pas gâcher, mais sur le papier c'est une scène qu'on a déjà vu mille fois, sauf que jamais de cette façon ! C'est juste de la direction d'acteurs et du montage, et c'est parfait.

Ca me donne envie de rattraper les films de ce réalisateur (un norvégien et non pas un américain, tiens tiens tiens)
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sokol
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Juste une réflexion : je traverse en ce moment une véritable cure de réalisme — je me plonge dans les films de Rossellini et Mizoguchi, figures fondatrices du néoréalisme italien et du cinéma japonais des années 1950, deux trajectoires parallèles qui ne se sont pourtant jamais croisées.

D’où une question qui me revient sans cesse : pourquoi, dans le panthéon cinéphile, un cinéaste comme Bergman demeure-t-il à ce point consacré ?? Lorsqu’on se penche sur sa production des années 1945–1955, l’écart me semble pourtant vertigineux avec ce que réalisent, au même moment, l’Italien et le Japonais.

On objectera, bien sûr, qu’il faut attendre la fin des années 1950 pour voir émerger Le Septième Sceau (1957) ou Les Fraises sauvages (1958). Mais précisément : ces deux films, souvent érigés en sommets, me paraissent largement surestimés (je n'aime aucun des deux).

Franchement, en termes d’influence, si Griffith est détrônable (« il a tout inventé » — JLG), juste après, on ne peut que mettre Rossellini et Mizoguchi (la suite devient presque plus convenue : Godard, Antonioni, à mon humble avis; mais si je devais me restreindre à trois noms, ce seraient sans hésiter Griffith, Rossellini et Mizoguchi).

Reste une dernière difficulté : n’en retenir qu’un seul parmi ces deux derniers… et là, l’exercice devient très périlleux.

ps: plein de films du japonais en très très bonne résolution ici : https://www.youtube.com/@cinemadumonde
Et ceux de Rossellini, sur ARTE REPLAY
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Tamponn Destartinn a écrit : jeu. 2 avr. 2026 11:25

Un couple parfait sur le point de se marier picole un soir avec leurs deux futurs témoins, quand vient l'idée de se raconter chacun leur tour la pire chose qu'ils n'ont jamais faite, juste pour rire.
C'est marrant mais cela me fait penser à "The Box" de Richard Kelly
(Synopsis : Norma et son époux mènent une vie paisible dans une petite ville des Etats-Unis jusqu'au jour où une mystérieuse boîte est déposée devant leur domicile. Quelques jours plus tard, se présente l'énigmatique Arlington Steward qui leur révèle qu'en appuyant sur le bouton rouge de la boîte, ils recevraient 1 000 000 $, mais cela entraînerait la mort d'un inconnu)
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Tyra a écrit : mar. 31 mars 2026 16:45
groil_groil a écrit : sam. 7 mars 2026 08:45 Image

Le film raconte l’histoire vraie d'un homme nommé Tony Kiritsis, qui, en 1977, prend en otage durant trois jours le fils du patron de la société d'emprunt qu'il estime responsable de sa ruine personnelle. Durant ces trois jours, il attache le cou de sa victime à un fil de fer relié à un fusil qui le tient en joue, le moindre mouvement brusque entrainera donc sa mort. Le fait divers passionne le peuple, et les journalistes le relaient en temps réel. Le nouveau film de Gus Van Sant fut présenté à Venise l'an dernier et est visiblement déjà sorti dans plein de pays, ce qui explique qu'il traine déjà sur le darkweb plus d'un mois avant sa sortie française. On sait bien sûr que GVS n'est plus que l'ombre de lui-même depuis longtemps déjà (son dernier bon film, l'excellent Promised Land, date déjà de 2013), mais on ne l'imaginait pas capable de tomber si bas. C'est totalement impensable qu'un cinéaste jadis si doué puisse livrer un tel navet, où absolument rien, à part quelques titres musicaux passés par le DJ d'Indianapolis qui joue un rôle important dans le film, n'est à sauver. Un long tunnel d'ennui sans que rien, ni mise en scène, ni jeu d'acteurs, aucune idée, rien, ne vienne nous réveiller de notre torpeur.
Les cahiers font leur couv' avec le film :
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Comme toi je suis passé à coté, vraiment l'impression d'un désinvestissement total du cinéaste, sur un sujet pourtant passionnant. GVS fait peut être naturellement un cinéma trop "flottant" pour réussir le thriller tendu et resserré que film essaie d'être.
C'est dire le niveau des Cahiers, qui ne touchent plus le fond, mais creusent carrément le sol.
Je suis si heureux d'avoir arrêté de les lire.
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Tamponn Destartinn
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sokol a écrit : jeu. 2 avr. 2026 13:04
Tamponn Destartinn a écrit : jeu. 2 avr. 2026 11:25

Un couple parfait sur le point de se marier picole un soir avec leurs deux futurs témoins, quand vient l'idée de se raconter chacun leur tour la pire chose qu'ils n'ont jamais faite, juste pour rire.
C'est marrant mais cela me fait penser à "The Box" de Richard Kelly
(Synopsis : Norma et son époux mènent une vie paisible dans une petite ville des Etats-Unis jusqu'au jour où une mystérieuse boîte est déposée devant leur domicile. Quelques jours plus tard, se présente l'énigmatique Arlington Steward qui leur révèle qu'en appuyant sur le bouton rouge de la boîte, ils recevraient 1 000 000 $, mais cela entraînerait la mort d'un inconnu)
J'aime beaucoup The Box, du moins je garde un bon souvenir de ma séance en 2009.
Même si ici, c'est bien plus terre à terre, la comparaison a du sens. Peut-être que le plus adéquate serait de dire que c'est un mélange entre du Kelly et du Ruben Östlund. Tout en trouvant justement que c'est une bonne alternative pour ceux qui n'aiment pas le doublé palmé.
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groil_groil a écrit : jeu. 2 avr. 2026 13:21

C'est dire le niveau des Cahiers, qui ne touchent plus le fond, mais creusent carrément le sol.
Je suis si heureux d'avoir arrêté de les lire.
Arrêtes, ils ont beaucoup aimé "Valeurs sentimentales", "The brutalist", "Une bataille après l'autre" et j'en passe ^^
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Je n'achète plus les cahiers non plus...
L'autre fois, en kioske, je regarde par curiosité leur dernier numéro, histoire de prendre des nouvelles de la revue.
Je vois cette couverture :

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Je n'ai même pas feuilleté.
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Ce sont deux jeunes normaliens brillants, ils préparent tout deux le concours de l'ENA, s'aiment, et sont en vacances dans la belle villa corse de son père à lui. Elle, est de famille modeste. En voiture, ils se font agresser par un local un peu timbré, la situation dégénère, et elle le tue. Ils cachent le corps, mais leur vie bascule. De retour à Paris, ils se séparent, à cause de l'événement, et chacun mène sa barque, hanté par ce cauchemar qui va bien évidemment venir les rattraper. J'avais découvert Sylvain Declous avec son dernier film, Le Système Victoria, qui m'avait durablement impressionné. Celui-ci est excellent aussi, c'est donc un cinéaste à suivre (et à rattraper), qui excelle dans la mise en scène de la tension, de l'étrangeté qui surgit au milieu de la normalité, et qui soigne particulièrement bien ses castings. Une discrète mais vraie personnalité de cinéaste (et la référence à Dickens dans le titre est plus qu'appréciable).

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Deuxième fois et confirmation qu'il s'agit d'un très très grand film.

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Je continue mon intégrale Monteiro à mon petit rythme, ça donne l'occasion de revoir des films pas vus depuis longtemps, dont ce magnifique Souvenirs de la Maison Jaune, que j'ai beaucoup plus apprécié que la première fois. Je l'aimais déjà beaucoup, mais là il s'est vraiment imposé comme le chef-d'oeuvre qu'il est, premier vrai grand chef-d'oeuvre du cinéaste d'ailleurs, et premier volet de la trilogie Jean de Dieu, ce que le cinéaste a fait de mieux d'ailleurs. C'est vraiment un film extraordinaire en tous points, où les deux films à venir sont déjà là quelque part, et une relecture abstraite du Nosferatu de Murnau. Comme beaucoup j'ai toujours comparé le personnage de João de Deus à celui de Nosferatu, mais j'avais oublié l'extraordinaire plan séquence final, peut-être le plus beau du film, qui reproduit à l'identique la scène où Nosferatu sort de la soute du bateau, sauf que là il sort des ténèbres et des tréfonds de Lisbonne. Délicieusement macabre et terriblement jouissif.

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Revu à l'initiative de ma femme qui venait de lire le roman, et même si l'image fait vraiment 2000 et a pris son petit coup de vieux, ça reste un putain de bon film. Magnifique thriller poisseux, très proche de l'univers des frères Coen (je me souviens qu'à l'époque personne n'attendait Raimi ici), qui raconte comment un pauvre type se fout, et ses proches avec, dans la merde lui-même, uniquement parce qu'il s'entoure mal et qu'il ne réfléchit pas suffisamment avant d'agir. C'est donc un immense hymne à la bêtise humaine, et une vraie réussite cinématographique, qui me donne envie à moi aussi de lire le livre (qui est paraît-il encore largement plus riche et plus complexe).

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Le Dernier Plongeon est un film considéré comme mineur dans la filmographie de Monteiro, Fait pour la TV, pas pu faire le film qu'il voulait, il l'a un peu sabordé, mais le résultat est peut-être encore plus beau et m'a littéralement fasciné. C'est une sorte de Don Quichotte abstrait et existentialiste entre deux paumés dans les rues nocturnes de Lisbonne, sublimé quasiment de chaque instant. Au départ, Monteiro devait jouer le rôle du vieux et endossé le personnage de Jean de Dieu, avant de changer d'avis, et on voit très bien comment ce film se serait inscrit dans le cycle.

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Moins bon et moins original que le souvenir que j'avais du premier visionnage, About Last Night reste tout de même une excellente comédie de moeurs assez provocante et réussie, quelque part entre Allen et Albert Brooks et préfigurant Judd Apatow et toute sa clique. Les comédiens sont superbes, mais ce n'est pas qu'un film de comédiens pour autant.

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J'avais déjà bien aimé Délicieux, le précédent film d'Eric Besnard, scénariste passé naturellement à la réalisation, son Valjean est encore plus réussi. Le cinéaste n'a pas l'ambition de raconter Les Misérables en moins de deux heures et se concentre sur les courts instants où le personnage, échappé du bagne, se réfugie chez un prêtre accueillant, qu'il tente de voler mais se verra blanchi par l'homme d'église quand les policiers le ramèneront chez lui, moment capital de l'oeuvre d'Hugo car c'est à ce moment précis que Valjean prend conscience du bien et du mal et qu'il lui faut faire le bien. Le film de Besnard n'a je crois pas très bien marché (moins de 400.000 entrées) mais sa radicalité surprise explique sans doute ceci. Le film est plein de longs moments silencieux ou introspectifs, ne recourant jamais aux ficelles du genre (toutes les adaptations basses du front à grand spectacle vues récemment) et est plutôt une belle surprise dans le genre.

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Dans Paris occupé, un groupe d'amis se réunit plus ou moins clandestinement pour fêter un anniversaire. Mais deux soldats allemands sont abattus en bas de chez eux et la police allemande débarque. Ils exigent que deux d'entre eux se livrent, contre la liberté des autres. Les discussions commencent, et les vraies personnalités se révèlent... Un Christian-Jacque très réussi, qui pourrait virer au théâtre filmé mais ce n'est jamais le cas, bien que le texte soit celui d'une pièce, de Vahé Katcha. Cette pièce a d'ailleurs été reprise, réécrite et complétée récemment par Julien Sibre, et elle est jouée à Paris, je vous la conseille, elle est très bien. Christian-Jacques garde l'intensité du texte mais parvient à faire du cinéma quand même, contrairement au Marie Octobre de Duvivier (pourtant un bien meilleur cinéaste), l'un de ses plus gros échecs et pour le coup un vrai théâtre filmé.

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Je n'ai pas le droit d'en parler mais j'ai vu Peau d'Homme, le film, en salle, dans une version montée mais pas encore étalonnée, avec quelques petits détails à régler. Rien le droit d'en dire donc, mais j'ai adoré et été très ému de voir cette histoire si chère à mon coeur sur grand écran. Le film sera, on l'espère, présenté à Cannes, mais la date de sortie n'est pas encore fixée ni même imaginée.

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J'ai récemment accepter d'aimer les films de Seidl, cinéaste autrichien on ne peut plus polémique, et Sparta, son dernier film en date, est aussi sans doute l'un des plus malaisants, et difficile à défendre. Il met en scène un personnage attiré par des jeunes garçons, et sans qu'il ne passe jamais à l'acte de manière montrée, le malaise est omniprésent, et la position du cinéaste volontairement ambiguë, ce qui accentue le malaise. Quand je dis ambiguë, soyons clair, jamais il ne cherche à épouser ou défendre le point de vue de son personnage, il n'en est pas là, mais comme souvent, il se contente de montrer et de laisser le spectateur face à ça. Il croit, dans tous ses films, et c'est à son avantage, beaucoup à l'intelligence des spectateurs, mais il croit aussi beaucoup trop à leur perversité, qu'il titille sans cesse. Le fait que son cinéma ne tranche jamais entre la fiction est le documentaire rajoute encore plus à l'ambiguïté dans ce cas précis. C'est donc particulièrement difficile ici, même si je ne condamne pas le film pour autant, disons que j'ai besoin de beaucoup laisser mûrir avant de savoir ce que j'en pense.
Modifié en dernier par groil_groil le jeu. 2 avr. 2026 14:56, modifié 1 fois.
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Disons qu'ils se "Rolling Ston-isent" (je parle du magazine, pas du groupe de musique) ou "Rock'n'folk-isent" qui font une couv' sur deux (au mieux) sur les Beatles, les Ramones ou Queens...
Qui va au cinéma (ou écoute du rock pour mon exemple) : les vieux. Qui achète des magasine : les vieux.
Qu'est-ce qui se vend (et permet aussi de toucher un peu un autre public grâce à l'aura) : les valeurs hyper sures et connues d'une certaine époque (dans ce que vous avez posté la haut : Godard, JLG, Gus Van Sant).
Tout ça me parait bien raccord et logique.... (et un peu triste, certes, mais...)
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Tamponn Destartinn a écrit : jeu. 2 avr. 2026 13:31
J'aime beaucoup The Box, du moins je garde un bon souvenir de ma séance en 2009.
pareil !!
"Le cinéma n'existe pas en soi, il n'est pas un langage. Il est un instrument d’analyse et c'est tout. Il ne doit pas devenir une fin en soi".
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Tyra a écrit : jeu. 2 avr. 2026 14:27 Je n'achète plus les cahiers non plus...


Je n'ai même pas feuilleté.
On peut aussi l’acheter sur Internet. Mais franchement, c’est bien mieux, en termes de politique rédactionnelle, qu’à l’époque où le magazine avait à la fois un rédacteur en chef (Burdeau) ET un directeur de la rédaction (Frodon), au milieu des années 2000, tout simplement parce que ces deux-là ne s’entendaient sur rien.

Deux plumes continuent d’écrire des articles assez souvent intéressants (Marcos Uzal et Fernando Ganzo). Pas toujours, mais franchement, il y a eu pire. Pour moi, le magazine n’est ni meilleur ni pire qu’avant.
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cyborg a écrit : jeu. 2 avr. 2026 14:52
dans ce que vous avez posté la haut : Godard, JLG, Gus Van Sant).
Je n’ai pas vu le dernier GVS, mais pour une fois, je vais défendre les « vieux » : eux font parfois des films bien plus stimulants que les jeunes (franchement, quand je regarde les films annoncés dans les gazettes des deux derniers mois du cinéma Utopia, et que je vois la couverture, j’ai juste envie de pleurer…. )

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Modifié en dernier par sokol le jeu. 2 avr. 2026 15:23, modifié 1 fois.
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cyborg a écrit : jeu. 2 avr. 2026 14:52 Disons qu'ils se "Rolling Ston-isent" (je parle du magazine, pas du groupe de musique) ou "Rock'n'folk-isent" qui font une couv' sur deux (au mieux) sur les Beatles, les Ramones ou Queens...
Qui va au cinéma (ou écoute du rock pour mon exemple) : les vieux. Qui achète des magasine : les vieux.
Qu'est-ce qui se vend (et permet aussi de toucher un peu un autre public grâce à l'aura) : les valeurs hyper sures et connues d'une certaine époque (dans ce que vous avez posté la haut : Godard, JLG, Gus Van Sant).
Tout ça me parait bien raccord et logique.... (et un peu triste, certes, mais...)
oui et ce depuis que ça a été racheté par un groupe de milliardaires, qui n'a pas besoin de pognon, mais qui veulent que la marque soit rentable, alors qu'avant tout le monde s'en foutait et qu'on pouvait mettre Monteiro en couv si on en avait envie.
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sokol a écrit : jeu. 2 avr. 2026 13:44
groil_groil a écrit : jeu. 2 avr. 2026 13:21

C'est dire le niveau des Cahiers, qui ne touchent plus le fond, mais creusent carrément le sol.
Je suis si heureux d'avoir arrêté de les lire.
Arrêtes, ils ont beaucoup aimé "Valeurs sentimentales", "The brutalist", "Une bataille après l'autre" et j'en passe ^^
Ce n'est pas parce qu'on aime parfois les mêmes films qu'on est d'accord avec eux, on ne les aime souvent pas pour les mêmes raisons d'ailleurs.
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groil_groil a écrit : jeu. 2 avr. 2026 15:22 alors qu'avant tout le monde s'en foutait et qu'on pouvait mettre Monteiro en couv si on en avait envie.
Soyons honnêtes : on ne mettait plus Monteiro (les Straub) en couverture depuis des lustres… (il est mort en 2003)
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groil_groil a écrit : jeu. 2 avr. 2026 15:23
Ce n'est pas parce qu'on aime parfois les mêmes films qu'on est d'accord avec eux, on ne les aime souvent pas pour les mêmes raisons d'ailleurs.
Ca, tu ne peux pas le savoir puisque tu ne les lis plus :langue:
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sokol a écrit : jeu. 2 avr. 2026 15:28
groil_groil a écrit : jeu. 2 avr. 2026 15:23
Ce n'est pas parce qu'on aime parfois les mêmes films qu'on est d'accord avec eux, on ne les aime souvent pas pour les mêmes raisons d'ailleurs.
Ca, tu ne peux pas le savoir puisque tu ne les lis plus :langue:
ben disons que c'est ce qui m'a fait arrêter de les lire.
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groil_groil a écrit : jeu. 2 avr. 2026 14:48 Image

Ce sont deux jeunes normaliens brillants, ils préparent tout deux le concours de l'ENA, s'aiment, et sont en vacances dans la belle villa corse de son père à lui. Elle, est de famille modeste. En voiture, ils se font agresser par un local un peu timbré, la situation dégénère, et elle le tue. Ils cachent le corps, mais leur vie bascule. De retour à Paris, ils se séparent, à cause de l'événement, et chacun mène sa barque, hanté par ce cauchemar qui va bien évidemment venir les rattraper. J'avais découvert Sylvain Declous avec son dernier film, Le Système Victoria, qui m'avait durablement impressionné. Celui-ci est excellent aussi, c'est donc un cinéaste à suivre (et à rattraper), qui excelle dans la mise en scène de la tension, de l'étrangeté qui surgit au milieu de la normalité, et qui soigne particulièrement bien ses castings. Une discrète mais vraie personnalité de cinéaste (et la référence à Dickens dans le titre est plus qu'appréciable).

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Deuxième fois et confirmation qu'il s'agit d'un très très grand film.

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Je continue mon intégrale Monteiro à mon petit rythme, ça donne l'occasion de revoir des films pas vus depuis longtemps, dont ce magnifique Souvenirs de la Maison Jaune, que j'ai beaucoup plus apprécié que la première fois. Je l'aimais déjà beaucoup, mais là il s'est vraiment imposé comme le chef-d'oeuvre qu'il est, premier vrai grand chef-d'oeuvre du cinéaste d'ailleurs, et premier volet de la trilogie Jean de Dieu, ce que le cinéaste a fait de mieux d'ailleurs. C'est vraiment un film extraordinaire en tous points, où les deux films à venir sont déjà là quelque part, et une relecture abstraite du Nosferatu de Murnau. Comme beaucoup j'ai toujours comparé le personnage de João de Deus à celui de Nosferatu, mais j'avais oublié l'extraordinaire plan séquence final, peut-être le plus beau du film, qui reproduit à l'identique la scène où Nosferatu sort de la soute du bateau, sauf que là il sort des ténèbres et des tréfonds de Lisbonne. Délicieusement macabre et terriblement jouissif.

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Revu à l'initiative de ma femme qui venait de lire le roman, et même si l'image fait vraiment 2000 et a pris son petit coup de vieux, ça reste un putain de bon film. Magnifique thriller poisseux, très proche de l'univers des frères Coen (je me souviens qu'à l'époque personne n'attendait Raimi ici), qui raconte comment un pauvre type se fout, et ses proches avec, dans la merde lui-même, uniquement parce qu'il s'entoure mal et qu'il ne réfléchit pas suffisamment avant d'agir. C'est donc un immense hymne à la bêtise humaine, et une vraie réussite cinématographique, qui me donne envie à moi aussi de lire le livre (qui est paraît-il encore largement plus riche et plus complexe).

Image

Le Dernier Plongeon est un film considéré comme mineur dans la filmographie de Monteiro, Fait pour la TV, pas pu faire le film qu'il voulait, il l'a un peu sabordé, mais le résultat est peut-être encore plus beau et m'a littéralement fasciné. C'est une sorte de Don Quichotte abstrait et existentialiste entre deux paumés dans les rues nocturnes de Lisbonne, sublimé quasiment de chaque instant. Au départ, Monteiro devait jouer le rôle du vieux et endossé le personnage de Jean de Dieu, avant de changer d'avis, et on voit très bien comment ce film se serait inscrit dans le cycle.

Image

Moins bon et moins original que le souvenir que j'avais du premier visionnage, About Last Night reste tout de même une excellente comédie de moeurs assez provocante et réussie, quelque part entre Allen et Albert Brooks et préfigurant Judd Apatow et toute sa clique. Les comédiens sont superbes, mais ce n'est pas qu'un film de comédiens pour autant.

Image

J'avais déjà bien aimé Délicieux, le précédent film d'Eric Besnard, scénariste passé naturellement à la réalisation, son Valjean est encore plus réussi. Le cinéaste n'a pas l'ambition de raconter Les Misérables en moins de deux heures et se concentre sur les courts instants où le personnage, échappé du bagne, se réfugie chez un prêtre accueillant, qu'il tente de voler mais se verra blanchi par l'homme d'église quand les policiers le ramèneront chez lui, moment capital de l'oeuvre d'Hugo car c'est à ce moment précis que Valjean prend conscience du bien et du mal et qu'il lui faut faire le bien. Le film de Besnard n'a je crois pas très bien marché (moins de 400.000 entrées) mais sa radicalité surprise explique sans doute ceci. Le film est plein de longs moments silencieux ou introspectifs, ne recourant jamais aux ficelles du genre (toutes les adaptations basses du front à grand spectacle vues récemment) et est plutôt une belle surprise dans le genre.

Image

Dans Paris occupé, un groupe d'amis se réunit plus ou moins clandestinement pour fêter un anniversaire. Mais deux soldats allemands sont abattus en bas de chez eux et la police allemande débarque. Ils exigent que deux d'entre eux se livrent, contre la liberté des autres. Les discussions commencent, et les vraies personnalités se révèlent... Un Christian-Jacque très réussi, qui pourrait virer au théâtre filmé mais ce n'est jamais le cas, bien que le texte soit celui d'une pièce, de Vahé Katcha. Cette pièce a d'ailleurs été reprise, réécrite et complétée récemment par Julien Sibre, et elle est jouée à Paris, je vous la conseille, elle est très bien. Christian-Jacques garde l'intensité du texte mais parvient à faire du cinéma quand même, contrairement au Marie Octobre de Duvivier (pourtant un bien meilleur cinéaste), l'un de ses plus gros échecs et pour le coup un vrai théâtre filmé.

Image

Je n'ai pas le droit d'en parler mais j'ai vu Peau d'Homme, le film, en salle, dans une version montée mais pas encore étalonnée, avec quelques petits détails à régler. Rien le droit d'en dire donc, mais j'ai adoré et été très ému de voir cette histoire si chère à mon coeur sur grand écran. Le film sera, on l'espère, présenté à Cannes, mais la date de sortie n'est pas encore fixée ni même imaginée.

Image

J'ai récemment accepter d'aimer les films de Seidl, cinéaste autrichien on ne peut plus polémique, et Sparta, son dernier film en date, est aussi sans doute l'un des plus malaisants, et difficile à défendre. Il met en scène un personnage attiré par des jeunes garçons, et sans qu'il ne passe jamais à l'acte de manière montrée, le malaise est omniprésent, et la position du cinéaste volontairement ambiguë, ce qui accentue le malaise. Quand je dis ambiguë, soyons clair, jamais il ne cherche à épouser ou défendre le point de vue de son personnage, il n'en est pas là, mais comme souvent, il se contente de montrer et de laisser le spectateur face à ça. Il croit, dans tous ses films, et c'est à son avantage, beaucoup à l'intelligence des spectateurs, mais il croit aussi beaucoup trop à leur perversité, qu'il titille sans cesse. Le fait que son cinéma ne tranche jamais entre la fiction est le documentaire rajoute encore plus à l'ambiguïté dans ce cas précis. C'est donc particulièrement difficile ici, même si je ne condamne pas le film pour autant, disons que j'ai besoin de beaucoup laisser mûrir avant de savoir ce que j'en pense.
suis-je le seul à ne pas voir les images (sauf les 2 senscritique) donc les titres de films ? (images encyclocine) j'ai pourtant essayé 3 navigateurs différents (Firefox, Vivaldi, Edge)
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Kit a écrit : ven. 3 avr. 2026 08:15
groil_groil a écrit : jeu. 2 avr. 2026 14:48 Image

Ce sont deux jeunes normaliens brillants, ils préparent tout deux le concours de l'ENA, s'aiment, et sont en vacances dans la belle villa corse de son père à lui. Elle, est de famille modeste. En voiture, ils se font agresser par un local un peu timbré, la situation dégénère, et elle le tue. Ils cachent le corps, mais leur vie bascule. De retour à Paris, ils se séparent, à cause de l'événement, et chacun mène sa barque, hanté par ce cauchemar qui va bien évidemment venir les rattraper. J'avais découvert Sylvain Declous avec son dernier film, Le Système Victoria, qui m'avait durablement impressionné. Celui-ci est excellent aussi, c'est donc un cinéaste à suivre (et à rattraper), qui excelle dans la mise en scène de la tension, de l'étrangeté qui surgit au milieu de la normalité, et qui soigne particulièrement bien ses castings. Une discrète mais vraie personnalité de cinéaste (et la référence à Dickens dans le titre est plus qu'appréciable).

Image

Deuxième fois et confirmation qu'il s'agit d'un très très grand film.

Image

Je continue mon intégrale Monteiro à mon petit rythme, ça donne l'occasion de revoir des films pas vus depuis longtemps, dont ce magnifique Souvenirs de la Maison Jaune, que j'ai beaucoup plus apprécié que la première fois. Je l'aimais déjà beaucoup, mais là il s'est vraiment imposé comme le chef-d'oeuvre qu'il est, premier vrai grand chef-d'oeuvre du cinéaste d'ailleurs, et premier volet de la trilogie Jean de Dieu, ce que le cinéaste a fait de mieux d'ailleurs. C'est vraiment un film extraordinaire en tous points, où les deux films à venir sont déjà là quelque part, et une relecture abstraite du Nosferatu de Murnau. Comme beaucoup j'ai toujours comparé le personnage de João de Deus à celui de Nosferatu, mais j'avais oublié l'extraordinaire plan séquence final, peut-être le plus beau du film, qui reproduit à l'identique la scène où Nosferatu sort de la soute du bateau, sauf que là il sort des ténèbres et des tréfonds de Lisbonne. Délicieusement macabre et terriblement jouissif.

Image

Revu à l'initiative de ma femme qui venait de lire le roman, et même si l'image fait vraiment 2000 et a pris son petit coup de vieux, ça reste un putain de bon film. Magnifique thriller poisseux, très proche de l'univers des frères Coen (je me souviens qu'à l'époque personne n'attendait Raimi ici), qui raconte comment un pauvre type se fout, et ses proches avec, dans la merde lui-même, uniquement parce qu'il s'entoure mal et qu'il ne réfléchit pas suffisamment avant d'agir. C'est donc un immense hymne à la bêtise humaine, et une vraie réussite cinématographique, qui me donne envie à moi aussi de lire le livre (qui est paraît-il encore largement plus riche et plus complexe).

Image

Le Dernier Plongeon est un film considéré comme mineur dans la filmographie de Monteiro, Fait pour la TV, pas pu faire le film qu'il voulait, il l'a un peu sabordé, mais le résultat est peut-être encore plus beau et m'a littéralement fasciné. C'est une sorte de Don Quichotte abstrait et existentialiste entre deux paumés dans les rues nocturnes de Lisbonne, sublimé quasiment de chaque instant. Au départ, Monteiro devait jouer le rôle du vieux et endossé le personnage de Jean de Dieu, avant de changer d'avis, et on voit très bien comment ce film se serait inscrit dans le cycle.

Image

Moins bon et moins original que le souvenir que j'avais du premier visionnage, About Last Night reste tout de même une excellente comédie de moeurs assez provocante et réussie, quelque part entre Allen et Albert Brooks et préfigurant Judd Apatow et toute sa clique. Les comédiens sont superbes, mais ce n'est pas qu'un film de comédiens pour autant.

Image

J'avais déjà bien aimé Délicieux, le précédent film d'Eric Besnard, scénariste passé naturellement à la réalisation, son Valjean est encore plus réussi. Le cinéaste n'a pas l'ambition de raconter Les Misérables en moins de deux heures et se concentre sur les courts instants où le personnage, échappé du bagne, se réfugie chez un prêtre accueillant, qu'il tente de voler mais se verra blanchi par l'homme d'église quand les policiers le ramèneront chez lui, moment capital de l'oeuvre d'Hugo car c'est à ce moment précis que Valjean prend conscience du bien et du mal et qu'il lui faut faire le bien. Le film de Besnard n'a je crois pas très bien marché (moins de 400.000 entrées) mais sa radicalité surprise explique sans doute ceci. Le film est plein de longs moments silencieux ou introspectifs, ne recourant jamais aux ficelles du genre (toutes les adaptations basses du front à grand spectacle vues récemment) et est plutôt une belle surprise dans le genre.

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Dans Paris occupé, un groupe d'amis se réunit plus ou moins clandestinement pour fêter un anniversaire. Mais deux soldats allemands sont abattus en bas de chez eux et la police allemande débarque. Ils exigent que deux d'entre eux se livrent, contre la liberté des autres. Les discussions commencent, et les vraies personnalités se révèlent... Un Christian-Jacque très réussi, qui pourrait virer au théâtre filmé mais ce n'est jamais le cas, bien que le texte soit celui d'une pièce, de Vahé Katcha. Cette pièce a d'ailleurs été reprise, réécrite et complétée récemment par Julien Sibre, et elle est jouée à Paris, je vous la conseille, elle est très bien. Christian-Jacques garde l'intensité du texte mais parvient à faire du cinéma quand même, contrairement au Marie Octobre de Duvivier (pourtant un bien meilleur cinéaste), l'un de ses plus gros échecs et pour le coup un vrai théâtre filmé.

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Je n'ai pas le droit d'en parler mais j'ai vu Peau d'Homme, le film, en salle, dans une version montée mais pas encore étalonnée, avec quelques petits détails à régler. Rien le droit d'en dire donc, mais j'ai adoré et été très ému de voir cette histoire si chère à mon coeur sur grand écran. Le film sera, on l'espère, présenté à Cannes, mais la date de sortie n'est pas encore fixée ni même imaginée.

Image

J'ai récemment accepter d'aimer les films de Seidl, cinéaste autrichien on ne peut plus polémique, et Sparta, son dernier film en date, est aussi sans doute l'un des plus malaisants, et difficile à défendre. Il met en scène un personnage attiré par des jeunes garçons, et sans qu'il ne passe jamais à l'acte de manière montrée, le malaise est omniprésent, et la position du cinéaste volontairement ambiguë, ce qui accentue le malaise. Quand je dis ambiguë, soyons clair, jamais il ne cherche à épouser ou défendre le point de vue de son personnage, il n'en est pas là, mais comme souvent, il se contente de montrer et de laisser le spectateur face à ça. Il croit, dans tous ses films, et c'est à son avantage, beaucoup à l'intelligence des spectateurs, mais il croit aussi beaucoup trop à leur perversité, qu'il titille sans cesse. Le fait que son cinéma ne tranche jamais entre la fiction est le documentaire rajoute encore plus à l'ambiguïté dans ce cas précis. C'est donc particulièrement difficile ici, même si je ne condamne pas le film pour autant, disons que j'ai besoin de beaucoup laisser mûrir avant de savoir ce que j'en pense.
suis-je le seul à ne pas voir les images (sauf les 2 senscritique) donc les titres de films ? (images encyclocine) j'ai pourtant essayé 3 navigateurs différents (Firefox, Vivaldi, Edge)
Ah désolé, chez moi tout monte nickel.
Si il y a des films où tu ne comprends pas du quel je parle, indique le moi.
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@groil_groil :jap: merci beaucoup
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A la décharge des Cahiers il faut aussi dire qu'il n'y a quasiment rien en salle qui soit vraiment excitant... Bon, Bruxelles à toujours été un peu plus pauvre dans son offre que Paris/la France, mais tout de même, ça fait des semaines que rien ne m'attire dans la programmation des bonnes salles locales. C'est la cata. Comme j'avais envie d'aller en salle je vais aller voir un vieux muet ce soir à la Cinematek, de 100 ans d'age. Je suis ravi de voir ce classique mais ça me semble aussi symptomatique de devoir me rabattra sur un vieux film... Et pendant ce temps la pub pour "Super Mario Galaxy : Le Film" à recouvert les murs de la ville...

J'ai l'impression que les réseaux autres (par exemple le festival Cinéma du Réel récemment) présentent des choses alléchantes et stimulantes, mais personne ne prend le risque de les diffuser dans les réseaux traditionnels ensuite.

Je crois que l'avenir du cinéma d'auteur sera celui de l'opéra actuel, à moyen ou long terme (ce qui rend la déclaration récente de Chalamet encore plus drôle, par son inconscience)

Bref !
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J'avais oublié de parler de
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Chroniques fidèles survenues au siècle dernier à l’Hôpital psychiatrique Blida-Joinville au temps où le docteur Frantz Fanon était chef de la cinquième division entre 1953 et 1956 - Abdenour Zahzah - 2024

Devenue figure incontournable des mouvements décoloniaux et liés, Franz Fanon, à l'occasion des 100 ans de sa naissance, aura été le sujet de deux films sortis de façons quasi-simultanées. Si le film de Claude Barny à crée des remous (tout d'abord pour sa faible diffusion (enfin tout est relatif, 70 écrans en France je ne juge pas ça faible...), puis pour son propos simplificateur - je dois dire ne pas l'avoir vu), celui d'Abdenour Zahzah fut plus discret, malgré son passage par le Festival de Berlin.

On parle souvent de film "théâtraux" (comprendre : mise en scène plate, frontale, voir "latérale") mais on parle moins souvent des films "photographiques". Ce film fait partie de cette catégorie. L'étude des documents historiques a sans doute été conséquente, et la majorité du film se compose de visuels fixes, le plus souvent très travaillés, tandis qu'un seul mouvement d'appareil se manifeste au cœur du film : un travelling arrière très symbolique, passant de l'intérieur d'une salle de cours à l'extérieur à travers une fenêtre. Ces "plans-photos", évidemment, bougent par les corps qui les habitent. Mais surtout ils parlent, car il s'agit bien d'un film sur la parole, celle de Fanon et celle qu'il essaie de donner à ses patient.es. Certains passages se révèlent ainsi très didactiques, voir pédagogiques, sur les idées de Fanons et des concepts de la psychothérapie institutionnel (mais pourquoi pas, tant le sujet reste méconnu), tandis que les autres se chargent heureusement en densité dramatique et narrative.

Le réalisateur à décidé de se concentrer sur quelques mois de vie de Fanon et de rester quasiment intégralement à l'intérieur de l’hôpital, ou dans sa proximité la plus directe (maison de Fanon, quelques rues adjacentes). La période historique est pourtant particulièrement cruciale, celle des "évènements" en Algérie et le début de la lutte armée pour la décolonisation, bouillonnante à travers tout le pays. Cette dimension, ainsi que d'autres éléments historiques (par exemple les raisons concrète de l'arrivée, puis du départ, de Fannon) ne sont pas tant passé sous silence que toujours évoqué par répercussions, par rebonds, par ouï-dire. Nous entendons ainsi parler des agitations par la presse ou les discussions entre soignants ou soignés, par les maquisards ou leurs proches qui viennent consulter, ou même par les soldats français qui viennent libérer le poids de leurs esprits en déliant leurs langues face au personnel soignant. De cette manière la situation politique et sa réalité, bien qu'invisible à l'écran, deviennent "l'inconscient de l'inconscient psychique", tel un jeu qui s'emboite parfaitement mais qui s'ignore.

Le film de faire ainsi le portrait d'une double révolution concomitante : celle de la géo-politique et celle du traitement psychique, se reliant ici par des choix artistiques. Le propos et son résultat sont ainsi assez beau, mais aussi sans doute assez juste : nous ne soigneront pas les patient.es si nous ne soignons pas l'institution, nous ne soignerons pas la situation politique si nous ne soignons pas ses corps constituants. Une approche toujours d'actualité.
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groil_groil
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C'est un Risi moyen, mais un Risi moyen, c'est toujours mieux que quasiment tout le reste, et encore mieux s'il y a Sordi dedans.

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Revoir ses films préférés, inlassablement...

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Montré aux enfants, je ne m'en souvenais quasiment plus, même pas certain de l'avoir vu en entier, mais c'est une bonne surprise, c'est drôle, le principe d'homme-chien tient la route jusqu'au bout, c'est rare, mais surtout c'est vraiment très bon enfant, et parfaitement adapté pour un jeune public sans les prendre pour des cons non plus.

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Revoir ses films préférés, encore et encore... Là ça vire carrément à l'obsession, je l'ai vu au moins 50 fois, je l'ai étudié, disséqué plan par plan, durant des années, mais c'est drôle, le charme opère toujours autant. Le film est inusable, un chef-d'oeuvre absolu, l'un de mes 10 films préférés au monde, une émerveillement de chaque plan. C'est simple, Blow Out est pour moi la meilleure façon de résumer le cinéma dans sa totalité, tout ce que j'aime dans le cinéma est là, je pourrai finir ma vie en ne regardant que ce film...
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Tyra
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J'avais un petit créneau vendredi, je me suis dirigé vers ce film pas trop long qui rentrait dedans... Patinsson et Zendaya, couple modèle en apparence et en plein préparatifs de leur mariage, entre en crise car cette dernière révèle un secret la concernant au cours d'une soirée arrosée, où chacun des protagonistes doit révéler une mauvaise action inavouable qu'il a commis dans sa vie. Révélation qui va complètement bouleverser l'homme du couple au point de compromettre leur relation, et donc le mariage prévu dans la semaine. J'avais lu à plusieurs reprises que le contenu de la révélation importait peu et qu'il fallait la prendre comme pur motif de récit. Or je trouve que ce n'est pas le cas, et cette révélation pose problème car, en réalité, ce que Zendaya avoue, n'est pas une mauvaise action, mais une intention, sans passage à l'acte, pendant une période de grande souffrance de son adolescence. La réaction de son entourage me paraissant alors disproportionné, tandis que l'autre femme du groupe, jouée par l'excellente Alana Haim (qu'on adore ici détester), est coupable d'une acte bien plus horrible, et totalement réel, et impuni. Alors c'est peut être voulu, il y a peut être un propos derrière, voulant montrer que l'on criminalise davantage les intentions que les actes dans nos sociétés (ce qui me semble tiré par les cheveux, d'où mon incompréhension). Ce fut donc assez compliqué par la suite de compatir ne serait-ce qu'un tout petit peu aux tourments du futur mari comme j'aurais du le faire.
Dans sa facture, le film tente beaucoup de choses, un montage parfois cut mélangeant les temporalités au sein d'une même scène, faisant parfois perdre pied entre ce qui relève du fantasme et ce qui relève du réel. Procédé parfois réussi, parfois lourds et de mauvais gout lorsque ces inserts sont des images sanglantes renvoyant à l'acte avorté de Zendaya. Le film cherche à de nombreuses reprises à créer le malaise, parfois avec réussite (Patisson avec la femme handicapé), on flirte parfois avec du Östlund, du Lánthimos, du Haneke, mais ça ne va jamais très loin dans le malaise. D'ailleurs, il vaut mieux prendre le film comme une comédie romantique un peu pervertie, plutôt qu'un grand déballage cru sur notre époque. A ce titre, cette longue séquence de mariage tant attendu qui tourne au fiasco, je la trouve plutôt réussi, car n'hésitant pas à tenter le vaudeville le plus grossier, mais aussi le plus réjouissant.
Bref, un tout petit film, inconséquent, parfois plaisant.
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Tamponn Destartinn
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Tyra a écrit : jeu. 9 avr. 2026 14:17 Image
cette révélation pose problème car, en réalité, ce que Zendaya avoue, n'est pas une mauvaise action, mais une intention, sans passage à l'acte, pendant une période de grande souffrance de son adolescence. La réaction de son entourage me paraissant alors disproportionné, tandis que l'autre femme du groupe, jouée par l'excellente Alana Haim (qu'on adore ici détester), est coupable d'une acte bien plus horrible, et totalement réel, et impuni. Alors c'est peut être voulu, il y a peut être un propos derrière, voulant montrer que l'on criminalise davantage les intentions que les actes dans nos sociétés (ce qui me semble tiré par les cheveux, d'où mon incompréhension). Ce fut donc assez compliqué par la suite de compatir ne serait-ce qu'un tout petit peu aux tourments du futur mari comme j'aurais du le faire.
Ah pour moi, c'est tout le coeur du film.
Et tu ne parles pas de l'aveu du personnage de Pattison lui-même, où il est moqué pour son côté "petit joueur" ("c'est rien", "t'avais 14 ans") alors que c'est le miroir inversé de celui de Zendaya (harcèlement vs harcelée, les deux à l'adolescence)
Donc :
1/ Oui, je pense que l'hypocrisie de ces gens (des énormes bourgeois qui plus est) est le sujet principal
2/ Le personnage de Pattison est un tel lâche que j'ai plus eu envie de me moquer de lui que de compatir.
Pour moi, on est bien plus dans une satire sociale qu'une comédie romantique épicée. Même si la fin gâche un peu cela.
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Tyra
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Tamponn Destartinn a écrit : jeu. 9 avr. 2026 16:19
Ah pour moi, c'est tout le coeur du film.
Et tu ne parles pas de l'aveu du personnage de Pattison lui-même, où il est moqué pour son côté "petit joueur" ("c'est rien", "t'avais 14 ans") alors que c'est le miroir inversé de celui de Zendaya (harcèlement vs harcelée, les deux à l'adolescence)
Donc :
1/ Oui, je pense que l'hypocrisie de ces gens (des énormes bourgeois qui plus est) est le sujet principal
Mais je n'arrive pas à y croire, justement. Pourquoi elle prendrait plus cher que les autres ? Sur quoi serait basée cette hypocrisie ?
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Tyra
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Rattrapage de ce début d'année 2026 :
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Qui ne me fera pas changer d'avis sur Park-Chan-Wook, c'est même peut être son pire film. Encore plus laid, mal mis en scène, mal raconté que ses films précédents. Une torture de chaque instant.

Et en parlant de torture de chaque instant, enchainé avec :
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Qui sort bientôt en France, mais sorti depuis longtemps sur Mubi. Ce qui peut sauver le film, c'est à la rigueur, de ne pas tomber dans le jeu de massacre que le début du film promet, même si, quand même, il faut de temps en temps aller dans la Lánthimos zone, et donc, un chien sera tué.
Le film raconte le baby blues d'une femme devenant de plus en plus folle, insatisfaite de sa vie, de sa maison, de son mari (Pattinson abonné au lâche petit ami, le pauvre), insatisfaite sexuellement. Ce dérangement étant illustré soit à coup d'images outrancières de démence du type Jennifer Lawrence qui lèche des vitres, se balade avec un couteau près de son bébé, se ballade à poil (de ce coté là, elle se donne beaucoup, il faut admettre), soit à coup d'images phantasmagoriques voyant JL déambuler la nuit en foret, copuler avec un amant probablement imaginaire. Le tout saupoudré de séquences musicales complètement anti-cinématographiques, un vrai film juke-box où Ramsay nous balance ses titres préférés.
Et dire que c'était en compète à Cannes...
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Tamponn Destartinn
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Tyra a écrit : jeu. 9 avr. 2026 16:50
Tamponn Destartinn a écrit : jeu. 9 avr. 2026 16:19
Ah pour moi, c'est tout le coeur du film.
Et tu ne parles pas de l'aveu du personnage de Pattison lui-même, où il est moqué pour son côté "petit joueur" ("c'est rien", "t'avais 14 ans") alors que c'est le miroir inversé de celui de Zendaya (harcèlement vs harcelée, les deux à l'adolescence)
Donc :
1/ Oui, je pense que l'hypocrisie de ces gens (des énormes bourgeois qui plus est) est le sujet principal
Mais je n'arrive pas à y croire, justement. Pourquoi elle prendrait plus cher que les autres ? Sur quoi serait basée cette hypocrisie ?

Déjà, c'est un sujet très américain.
Je pense qu'il y a une sensibilité ET une hypocrisie très forte spécifiquement là dessus dans ce pays. Le coup de la tasse l'explique très bien, d'ailleurs. C'est omniprésent dans leur culture, et ils font genre ça ne fait pas parti du problème. C'est simple mais efficace.
Très franchement, moi je crois en tout, sauf au fait qu'elle reste auprès du personnage de Pattison après tout ce qui se passe !
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cyborg
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Compensation - Zeinabu irene Davis - 1999

Le quotidien de jeunes femmes noires et sourdes, vivant à Chicago. L'une en 1900, l'autre en 1990. A un siècle d'écart leurs problèmes se répètent : l'éducation, les tensions au sein de la communauté des non-entendants, l'intégration complexe au monde des entendants, notamment par des histoires d'amours supposées impossibles. La rareté du propos du film et de celleux qu'il porte à l'écran le rend précieux et singulier, d'autant qu'il n'est pas dénué d'ambitions créatives, la partie "1900" imitant notamment un film muet. Malheureusement l'autrice se limite à juxtaposer les éléments, telle une somme de constats quelque peu attendu, sans prendre le temps de les développer. Le film se clôt enfin sur ce qui aurait pu constituer un point de départ et fini par laisser une étrange - et un peu décevante - impression de superficialité. Un bon sujet n'a jamais suffit à faire un bon film, en voici une confirmation supplémentaire.


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Tandis que le titre français se concentre sur le personnage féminin, le titre original (La boite de Pandore) oriente la lecture du film sur une question plus large, celle du contexte, d'une structure et ainsi de la société dans son ensemble, dont Pabst dresse un portrait au vitriol. Nous pourrons aisément venter sa mise en scène et son sens du rythme, mais ce fut surtout l'agacement qui m'a rapidement gagné. Cette course à la surenchère de misère, chute libre à travers toutes les strates de la société, jusqu'au cœur de la crasse sans la moindre étincelle, m'a totalement épuisée. La fuite finale à Londres, et la rencontre avec Jack l'Eventreur (rien que ça...) m'a définitivement désintéressé du film.


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A new old play - Jiongjiong Qiu - 2025

Si le classique de la littérature "Tristram Shandy" se clôt avec la naissance de son personnage principal, A New Old Play débute quant à lui avec sa mort, celle de Qiu Fun clown et acteur de théâtre. Sa lente progression vers l'au-delà, accompagné de deux démons, est l'occasion de se remémorer sa vie. C'est alors toute l'Histoire de la Chine du XXème siècle qui se matérialise progressivement sous nos yeux, des années 20 jusqu'aux années 80. On y suit les guerres, les relations internationales, les changements politiques, les répressions multiples à travers la vie quotidienne d'une troupe de théâtre et sa place singulière dans la société. Ici le théâtre n'est pas qu'un contexte ou un prétexte mais un véritable enjeu de mise en scène. Si nous assistons à de nombreuses représentations, c'est tout le film qui se construit sur un rapport aux décors dans lesquels maquettes, corps, costumes et accessoires se reconfigurent sans cesse, glissant des uns aux autres entre jeux d'échelles et jeux narratifs. Il y a ainsi un rapport fond-forme très stimulant dans son rapport à l'écriture même de l'Histoire par ceux qui la vivent, la représente, la perçoivent (c'est à dire nous). Esthétiquement nous sommes quelque part entre Wes Anderson et la plasticienne Bertille Bak, dans un univers remplit d'idées visuelles, de trouvailles et de fantaisies. Fort heureusement le film ne tourne jamais à vide alors qu'il aurait pu s'auto-satisfaire et permet au cinéphile non sinophile de rester attentif tout du long, malgré un nombre importants d'anecdotes ou de points historiques qui échapperont assurément aux spectateurs occidentaux. Dans ce mélange entre cinéma-théâtre-Histoire ne me vient comme point de comparaison que le très surprenant "Les Nègres-Marrons de la Liberté" de Med Hondo, qui s’emparait de l'histoire des Antilles pour en faire une grande pièce sur bateau échoué dans une usine Renault de la région parisienne. Si le Hondo est (peut-être) oublié à cause de son age (il date de 1979), comment se fait-il qu'un film aussi récent et aussi stimulant soit autant passé sous les radars ? Qu'on arrête de nous servir du Jia Zhangke jusqu'à plus soif et qu'on nous permette de découvrir tout ce que le cinéma chinois a à offrir !
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groil_groil
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Intéressant de revoir Spartacus, ce n'est vraiment pas le meilleur Kubrick, c'est un pur film de commande, d'ailleurs c'était au départ un film d'Anthony Mann, c'est lui qui a tourné le début, mais Kirk Douglas l'a viré, il ne s'entendait pas avec, et c'est ce dernier qui a choisit Kubrick, car il était content de sa collab sur Les Sentiers de la Gloire. En fait le seul vrai auteur du film, le patron en tout cas, c'est Douglas, acteur-star et producteur, qui décidait de tout. Et donc, malgré la commande, le mec qui arrive alors que le tournage est déjà commencé, c'est assez intéressant d'essayer de s'amuser à voir où se niche Kubrick dans tout cela. Et si on cherche, on trouve, il y a déjà cette appétence pour les plans larges, les longues focales, les grandes scènes de bataille avec plein de figurants, et surtout, déjà, cette obsession de la symétrie. Il suffit d'éteindre la lumière et de balancer de la brume sur tous les plans larges du film pour se croire, déjà dans Barry Lyndon. Et puis, de nombreux films de Kubrick présentent un héros en lutte contre le reste du monde qui se cherche lui-même à travers son combat, soit par la délinquance, soit par la condition sociale, soit carrément dans les étoiles contre une intelligence artificielle, et le personnage de Spartacus est en ce sens déjà un personnage kubrickien.

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Evidemment c'est un film que nous sommes allés voir avec et pour les enfants, et les voir avec le grand sourire toute la séance est un plaisir qui justifie tout le reste et qui m'a fait passer un moment des plus agréables. Le film sinon, hormis les performances visuelles qui sont vraiment époustouflantes, et quelques gags / clins d'oeil pour les fans des jeux en guise de marketing poussé à son extrême, est absolument sans intérêt. Le pire étant le scénario, calqué, comme le font absolument tous les films d'animation et/ou de divertissement de masse, sur le scénario, déjà débile et avilissant, de Star Wars, comme si on n'était pas capable de raconter une autre histoire aux gens. Quelle fatigue. Ce n'est même plus le divertissement du fascisme, à ce niveau, c'est la fin de toute idée, de toute pensée, du prêt-à-consommer, tu peux changer la licence et mettre un autre produit à vendre à la place, c'est pareil. Bon c'est le cas de 99% du cinéma d'animation, donc j'ai l'habitude, même si j'en vois le moins possible, et je ne devrais pas m'énerver pour ça, mais c'est tellement voyant que ça m'épuise... Mais j'ai quand même passé un super moment, hein ! :D

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La femme de ce pauvre Richard Gere meurt dans un accident de bagnole visiblement provoqué par une entité diabolique. Inconsolable, il décide d'enquêter et découvre que des phénomènes identiques se sont produits un peu partout aux USA... Pellington avait réalisé juste avant celui-ci le plutôt réussi Arlington Road (même si les revisionnages ne jouent pas forcément en faveur du film). Ce film-là date de 2002 et souffre de tous les tics et effets spéciaux de l'époque, période de 5 ou 6 ans catastrophique pour le cinéma mainstream où chaque cinéaste succombe aux effets numériques grossiers et hideux qui seront obsolètes quelques mois plus tard. C'est vraiment gênant, mais ce n'est pas la seule tare du film, car le reste ne vaut pas mieux. Cette intrigue foireuse de base n'est jamais vraiment exploitée, et on finit le film sans savoir d'où vient de ce mal, ni quel est son but, ni pourquoi il agit où arrête d'agir après un final niveau film catastrophe (un pont s'effondre), ce qui fait qu'on n'est pas plus avancé à la fin du film qu'au début. Bref, c'était le film du dimanche soir absolument parfait, surtout après la gueule de bois et la teuf de l'année :D
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len'
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La Conférence de Matti Geschonneck

L’organisation administrative de la Shoah est rarement abordée au cinéma pour diverses raisons, la principale étant qu’elle paraît difficilement conciliable avec la conception même du cinéma qui reste, quoiqu’on en dise, associé au rêve, même quand celui-ci tourne au cauchemar. Et quoi de moins onirique que la bureaucratie qui, pourtant, régit toutes les sociétés existantes. La production de films elle-même en passe par là puisque le cinéma, avant d’être un rêve, est une affaire de financement à régler et de formulaires administratifs à remplir et à signer. Pour ce film qui se concentre donc sur une réunion entre des hauts responsables nazis pour planifier le génocide juif, le réalisateur opte pour une approche trop évidente qui est celle de soustraire certains éléments de mise en scène comme la musique et de reconstituer aussi fidèlement que possible les propos qui ont été échangés. Le problème de cette approche est qu’elle ne peut être assumée jusqu’au bout puisque nous ne sommes pas dans une salle de réunion mais bien au cinéma avec une équipe de tournage, des mouvements de caméra et des acteurs qui jouent. Si j’ai apprécié malgré tout le film, ce n’est pas en tant que film, plutôt par intérêt sociologique, parce que ce sujet me paraît tellement peu abordé alors qu’il est essentiel. La restitution des propos permet de se rendre compte à quel point l’absurde atteint des sommets, notamment quand ils en viennent à parler de demi-juif ou de quart de juif selon l’interprétation des textes législatifs. Un instant, on croit qu’un haut responsable cherche ainsi à manœuvrer avec ces lois pour au moins sauver quelques personnes, mais non, il pense avant tout à sa carrière et au respect scrupuleux des règles écrites qu’il se gargarise de connaître sur le bout des doigts. Ils se concentrent tellement sur les aspects logistiques et économiques que le massacre tend à s’effacer de leurs discussions pour ne plus laisser place qu'à sa mise en œuvre. La machine bureaucratique ne se nourrit plus et ne se justifie plus que par elle-même, prête à exécuter absolument tout et n’importe quoi, y compris l’inconcevable. Mais voilà, le réalisateur n’en fait pas grand-chose au-delà de cette transposition faute d’une mise en scène inspirée. Dommage qu’il n’y ait pas d’équivalent à Kafka au cinéma (à ma connaissance).


Reality
de Tina Satter

Il s’agit encore d’une transposition, cette fois de l'interrogatoire d'une traductrice par des agents du FBI suite à la divulgation d'informations confidentielles au grand public. Mais la particularité est qu’il s’agit ici d’un film hollywoodien et que la restitution est au mot près. L’association des deux crée un décalage étrange, surtout dans les moments qui ne sont a priori pas essentiels comme celui où Reality dit aux enquêteurs qu’elle a de la nourriture à mettre au frais ; ils vont ainsi veiller à mettre la nourriture au congélateur, ça prend du temps, chose qu’on ne voit jamais dans un film hollywoodien (ou alors dans les scènes coupées en bonus, et encore). Cela crée une anomalie, bien plus intéressante que les quelques effets de mise en scène tape-à-l’œil lors de l’interrogatoire proprement dit mais qui ne sont heureusement pas nombreux. Le respect des paroles prononcées va jusqu’à vouloir donner un poids aux mentions rayées pour des raisons confidentielles, mettant l’accent sur ce qui peut être dit et ce qui ne peut pas l’être. Il en ressort un côté absurde qui est flagrant, comme si le cinéma avait ce pouvoir-là de révéler une réalité derrière la réalité, même (et surtout) quand il se contente d'associer transcription et utilisation de codes pré-fabriqués pour la mise en scène.
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sokol
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len' a écrit : mer. 15 avr. 2026 12:17 Dommage qu’il n’y ait pas d’équivalent à Kafka au cinéma (à ma connaissance)


La plupart ont fini par s’y casser les dents ("Brazil" de Terry Gilliam, "Le Procès" d’Orson Welles, "Being John Malkovich" de Spike Jonze, et même "Holy Motors" de Leos Carax (@B-Lyndon ne sera pas d’accord). J’en viens à penser que seuls les films de forme courte y parviennent réellement : "Merde" de Carax (36 minutes) ou "Non réconciliés" des Straub (55 minutes).
Je me demande si, pour retrouver au cinéma la puissance des romans de Kafka, seule la brièveté permet d’y accéder, une forme courte capable de condenser la matière historique ou romanesque en un diamant opaque, poétique et dense. Au-delà, tout s’effondre. Ou se dilue. Et l’échec devient inévitable.
"Le cinéma n'existe pas en soi, il n'est pas un langage. Il est un instrument d’analyse et c'est tout. Il ne doit pas devenir une fin en soi".
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sokol a écrit : mer. 15 avr. 2026 13:49
len' a écrit : mer. 15 avr. 2026 12:17 Dommage qu’il n’y ait pas d’équivalent à Kafka au cinéma (à ma connaissance)


La plupart ont fini par s’y casser les dents ("Brazil" de Terry Gilliam, "Le Procès" d’Orson Welles, "Being John Malkovich" de Spike Jonze, et même "Holy Motors" de Leos Carax (@B-Lyndon ne sera pas d’accord). J’en viens à penser que seuls les films de forme courte y parviennent réellement : "Merde" de Carax (36 minutes) ou "Non réconciliés" des Straub (55 minutes).
Je me demande si, pour retrouver au cinéma la puissance des romans de Kafka, seule la brièveté permet d’y accéder, une forme courte capable de condenser la matière historique ou romanesque en un diamant opaque, poétique et dense. Au-delà, tout s’effondre. Ou se dilue. Et l’échec devient inévitable.

Je vois pas trop en quoi Holy Motors est kafkaïen en fait :??:
M. Merde n’apparaît que dans un segment très différent (et moins bon, on est d’accord) que dans Tokyo qui lui effectivement me paraît kafkaïen…Mais le reste du film ? On est beaucoup plus proche de Cocteau, Breton ou Debord que Kafka.

Bon et un grand film kafkaïen : Amerika des Straub, tout simplement !! :love2:
« j’aurais voulu t’offrir cent mille cigarettes blondes, douze robes des grands couturiers, l’appartement de la rue de Seine, une automobile, la petite maison de la forêt de Compiègne, celle de Belle-Isle et un petit bouquet à quatre sous »
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sokol a écrit : mer. 15 avr. 2026 13:49 La plupart ont fini par s’y casser les dents ("Brazil" de Terry Gilliam, "Le Procès" d’Orson Welles, "Being John Malkovich" de Spike Jonze, et même "Holy Motors" de Leos Carax (@B-Lyndon ne sera pas d’accord). J’en viens à penser que seuls les films de forme courte y parviennent réellement : "Merde" de Carax (36 minutes) ou "Non réconciliés" des Straub (55 minutes).
Je me demande si, pour retrouver au cinéma la puissance des romans de Kafka, seule la brièveté permet d’y accéder, une forme courte capable de condenser la matière historique ou romanesque en un diamant opaque, poétique et dense. Au-delà, tout s’effondre. Ou se dilue. Et l’échec devient inévitable.
Oui, c’est vrai que la forme courte est peut-être le meilleur choix (même si le "Merde" de Carax c'est pas celui que j'imaginais en premier, je pensais plus à des épisodes de Twin Peaks). Pour ce genre de projet, on peut avoir tendance à penser forme longue et lourde, mais c’est justement ce qu’il ne faut pas faire. Ce qu’il faut absolument éviter aussi, c’est faire comme Kafka, mais à partir du moment on connaît Kafka ça me semble déjà foutu d'avance parce que son pouvoir d’attraction est trop grand. Enfin, j’ai quand même la sensation d’un vide au cinéma à ce sujet.
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len' a écrit : mer. 15 avr. 2026 17:19
Oui, c’est vrai que la forme courte est peut-être le meilleur choix (même si le "Merde" de Carax c'est pas celui que j'imaginais en premier, je pensais plus à des épisodes de Twin Peaks).
Excellent exemple ! Je n’y avais pas pensé, merci (pourtant, Lynch me venait bien à l'esprit, mais je ne voyais pas par quelle œuvre...)

Je pense que tout ça est lié à une limite du cinéma : comme tu le dis, ce genre de projet fonctionne mal dès que ça devient trop long et trop lourd. Ça me fait penser aux biopics : ça rate souvent quand ça veut raconter toute une vie, de la naissance à la mort (avec les perruques de vieillesse, etc. : l’horreur). En revanche, ça marche beaucoup mieux quand ça se concentre sur un moment précis. Par exemple "Jackie" ou "Neruda" de Pablo Larraín, "Saint Laurent" de Bonello, "Last Days" de Gus Van Sant, "Edvard Munch" de Watkins ou "Cinq femmes autour d’Utamaro" de Mizoguchi : je les cite un peu en remontant dans le temps, comme ils me viennent.
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Excuses-moi, je n'avais pas vu ton post
B-Lyndon a écrit : mer. 15 avr. 2026 16:49 Je vois pas trop en quoi Holy Motors est kafkaïen en fait :??:
Ça peut rappeler l’errance et la soumission à un système incompréhensible (qu’on trouve dans "Le Procès" ou "Le Château"). Mais peut être ça reste juste suggestif, tu as peut être raison.
B-Lyndon a écrit : mer. 15 avr. 2026 16:49M. Merde n’apparaît que dans un segment très différent (et moins bon, on est d’accord) que dans "Tokyo" qui lui effectivement me paraît kafkaïen…
C'est exactement pour cela que j'ai comparé les deux films (du même auteur, d'ailleurs)

B-Lyndon a écrit : mer. 15 avr. 2026 16:49 Bon et un grand film kafkaïen : Amerika des Straub, tout simplement !! :love2:
J’ai fait exprès de ne pas le citer, car il s’agit de l’adaptation d’un de ses romans ; cela aurait donc été trop facile.

A mon humble avis, les Straub ne font pas un film kafkaïen, car le film réussit le passage du cauchemar intérieur vers la matérialité sociale. Chez Kafka, l’angoisse est souvent intérieure, diffuse, presque métaphysique. Dans le film des Straub, tout devient extérieur, concret : les rapports sont lisibles comme des rapports de classe. On passe donc du flou à la netteté. Là où Kafka entretient une ambiguïté permanente, les Straub clarifient, découpent, refusent le psychologique et mettent en avant le texte, la diction, les corps.

Je dirais qu’on est dans une lecture matérialiste de Kafka, pas dans une immersion. C’est une lecture de Kafka contre le “kafkaïsme”, un film qui transforme son univers en quelque chose d’historique, politique et concret.
"Le cinéma n'existe pas en soi, il n'est pas un langage. Il est un instrument d’analyse et c'est tout. Il ne doit pas devenir une fin en soi".
Jean-Marie Straub
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sokol
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@B-Lyndon Donc, selon moi, le seul film kafkaïen des Straub est bien leur premier, "Non réconcilié", une concentré de 50 minutes à travers une forme courte, capable de condenser la matière historique ou romanesque en un diamant opaque, poétique et dense (et pas "Amerika rapports de classe", 126 minutes)
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groil_groil
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J'ai du mal à réaliser que j'ai découvert ce film il y a déjà 30 ans. Immense choc, et personnel, et historique, l'explosion au grand jour d'un des cinéastes majeurs de son temps. Son film le plus "populaire" avec d'immenses guillemets, tout simplement parce que le plus vu et exposé, même s'il est resté très confidentiel, mais aussi un film extrêmement radical, sans concession aucune, et qui agit toujours aussi fortement 30 ans plus tard, peut-être même encore plus, tant les moeurs ont évolués dans un sens qu'on jugera tant bon (pour la défense et la liberté des individus) que mauvais (concernant la liberté de création artistique) mais ce glissement ne peut qu'interroger d'avantage. Le génie de Monteiro, et ce qui pose aussi véritablement problème, est la confusion totale qu'il y a entre son personnage João de Deus, ex-clochard ex-Nosferatu, devenu glacier rigide et esthète, collectionneur de poils pubien et amateur de très jeunes femmes, et le cinéaste lui-même, car il ne fait pas qu'en jouer le rôle, il l'incarne véritablement, comme si les deux ne faisaient qu'un grand tout renvoyé à la face du spectateur. Il n'en reste que La Comédie de Dieu est un immense chef-d'oeuvre, issu d'une filmographie dense, qui en comporte quelques autres, et d'une rare unité. J'ai le souvenir que la suite directe Les Noces de Dieu, et le testament Va et Vient (où le personnage se nomme João Vuvu mais l'on peut penser qu'il s'agit du même) sont au moins aussi bons (le premier volet Souvenirs de la Maison Jaune est lui aussi un chef-d'oeuvre); il me tarde de les revoir.

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Film-emblème d'une génération, la mienne, la nôtre, Les Ailes du Désir était plus qu'un événement pour nous, un véritable manifeste. Enfin un film qui mettait en avant notre esthétique, nos pensées, la musique que nous aimions. On y entendait Tuxedomoon, Minimal Compact, Sprung Aus Den Wolken, et Crime & the City Solution et Nick Cave & The Bad Seeds qu'on voyait tous deux dans le film lors de magnifiques scènes live; on alla voir ce film ensemble, entre adolescents vêtus de noir et les cheveux en pétard, dans la voiture du seul qui avait déjà son permis, on connaissait les textes en Allemand par coeur alors qu'on ne parlait pas la langue, bref, c'était un bout de notre vie. J'ai beaucoup et longtemps aimé ce film, avant de le renier ensuite, gêné par son esthétique trop léchée, par ce qu'est devenu Wenders ensuite, suivant aussi des esthétiques cinématographiques plus radicales, mais désormais il était bon de le revoir, 40 ans plus tard, mon dieu, une vie..., et de poser un avis objectif sur ce qu'est vraiment ce film. J'ai été surpris de l'aimer encore plus que je ne le pensais. Les petites afféteries esthétiques ne sont rien à côté de la beauté et de la profondeur du film, d'une poésie et d'une intelligence rare, formellement absolument sidérant de beauté (surtout dans la magnifique copie restaurée présentée par Carlotta), rarement vu un film aussi "beau" alors qu'on ne peut pas dire que Berlin le soit vraiment, c'est d'ailleurs un magnifique film sur la ville de Berlin, personne ne l'a jamais filmée ainsi, et surtout, enfin, c'est un film assez complexe, pas facile, qui ne se livre pas de suite, la narration est tout sauf linéaire, et je m'étonne avec joie qu'un film si complexe ait rencontré un tel succès et soit devenu un manifeste adolescent. Je ne connais pas d'équivalent postérieur (et qu'on ne me parle pas de daubes du type Eternal Sunshine ou Requiem for a Dream par pitié...) et c'est là, la vraie grande singularité de ce magnifique Wenders, l'une de ses plus grandes réussites, haut la main, et ça m'a même donné envie de revoir la suite, dans mon souvenir moins heureuse, mais avec quelques belles envolées.

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Je poursuis ma lecture de l'intégrale des Rougon-Macquart, et dès qu'un livre est achevé je regarde les adaptations cinématographiques qui ont pu en être tiré. Ce livre est un Zola que j'adore, et j'aime beaucoup Franju, mais son adaptation est un peu ratée. Ce n'est pas la catastrophe, il y a quelques scènes réussies, notamment dans le Paradou, en seconde partie, mais Franju ne parvient jamais à retranscrire le panthéisme du livre. Quand on le lit, et qu'on découvre le Paradou, cet espace végétal livré à lui-même et débarrassé de toute intervention humaine, on se sens chez Malick, Zola passe plus de la moitié de son livre à décrire de la végétation sauvage, des arbres, des plantes, des fleurs et le lecteur est littéralement perdu au milieu de tout cela. Franju essaie mais y consacre trop peu de temps, filme le Paradou comme un décor alors que c'est le sujet principal du film. C'est parce que ce Paradou existe que la faute advient, et que c'est faute est immédiatement pardonnée, acceptée, car elle est une évidence, elle est la nature même de l'homme, dans la nature même. Rien de honteux non plus dans ce film, mais c'est tout de même une déception, il y avait tellement mieux à faire.

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Joie immense de voir le long-métrage Blaise dont l'annonce de la sélection à l'Acid à Cannes vient d'être révélée. Blaise dont j'ai publié 3 albums de bande dessinée, le premier volet est même le premier titre de la collection 1000 Feuilles, qui est devenu ensuite une série télévisée sur Arte, et maintenant un long-métrage. Ce qu'il y a de fabuleux dans tout cela, c'est que Dimitri Planchon, l'auteur, a tout dirigé, la série, comme le film, qu'il coréalise avec Jean-Paul Guigue, et leur producteur Alexandre Gavras les soutient depuis le début, ça a mis des années à se concrétiser, et leur a toujours laissé la plus grande liberté artistique. Le film est vraiment génial, hyper drôle, et tout à fait en accord avec les préoccupations de son temps. Disons que je ne pouvais pas imaginer une adaptation plus fidèle. Ce n'est pas la bande dessinée, le scénario est original, mais l'esprit et le ton sont exactement les mêmes. Tout a été fait à la main, bricolé, monté, patiemment pour aboutir à un résultat totalement inédit, je ne connais aucun film qui ressemble à ça, ni dans le ton, ni dans la forme, et c'est véritablement réjouissant. Les voix sont assurées par des comédiens excellents, les deux principales étant signées par Léa Drucker et Jacques Gamblin, que j'ai eu la chance de rencontrer et qui découvraient le film en même temps que moi, et leur apport est vraiment important. La date de sortie du film n'est pas encore fixée, je vous tiendrai bien sûr au courant.

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Revu mon Amalric favori, adapté de Simenon, chef-d'oeuvre de son auteur, un pur film de mise en scène quelque part entre Hitchcock et Manoel de Oliveira, a la beauté plastique hallucinante, c'en est troublant tellement c'est bien cadré et tellement c'est beau, et c'est toujours aussi saisissant le second coup.
I like your hair.
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yhi
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groil_groil a écrit : lun. 13 avr. 2026 15:32 Le pire étant le scénario, calqué, comme le font absolument tous les films d'animation et/ou de divertissement de masse, sur le scénario, déjà débile et avilissant, de Star Wars, comme si on n'était pas capable de raconter une autre histoire aux gens. Quelle fatigue. (...) Bon c'est le cas de 99% du cinéma d'animation, donc j'ai l'habitude, même si j'en vois le moins possible, et je ne devrais pas m'énerver pour ça, mais c'est tellement voyant que ça m'épuise...
Puis du coup il semblerait qu'il puisse y avoir de bons films d'animation aussi :D
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cyborg
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@groil_groil
la confusion totale qu'il y a entre son personnage João de Deus, ex-clochard ex-Nosferatu, devenu glacier rigide et esthète, collectionneur de poils pubien et amateur de très jeunes femmes,
Je dois bien avouer que c'est précisément ce qui me dérange beaucoup chez ce réalisateur.
J'ai du voir "Va & Viens" il y a 15 ou 20 ans, tout comme "La Comédie de Dieu", à l'époque ou je commençais à fréquenter Aled et que ces noms étaient souvent cité. Si j'avais aimé Va & Viens (je n'en ai aucun souvenir cependant), tout le milieu de "La Comédie" m'avait totalement glacé, trouvant le tout plus que limite. Je n'imagine pas quel serait mon ressenti désormais. Je n'ai jamais rien vu d'autre de lui depuis lors... Mon seul autre "contact" avec cet auteur fut une vidéo d'interview visionné au hasard durant le confinement, durant lequel il tenait brièvement des propos homophobes, ce qui ne m'avait pas trop rassuré sur son cas... (je viens de retrouve l'entretien sur youtube mais pas le passage en question).
Bref, dur dur. Je lis tous tes textes avec intérêt et curiosité, mais je ne sais pas si je me relancerai un jour dans de tels visionnages malheureusement.
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cyborg
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Fertile Memory - Michel Khleifi - 1980


Pour son premier documentaire Michel Khleifi suit le quotidien de deux femmes que tout semble distinguer. L'une vit à Nazareth, Farah. Elle a dépassé la cinquantaine et se débrouille pour survivre en travaillant à l'usine, tandis qu'elle se dispute avec ses enfants sur le choix à faire concernant ses terres confisquées par Israël en 1948. L'autre, Sahar, vit seule à Ramallah, à repris des études pour devenir autrice et s'investir dans les activités d'une troupe de théâtre. Deux classes sociales, deux vies, deux rapports différents à la douloureuse histoire de leur pays. Progressivement se dessine ce qui rejoint ces deux êtres : la singularité de leurs rapports aux hommes. Farah, une fois veuve, n'a pas souhaité se remarier, et à déconseillé à sa fille de le faire après son divorce. Sahar, quant à elle, à divorcé pour vivre en toute autonomie la vie qu'elle souhaite. Toutes deux ont donc fait le choix d'une vie sans homme, ou du moins en marge du patriarcat, choix radical et peu courant dans leur société.

Il y a ainsi dans le film de Khleifi, un parallèle subtile fait entre la libération d'un territoire et l'émancipation des femmes, et même des liens sociaux dans leur ensemble (Sahar déclarant notamment qu'elle se refusait à prendre une femme de ménage, y voyant une forme d'esclavage et de domination qu'elle reproduirait à son tour). Nous pourrions presque nous demander si la "fertilité" du titre renvoie aux corps ou à la terre - les deux peut-être. La scène la plus sidérante est une visite de Farah chez l'imam. Alors que celui-ci l'incite vivement à prier (tout en écorchant de multiples fois son prénom), il finit par recouvrir tout son visage d'un tissu. Alors que le corps de l'homme disparait entièrement, apparaissent les motifs du tissus, sur lesquels Khleifi zoom longuement, et dont les formes abstraites évoquent irrémédiablement les paysages de champs morcelés dont le réalisateur ponctue son film. Cet entremêlement, qui pourrait sembler anodin, dit pourtant beaucoup des rapports en jeu à l'image. Il se compose de la sorte un double portrait (ou plutôt un triple, si l'on inclut la Palestine) très doux, très patient et très profond, ouvrant sur les perspectives de tout un peuple. Nous étions alors 30 ans après la nakbah, et depuis près de 50 ans se sont encore écoulés. Pour la situation du territoire nous connaissons la catastrophe actuelle, pour ce qu'il en est de la liberté de femmes, je ne sais pas si les choses se sont améliorées.

Il me tarde de voir d'autres films de cet auteur, ayant depuis lors découvert son lien fort avec ma chère Belgique, et qu'il était aussi le co-auteur du très réputé "Route 181". Bonne pioche.
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yhi
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cyborg a écrit : dim. 19 avr. 2026 14:38 @groil_groil
la confusion totale qu'il y a entre son personnage João de Deus, ex-clochard ex-Nosferatu, devenu glacier rigide et esthète, collectionneur de poils pubien et amateur de très jeunes femmes,
A l'époque de la ressortie des films (l'an dernier ?) les Cahiers avait consacré une double page plutôt intéressante sur la vision du personnage hier (où les Cahiers semble-t-il étaient grands défenseurs de Monteiro) et aujourd'hui (où le prisme est forcément très différent).
Vus certains films l'an dernier et j'avais démarré (du moins pour ce qui est de la série Jean de Dieu) par La comédie de Dieu qui m'avait pas mal refroidi d'entrée de jeu aussi. Après, de ce côté là c'est le pire de mémoire.
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