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Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : mar. 13 janv. 2026 12:49
par Tyra
B-Lyndon a écrit : mar. 13 janv. 2026 11:38
Tyra a écrit : mar. 13 janv. 2026 11:15
B-Lyndon a écrit : jeu. 8 janv. 2026 13:07

Oui mais les citations étaient plus digérées, et le film finalement très personnel, très simple (c'est la vie d'une rue, en fait, la vie de sa rue - @sokol me disait que ce qui était beau dans Kaili Blues c'était que Bi Gan filmait sa province, là où dans Resurrection il veut filmer La CHINE!). Et puis, un truc simple : c'était un film contemporain. Et politiquement impeccable (pour connaître un petit peu le Brésil, j'ai jamais vu l'atmosphère de ce pays restituée avec autant de finesse).
Et puis c'était un film totalement horizontal, sans personnage central, il n'y avait aucun personnage secondaire (donc pas les figures pittoresques et croustillantes qui sont magnifiques dans L'Agent secret, mais reléguées à la périphérie d'un héros trop cool trop beau trop lisse.
Je suis sévère et j'assume rester bloqué sur son premier film, mais pour moi, si on a pas encore perdu Kleber car L'Agent secret reste un film honnête, cette voie choisie ne peut le conduire in fine qu'à faire des grosses soupes.
Ca y est, j'ai revu le film. Je suis d'accord avec ce que tu dis. On sent l'influence du cinéma de genre américain à beaucoup d'endroits (le film commence par un petit garçon qui fait du tricycle en steadycam, référence évidente à Shinning !), mais le film reste très différent de la forme dominante adoptée par l'Agent Secret : pas de musique extradiégétique, travail du son primordial (le titre du film ne ment pas sur son sujet). L'ambiance oppressante vient aussi du vide, vide des appartements de ces classes aisées recouvertes de carrelage blanc clinique, vide aussi de ces vies sans occupation, sans but. Par contre, ce gout pour la représentation du cauchemar était déjà là.

Tu étais au Saint André des Arts hier soir ? :D
Si oui on était dans la même séance !
Non, vu chez moi... en quatre fois car ma femme s'endormait tout le temps devant. :bave:

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : mar. 13 janv. 2026 13:09
par B-Lyndon
Tyra a écrit : mar. 13 janv. 2026 12:49
B-Lyndon a écrit : mar. 13 janv. 2026 11:38
Tyra a écrit : mar. 13 janv. 2026 11:15
Ca y est, j'ai revu le film. Je suis d'accord avec ce que tu dis. On sent l'influence du cinéma de genre américain à beaucoup d'endroits (le film commence par un petit garçon qui fait du tricycle en steadycam, référence évidente à Shinning !), mais le film reste très différent de la forme dominante adoptée par l'Agent Secret : pas de musique extradiégétique, travail du son primordial (le titre du film ne ment pas sur son sujet). L'ambiance oppressante vient aussi du vide, vide des appartements de ces classes aisées recouvertes de carrelage blanc clinique, vide aussi de ces vies sans occupation, sans but. Par contre, ce gout pour la représentation du cauchemar était déjà là.

Tu étais au Saint André des Arts hier soir ? :D
Si oui on était dans la même séance !
Non, vu chez moi... en quatre fois car ma femme s'endormait tout le temps devant. :bave:
Preuve supplémentaire de la grandeur du film ! :D
Sans rire, je crois que c'est un film parfait. Intensité, étrangeté et suspension à chaque plan.

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : mar. 13 janv. 2026 16:34
par Tyra
B-Lyndon a écrit : mar. 13 janv. 2026 13:09
Tyra a écrit : mar. 13 janv. 2026 12:49
B-Lyndon a écrit : mar. 13 janv. 2026 11:38


Tu étais au Saint André des Arts hier soir ? :D
Si oui on était dans la même séance !
Non, vu chez moi... en quatre fois car ma femme s'endormait tout le temps devant. :bave:
Preuve supplémentaire de la grandeur du film ! :D
Sans rire, je crois que c'est un film parfait. Intensité, étrangeté et suspension à chaque plan.
Oui, même si je ne le placerais pas aussi haut que toi. Je trouve, par exemple, que la révélation finale n'apporte rien, et brouille même le mystère du film.

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : mar. 13 janv. 2026 16:42
par Tyra
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Du coup, mes quelques mots sur le film : j'ai aimé, mais je crois qu'on aime le film parce qu'il fait ce que le cinéma américain ne fait plus (fut un temps, c'est le cinéma coréen qui a plu pour cette raison là). Cela pose les qualités mais aussi les limites du film.
Je trouve au passage que le film réussi là où le PTA échouait, sens de l'absurde, tension (cela fait longtemps que je n'ai pas été aussi tendu au cinéma pendant le moment de bravoure), méchants de carnaval, tout fonctionne ici beaucoup mieux.

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : mer. 14 janv. 2026 15:05
par B-Lyndon
Tyra a écrit : mar. 13 janv. 2026 16:34
B-Lyndon a écrit : mar. 13 janv. 2026 13:09
Tyra a écrit : mar. 13 janv. 2026 12:49

Non, vu chez moi... en quatre fois car ma femme s'endormait tout le temps devant. :bave:
Preuve supplémentaire de la grandeur du film ! :D
Sans rire, je crois que c'est un film parfait. Intensité, étrangeté et suspension à chaque plan.
Oui, même si je ne le placerais pas aussi haut que toi. Je trouve, par exemple, que la révélation finale n'apporte rien, et brouille même le mystère du film.
Il n'y a pas tellement de "résolution", ça reste mystérieux. Pour ma part, fan absolu de la dernière réplique : A cause d'une clôture... Je trouve ça génial.

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : ven. 16 janv. 2026 10:54
par Tamponn Destartinn
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Lise Akoka et Romane Gueret ont commencé leur carrière avec une pastille sérielle d'arte, sur deux gamines de Paris 19e qui jouent à "Tu préfères".
Après un premier film pas mal, Les Pires, elles retrouvent leurs deux héroïnes désormais jeunes adultes, et en font deux monitrices d'une colonie de vacances. Même si tu n'as pas vu la série avant (ce qui est mon cas), tu sens immédiatement son bienfait : les cinéastes connaissent par coeur celles qu'elles filment, ce qui créé une fluidité folle sur l'ensemble du film, une maitrise qui permet de pousser au mieux chaque scène.
Solaire sans être scolaire, mignon sans être niais, naturaliste sans être chiant, Ma frère passe son temps à surmonter les pièges classiques l'air de rien, comme si c'était trop facile. Alors que ça ne l'est pas : y a une vingtaine de gosses qui jouent tous trop bien, bon sang ! Je suis le premier à dire que Nos jours heureux est le seul bon film de Éric Toledano et Olivier Nakache. Mais là, un nouveau duo de réalisatrices vient de les ringardiser en deux trois mouvements. Faut dire que leur ref est probablement bien plus le cinéma de Guillaume Brac, difficile de ne pas y penser.
Gros coup de coeur, 2026 démarre très bien !

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : ven. 16 janv. 2026 17:47
par len'
Father Mother Sister Brother de Jim Jarmusch

Le film est faussement découpé en trois, chaque segment n’existant qu’à travers les deux autres, comme une famille qu’on ne choisit certes pas mais dont les liens sont indéfectibles. Les répétitions, affichées d’abord comme telles, n’en sont pas non plus ; elles sont des variations de petites choses à l’image de ces repas de famille annuels qu’on peut confondre sans pour autant oublier. C’est la nostalgie en forme de ballade à trois temps qui guide ici l’écriture de Jarmusch, mais sans qu’il en ait l’intention au début, ce qui aboutit étrangement à une nostalgie qui se contredit en se tournant vers l’avenir. Le cinéaste laisse à chaque fois ses personnages, ses acteurs, sur un plan qui fait penser qu’on vient juste d’assister au début de leur histoire, de leur film. De même, les jeunes skateurs filmés au ralenti qui passent en toute liberté de segment en segment, font écho autant à une jeunesse insouciante déjà passée qu’à la possibilité de variations infinies pour la réinventer, notamment par le cinéma. Il suffit parfois d’un rien, comme une simple expression répétée à chaque dîner, dont on ne connaît même plus l’origine tant elle est ancienne, pour réussir à animer subitement des conversations presque éteintes. Les objets aussi connaissent des variations, comme cette rolex qu’on croit d’abord fausse alors qu’elle est vraie, puis vraie alors qu’elle est fausse pour ne plus être une chose que l’on garde par attachement à un être cher. Comme une évidence, une comédienne bien connue des cinéphiles finit par apparaître dans un appartement vide qui pourrait autant être celui où elle a joué autrefois que celui des jumeaux du film présent. Le vécu ne se voit pas mais se sent à travers le regard des acteurs et leurs pas sur le parquet usé. Tout est question de temps, de famille et de cinéma ici : des rôles sont attribués, on invente des histoires, on les vit, on répète les mêmes scènes et on s’ennuie entre les prises. Il y a aussi ces moments de gêne, où on ne sait plus quoi dire, qui contre toute attente ne deviennent pas des souvenirs figés mais restent ou deviennent tout autre, comme ces films qu’on revoit – ou qu’on se repasse simplement dans la tête – et qu’on perçoit différemment. Toutes ces choses d’une vie qui se retrouvent agglutinés à la fin dans un garage en sous-sol, noyé parmi une multitude d’autres, donnent le tournis parce qu’ils peuvent autant faire appel aux souvenirs qu'à de nouvelles perceptions. Qu’est-ce qu’on fait de ça ? Qu’est-ce qu’on fait de ce patrimoine ? On le garde pour l’instant, on verra bien…

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : sam. 17 janv. 2026 22:25
par cyborg
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Esthappan - Govindan Aravindan - 1980

Dans un petit village côtier d’obédience chrétienne , un homme attire la curiosité par son comportement mystérieux : réalise-t-il des miracles ou des larcins ? Est-il un fou ou un saint ?
La question des croyances diverses traverse toute l’œuvre de Aravindan, de Kanchana Sita (récit mystique et mythologique) à Kummatty (les fables populaires) et Esthapan permet à l'auteur de creuser cette thématique. Le titre "Esthappan", prénom du personnage central, se traduit en "Stephane", c'est à dire "Etienne", qui n'est autre que le premier martyr de la foi catholique. La question du film pourrait donc être "comment une nouvelle foi se repend elle ?". La force du film est de passer principalement par la parole et son imagination qui passe d'un groupe à l'autre : des anecdotes et des scènes se répètent, se complètent, varient, posant question sur la véracité des faits, les sensibilités de chacun.es, tandis que les rumeurs font s'infiltrer doucement le magique dans le quotidien. Il y a quelque chose d'un peu Pasolinien, période début de carrière, dans la façon dont l'auteur scrute les divers strates de la société relié par un individu marginal.Le film se clôt par deux séquences fortes. Tout d'abord des prises de vues documentaire d'une fête chrétienne locale, à laquelle se mélangent les différents personnages du film. Enfin nous voyons notre personnage principal, supposment saint, assoupi sagement au bord de la mer. Et si tout ceci n'avait été que le produit de son seul rêve ? Car les rêves aussi sont une affaire de croyance...


Je le re-re-redis mais je crois vraiment que Govindan Aravindan à sa place au palmarès des meilleurs réalisateurs de tous les temps. J'ai vu 5 films (je rêve de tout voir) et rien n'y est à jeter. Fasse qu'il soit plus reconnu un jour par chez nous.



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Zaa, petit chameau blanc - Yannick Bellon - 1960

Découverte de la réalisatrice française Yannick Bellon avec son charmant court-métrage pour enfant, "Zaa". Nous y suivons les aventures du chamelon éponyme, passant d'un propriétaire et d'une vie à l'autre, traversant la Tunisie. On songe à d'autres films de l'époque tel que Le Ballon Rouge, partageant la même poésie modeste. Les images sont magnifiques (on sent un fort travail des couleurs) et donnent envie de parcourir le pays de long en large.

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Jarmusch est définitivement lié à mes débuts de cinéphile, comme c'est sans doute le cas pour beaucoup de gens étant né dans les années 80 ou 90 (coucou Fret :D ). Découvrir Dead Man en dvd, ou Down by law. Aller voir Coffee & Cigarrete en salle (trainé par ma mère, viens-je de me souvenir, allez savoir pourquoi, je n'avais encore que 15 ans) et Broken Flowers (de mon plein grès cette fois, et seul ?). Puis suivre de loin, avec de moins en moins d'intérêt, n'avoir l'impression de ne rien avoir vu de lui depuis au moins 10 ans et ne pas tout à fait se tromper : j'avais vu Patterson (2016 !), ainsi que The Limit of Control quelques années plus tôt. Je n'avais guère envie d'aller voir celui-ci mais, que voulez-vous, on ne refuse pas une proposition amicale.

J'y ai, au final, trouvé exactement ce que je pensais y trouver. Un cinéma entre minimalisme et névrose. Une sorte d'enfant bâtard entre Resnais (mauvaise période) et Wes Anderson, très satisfait de lui même. Ici l'auteur construit une grammaire qui se dédouble. en symboles (les objets, les véhicules, les mots etc) et en idées de mise en scène (les vues zénithales sur les tables etc...), pour mieux se recycler à l'infini. Ou sommes nous, dans l'Oulipo du cinéma ? 3 courts-métrages ? On aurait pu en faire 4 ou 5, non ? Pour qui en à la patience (et je n'ai guère de problème avec la lenteur au cinéma), le film se suit comme le ronron réconfortant d'une machine à laver langoureuse, prise de temps à autres d'un bon mot d'esprit ou d'un trait d'humour pour donner un signe de vie. J'ai surtout du mal à y voir autre chose qu'un film bourgeois qui peine à ne pas trop ressembler à un shooting de mode (l'idéal est bien sur sur un parquet parisien, mais la "cabane" du 1er père est tout aussi photogénique). Je fini par me demander ou à donc bien pu disparaitre le spleen mélancolique de Permanent Vacation ? Serait-ce donc ça, vieillir ? Qu'un tel film puisse recevoir la plus haute récompense d'un des festivals les plus importants au monde me laisse pantois.

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : dim. 18 janv. 2026 06:09
par sokol
cyborg a écrit : sam. 17 janv. 2026 22:25 Je fini par me demander où a donc bien pu disparaitre le spleen mélancolique de Permanent Vacation ? Serait-ce donc ça, vieillir ? Qu'un tel film puisse recevoir la plus haute récompense d'un des festivals les plus importants au monde me laisse pantois.
Je pense qu’il faut mourir plusieurs fois pour ne pas vieillir. Comment ? Pour cela, il n’existe pas de formule toute prête. Ou bien arrêter ce métier, purement et simplement, et faire autre chose. Ou encore faire comme Guiraudie : mener autre chose de front : écrire de la littérature.

Mine de rien, il faut reconnaître que Kusturica (tiens, un copain de Jarmusch !!) a su s’arrêter à temps. Par exemple hein ?

Quant à Jarmusch, j’aime profondément plusieurs de ses films : Paterson (un chef-d’œuvre !!), Stranger Than Paradise (j’adore !!), Ghost Dog. En revanche, je déteste Only Lovers Left Alive et je n’arrive pas à aimer Dead Man (hollywoodien, à mon goût).

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : dim. 18 janv. 2026 11:48
par cyborg
@sokol : oui je me souviens l'enthousiasme de certain ici pour Patterson, dont toi. Je ne savais pas trop quoi en penser et votre enthousiasme m'avait plutôt convaincu. Mais j'ai l'impression de m'en souvenir à peine, ce qui n'est pas un très bon signe...

Pour Dead Man il faudrait que je l'ai revois, je l'ai vu vers 16 ou 17 ans sans doute, et il m'avait fait un fort effet (j'ai aussi réécouté souvent sa musique). Je serais curieux de le revoir si l'occasion se présente !

Quant à Kustutu, il a vraiment arrêté ? Ce ne sont pas plutôt ses positions politiques (pro-Poutine) qui bloquent leurs distribution par chez nous ?

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : dim. 18 janv. 2026 20:32
par cyborg
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Riddles of the Sphinx - Laura Mulvey & Peter Wollen - 1977

Tandis que le concept de "male gaze" à largement dépassé la renommée de sa créatrice, Laura Mulvey, ses films sont bien plus méconnus. Autrice de 7 films, dont 6 cosignés avec son compagnon Peter Wollen, elle y déconstruit les possibles du cinéma tout en prolongeant ses réflexions sur la société contemporaine, particulièrement les questions féministes. Son œuvre la plus célèbre, Riddles of the Sphinx, gravite autour de la célèbre énigme que le sphinx pose à Oedipe, tout en mettant en avant un point oublié : dans le récit le sphinx est de sexe féminin alors qu'il s'agit d'une figure généralement considérée comme masculine. Quel est donc cette énigme complémentaire posée aux spectateurices ? L'ensemble du film sera constitué par un équilibre mystérieux entre l’Angleterre des années 70 et une fascination (?) pour la mythologie égyptienne.

Le film est séparé en 7 parties très différentes, allant de l'expérimentation visuelle à la pure prise de parole discursive. Le plus longue partie est elle-même découpée en 13 séquences, narrant la prise de conscience progressive, politique et féministe, d'une jeune femme de la classe travailleuse. De son couple à ses relations amicales, de sa position de travailleuse et de mère, nous suivons l'impact sur sa vie quotidienne et son émancipation progressive. Chacune des séances est mise en scène de la même façon : un long plan-séquence panoramique (souvent à 360°, voir plus) observant les lieux de la scène (intérieurs domestiques (cuisine, chambre à coucher), parc public, magasin, usine etc), ou s'inscrivent les voix des protagonistes. Réflexion intimes, discussions, débats, lectures, le discours se construit peu à peu, sous nos yeux, directement dans l'environnement que nous scrutons patiemment. Bien que perturbant, le choix se révèle rapidement judicieux, n’empêchant aucunement la compréhensions de la narration et des enjeux, tout en se posant en proposition radicale sur le point de vue de la caméra et la construction habituelle des images. On se croirait chez Snow qui aborderait frontalement le cinéma militant. Le résultat est aussi singulier que convaincant, mais peut-être à réserver tout de même aux curieux les plus aguerris :D


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Si Jarmusch (vu juste avant) se rassure par sa main-mise minimaliste sur le monde, Pinho est son antidote, cinématographiquement du moins. Rarement ai-je eu l'impression de voir un film qui cherche aussi frontalement à se confronter au foisonnement et à la complexité du monde et de son époque. C'est donc, à mon sens, bien plus de ce type de cinéma dont nous avons besoin aujourd'hui.

Et ce même si le film en lui-même n'est pas exempt de nombreux défauts. On lui reprochera facilement une certaine faiblesse récurrentes de mise en scène (trop de dialogue champ-contre champ), trop de scènes purement discursives et didactiques mais également une petit côté "feuilletonnant" qui nuit à l'ensemble. En discussion (le réal était dans la salle), Pinho dit vouloir redéfinir un nouveau rapport au temps en se référant notamment au format Série TV qui propose des visionnages de 6, 8, 10h ou plus et de vouloir l'appliquer à son cinéma. Le comparaison me semble assez problématique par les spécificités même des medium. Alors que le temps au cinéma peut se manifester par la durée des scènes ou des plans (des choses que font par exemple Lav Diaz ou Albert Serra, parmi d'autres bien sur), Pinho n'emprunte jamais cette voie et préfère une somme de scène(tte ?)s les unes après les autres. Et ces scènes n'ont que rarement un véritable effet les unes sur les autres, finissant par ressembler à une accumulation d’anecdotes (Le héros se coupe le pied sur une huitre, ce dont on ne reparle plus jamais. Le héros rencontre tel personne, qu'on ne revoit plus jamais etc etc...). De la sorte je ne suis pas étonné qu'il y ait une différence aussi gigantesque entre la version normale (3h30) et la version "director's cut" (5h20) qui sort ces jours-ci en salle Je suis près à parier qu'il s'agit "juste" de 20 scènes en plus. Et d'une certaine façon : à quoi bon ? Le message du film est suffisamment clair, et aurait même pu gagner à être largement élagué, ou tenu par un arc général un poil plus appuyé. Ou alors... il fallait précisément proposer une série-TV expérimentale, mais nous entrons alors dans des débats de valeur de médium...

Bref, je chipote, car même si je suis sorti du film quasiment à bout (d'impatience ?), je le trouve passionnant. Très pertinent dans le choix de son personnage principal, entre blank-space et ingénu, calquant son regard sur celui du spectateur occidental, découvrant peu à peu le dédale confus qu'est l'Afrique contemporaine dont les plaies coloniales sont encore loin d'être apaisées. Le film s'ouvre sur une route (et se penche sur la possible construction d'une route) mais se clôt sur un fleuve. C'est donc la solidité même du sol, de nos appuis et de nos convictions, qui se sont progressivement affaissés tout au long du visionnage. Le symbole est beau, presque autant que le titre anglais du film, que je préfère à celui français et portuguais : I Only Rest in the Storm.

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : dim. 18 janv. 2026 23:22
par yhi
cyborg a écrit : sam. 17 janv. 2026 22:25 Esthappan - Govindan Aravindan - 1980
Vu aussi, mais le film a fini par complètement me larguer. L'impression d'avoir vu deux films. La première partie qui m'a un peu fait penser à Pasolini effectivement (pas ce que je préfère déjà) à laquelle j'ai réussi à accrocher pendant un temps mais que j'ai fini par trouver répétitive. Puis la partie finale, pendant la fête/spectacle qui m'a évoqué "Grand tour" pour cet aspect documentaire qui vient se glisser dans quelque chose de très fabriqué auparavant, mais dont je ne voyais plus les liens avec ce qui précédais. Mais peut être j'avais déjà lâché le morceau et que c'est le genre de film que j'aurais du éviter fatigué, un soir de semaine.


Intrigué par le texte sur le film de Laura Mulvey. J'avais vu un film de Peter Wollen (sans savoir qui ils étaient l'un par rapport à l'autre) il y a quelques temps que j'avais apprécié.

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : lun. 19 janv. 2026 09:51
par cyborg
@yhi oui il est vrai que ce n'est pas le meilleur film que j'ai vu de lui, mais il me plait tout de même beaucoup. C'est vrai qu'il est assez lent et la narration, par ses variations répétées, peut désarçonner ou désintéresser, j'imagine.
Je continue à conseiller fortement Kanshana Sita ou Thampu, d'ailleurs tous les deux sur youtube.

Pour le film de Mulvey il est là https://yts.bz/movies/riddles-of-the-sphinx-1977 si tu fais du torrent, sinon je peux te l'envoyer.


J'en profite pour dire que je cherche à voir des films de Susana de Sousa Dias, si qqn à ça sous le coude :D

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : lun. 19 janv. 2026 11:20
par cyborg
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Ma frère réunit deux tropismes du cinéma français, le film "de banlieue" et le film "de vacances" pour dresser un portrait de la jeunesse française d'aujourd'hui. Nous suivons ici un groupe d'enfant quelques jours en colonie de vacances dans la Drôme, ainsi que la vie de deux de leurs monitrices en pleine entrée dans l'age adulte.

J'étais très curieux de voir le film pour deux raisons. J'ai moi même longtemps trainé dans les colonies estivales, à un rôle particulier qui m'a beaucoup appris : je n'étais ni "enfant" ni "animateur" mais photographe pour la structure d'organisation. D'autre part je m'intéresse de près à la représentation de l'enfance, dans l'art en général mais au cinéma en particulier. Notamment pour la raison que j'y vois un sujet, par essence, irreprésentable : un enfant, n'aura jamais les moyens (intellectuels, techniques) pour comprendre et représenter pleinement ce qu'il est, et la place qu'il occupe dans la société. Tandis qu'un adulte, ne pourra toujours que se souvenir et fantasmer ce qu'est la vie d'un enfant. J'y vois donc un point passionnant et infini (c'est d'ailleurs une des thématiques de mon propre travail d'artiste).

J'avais la crainte de voir une copie du peu convaincant Nos Jours Heureux (film qui à déjà 20 ans !!!) qui s'affichait comme une comédie aux ressorts éculés, mais le duo de réalisatrices opte pour un film naturaliste, à l'équilibre entre le rire et le drame. L'exercice, particulièrement délicat, est pourtant réussi avec brio. Ici les enfants ne sont ni "de petits adultes" ni "des être naïfs", mais sont des êtres à part entière, pétris de singularités, de joies, d'angoisses, de questionnements, de dénis. La réussite tient notamment à la place de la parole, son jaillissement quasi-constant, caractéristiques des groupes d'enfants. Nous sommes sans cesses plongés entre des répliques bêtement drôle ou drôlement bête, franchement simples ou simplement franche, qui surgissent également très souvent en hors-champs sonore, essentiel à l'approche vivante du film. C'est une sensation que je n'ai connu qu'entouré de groupe d'enfants (groupe devant, de surcroit, avoir acquis une certaine aisance) et que je n'avais jamais eu l'impression de retrouver dans un film.

Si la dimension sonore du film est une réussite, j'ai du mal à être aussi enthousiasmé par son approche visuelle. Constamment filmé en plan resserré, au plus près des visages et des corps (même si cela pourrait se justifier comme voulant nous positionner "au même niveau qu'un animateur") ce choix de mise en scène fini par souligner, à mon sens, une faiblesse évidente. Pas de gestion de l'espace, pas d'approche d'ensemble, de respiration... je crains que toutes ces absences témoignent plus d'un non-choix et d'une facilité (lié à une éducation aux images passant par les smartphone dont les images sont toujours très proche ? - je ne connais pas l'age des réals, mais elles doivent être jeunes) que d'une décision pleinement consciente.

Ce (gros) bémol mis à part, je dois dire ne pas me souvenir d'avoir vu aussi bien porté à l'écran la construction d'un groupe, l'évolution des relations, le dévoilement progressifs des personnalités, étapes toutes constitutives d'une séjour en colo. Le judicieux choix de faire un film de près de deux heures permet de donner une profondeur sensible à ce microcosme temporaire et fragile, ponctués de scènes qui dépassent largement l'anecdote. Je pense à la visite au mémorial de la shoah, qui pourrait être traité en 2 minutes, mais qui se déploie progressivement, des discussions dans l'exposition à l'écoute attentive du témoignage de la survivante, jusqu'aux jeux sur le toit panoramique. Ici la réussite tiens donc au temps étant accordé à chacun, toujours apte à sortir du cliché qu'il aurait pu véhiculer. Et peut-être est-ce simplement pour cela que le film se révèle précieux.

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : mer. 21 janv. 2026 11:59
par Tamponn Destartinn
cyborg a écrit : lun. 19 janv. 2026 11:20 je ne connais pas l'age des réals, mais elles doivent être jeunes
Elles ont plus de 30 ans, en tout cas.
J'allais enchainer avec "donc elles ont notre âge", genre la trentaine = nous...
Mais en vrai ça doit plus tourner autour des 4 ou 5 de moins que nous. :cry:


Super film et très bonne critique ! :jap:

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : mer. 21 janv. 2026 15:16
par groil_groil
Salut tout le monde.
je n'ai quasi plus le temps de passer ici malheureusement, alors de là à écrire sur les films.
mais bon, quelques mots rapides :

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Comme vous le savez, je suis en pleine intégrale Chabrol, j'avais évidemment déjà tout vu, mais rien de tel que des rétrospectives complètes. J'ai vu qu'arte en repassait plein des meilleurs, en gros ceux réédités récemment par Tamasa, et j'ai donc l'impression que tout le monde remate du Chabrol en ce moment, c'est cool (mais peut-être pas de façon aussi jusqu'au boutiste que moi). Celui-ci est super important pour moi, car au delà du fait que c'est un de mes trois préférés et un de ses trois meilleurs (les trois se suivent en plus) c'était l'un des films préférés de mon père, et c'est lui qui me l'avait montré alors que j'étais très jeune, il était bouleversé par ce film, et je l'ai immédiatement été aussi, bien des décennies avant de moi aussi être père et de pouvoir appréhender correctement le drame traversé par le héros. Duchaussoy fut un acteur magnifique, d'ailleurs, on l'a oublié aujourd'hui, c'est injuste, je trouve. Bon et bien évidemment Yanne est un monstre d'acteur, il te bouffe l'écran, et je crois que personne n'a jamais aussi bien joué les salauds que lui. Et le film est bien évidemment le chef-d'oeuvre absolu dont je me souvenais, quasi par coeur.

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Pas vu en salle, je l'ai rattrapé en bluray suite aux bons échos entendus un peu partout. Je n'en attendais rien de particulier, mais j'ai pris une bonne claque. C'est un film magnifique, d'une amplitude et d'une ambition qui n'en finissent pas de se déployer au fil du film. Le film est superbement mise en scène, et il crée avec le spectateur un degré de connivence qui augmente au fur et à mesure, exactement comme le lien entre cet homme et ce chien qui n'en finit pas se s'intensifier alors qu'il ne part de rien, voire même d'un rejet. Je ne sais pas ce que le cinéaste à fait avant ça, mais je vais suivre ses prochains films, c'est certain.

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Le nouveau Jarmusch ne paie pas de mine et se présente tout en modestie, mais c'est justement ça qui en fait un grand film. Déjà, si ça semble facile, il est en réalité très dur de réussir un film à sketches, car il faut jongler avec tout et parties, rendre intéressante chaque partie en soi tout en parvenant à créer un tout cohérent, et JJ, coutumier du fait, s'en sort une fois de plus admirablement. Evidemment le sujet du film est le rapport enfants / parents, mais plus que ça, je trouve que ce que dit le film c'est que dans un tel rapport de famille, on se croit tous obligé de cacher ce qu'on est vraiment, tout du moins en partie, aux yeux de ses parents ou de ses enfants. Dans le premier film c'est le père qui cache qui il est vraiment à ses enfants, dans le second c'est la fille qui cache à sa mère qui elle est, et enfin, dans le troisième, les enfants peuvent enfin vivre en harmonie et découvrir la vérité sur leurs parents, mais parce qu'ils sont décédés. C'est un constat amer mais très pertinent de la notion de famille, dur mais balancé tout en douceur ce qui pour autant est loin d'en atténuer le propos. Et la balade dans Paris dans le troisième sketch est absolument merveilleuse.

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J'adore deux films des Charlots, icelui et Le Grand Bazar, tous deux réalisés par Zidi et je voulais les montrer aux enfants. Gros succès, ils ont adoré, et ont ri tout du long. Normal ce film génial propose un humour intemporel et irrésistible inspiré des grands du muet à commencer par Buster Keaton, mais aussi pas mal inspiré de Tati (autre grand cinéaste du muet, période parlante). Par dessus ça, les gags sont poétiques et empreints d'humour absurde, c'est encore une fois un vrai régal.

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Revoir un Hong Sang-Soo plus ancien permet de saisir avec encore plus de justesse combien son cinéma a évolué avec le temps, pour s'assécher dans un minimalisme qui semble parfois forcé, qui donne parfois des réussites, mais qui in fine me paraitra toujours moins beau que ce genre de films à la Turning Gate. Pourtant le propos est exactement le même mais le cinéaste est plus généreux dans ce qu'il nous donne à voir et dans la façon dont il le met en scène. Il filme en ville, dans des décors réels, il y a des figurants, bref, et même si en disant ça j'apprécie aussi la radicalité qui meut son cinéma actuellement. Ah et quelque chose de très étonnant, dans ce film il y a du cul. Plusieurs scènes. ça me semble impossible dans le cinéma d'HSS actuel.

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Encore un immense Chabrol, un des trois plus grands, un des plus hitchcocko-langien comme le cinéaste aimait à se définir. Précis de mise en scène comme si on était à l'école, et une Stéphane Audran lumineuse, flamboyante, incandescente.

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Dans les immenses Chabrol, celui-ci n'est pas toujours le plus cité, alors que c'est un chef-d'oeuvre total, servi par les deux meilleurs acteurs du monde, et sans doute celui dans lequel le cinéaste se fait le plus cruel. On dit avec raison que Chabrol est le cinéaste qui a croqué et raillé la bourgeoisie de province, à la Flaubert, mais je crois que jamais il n'a été aussi cruel et sans pitié envers eux que dans ce film-là.

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La Rupture est un étrange film dans lequel le personnage joué comme toujours à l'époque par Stéphane Audran voit sa vie méthodiquement ruinée par un homme payé par son beau-père richissime désirant la détruire car elle accuse, à juste titre son fils (son mari donc) drogué, d'avoir voulu la tuer ainsi que leur enfant. Le film est longue déconstruction du personnage dans une pension de famille qu'on imaginerait très bien dans un vieux film de Duvivier, Chabrol jouant à merveille de la référence avec le cinéma français pré-Nouvelle Vague pour y insinuer en douceur mais de façon pernicieuse toute la cruauté inhérente à son oeuvre.

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Un homme marié assassine sa maitresse, qui se trouve être la femme du couple qui sont les meilleurs amis du sien. Pris de culpabilité, il fait tout pour qu'on devine qu'il est l'assassin, mais comme personne ne fait attention, il va jusqu'à se dénoncer, et puisqu'on ne le croit pas ou qu'on lui pardonne il finira par se suicider. De toute la grande période de Chabrol, on a coutume de dire que c'est le grand film raté du lot, mais c'est compliqué que ça à la revoyure. Le film n'est pas sans intérêt loin de là et propose plein de pistes de réflexion qui dépassent largement le simple cadre du thriller, notamment en faisant plusieurs pas de côté vers le fantastique, l'abstraction, qui sont sans doute ce qui a valu sa mauvaise réputation au film mais qui paradoxalement lui donnent cette véritable originalité.

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3ème et dernier opus de la saga, réalisé comme le second par Brian Yuzna (qui était aussi producteur du 1er, le chef-d'oeuvre du genre), c'est aussi le plus fauché (tourné entièrement en Espagne et avec des comédiens, hormis le héros, et une équipe espagnols), et le plus dispensable des trois. Il n'empêche qu'il contentera les fans de gore et de cette série adulée à juste titre, notamment pour, comme à chaque fois, un final dans la surenchère.

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Revu ce film pour le montrer à mon fils qui a un tropisme pour le western, tant mieux. Je n'avais pas aimé la première fois, c'est l'époque où le cinéma grand spectacle hollywoodien me rebutait souvent de principe. Mais j'ai adoré le dernier Costner en date, un chef-d'oeuvre pour moi. Et là j'ai complètement réhabilité son classique, qui est un film absolument merveilleux et que j'ai vu ici dans sa version longue de 4 heures ! Il est l'un des rares westerns si ce n'est le premier (évidemment il y a la jurisprudence Soldat Bleu, mais je vois plus ce film comme une allégorie de la guerre du Vietnam transposée en western), à se mettre 100% du côté des Indiens et à défendre une population qui a totalement été décimée par les blancs. Le film parle de ça justement, et on a vraiment l'impression que Costner est comme son personnage, tout seul a essayer de garder cette frontière qui n'existe bientôt plus et qui disparait en même temps que le peuple indien. Une vraie merveille réhabilitée.

ImageÀ l'Est avec Sonia Wieder-Atherton

J'avais laissé en plan ma rétrospective intégrale Akerman alors qu'elle était presque achevée, je reprends donc après quelques semaines de pause avec ce film dans lequel elle filme cette violoncelliste qu'elle aime beaucoup (elle lui a déjà consacré un autre film), en train d'interpréter un répertoire issu de pays d'Europe de l'Est. C'est plus à écouter comme un concert qu'à regarder comme un film mais la musique est belle et bien jouée.

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Yann Gozlan avait créé le buzz avec Boite Noire, même si le film n'était pas aussi bien qu'on voulait nous le faire croire, il y avait pourtant quelque chose. Il revient avec deux longs en quelques mois, un qui sort très prochainement, et ce Dalloway qui traite de disparition de la liberté individuelle face à la présence de plus en plus grande que l'homme concède à l'IA. C'est encore un peu scolaire, tourné avec trop peu de comédiens dans un lieu clos pour qu'on ait envie d'y croire, mais franchement il tient son film de bout en bout et le constat est plus qu'amer. Et j'aime l'idée que le cinéma français s'intéresse au cinéma de genre, on l'a souvent délaissé à tort par excès de cinéma d'auteur, on y revient et c'est très bien.

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Revisionnage d'un film qui a de nombreux défauts, scénario, morale, crédibilité, j'en passe, mais que j'aime bien car malgré tout cela le film est prenant et distille une imagerie d'époque qui me plait beaucoup. Je parle dans quelques lignes du Chien 51, mais on n'est pas si loin, car là aussi on invente quelque chose qui se substitue à la justice, et je trouve ça très bien, il y a un vrai regard critique, qu'on soulève dès l'époque ce genre de problème, surtout quand on voit qu'aujourd'hui le déni de justice et la soif d'appliquer soi-même sa propre justice sont devenus d'affreuses réalités.

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Comme pour Danse avec les Loups évoqué plus haut, c'est le genre de films que je détestais à l'époque, espèce de néo-classicisme pompeux, que je trouve merveilleux aujourd'hui, car le temps est passé, la patine s'est déposé, et surtout je ne rejette plus le classicisme des 80's qui n'est ni plus ni moins que la prolongation d'un cinéma antérieur avec les moyens de l'époque. Ici c'est clairement du David Lean, ce n'est certes pas très aventureux comme cinéma, mais c'est absolument magnifique à chaque plan.

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Paris dans un futur proche. La ville est divisée en trois zones, séparées par des checkpoints ultra sécurisés et infranchissables. Zone 1 grand luxe, pouvoir et argent, Zone 2 hyper bien, genre les arrondissements à 1 chiffre, et zone 3, la misère, les pouilleux, la mort, la peste, le choléra, etc. La sécurité de la ville est gérée par une IA, à grands coups de drones armés qui n'hésite pas à tuer tout ce qui ne respecte pas les règles; On est clairement dans une société de faf, mais pas si loin de celle qui nous pend un nez bientôt. Un ponte, l'inventeur de ce gros logiciel de sécurité est assassiné alors qu'il rentre chez lui (Ile Saint Louis, zone 1). Deux flics, une de zone 2 (Adèle E.) et un de zone 3 (le gros Gilou, loser dans sa life et qui traine ses souffrances comme sa bedaine) vont être forcés de travailler ensemble pour tenter d'identifier le ou les coupables de cet assassinat qui fait trembler la pouvoir en place. Le film s'est tellement fait descendre autour de moi que je vous avoue que je l'ai regardé pour pouvoir m'en moquer. Eh ben figurez-vous que j'ai trouvé ça super bien. J'avais déjà beaucoup aimé le Novembre de Jiménez, et là je dois dire qu'il revient à la fiction pure avec beaucoup de réussite, réussissant là où Besson échoue à chaque fois depuis 45 ans, à savoir réaliser un gros film de genre à la française, avec des moyens, de l'action, et du fond. Nous avons la chance d'avoir les plus grands créateurs d'univers en bande dessinée, je pense notamment à Möbius ou Bilal, et sommes incapables de transformer ça au cinéma. Eh bien Giménez le réussit parfaitement, son film m'évoque beaucoup la transposition des univers de Bilal ou de Möbius au cinéma d'ailleurs, comme jamais je ne l'avais vu auparavant. Bien sûr, tout n'est pas parfait, les seconds rôles pêchent parfois, souvent, mais l'ensemble tient parfaitement la route et se savoure avec autant d'intérêt qu'un bon film américain du genre. Jamais je n'ai tiqué ou ai été gêné par un truc qui faisait pitié ou ne tenait pas la route, j'ai simplement été embarqué. Et si il y a sans doute quelques clichés, c'est inhérent au genre et on les accepte avec beaucoup de facilité. Preuve que le film est réussi, le scénario ne s'effondre jamais, tient la route jusqu'au bout, et même la révélation finale n'est pas décevante, c'est dire. L'ensemble est à la fois un beau film d'action et un film qui met le doigt sur les dérives facistes et d'utilisation à outrance d'IA, avec justesse, sans lourdeur, et avec un sens du divertissement cinématographique omniprésent.

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : jeu. 22 janv. 2026 11:39
par groil_groil
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Espèce de comédie de boulevard sur la thématique de la jalousie, dans une bourgeoisie cosmopolite et décomplexée, avec un casting aussi énorme, délirant, qu'international (Bruce Dern, Jean-Pierre Cassel, Francis Perrin, Charles Aznavour, Curd Jürgens, Stéphane Audran, Sydne Rome, Ann-Margret) qui laisse supposer la coproduction internationale, ça sent aussi le projet de commande, mais non, Chabrol est auteur du scénario en solo (ce qui est rare) et le projet semble personnel, et le résultat est avec forcément beaucoup de post-synchro, ressemble à une mauvaise comédie américaine ou italienne, est criard, désordonné, loufoque et très irritant. Le film est inconnu mais on comprend pourquoi, c'est l'un des plus gros ratage de Claude Chabrol.

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : jeu. 22 janv. 2026 12:17
par cyborg
@Tamponn Destartinn : :D :cry: & merci ;)


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Death of Yazdgerd - Bahram Beyzai - 1982

Au VIIème siècle, l'assassinat de Yazdgerd, dernière empereur perse avant les invasions musulmans. Alors en fuite, il se réfugie dans un moulin ou il se fait assassiner. Le film narre la discussion entre, d'un côté le meunier, sa femme et sa fille et de l'autre 3 sommités (un général, un prètre...), tentant de tirer l'affaire au claire. Les récits se déploient, se contredisent et se reconfigurent progressivement. Y sont débattus les questions de pouvoir et de violence, de divin et de chair, de vrai et de faux, dans des échanges portés par un souffle lyrique continu. Nous sommes devant l'adaptation évidente d'une pièce de théâtre mais la mise en scène est suffisamment dynamique (nombreux découpages, surcadrages, mouvements d'appareil etc...) pour faire oublier le dispositif en huis-clos. La comparaison vaut ce qu'elle vaut mais il y a quelque chose d'un peu Shakespearien dans les enjeux qui se jouent. Il est en tout cas réjouissant de voir un cinéma iranien très loin de ce qu'on en connait habituellement.

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Margarita y el lobo - Cecilia Bartolome - 1969

Quand on a la chance de voyager et de visiter les expositions permanentes des musées, il est toujours plaisant de découvrir les variations locales des mouvements artistiques. Quels sont les variations internationale du cubisme, du surréalisme ou du constructivisme que l'on à l'impression de connaître par cœur ? Joie de voir comment des façons de faire et de penser ont pu être réinterprétés dans divers contextes.

C'est un peu de ça dont il s'agit avec Margarita y el lobo. L'impression de voir une œuvre qui lorgne très fort vers la Nouvelle Vague française, Godard en premier lieu (je songe à Une femme est une femme par exemple) mais dans un contexte et des références bien différentes. Ce qui pourrait sembler redondant, ou déjà vu, semble alors frais (mais l'écart temporel aide aussi - cela aurait peut-être été très pénible à voir en 69). Ceci néanmoins à une différence près : il s'agit d'un film d'une réalisatrice. Qui narre de surcroit la vie et l'émancipation d'une jeune femme de l'emprise de son couple bourgeois. La différence n'est pas anodine et le propos du film très différent de ce qu'on connait pour l'époque. L'ambition et l'aisance de Cecilia Bartolome, d'autant qu'il s'agit d'un moyen-métrage (45 minutes) de fin d'étude (!), n'en est que plus impressionnante.


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Shoot for the Contents - Trinh T. Minh-ha - 1991

Les films de Trinh T. Minh-ha sont parmi les plus complexes que je puisse connaitre - mais aussi les plus passionnants. Shoot for the content est une tentative de documentaire ethnographique sur la Chine, tout en posant sans cesse la question de l'impossibilité même du geste : comment comprendre un pays aussi immense et riche en quelques minutes à travers une caméra ? En mélangeant des citations de Mao et de Confucius, Minh-ha mélange les styles et les genres pour faire un impossible portrait, largement inscrit dans les problématiques politiques de l'époque (on y évoque plusieurs fois les évènements de la place Tian'anmen). Je crois qu'il n'y a que Godard qui a pu pousser aussi loin ce type de forme et d'interrogation - même si les résultats finaux sont très différents. Et comme pour Godard, ces films vaudraient largement de multiples visionnages.

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : lun. 26 janv. 2026 14:16
par Tamponn Destartinn
Deux films vus en avant premières, bientôt sur les écrans, à avoir absolument :


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En deux long métrages (plus des courts que je dois rattraper), Martin Jauvat a déjà créé un univers qui n'appartient qu'à lui. Déjà, il en est l'acteur principal, mais cela va bien au delà : il y a un ton BD, que seul Sattouf avec ses deux films avait aussi bien su retranscrire.
La comparaison est forte, mais elle est à la hauteur de la qualité des films de Jauvat. Surtout, il a su faire bien mieux que Grand Paris, ici. C'est son premier film produit dans des conditions classiques professionnels (distribué par le Pacte, etc) et il ne s'est pas fait bouffer son originalité pour autant. Au contraire, il a su inviter la grosse machine à jouer à sa manière, à commencer par Emmanuelle Bercot, incroyable dans la comédie avec son personnage de prof d'autoécole/prof de séduction.
Baise-en-ville appartient à ces films très simples dans leur dispositif, où tout coule de source, où tout s'enchaine sans temps mort, dans un jusqu'au boutisme maitrisé et bien dosé. Ca a l'air de rien, alors que c'est super dur à faire.
Le mec a à peine 30 ans, j'espère que cette nouvelle étape dans sa carrière va déboucher sur un succès, lui permettant de continuer, sans se perdre. Il mérite toute votre attention, en tout cas.


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Kelly Reichardt a fait une masterclass suite à la projection, et c'était très drôle car elle fuyait les questions de son interviewer, refusant de sur-analyser son film. Et quand un spectateur a pris la parole pour faire des parallèles entre son film et ses précédents, elle a répondu "c'est drôle, je pense toujours faire quelque chose de totalement nouveau, et puis on vient me dire non non, tu as encore refait le même film, et je me dis zut, encore raté !"
Bref, elle est très drôle, mais elle encourage surtout à éviter de parler du film, juste à le prendre tel quel et tant mieux si on l'a aimé.
Ceci étant dit : oui, elle fait toujours le même film ! Ou du moins, on est dans une continuité. Un type cherche à dépasser sa condition personnelle en enfreignant la loi, sans penser à mal mais sans trop penser tout court, totalement hermétique à la Grande Histoire qui se passe en parallèle sous ses yeux, et qui va finir par le rattraper. C'est First Cow en 1970, quoi !
Et c'est super. Les films d'époque lui vont bien, décidément. Peut-être justement parce que le recul sur le monde que cela lui apporte permet d'être plus précise et donc plus pertinente. Dans tous les cas, difficile d'être plus clair et subtil à la fois dans la démonstration de ce qu'est l'individualisme libéral typique d'un homme médiocre qui se rêve meilleur qu'un Monsieur Tout le Monde.

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : lun. 26 janv. 2026 14:23
par groil_groil
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Marrant à revoir, ça tient plutôt bien la route, Le début patine un peu et puis dès que l'intrigue se met correctement en place ça devient très bien, une révolte pour tuer le père, sorte de croisement entre un Scorsese type Affranchis et Un Fauteuil pour deux. Ce qui est marrant (ou pas d'ailleurs) c'est que le film n'a plus du tout le côté putassier bling bling qu'il avait à l'époque (le film était vu comme le mètre étalon des années fric), et à même des allures d'un classique, c'est dire que l'évolution de notre monde, et nos habitudes, ne vont sans doute pas dans le bon sens.

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Vu avec les enfants et sincèrement on s'attendait à une merde (surtout étant fan de l'original d'Arnold et du roman de Matheson), mais non, belle surprise, cette adaptation est très réussie. Je ne pensais pas un jour dire quelque chose de positif concernant Jan Kounen, mais il faut admettre que son adaptation est fidèle au texte de Matheson, comme au premier film, qu'il respecte parfaitement les longs passages de silence liés à la solitude du personnage (il y a bien des moments de voix off mais ils interviennent comme chapitrage), que sa mise en scène est solide, ses effets spéciaux très bon, et surtout il ne cède pas à la facilité de faire un fin en happy end pour céder au grand public, livrant un film bien sombre et triste. Cette fin a totalement désarçonné les enfants d'ailleurs qui ne s'attendaient pas du tout à ça. Et malgré Dujardin, qui est très bon d'ailleurs, ça faisait longtemps, ce n'est pas un film comique, pas une once de comique dans le film mais un bel hommage cinéphilique.

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Après une pause, je reprend donc ma rétrospective intégrale Akerman en voyant ou revoyant comme ici les quelques films manquants. Almayer, adaptation de mémoire du dernier roman de Conrad est l'une des tentatives de fiction pures d'Akerman, et l'une des rares fois où elle adapte un texte, et tout cela ne lui réussit que modérement. Les paysages sont sublimes, sa mise en scène magnifique, il y a notamment des plans séquences incroyables, mais on sent que la cinéaste n'est pas à l'aise et s'ennuie un peu à respecter à la fois un livre et un scénario et qu'elle a envie de partager cet ennui avec nous.

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Tombée de nuit sur Shangaï - Chantal Akerman - 2007

Il s'agit d'un des segments du film collectif L'Etat du Monde dans lequel on trouvait également des courts de Weerasethakul, Wang Bing ou encore Pedro Costa. Je croyais me souvenir par coeur du film d'Akerman que j'aime beaucoup, mais je me souvenais d'un seul plan fixe durant lequel on voyait la nuit tombée. En fait non, il y a plusieurs plans, on voit même des gens, brièvement, même si la finalité est la même. Sorti du collectif il a évidemment moins de force.

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Une des grandes réussites de Chabrol post-âge d'or. Noiret y est aussi génial que glaçant...

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C'est je crois le tout dernier long d'Akerman, dans lequel elle dialogue avec deux films anciens : News From Home, surtout, mais aussi là-bas. No Home Movie est un film documentaire dans lequel elle dialogue avec sa mère. Soit in situ dans l'appartement de cette dernière, soit par visio quand la cinéaste est à l'étranger, principalement aux USA. Akerman veut montrer avec ce film que les nouvelles technologies de communication effacent toute idée de distance et qu'on est de fait jamais loin des gens qu'on aime. Le film est touchant si on connait bien l'oeuvre et la cinéaste, car la figure de sa mère est absolument centrale, et elle n'a jamais été filmée aussi longtemps que là, mais le film en tant qu'objet n'est plastiquement pas le plus réussi de l'oeuvre.

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Revu seulement 4 mois après le premier coup et c'est toujours un aussi bon film.

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : ven. 30 janv. 2026 15:40
par Tamponn Destartinn
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J'entame des ultimes rattrapes pour bien suivre les cesar cette année. Pour commencer, un de ceux que je regrettais le plus d'avoir loupé :

Très bon film sur l'oeuvre d'un artiste versus les contraintes d'une lourde industrie. Evidemment, il est question d'architecture, mais certainement que pour Demoustier, ça lui évoque aussi et surtout la fabrication d'un film de cinéma. L'originalité de cette histoire est que l'architecte personnage principal refuse le moindre compromis sur sa vision d'origine. Une grande question en ressort : cette intransigeance fait-elle de lui un grand ? ou bien est-ce que c'est ce qui l'a empêcher de devenir un grand ? Je pense que le film laisse un peu à chacun l'envie d'y voir la réponse qu'il veut. De mon côté, je pense surtout que ce qui lui a manqué est de la chance. Pire : il en a eu à foison au début, et il ne comprend pas quand ça s'arrête en plein milieu, avec la cohabitation qui arrive au pire moment. Et ça, c'est le cas pour tous les artistes de cette trempe.
En dehors de cela, le film est peut-être un peu trop sage pour être à la hauteur de son sujet. Presque comme Nouvelle Vague, pour revenir aux Cesar. Après, un film moins sage sur le sujet, ça donne The Brutalist, que j'aime moins. Donc bon...

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : ven. 30 janv. 2026 22:21
par Narval
Imperial Princess - Virgil Vernier
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Après Genève (Sapphire Cristal), Sophia Antipolis ou encore Andorre, Virgil Verner continue de creuser le sillon docu-fiction dans cette urbanité affreuse en filmant un Monaco ostentatoire et plus dégueulasse que jamais. Le fric est absolument partout et il est tout aussi clinquant que bruyant (moult insertion de publicités ainsi que de bagnoles pétaradantes dans le film). Plus que jamais dans ce court journal intime (48 minutes) entièrement filmé à la première personne, c'est une vie qui est filmée, mais c'est surtout une vie qui filme son territoire. Nocturne, balnéaire et agité bien sûr, mais aussi misérable (le vide affectif total des trois personnages), étouffant (la question de la paranoïa étant prépondérante) et maladif (le téléphone-caméra s'agitant parfois au bord de la nausée). Encore une fois, la ville est au centre du dispositif de ce film, [le personnage interprété par] Iulia n'étant que rarement présent dans le cadre, et c'est avant tout sa voix, son histoire intime qui vient colorer ces vues de Monaco, sans les illustrer ou les opposer pour autant. Dans cet équilibre entre les images brutes tournées au téléphone portable et la difficulté d'exprimer ses émotions (décalage culturel mais aussi linguistique oblige), il y a une correspondance qui fonctionne terriblement bien. Virgil Vernier a toujours trouvé des personnes passionnantes à filmer (avec une emphase pour les étudiantes originaires d'Europe de l'Est), ici non seulement ce personnage de fille d'un business man de pacotille est fascinant d'authenticité, mais en plus c'est elle qui vient s'emparer de sa propre mise en scène pour un double effet de réel désarmant. Difficile alors de ne pas être avec elle, plongée la tête la première dans cette galerie du mauvais goût moderne et de s'y sentir tout aussi "étrangère" qu'elle.

C'est peut-être même ce que j'ai trouvé de plus réussi dans ce Imperial Princess: s'en tenir à l'idée de faire tenir le portable à son interprète de A à Z, là où les autres films de Vernier mettaient réellement en scène, cadraient et inventaient une façon de faire exister leurs personnages dans un contexte extérieur, ici c'est le personnage lui-même qui va s'inventer une narration au travers de ce que l'on pourrait appeler des vlogs, d'autant plus glaçant qu'ils dégagent une effet de réel supplémentaire. Le quotidien de cette jeune femme d'origine russe qui peine à se trouver une place dans ce monde aberrant n'en devient que plus terrible. Non seulement car tout ce qui l'entoure est profondément inhumain (ces séries de paquebots décadents, ces galeries commerciales mortes ou ces salons de l'auto pour influenceurs), mais également car le spectre de Poutine et de son gouvernement de conquérant et d'oppresseurs plane toujours non loin (l'angoisse d'être suivie/filmée/écoutée, la liste de personnalités russes qui défile, les menaces d'assassinat de la famille restée au pays...). Bref tout est irrespirable et navrant et je ne vois pas beaucoup d'autres films capable d'instiguer autant de mal être en si peu de temps. Chapeau bas, j'en aurais volontiers repris, le film se terminant de façon un peu abrupte mais néanmoins glaçante, il faut bien l'avouer.

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : lun. 2 févr. 2026 11:09
par sokol
len' a écrit : ven. 16 janv. 2026 17:47 Father Mother Sister Brother de Jim Jarmusch

Le film est faussement découpé en trois, chaque segment n’existant qu’à travers les deux autres, comme une famille qu’on ne choisit certes pas mais dont les liens sont indéfectibles. Les répétitions, affichées d’abord comme telles, n’en sont pas non plus ; elles sont des variations de petites choses à l’image de ces repas de famille annuels qu’on peut confondre sans pour autant oublier. C’est la nostalgie en forme de ballade à trois temps qui guide ici l’écriture de Jarmusch, mais sans qu’il en ait l’intention au début, ce qui aboutit étrangement à une nostalgie qui se contredit en se tournant vers l’avenir. Le cinéaste laisse à chaque fois ses personnages, ses acteurs, sur un plan qui fait penser qu’on vient juste d’assister au début de leur histoire, de leur film. De même, les jeunes skateurs filmés au ralenti qui passent en toute liberté de segment en segment, font écho autant à une jeunesse insouciante déjà passée qu’à la possibilité de variations infinies pour la réinventer, notamment par le cinéma. Il suffit parfois d’un rien, comme une simple expression répétée à chaque dîner, dont on ne connaît même plus l’origine tant elle est ancienne, pour réussir à animer subitement des conversations presque éteintes. Les objets aussi connaissent des variations, comme cette rolex qu’on croit d’abord fausse alors qu’elle est vraie, puis vraie alors qu’elle est fausse pour ne plus être une chose que l’on garde par attachement à un être cher. Comme une évidence, une comédienne bien connue des cinéphiles finit par apparaître dans un appartement vide qui pourrait autant être celui où elle a joué autrefois que celui des jumeaux du film présent. Le vécu ne se voit pas mais se sent à travers le regard des acteurs et leurs pas sur le parquet usé. Tout est question de temps, de famille et de cinéma ici : des rôles sont attribués, on invente des histoires, on les vit, on répète les mêmes scènes et on s’ennuie entre les prises. Il y a aussi ces moments de gêne, où on ne sait plus quoi dire, qui contre toute attente ne deviennent pas des souvenirs figés mais restent ou deviennent tout autre, comme ces films qu’on revoit – ou qu’on se repasse simplement dans la tête – et qu’on perçoit différemment. Toutes ces choses d’une vie qui se retrouvent agglutinés à la fin dans un garage en sous-sol, noyé parmi une multitude d’autres, donnent le tournis parce qu’ils peuvent autant faire appel aux souvenirs qu'à de nouvelles perceptions. Qu’est-ce qu’on fait de ça ? Qu’est-ce qu’on fait de ce patrimoine ? On le garde pour l’instant, on verra bien…
:jap: :jap:

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : lun. 2 févr. 2026 11:28
par sokol
cyborg a écrit : sam. 17 janv. 2026 22:25

Ou sommes nous, dans l'Oulipo du cinéma ?
Je ne connaissais pas ce terme ; j’ai donc fait une recherche. Et je parierais cher que Saloth Sâr (Pol Pot), francophone par excellence, s’en est inspiré : il est passé de la Littérature Potentielle à la Politique Potentielle

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Posté : lun. 2 févr. 2026 11:47
par sokol
cyborg a écrit : dim. 18 janv. 2026 11:48 @sokol : oui je me souviens l'enthousiasme de certain ici pour Patterson, dont toi. Je ne savais pas trop quoi en penser et votre enthousiasme m'avait plutôt convaincu. Mais j'ai l'impression de m'en souvenir à peine, ce qui n'est pas un très bon signe...



Quant à Kustutu, il a vraiment arrêté ? Ce ne sont pas plutôt ses positions politiques (pro-Poutine) qui bloquent leurs distribution par chez nous ?
Je lisais hier soir son interview dans Les Cahiers du cinéma. Jarmusch y explique qu’il n’avait pas tourné depuis six ans (The Dead Don’t Die, 2019), film que j’avais adoré, et que je suis certain d’aimer tout autant en le revoyant. Il dit avoir chanté entre-temps, puis exprime l’envie de tourner de nouveau. Bon signe : ce n’est pas le besoin de raconter une histoire qui lui manquait, mais celui de fabriquer un film. Si l’on se fie à ses propos, et à cette longue absence, son dernier film naît d’un manque, ce qui n’est sans doute pas étranger au fait que je l’aie beaucoup aimé.

Kusturica, à l’inverse, n’a plus fait de films depuis une éternité. Il s’est reconverti en musicien, en organisateur de festivals et en notable culturel, tout en devenant, politiquement parlant, ouvertement une ordure assumée : pro-Poutine, pro-Loukachenko, proche de Milorad Dodik, chef politique des Serbes de Bosnie, et ainsi de suite. Mais tout cela n’a, au fond, rien de très nouveau... :poop:

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : lun. 2 févr. 2026 11:58
par sokol
Narval a écrit : ven. 30 janv. 2026 22:21 Imperial Princess - Virgil Vernier
J’aurais bien voulu le voir, mais ils ne l’ont pas pris chez moi… J’avais toujours beaucoup aimé ses films (Mercuriales, Sophia Antipolis) car, comme tu le dis, c’est l’un des rares cinéastes qui parvient à réussir la docu-fiction. Et j'apprends : c’est un moyen métrage !!

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : lun. 2 févr. 2026 12:20
par Narval
sokol a écrit : lun. 2 févr. 2026 11:58
J’aurais bien voulu le voir, mais ils ne l’ont pas pris chez moi… J’avais toujours beaucoup aimé ses films (Mercuriales, Sophia Antipolis) car, comme tu le dis, c’est l’un des rares cinéastes qui parvient à réussir la docu-fiction. Et j'apprends : c’est un moyen métrage !!
Tiens justement je me suis dit en le voyant qu'il avait un côté Godarien cette fois-ci, notamment période Film socialisme pour la croisière sur le paquebot de luxe ou encore Adieu au langage dans cette façon chaotique de filmer le réel. Du coup je n'ai pas pu m'empêcher de me dire qu'il pourrait peut-être te plaire.

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : lun. 2 févr. 2026 12:36
par len'
Mémoires d'un escargot de Adam Elliot

La pâte à modeler a ce côté enfantin et biscornu qui en fait une matière idéale pour les films d’animation. À la fois solide et malléable, elle reflète ici les transitions multiples que subit un individu, de l’enfance à la vieillesse, sans jamais en faire des représentations tranchées et définitives. Elle confère également aux objets, qui pullulent dans ce film, de la corpulence et une identité propre – y compris pour représenter des livres qui ont par leur aspect une présence aussi vivante que les personnages. Le réalisateur l’a bien compris puisqu’il commence son film sur un long plan qui montre un tas d’objets pour le finir sur une personne en train de mourir comme si toutes ces petites pâtes s’associaient pour la représenter. La trame du film est profondément plaintive, écrasante, en apparente contradiction avec ce qu’exprime à l’écran cette matière propice à une création illimitée. Une voix off est omniprésente, toujours pesante dans ses propos mais, comme la pâte à modeler, avec une texture composée de nuances plus légères, plus malléables. Dommage que la fin apporte une résolution un peu facile, il n’y en avait pas besoin : le travail passionné et de longue haleine sur la pâte à modeler suffit déjà par sa nature à apporter cette touche de lumière qui manque aux paroles et aux événements.

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : lun. 2 févr. 2026 14:57
par groil_groil
Narval a écrit : ven. 30 janv. 2026 22:21 Imperial Princess - Virgil Vernier
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Après Genève (Sapphire Cristal), Sophia Antipolis ou encore Andorre, Virgil Verner continue de creuser le sillon docu-fiction dans cette urbanité affreuse en filmant un Monaco ostentatoire et plus dégueulasse que jamais. Le fric est absolument partout et il est tout aussi clinquant que bruyant (moult insertion de publicités ainsi que de bagnoles pétaradantes dans le film). Plus que jamais dans ce court journal intime (48 minutes) entièrement filmé à la première personne, c'est une vie qui est filmée, mais c'est surtout une vie qui filme son territoire. Nocturne, balnéaire et agité bien sûr, mais aussi misérable (le vide affectif total des trois personnages), étouffant (la question de la paranoïa étant prépondérante) et maladif (le téléphone-caméra s'agitant parfois au bord de la nausée). Encore une fois, la ville est au centre du dispositif de ce film, [le personnage interprété par] Iulia n'étant que rarement présent dans le cadre, et c'est avant tout sa voix, son histoire intime qui vient colorer ces vues de Monaco, sans les illustrer ou les opposer pour autant. Dans cet équilibre entre les images brutes tournées au téléphone portable et la difficulté d'exprimer ses émotions (décalage culturel mais aussi linguistique oblige), il y a une correspondance qui fonctionne terriblement bien. Virgil Vernier a toujours trouvé des personnes passionnantes à filmer (avec une emphase pour les étudiantes originaires d'Europe de l'Est), ici non seulement ce personnage de fille d'un business man de pacotille est fascinant d'authenticité, mais en plus c'est elle qui vient s'emparer de sa propre mise en scène pour un double effet de réel désarmant. Difficile alors de ne pas être avec elle, plongée la tête la première dans cette galerie du mauvais goût moderne et de s'y sentir tout aussi "étrangère" qu'elle.

C'est peut-être même ce que j'ai trouvé de plus réussi dans ce Imperial Princess: s'en tenir à l'idée de faire tenir le portable à son interprète de A à Z, là où les autres films de Vernier mettaient réellement en scène, cadraient et inventaient une façon de faire exister leurs personnages dans un contexte extérieur, ici c'est le personnage lui-même qui va s'inventer une narration au travers de ce que l'on pourrait appeler des vlogs, d'autant plus glaçant qu'ils dégagent une effet de réel supplémentaire. Le quotidien de cette jeune femme d'origine russe qui peine à se trouver une place dans ce monde aberrant n'en devient que plus terrible. Non seulement car tout ce qui l'entoure est profondément inhumain (ces séries de paquebots décadents, ces galeries commerciales mortes ou ces salons de l'auto pour influenceurs), mais également car le spectre de Poutine et de son gouvernement de conquérant et d'oppresseurs plane toujours non loin (l'angoisse d'être suivie/filmée/écoutée, la liste de personnalités russes qui défile, les menaces d'assassinat de la famille restée au pays...). Bref tout est irrespirable et navrant et je ne vois pas beaucoup d'autres films capable d'instiguer autant de mal être en si peu de temps. Chapeau bas, j'en aurais volontiers repris, le film se terminant de façon un peu abrupte mais néanmoins glaçante, il faut bien l'avouer.
C'est la suite directe de Cent Mille Milliards ?

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : mar. 3 févr. 2026 00:20
par Narval
groil_groil a écrit : lun. 2 févr. 2026 14:57
C'est la suite directe de Cent Mille Milliards ?
Un peu comme une variation stylistique à partir du même décorum.
Le dispositif, la mise en scène et même les thématiques abordées sont très différentes. Même si on reconnaît le style et les personnages de Vernier immédiatement. Les deux films sont tournés à Monaco mais il a réussi à les rendre très différents malgré tout.
L'atmosphère aussi n'a rien à voir. D'un côté on un escort dans des palais à l'ambiance vaporeuse, presque onirique, de l'autre l'angoisse d'une jeune femme complètement isolée dans un monde agressif.

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : mar. 3 févr. 2026 08:53
par groil_groil
Narval a écrit : mar. 3 févr. 2026 00:20
groil_groil a écrit : lun. 2 févr. 2026 14:57
C'est la suite directe de Cent Mille Milliards ?
Un peu comme une variation stylistique à partir du même décorum.
Le dispositif, la mise en scène et même les thématiques abordées sont très différentes. Même si on reconnaît le style et les personnages de Vernier immédiatement. Les deux films sont tournés à Monaco mais il a réussi à les rendre très différents malgré tout.
L'atmosphère aussi n'a rien à voir. D'un côté on un escort dans des palais à l'ambiance vaporeuse, presque onirique, de l'autre l'angoisse d'une jeune femme complètement isolée dans un monde agressif.
ok merci :) dommage de ne pas avoir sorti les deux films en même temps durant la même séance, ça aurait eu plus d'impact je pense.

Le Centre de Visionnage : Films et débats

Posté : mar. 3 févr. 2026 20:52
par cyborg
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Testament - John Akomfrah - 1988

20 ans après avoir fuit le coup d'état en Guinée, une jeune femme revient sur ses terres, sous prétexte d'y réaliser un documentaire sur le tournage de Cobra Verde de Werner Herzog. L'occasion pour elle de se confronter à la réalité de son pays d'origine et s'interroger sur l'exil qu'elle a traversé. Akomfrah, figure la plus connue du Black Audio Film Collective qui signe officiellement le film, mélange ici fictions et documentaires, discours politiques et poétiques. Au milieu de ce tourbillon d'images reviennent des images scientifiques : l'opération de deux bébés siamois noirs, liés par le ventre, autour desquels s'affaire une équipe de médecin. Cette figure récurrente incarne l'impression de double identité, de double âme, de chute éternelle, qu'évoque l'héroïne. Le film lui-même refuse de choisir son approche, confrontant les genres et les régimes d'images pour mieux infuser dans chez le spectateur le trouble vécu par l'héroïne. Et quand, enfin, n'apparait plus qu'un seul bébé à l'image, nous ne saurons pas si son frère n'a pas survécu ou si il est simplement en hors-champs. Dans un cas comme dans l'autre, ces deux corps seront à jamais hanté l'un par l'autre, comme le spectateur sera hanté par la quête de l'héroïne.

Le film est aussi beau que saisissant et en le voyant j'ai eu un doute : mes notes m'indiquent que je l'avais bien déjà vu en 2017. Soit bien avant de commencer à m’intéresser consciencieusement au cinéma du "sud-global" ! Mais ce visionnage fut plus marquant, au hasard de la recherche d'un abris de la pluie madrilène, dans la magnifique salle du "Ciné doré". Passage obligé pour les cinéphiles visitant la capitale espagnole !


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Aaaah Belinda - Atıf Yılmaz - 1986

L'histoire du cinéma pullule de films dont les personnages sont transférés dans leurs propres corps plus jeunes ou plus vieux (Peggy Sue s'est mariée, 30 ans sinon rien, Big, Camille Redouble)... mais les transferts "de classe" me semblent beaucoup plus rare ! (prière de m'indiquer si je ne me trompe ! ). C'est ici la grand originalité de Ah Belinda : une jeune actrice émancipée se retrouve à jouer dans une pub pour shampoing pour gagner un peu d'argent, bien que celle-ci regroupe tous les clichés qu'elle abhorre... Jusqu'à ce que, d'un clignement d’œil, elle se retrouve coincé dans la publicité : mariée, mère, secrétaire... Alors que plus personne ne la reconnait ni ne comprend de quoi elle parle, l'héroïne passera le film à essayer de retrouver sa vie d'avant....
La mise en scène est tout à fait simple, nous sommes clairement dans un film grand public des années 80, et repose avant tout sur son scénario. Mais celui-ci est suffisamment bien mené, avec esprit et drôlerie, pour rendre le film convainquant. Le cauchemar vécu par l'héroïne devient de la sorte une observation à la loupe de la société traditionnelle et patriarcale qui est la sienne, par une approche s'adressant au plus grand monde, ce qui est tout sauf négligeable. Nous pourrions presque dire que Oh Belinda est la version populaire du "Une journée dans la vie d'un consommateur final" de Harun Farocki...

A vrai dire l'idée est tellement efficace que je suis surpris qu'il n'y ai pas eu une adaptation américaine depuis tout ce temps... Il semblerait que le Netflix local ait fait un remake récemment, mais les notes sont catastrophique, pas de quoi y jeter un œil, donc.

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Dix ans avant son second (et seul autre, malheureusement) long-métrage, le génial Leila et les loups, Heinry Sour réalisait "Lheure de la libération à sonné". Documentaire aux images uniques, la réalisatrice vient ici porter à la mémoire de tous les luttes décoloniales et anti-impérialistes menées par les peuples du Dhofar à la fin des années 60. Le film est bien entendu porté par un discours marxiste d’autodétermination des peuples et de luttes des classes filmé au plus près des combattants de tous âges et de tous genres. Car le plus sidérant ici est de voir l'esprit qui porte le révolte générale : émancipation des femmes et reconnaissance de leur droit, éducation des enfants et des masses dans leur ensemble, résolution des conflits féodaux, mise en partage des ressources etc... La somme des témoignages est sidérante au point qu'on pourrait peiner à croire à de ces évènements sans de tels documents. Sans bien connaitre l'histoire de la région, je doute que ces idéaux aient réussi à survivre 50 ans plus tard. Un chapitre de plus à rajouter au "Fond de l'air est rouge" de Chris Marker...


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La découverte des formidables courts-métrages du réalisateur soudanais Ibrahim Shaddad il y a un ou deux ans m'a donné envie de voir "Talking About Trees". Bien qu'acclamé à sa sortie en 2019 je n'y avais pas prêté attention. Erreur ! Celui-ci s'intéresse aux 4 réalisateurs du légendaire "Sudanese Film Group", désormais bien âgés... Alors que la dictature les a empêché de faire du cinéma depuis des décennies, elle leur a aussi empêché d'en voir, du moins sur grand écran, toutes les salles ayant fermés depuis longtemps... Le film suit ici notre 4 compères tentant, tant bien que mal, d'organiser une projection dans une ancienne salle, et d'y intéresser les jeunes générations, n'ayant tout simplement jamais vu de films projetés !
Ce qui est particulièrement bouleversant ici est que le film donne une tonalité toute autre à la phrase éculée "Le cinéma est mort". Ici il s'agit bien du "cinéma" non en tant que "forme d'art", mais au sens "frères lumièrien" d'espace de projection, d'activité collective, d'ouverture vers la découverte et le dialogue. C'est cette dimension politique immédiate qui animes les 4 hommes, espérant faire germer un espace de rencontre sous le prétexte d'une projection cinématographique. Quoi de pire, bien évidemment, pour le régime dictatorial en place, qui leur créera bien des embuches... Et les 4 hommes de finir par repartir en mini-van à sillonner le pays pour y organiser des projections pirates sur les places de village... Si le film est un portrait d'amitié et de complicités réjouissantes, il est aussi celui de l'art comme forme de résistance, comme forme concrète d'un contre-pouvoir possible. Nous n'en sommes bien évidemment par encore à ce point, mais tout ceci résonne extrêmement fortement avec les sombres choix de société qui s'offrent actuellement à nous.